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Full text of "Bulletin de l'Institut archéologique liégeois"

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THE  J.  PAUL  GETTY  MUSEUM  LIBRARY 


BULLETIN 


DE 


L'INSTITUT  ARCHÉOLOGIQUES  LIÉGEOIS. 


BULLETIN 


DE 


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LIEGEOIS. 


TOME  V. 


LIEGE, 

IMPRIMERIE    DE  J.-G.    CARMASNE 


1802 


INSTITUT  ARCHEOLOGIQUE 

L  I  É  G  E  0  I  - 

STATUTS    CONSTITUTIFS. 

Art.  1er.  Une  Société  est  fondée  à  Liège  pour  rechercher,  ras- 
sembler et  conserver  les  œuvres  d'art  et  les  monuments  archéolo- 
giques de  la  province  et  des  anciennes  dépendances  du   paj 
Liège. 

Elle  prend  le  titre  d'Institut  archéologique  Liégeois  eteorrespon  I 
avec  les  Soci     is  suivantes,  belge  gères 

des  vues  analogue-. 

Art.  2.  L'Institut  se  compose  : 
1°  De  seize  Membres  effectifs  domici  -  la  province  : 

2°  D'un  Président  et  d'un  Vice-Président  honoraires, 

le  Gouverneur  de  la  province  et  le  Bourgmestre  de  la 
ville  de  Liège  ; 
3°  De  trente  Membres  honoraires  ; 
4°  De  cinquante  Membres  correspondants  ; 
5°  De  Membres  associés. 
Art.  5.  La   présentation  d'un  candidat,    soit   comme  Membre 
effectif,  honoraire  ou  correspondant,  doit  être  faite  par  deux  M  . 
bres  effectifs.    L'admission  est  décidée  an  bulletin  îl   i  la 

majorité  absolue  des  suffra.-  - 

Art.   4  Les    réunions  ordinaires  ont   lieu    le  premier  jeudi  de 
chaque  mois,  à  3  heures,  saufpendanl  les  mois  d'août,  septembre 
bre. 


M 


Les  Membres  effectifs  qui,  sans  excuses  valables,  n'assistent  pas 
à  quatre  séances  consécutives,  sont  censés  démissionnaires. 

Aucune  résolution  ne  peut  être  prise  si  cinq  Membres  effectifs 
au  moins  ne  sont  présents. 

Les  Membres  honoraires  ainsi  que  les  Membres  correspondants 
peuvent  assister  aux  séances.  Ils  y  onl  voix  consultative. 

Toute  discussion  étrangère  à  la  science,  aux  arts  ou  à  la  litté- 
rature est  interdite. 

Les  décisions  sont  prises  à  la  majorité  des  voix.  En  cas  de  pa- 
rité, la  proposition  est  rejetée. 

Sur  la  demande  de  trois  membres,  on  procède  au  scrutin  secret. 

Art.  5.  Le  Bureau  se  compose  du  Président,  du  Vice-Président, 
du  Secrétaire,  du  Conservateur,  du  Bibliothécaire  et  du  Trésorier. 

Le  Président  est  nommé  pour  cinq  ans.  Les  fonctions  des  autres 
Membres  sont  annuelles.  Les  Membres  sortants  sont  rééligibles. 
L'élection  a  lieu  dans  le  courant  du  mois  d'avril. 

Le  Bureau  nomme  les  Commissions  spéciales  chargées  de  faire 
les  rapports  sur  les  différents  travaux  qui  sont  adressés  à  l'Institut. 

Art.  6.  Le  Président  veille  à  l'exécution  du  Règlement  ;  il  dirige 
les  travaux  et  les  discussions  des  réunions. 

En  cas  d'absence  du  Président  et  du  Vice-Président,  le  Membre 
le  plus  âgé  en  remplit  les  fonctions. 

Art  T.  Le  Secrétaire  tient  les  procès-verbaux  des  séances,  la 
correspondance,  etc. 

Tout  procès-verbal  ou  décision  de  la  Société  est  signé  par  le 
Président  et  par  le  Secrétaire.  Ce  dernier  signe  seul  les  pièces 
qui  n'impliquent  aucune  décision  de  la  Société. 

En  cas  d'empêchement  du  Secrétaire,  ses  fonctions  sont  remplies 
par  un  membre  que  désigne  le  Président. 

Le  Secrétaire  a  la  garde  du  sceau  et  des  archives  de  la  Société. 

Il  présente  chaque  année  un  rapport  détaillé  sur  les  travaux  de 
l'Institut,  sur  les  acquisitions  faites  et  sur  les  objels  qui  ont  été 
offerts. 

Art.  s.  Le  Conservateur  a  la  direction  du  Musée  provincial. 


—   vu   — 


li  dresse,  Ions  les  ans,  un  inventaire  qui  est  vérifié  el  approuve 
par  le  Président.  Dans  eet  inventaire,  il  indique  la  provenance  de 
chaque  objet  el  l'époque  de  son  acquisition. 

Art.  9.  Le  Bibliothécaire  tient  un  catalogue  exact  de  tous  les 
livres  offerts  à  l'Institut  ou  acquis  par  lui. 

Il  rend  compte  chaque  année  des  accroissements  de  la  biblio- 
thèque. 

Art.  10.  Le  Trésorier  est  chargé  des  receltes  et  des  dépenses. 

Il  n'effectue  de  paiement  que  sur  ordonnance  signée  parle  Pré- 
sident et  par  le  Secrétaire. 

Il  rend  compte  de  sa  gestiou  dans  le  courant  du  mois  de  janvier 
de  chaque  année. 

Art.  11.  Les  recettes  de  la  Société  se  composent  d'allocations 
accordées  par  l'Etal,  par  la  Province  et  par  la  Commune,  de  la 
cotisation  annuelle  des  Membres  effectifs  ou  associés,  et  des  dons 
qui  pourraient  lui  être  faits. 

La  cotisation  annuelle  des  Membres  effectifs  et  des  Membres 
associés  est  fixée  provisoirement  à  la  somme  de  dix  francs  payable 
chaque  année  dans  le  courant  du  mois  de  janvier. 

Art.  12.  Les  objets  rassemblés  par  la  Société  forment  un  Musée 
qui  est  la  propriété  de  la  Province. 

Ce  Musée  est  établi  à  Liège  dans  le  local  spécial  désigné  par 
l'Administration  provinciale. 

Les  moindres  dons  sont  reçus  avec  reconnaissance.  Le  nom  du 
donateur  est  inscrit  sur  l'objet  oflert  et  dans  un  registre  ouvert  à 
cet  effet. 

Tous  les  Membres  sont  invités  à  faire  hommage  de  leurs  publi- 
cations à  la  Société. 

Art.  13.  L'Institut  publie  un  recueil  intitulé  Bulletin  de  l'Ins- 
titut archéologique  Liégeois. 

Aucun  article  ne  peut  être  inséré  dans   ce  Bulletin  sans  avoir 
été  préalablement  lu  et  adopté  en  séance. 
Le  rapport  annuel  du  Secrétaire  y  figure  de  droit. 
Une  Commission  spéciale,  composée  de  trois  Membres  nommés 


—    VIII 


innuellement,  est  chargée  de  loul  ce  qui  a  rapport  à  la  publication 
du  Bulletin. 

Le  Bulletin  est  distribué  gratuitement  aux  membres  honoraires 
de  la  Société,  aux  institutions  publiques  qui  l'encouragent  et  aux 
compagnies  savantes  avec  lesquelles  l'Institut  entretient  des  rela- 
tions. Les  membres  effectifs  ou  associés  le  reçoivent  également. 

Los  auteurs  des  mémoires  publiés  ont  droit  à  vingt-cinq  tirés  à 
part  de  leur  article,  qui  devront  porter  sur  le  titre  celte  mention  : 
Extrait  du  Bulletin  de  FInstitut  archéologique  Liégeois.  Ils  sont  du 
reste  autorisés  à  faire  tirer  à  leurs  frais  un  nombre  indéterminé 
d'exemplaires. 

Les  lires  à  part  ne  peuvent  être  distribués  qu'à  dater  du  jour  de 
la  mise  en  vente  de  la  livraison  du  Bulletin  d'où  ils  sont  extraits. 

Après  revision  des  dispositions  organiques  des  12  avril  1850  et 
18  janvier  1852,  les  présents  statuts  ont  été  adoptés  par  l'Institut 
archéologique,  réuni  en  assemblée  générale,  à  Liège,  ce  17  janvier 
1857. 

Le  Secrétaire,  Le  Président, 

U.  Capitaine.  A.  d'Otreppe  de  Bouvettk. 


TABLEAU 


DES 


MEMBRES  DE  L'INSTITUT  ARCHEOLOGIQUE 

LIÉGEOIS. 


PRÉSIDENT     HONORAIRE. 

LE  GOUVERNEUR   DE    LA   PROVINCE   DE   LIÈGE. 

de  MACAR  (Ferdinand  baron), C.  jgc  0.  >|c  C.  %  (*),  ancien  sénateur,  ancien 
gouverneur  de  la  province  de  Hainaut ,  président  de  la 
Commission  administrative  du  Conservatoire  royal  de 
musique  de  Liège  et  de  la  Commission  provinciale  de 
statistique  ,  membre  honoraire  de  l'Académie  nationale 
d'archéologie  d'Espagne,  etc. 

VICE-PRÉSIDENT    HONORAIRE. 

LE   BOURGMESTRE   DE  LIÈGE. 

NEUVILLE  (Joseph),  §c,  ^  ,  président  de  la  Commission  administrative  de 
l'Athénée  royal  et  de  l'Académie  des  beaux-arts  de  Liège, 
vice-président  de  la  Commission  administrative  du  Con- 
servatoire royal  de  musique  ,  etc. 


(*)  Signe»  de?  décorations  :  ^  Ordre  de  Le'opold  ,  >J<  Croix  de  fer ,  >^<  Le'gion 
d'honneur,  %  Lion  néerlandais. 


BEEMBRES    EFFECTIFS. 

BUREAU   POUR    1S62. 

Président,  Alb.  d'Otueppe  de  Bouvette. 
Vice-Président,  Ch.  du  Vivier  de  Streel. 
Secrétaire  et  Conservaleur-adj.f  S.  Bormans. 
Conservateur,  J.  Helbig. 
Trésorier,  Ch.  Davreux. 
Bibliothécaire,  L.  Fabky-Rossrs. 


BORMANS  (J--II-) ,  îgc  >  professeur  ordinaire  à  l'Université  de  Liège, 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  ,  de  la  Com- 
mission royale  d'histoire,  membre  honoraire  de  la  Société 
historique  d'Utrecht,  correspondant  de  la  Société  littéraire 
de  Leyde,  etc. 

BORMANS  (Stanislas),  docteur  en  philosophie  et  lettres,  conservateur- 
adjoint  des  archives  de  l'Etat  à  Liège,  membre  correspon- 
dant de  l'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  de  la  Société 
des  antiquaires  de  la  Morinie  ,  de  la  Société  historique 
et  scientifique  du  Limbourg,  etc. 

CAPITAINE  (Félix),  0.  ®,  ancien  président  de  la  Chambre  et  du  Tribunal 
de  commerce  de  Liège  ,  ancien  membre  du  Conseil  pro- 
vincial et  du  Conseil  communal  de  Liège  ,  membre  du 
Conseil  d'administration  de  la  Société  d'Émulation,  etc. 

CAPITAINE  (Ulysse),  juge  près  le  Tribunal  de  commerce  et  membre  de  la 
Chambre  de  commerce  de  Liège,  secrétaire-général  de  la 
Société  d'Émulation  ,  secrétaire  honoraire  de  l'Institut 
archéologique,  correspondant  de  la  Commission  royale 
des  monuments,  etc. 

DA\  REUX  [Charles),  :''',  agrégé  à  l'Université,  professeur  à  l'école  indus- 
trielle de  Liège,  membre  de  l'Académie  royale  de  médecine 
et  de  l'Académie  d'archéologie  de  Belgique  ,  de  la  Société 
de  numismatique  belge  ,  des  Sociétés  scientifiques  et 
historiques  du  Limbourg,  du  Hainaut,  etc. 


—    XI   — 

DU  VIVIER  de  STREEL  (Charles),  jg,  >ï<  ,  curé  de  St.-Jean,  aumônier 
général  des  décorés  de  la  croix  de  fer  ,  ancien  professeur 
au  petit  séminaire  de  Liège,  correspondant  de  l'Académie 
impériale  de  Maçon  ,  de  la  Société  philotechnique  de 
Paris  ,  des  Sociétés  d'Émulation  d'Àbbeville  ,  de  Cam- 
bray,  etc. 

FABRY-ROSSIUS  (L.),  agrégé  à  l'Université  de  Liège,  membre  de  la 
Commission  provinciale  de  statistique  ,  correspondant  de 
la  Société  française  pour  la  conservation  des  monuments 
historiques,  etc. 

GRANDGAGNAGE  (Joseph),  C.  ®,  président  à  la  Cour  d'appel  de  Liège, 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  ,  du  Conseil  de 
perfectionnement  de  l'enseignement  moyen,  membre  ho- 
noraire de  la  Société  liégeoise  de  littérature  wallonne  , 
correspondant  de  la  Société  historique  de  Tournai ,  etc. 

CBANDGAGNAGE  (Charles),  §C, membre  de  la  Chambre  des  représentants, 
président  de  la  Société  liégeoise  de  littérature  wallonne  , 
correspondant  du  ministère  de  l'instruction  publique  de 
France  pour  les  travaux  historiques  ,  membre  de  la 
Société  de  Berlin  pour  la  langue  et  les  antiquités,  etc. 

1IELBIG  (Jules),  peintre ,  secrétaire-adjoint  de  la  Société  d'Emulation  , 
secrétaire  de  l'Association  liégeoise  pour  l'encouragement 
des  Beaux-Arts  ,  correspondant  de  la  Commission  royale 
des  monuments,  etc. 

HENAUX  (Ferdinand). 

IIOCK  (Félix),  capitaine  pensionné. 

LE  ROY  (Alphonse),  docteur  en  philosophie  et  lettres  ,  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Liège  et  à  l'École  normale  des  humanités  , 
membre  du  Conseil  d'administration  de  la  Société  d'Ému  - 
lation, membre  de  la  Commission  provinciale  de  statistique, 
correspondant  de  l'Institut  des  provinces  de  France,  etc. 

d'OTREPPE  de  BOUVETTE  (Albert),  0  ®,  conseiller  honoraire  à  la  Cour 
de  Liège  et  du  conseil  des  Mines  ,  secrétaire-général  ho- 
noraire de  la  Société  d'Emulation  de  Liège  ,  membre  de 
l'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  membre  titulaire 
de  la  Société  des  antiquaires  de  Picardie,  correspondant 
de  la  Commission  royale  des  monuments  ,  etc. 

POLAIN  (M.-L.),  )gc,  >|c,  administrateur-inspecteur  de  l'Université  de 
Liège  ,  membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  et  de 
l'Institut  de  France  (Académie  des  Inscriptions  et  belles 
lettres),  président  du  comité  de  littérature  et  des  beaux- 
arts  de  la  Société  d'Émulation  de  Liège,  etc. 


—   XII   — 


»e  SÉLYS-LONGCHAMPS  (Edmond  baron) ,  sénateur,  ancien  membre  de 
la  Chambre  des  représentants ,  membre  de  l'Académie 
royale  de  Belgique  ,  de  la  Société  royale  de  sciences  de 
Liège  ,  de  la  Commission  provinciale  de  statistique  , 
correspondant  de  l'Académie  impériale  de  Metz,  etc. 


MEMBRES    HO.IOBAIBCS. 


BOUCHER  de  PERTHES  (J.)„$c,  président  de  la  Société  impériale  d'Ému- 
lation d'Abbeville  ,  membre  de  la  Société  royale  des 
antiquaires  du  Nord  (Copenhague),  de  la  Société  de 
numismatique  de  Londres,  etc.,  à  Abbeville. 

se  CAUMONT  (A.),  ®,  >$<, membre  correspondant  de  l'Institut  de  France, 
associé  à  l'Académie  royale  de  Belgique ,  fondateur  et 
directeur  de  la  Société  française  pour  la  conservation  des 
monuments,  président  de  l'Institut  des  provinces  de  France 
et  delà  Société  des  antiquaires  de  la  Normandie,  membre 
honoraire  de  la  Société  d'Emulation  de  Liége,etc,  à  Caen. 

»e  DECKER  (P.),  0.  §§,  etc.,  ancien  ministre  de  l'intérieu,  membre  de  la 
Chambre  des  représentants,  de  l'Académie  royale  de  Bel- 
gique, etc.,  à  Bruxelles. 

GACHARD  (L.-P.),  0.  jgc.  $,  %,  archiviste-général  du  royaume,  membre 
de  l'Académie  royale  de  Belgique,  de  la  Commission  royale 
d'histoire,  du  conseil  héraldique,  etc.,  à  Bruxelles. 

a  GERLACHE  (E.-C.  baron),  G.  C.  >gc ,  >£,  C.  # ,  premier  président  de 
la  Cour  de  cassation,  ancien  président  du  Congrès  national 
et  de  la  Chambre  des  représentants,  président  de  la  Com- 
mission royale  d'histoire  ,  membre  de  l'Académie  royale 
de  Belgique,  membre  honoraire  de  la  Société  d'Emulation 
de  Liège,  etc.,  à  Bruxelles. 

»E  LAFONTAINE  (G.-F.-J),  %  ,  ancien  gouverneur  du  grand-duché  de 
Luxembourg  ,  associé  à  l'Académie  royale  de  Belgique, 
membre  de  la  Société  de  numismatique  belge  ,  de  la 
Société  royale  archéologique  de  Luxembourg,  etc.,  à 
Luxembourg . 

LE  CLERC  (V.),  C.  >%,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de  Paris ,  membre 
de  l'Institut  de  France  (Académie  des  inscriptions  et  belles» 
lettresj,  etc.,  à  Paris. 


—    Xlil    — 

LECLERÇQ  (M.-N.-J.),  G.  0.  )gc  ,  ancien  ministre  de  la  justice,  ancien 
membre  du  Congrès  national  et  de  la  Chambre  des  re- 
présentants ,  procureur  général  près  la  Cour  de  cassation, 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  membre  hono- 
raire de  la  Société  d'Emulation  de  Liège,  etc.,  à  Bruxelles. 

m  MERCY-ARGENTEAU  (F.-J.-C.  comte),  G.  0.  >|c ,  G.  C.  %,  ancien 
chambellan  et  ministre  plénipotentiaire  de  Napoléon 
Ier,  ancien  grand  chambellan  du  roi  des  Pays-Bas,  doyen 
et  président  honoraire  de  la  Société  d'Emulation  de 
Liège,  etc., à  Ârgenleau. 

PARIS  (P.),  >|o  professeur  au  Collège  de  France  ,  membre  de  l'Institut  de 
France  (Académie  des  inscriptions  et  belles  lettres),  etc., 
à  Paris. 

PITRA  (J.-B.),  bénédictin,  àSolesmcs  (déparlement  de  la  Sarthe). 

iJUETELET  (L.-A.-J.),  C.  @  ,  0.  >|<,  secrétaire-perpétuel  de  l'Académie 
royale  de  Belgique ,  directeur  de  l'Observatoire  ,  prési- 
dent de  la  Commission  centrale  de  statistique  ,  membre 
de  l'Institut  de  France,  de  l'Institution  et  de  la  Société 
royale  de  Londres,  des  Académies  impériales  et  royales 
de  Berlin,  Lisbonne,  Naples  ,  St. -Pétersbourg  et  Vienne, 
membre  honoraire  de  la  Société  d'Emulation  de  Liège,  etc. , 
à  Bruxelles. 

uk  RAM  (P.-F.-X.),  0.  §c ,  recteur  de  l'Université  de  Louvain  ,  membre 
des  Académies  royales  de  Belgique  et  de  Munich,  de 
la  Commission  royale  d'histoire ,  de  l'Académie  théolo- 
gique et  de  l'Académie  de  la  religion  de  Rome,  etc.,  à 
Louvain. 

RAIKEM  (J.),  G.  C.  ®,  >J<,  C.  >|<,  ancien  membre  du  Congrès  national, 
ancien  président  de  la  Chambre  des  représentants,  ancien 
ministre  de  la  justice  ,  procureur  général  près  la  Cour 
d'appel  de  Liège,  etc.,  à  Liège. 

ROGIER  (Ch.),  G.  C.  ®,  >£,  G.  0.  >$e,  membre  de  la  Chambre  des  repré- 
sentants et  Ministre  des  affaires  étrangères, ancien  Ministre 
de  l'intérieur  et  des  travaux  publics,  ancien  membre  du 
Gouvernement  provisoire  ,  du  Congrès  national,  etc.,  à 
Bruxelles. 

ROULEZ  (J.-E.-G.),  )gc,  docteur  en  droit  et  en  philosophie,  professeur  d'ar- 
chéologie à  l'Université  de  Gand  ,  membre  de  l'Académie 
royale  de  Belgique  et  de  l'Institut  de  France  (Académie 
des  inscriptions  et  belles  lettres),  etc.,  à  Gand. 


—  XIV   — 

"WARNKOENIG  (L.-A.)  »  docteur  en  droit,  conseiller  intime,  ancien 
professeur  aux  universités  de  Liège,  Louvain,  Gand  et 
Tubingue  ,  associé  à  l'Académie  royale  de  Belgique,  etc. 
à  Stuttgart. 

de  WITTE  (J.),  )g( ,  >^<  ,  membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique 
et  de  l'Institut  de  France  (Académie  [des  inscriptions  et 
belles-lettres),  de  l'Académie  royale  de  Berlin  ,  de  l'Aca- 
démie ponctificale  d'archéologie,  etc.,  «  Paris. 

«IHIIItl»     CORBESPONDANTS. 

BAILLEUX  (F.),  avocat ,  conseiller  provincial,  secrétaire  de  la  Société 
liégeoise  de  littérature  wallonne,  etc.,  à  Liège. 

BARON  (A.),  0.  >gc ,  >$c>  professeur  émérite  à  l'Université  de  Liège  , 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  etc.,  à  Liège. 

BORGNTET(A.),  gc,  professeur  ordinaire  à  l'Université  de  Liège  ,  membre 
de  l'Académie  royale  de  Belgique,  de  la  Commission  royale 
d'histoire,  de  la  Société  historique  d'Ulrecht,  etc.,  à  Liège. 

BORGNET  (J.),  Jgc  ,  conservateur  des  archives  de  la  province  de  Namur , 
secrétaire  de  la  Société  archéologique  de  cette  ville  ,  cor- 
respondant de  l'Académie  d'archéologie  de  Belgique  ,  de 
la  Commission  royale  des  monuments,  etc.,  à  Namur. 

de  BUSSCHER  (E.),  )gc,  secrétaire  de  la  Société  royale  des  beaux-arts  de 
Gand  ,  membre  correspondant  de  l'Académie  royale  de 
Belgique,  de  la  Commission  royale  des  monuments,  etc., 
à  Gand. 

CARTON  (l'abbé  C),  jg(,  chanoine  de  la  cathédale  de  Bruges  ,  membre  de 
l'Académie  royale  de  Belgique  ,  président  de  la  Société 
d'Emulation  pour  l'histoire  et  les  antiquités  de  la  Flandre 
Occidentale  ,  correspondant  de  la  Commission  royale  des 
monuments,  etc.,  à  Bruges. 

CIIALON  (R-),  §§,  membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  ,  président 
de  la  Société  de  numismatique  Belge  et  de  la  Société 
des  bibliophiles  de  Mons ,  correspondant  de  la  Commis- 
sion royale  des  monuments,  etc.,  à  Bruxelles. 

df.  CLOSSET  (L.),  îgt,  professeur  à  l'Université  de  Liège  ,  ancien  précep- 
teur de  S.  A.  R.  le  duc  de  Brabant,  etc.,  à  Liège. 

DE  COSTER  (L,),  directeur  de  la  Revue  de  numismatique  Belge  ,  corres- 
pondant de  la  Société  archéologique  du  Luxembourg,  etc.. 
à  Bruxelles. 


—  XV  — 

CRALLE  (A.),  avocat,  membre  de  la  Commission  de  surveillance  de  l'Aca- 
démie des  beaux-arls ,  correspondant  de  la  Commission 
royale  des  monuments,  etc.,  à  Liège. 

»e  CRASSIER  (L.-D.-J.  baron),  0.  )gc,  ^.conseillera  la  cour  de  cassation, 
membre  du  conseil  héraldique,  correspondant  de  la  Société 
scientifique  et  littéraire  du  Limbourg  ,  etc.,  à  Bruxelles. 

DEJARDIN  (A.),  capitaine  du  génie,  membre  correspondant  de  l'Académie 
d'archéologie  de  Relgique  ,  de  la  Société  historique  de 
Tournai,  etc.,  à  Anvers. 

DELAHAYE  (A.-J.),  0.  jgc ,  ancien  ingénieur  en  chef  directeur  des  ponts 
et  chaussée  de  la  province  de  Liège,  etc.,  à  Namur. 

DEL  MARMOL  (E.  baron),  5gc ,  président  de  la  Société  archéologique  de 
Namur  ,  secrétaire  de  la  Commission  provinciale  de  sta- 
tistique ,  correspondant  de  la  Commission  royale  des  mo- 
numents, etc.,  à  Namur. 

DELSAUX  (C),  architecte  provincial,  membre  honoraire  de  l'Institut  royal 
des  architectes  de  Londres,  correspondant  de  la  Commis- 
sion royale  des  monuments,  etc.,  à  Liège. 

DESNOYERS  (J.î,  >§<  ,  bibliothécaire  du  Muséum  d'histoire  naturelle  , 
secrétaire  de  la  Société  d'histoire  de  France,  etc,,  à  Paris. 

DEVILLERS(L),  conservateur-adjoint  des  archives  du  Hainaut,  membre 
de  la  Société  scientifique  et  du  Cercle  archéologique  de 
Mons  ,  correspondant  de  la  Société  libre  d'Émulation  de 
Liège,  etc. ,  à  Mons. 

DEWANDRE  (H.),  0.  Jgt,  avocat,  président  de  la  Société  libre  d'Emula- 
tion, membre  de  la  commission  administrative  du  Conser- 
vatoire royal  de  Liège  ,  membre  honoraire  de  l'Académie 
nationale  d'archéologie  d'Espagne  ,  correspondant  de  la 
Commission  royale  des  monuments,  etc.,  à  Liège. 

DIEGERICK(J.),  secrétaire  de  la  Société  historique  de  la  ville  d'Ypres  , 
membre  de  l'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  corres- 
pondant de  la  Société  historique  d'Utrechl ,  de  la  Société 
d'Emulation  de  Liège,  etc.,  à  Ypres. 

DINACX(A.),  )^c,  correspondant  de  l'Institut  de  France,  directeur  de 
Annales  historiques  du  Nord  de  la  France  el  du  Midi  de 
la  Belgique  ,  correspondant  de  la  Société  liégeoise  de  lit- 
térature wallonne,  etc.,  à  Monlalaire. 

FIESS  (J.),  §§  ,  conservateur  de  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège  , 
ancien  échevin  ,  membre  honoraire  de  la  Société  royale 
archéologique  de  Luxembourg,  etc.,  à  Liège. 


XVI 


i  RANQUINËT  (G.-D.),  avocat,  ancien  conservateur  des  archivesde  la  ville 
de  Maestricht ,  secrétaire  de  la  Société  historique  de  cette 
ville,  etc.,  à  Maestricht. 

HAGEMANS  (G.),  membre  correspondant  de  la  Société  scientifique  et 
littéraire  du  Limbourg,  de  l'Académie  d'archéologie  de 
Belgique,  etc.,  à  Bruxelles. 

i-'HEUICOURT  (Achmct  comte),  >^<,  vice-président  de  l'Académie  d'Arras  , 
membre  de  la  Société  historique  et  littéraire  de  Tour- 
nai, etc.,  à  Souchez,  près  Arras, 

KAUSLER  (E.-II.),  conseiller  intime  ,  archiviste  général  du  royaume  de 
Wurtemberg,  à  Stuttgart. 

KERSTEN(I\),  )§,  rédacteur  du  Journal  historique  cl  littéraire,  ancien 
professeur  à  l'athénée  de  Maestricht,  etc.,  à  Liaje. 

LAYALLEYE  (E.),  professeur  d'histoire  et  d'archéologie  à  l'Académie  de 
Liège,  membre  de  la  Société  historique  du  Limbourg,  de 
la  Société  archéologique  du  Luxembourg  ,  etc.,  à  Liège. 

DE  LE  BIDART  de  TIIL'MAIDE  (A. -F.  chevalier),  ^  ,  ancien  substitut 
du  procureur  du  Roi,  président  honoraire  du  Conseil  de 
salubrité  publique  de  la  province  de  Liège  ,  conseiller  de 
l'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  etc.,  à  Liéyc. 

LIBERT  (Mc"°  M.-A.),  membres  de  plusieurs  Sociétés  savantes,  ù  Mal- 
médy. 

LOUMYER  (L.),  ®,  chef  de  division  au  ministère  des  affaires  étrangères  , 
membre  correspondant  de  la  Société  liégeoise  de  littérature 
wallonne,  etc.,  à  Bruxelles. 

MLLLER(C),  §c,  membre  de  la  Chambre  des représenlants,ancicn  membre 
de  la  députalion  permanente  du  Conseil  provincial ,  etc., 
à  Liège. 

NAMUR  (A.),  conservateur-secrétaire  de  la  Société  royale  archéologique  du 
Luxembourg,  correspondant  de  l'Académie  d'archéologie 
de  Belgique,  delà  Société  des  antiquaires  de  France,  etc., 
à  Luxembourg. 

N"AUTET(G.),  imprimeur-libraire,  directeur  de  la  Feuille  dominicale,  etc., 
à  Verriers. 

M  \  EN  (Aug.),  membre  fondateur  de  la  Société  royale  archéologique  du 
Luxembourg,  correspondant  de  l'Académie  d'archéolo- 
gie de  Belgique  ,  de  la  Société  pour  la  conservation  des 
monuments  historiques  de  France,  etc. ,  à  Wiltz. 


—    XVII    — 

de  NOUE  (A.),  docteur  en  droit ,  membre  de  la  Société  d'archéologie  Rhé- 
nane, correspondant  de  la  Société  d'archéologie  Lorraine  , 
de  la  Société  liégeoise  de  littérature  wallonne ,  etc.,  à 
Malmédy. 

PERREAU  (A.),  agent  du  trésor,  président  de  la  Société  scientifique  et 
littéraire  du  Limbourg  ,  correspondant  de  la  Commission 
royale  des  monuments  ,  membre  de  la  Société  de  numis- 
matisque  belge,  correspondant  de  l'Académie  d'archéologie 
de  Belgique,  etc.,  à  Tongres, 

PETY-de  ROSEN  (J.),  membre  de  la  Société  de  numismatique  belge, 
membre  honoraire  de  la  Société  scientifique  et  littéraire 
du  Limbourg,  correspondant  de  l'Académie  d'archéologie 
de  Belgique, de  la  Société  libre  d'Emulation  de  Liége,etc, 
à  Grune. 

RÉMONT (J.-E.).  ®,  architecte  consultant  de  la  ville  de  Liège,  professeur 
d'architecture  et  de  construction  à  l'Académie  des  beaux- 
arts  ,  membre  de  la  Commission  royale  des  monuments  , 
etc.,  à  Liège. 

de  RENESSE-BREIDACH  (L.-J.  comte),  0.  jg  ,  vice-président  du  sénat , 
membre  de  la  Société  de  numismatique  belge  ,  de  la 
Société  scientifique  et  littéraire  du  Limbourg,  etc.,  à 
S'IIeeren-Elderen. 

de  REUME  (A.),  )gc.  capitaine  d'artillerie  ,  membre  des  Académies  de  Be- 
sançon et  de  Bordeaux,  delà  Société  historique  d'Utrecht, 
de  la  Société  archéologique  du  Luxembourg  ,  etc.,  à 
Bruxelles. 

de  ROBIANO  (M.  comte),  ^,  sénateur,  membre  du  Conseil  héraldique,  de 
la  Société  de  numismatique  belge,  de  la  Société  scienti- 
fique et  littéraire  du  Limbourg,  etc.,  à  Bruxelles. 

k  SAINT-GENOIS  (J.  baron),  jgc  ,  conservateur  de  la  bibliothèqne  de 
l'Université  de  Gand  ,  ancien  échevin  ,  membres  des  Aca- 
démies royales  de  Belgique  et  de  Bavière,  correspondant 
de  la  Commission  royale  des  monuments  ,  ancien  archi- 
viste de  la  Flandre  Orientale  ,  etc.,  à  Gand. 

»e  THIER  (C),  juge  près  le  tribunal  de  première  instance  de  Liège,  ancien 
juge  de  paix  du  canton  de  Seraing  ,  ancien  secrétaire  de 
l'Institut  archéologique  Liégeois,  etc.,  à  Liège. 

VAN  DEN  STEEN  de  JEHAY  (X.  comte),  membre  de  la  Société  de  numis- 
matique belge  ,  de  la  Société  des  antiquaires  de  Picardie  , 
de  la  Société  royale  archéologique  du  Luxembourg,  etc.;, 
à  Jehay. 


—  xvm  — 

VAN  DER  STRAETEN-PONTHOZ  (F.  comte),  vice-président  de  la  Société 
archéologique  de  la  Moselle,  membre  de  l'Académie  de 
Metz  ,  correspondant  de  la  Société  libre  d'Emulation  de 
Liège  ,  de  la  Société  archéologique  de  la  province  de 
Luxembourg,  etc.,  à  Metz. 

VAN  W'LST  (F.),  )§<  ,  avocat ,  professeur  agrégé  à  l'Université  de  Liège  , 
ancien  directeur  de  la  Revue  de  Liège  ,  membre  de  plu- 
sieurs Sociétés  savantes,  à  Liège. 

YISSCHERS  (A.),  0.  )g(.  membre  du  Conseil  des  mines  et  de  la  Commis- 
sion directrice  des  Annales  désira  va  uxpublics  de  Belgique, 
membre  de  la  Commission  ccntale  de  statistique  ,  corres- 
pondant de  la  Société  libre  d'Emulation  de  Liège  ,  etc.,  à 
Bruxelles. 

WARZÉE  (A.),  atlachéau  ministère  des  travaux  publics,  membre  de  plu- 
sieurs Sociétés  savantes,  etc.,  à  Bruxelles. 

WURTil-PAQUET  (F.-X.),  ^,  ancien  ministre  de  la  justice,  ancien  prési- 
dent de  la  Société  royale  archéologique  du  Luxembourg, 
etc.,  à  Luxembourg . 


XIX  — 


MEMBRES  DECEDES  DEPUIS  LA  FONDATION  DE  L'INSTITUT. 


MEMBRES    HONORAIRES. 


de  BEAUFORT  (A.-L.-L.  comte},  C.  ®  ,  0.  >|c  ,  inspecteur-général  'des 
beaux-arts,  président  de  la  Commission  royale  des  monu- 
ments ,  membre  du  Conseil  héraldique,  du  Conseil  d'ad- 
ministration de  la  bibliothèque  royale  et  du  Musée  royal 
de  peinture  de  Bruxelles,  né  à  Tournai  en  1806,  décédé 
à  Bruxelles,  le  29  juillet  1858. 

SCHAYES  (A.-G.-B.),  @,  conservateur  du  Musée  royal  d'armures  et  d'ar- 
tillerie, membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  corres- 
pondant du  ministère  de  l'instruction  publique  de  France 
pour  les  travaux  historiques  ,  membre  des  Académies 
d'archéologie  de  Belgique  et  d'Espagne ,  des  Sociétés 
archéologiques,  littéraires  et  historiques  d'Utrecht,  Leyde, 
Trêves,  Arras,  de  la  Frise,  delà  Morinie,  du  Luxembourg, 
etc.,  né  à  Louvain  le  1 1  janvier  1808  ,  décédé  à  Ixelles  le 
8  janvier  1859. 

de  STASSART  (G.-J.-A.  baron),  0.  jgc,  >£,  G.  0.  ^x,grand'croix  de  l'or- 
dre de  St. -Stanislas, etc  , envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire  ,  chanbellan  de  S.  M.  l'empereur  d'Au- 
triche, gouverneur  des  provinces  de  Namur  et  de  Brabant, 
vice-président  du  Congrès  national ,  président  du  Sénat , 
membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  ,  de  l'Institut 
de  France  ,  correspondant  du  ministère  de  l'instruction 
publique  de  France  pour  les  travaux  historiques,  membre 
honoraire  de  la  Société  libre  d'Emulation  de  Liège  ,  etc., 
né,  à  Malines  le  2  septembre  1780,  décédé  à  Bruxelles  le 
10  octobre  1854. 


MEMBRES   CORRESPONDANTS. 


COMHAIRE  baron  de  SPRIMONT  (C.-V.),  ancien  membre  du  conseil  pro- 
vincial deLiege,  de  laSociété  de  numismatique  belge,  etc., 
né  à  Liège  en  1817,   décédé  à  Bruges  le  6  mars  1861. 


—  XX    — 

DELVAUX  (H.-J.-B.),  géomètre-arpenteur,  ancien  bourgmestre  de  Fouron- 
lc-Comte ,  auteur  du  Dictionnaire  géographique  de 
la  province  de  Liège,  né  le  10  février  1796  à  Fouron-le- 
Comte,  décédé  le  22  avril  1858. 

MATERNE  (J.-F.-C),  C.  ®,  >£,  C.  yfc , grand'croix  de  l'ordre  de  François- 
Joseph  d'Autriche,  etc.,  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire,  secrétaire-général  du  ministère  des  af- 
faires étrangères,  neàlluy  en  1807,  décédé  à  Schaerbeck, 
le  15  avril  1860. 

MOTTIN  (P.-B.),  archéologue,  échevin  et  secrétaire  de  Hannut,  né  en  1794 
à  Hannut,  décédé  le  30  juillet  1859. 


CHEVREMONT. 


Aux  bords  de  la  Vesdre  ,  à  une  lieue  et  demie  de  la 
ville  de  Liège,  vous  rencontrez  une  montagne,  au  sommet 
de  laquelle  existe  une  chapelle  dédiée  à  la  Vierge.  C'est 
là  que  se  trouvait  la  forteresse  de  Chèvremont,  dont  la 
destruction  remonte  au  Xe  siècle. 

Comment  est-on  parvenu  à  détruire  cette  forteresse? 
Pour  résoudre  cette  question,  il  ne  sera  pas  sans  intérêt 
de  rechercher  :  1°  l'état  de  Chèvremont  jusqu'en  911  , 
époque  à  laquelle  les  Carlovingiens  ont  cessé  de  régner 
en  Allemagne  ;  2°  quelle  a  été  sa  destinée  à  la  fin  du 
règne  de  l'empereur  Othon  Ier  ;  3°  les  événements  du 
temps  de  Notger  ,  d'après  les  contemporains;  4°  quelle 
confiance  peuvent  inspirer  les  versions  postérieures  à  cette 
époque 

Il  sera  besoin,  pour  ces  recherches,  de  consulter  d'an- 
ciennes chartes  ,  de  rappeler  les  divers  règnes  pendant 
lesquels  il  est  survenu  ,  par  intervalles  ,  des  événements 
relatifs  à  Chèvremont.  Ces  détails  sont  arides  ;  mais  ils  ne 
peuvent  être  négligés  si  l'on  veut  discerner  la  vérité  des 
fictions  qui  l'obscurcissent. 


—  2  — 
I 

Chèv remont  jusq'uen  911. 

(  Jhèvremont  était  autrefois  compris  dans  les  vastes  do-* 
mairies  que  possédait  Pépin  de  Landes  ,  maire  du  palais 
en  Austrasie. 

Ils  sont  parvenus  à  sa  fille  Begge  ;  et  c'est  à  son  mari 
Ansegise  ,  qu'on  attribue  la  construction  de  cette  for- 
teresse. 

Il  existait ,  dans  Chèvremont ,  une  abbaye  dont  on 
ignore  le  fondateur. 

Pépin  de  Héristal,  fils  d' Ansegise  et  de  Begge,  a  fait 
une  donation  à  cette  abbaye,  si  le  diplôme  de  Charlemagne 
de  779  lui  est  applicable  ('  ). 

Cette  donation  a  pour  objet  d'augmenter  les  revenus  de 
l'église  de  Sainte-Marie  ,  construite  au  Novo  Castello  , 
Neufchâteau.  Cette  expression  ,  d'après  le  savant  M. 
Ernst  (2),  désigne  Chèvremont.  Il  cite,  comme  preuve  , 
la  circonstance  que  les  biens  énumérés  dans  ce  diplôme 
étaient  possédés  par  l'église  d'Aix-la-Chapelle,  à  laquelle 
l'abbaye  de  Chèvremont  a  été  concédée  deux  siècles  après. 

La  dignité  royale  ayant  été  dévolue  aux  descendants 
de  Pépin  de  Héristal ,  Aix-la-Chapelle  était  devenu  une 
résidence  royale  ,  dans  laquelle  Charlemagne  avait  un 
palais  (r'j. 

La  domination  de  ce  prince  ne  fut  pas  ébranlée  pendant 
sa  vie  ;  la  forteresse  de  Chèvremont  n'avait  pas  alors  l'im- 
portance qu'elle  a  eue  dans  la  suite. 

telle  charle  est  dat<;e  du  palais  de  Herslal  :  «  Actum  Haristallio  palatio  • 
Hubert  Lemire,  t.  I,p.  496). 
(*)  Histoire  du  ÏÀmbourg,  l.  I,  p.  332. 

Sedem  rcyiam  «  Capilulaire  de  817.  Baluze,t.  I,  p.  589. 


-  3  — 

L'empire  de  Charleinagne  a  été  partagé  entre  les  trois 
fils  de  Louis-le-Débonnaire  ,  Lothaire  ,  Louis-le-Germa- 
nique et  Charles -le -Chauve. 

Lothaire,  l'aîné,  fut  investi  de  la  dignité  impériale.  Une 
partie  du  territoire  lui  assigné  était  située  à  la  rive  gauche 
du  Rhin,  et  comprenait  l'Alsace,  les  bords  de  la  Moselle 
et  les  provinces  qui  se  trouvent  entre  le  Rhin  et  l'Escaut. 

L'empereur  Lothaire,  par  une  charte  de  844  (i),  a 
confirmé  celle  de  779.  Il  s'agit,  suivant  cette  charte,  d'un 
petit  monastère  ,  cellidam{î),  fondé  dans  un  lieu  nommé 
Novo  Castello  (ô)  ;  ce  qui  ne  peut  s'appliquer  à  l'église 
d'Aix-la-Chapelle  (*),  bâtie  avec  tant  de  magnificence  par 
Charlemagne,  aïeul  de  Lothaire. 

Ce  prince  ,  mort  en  855  ,  avait  partagé  son  territoire 
entre  ses  trois  fils.  L'un  d'eux ,  nommé  Lothaire  comme 
son  père,  eut  en  part  les  provinces  situées  à  la  rive  gauche 
du  Rhin.  Ces  provinces  ont  formé  le  royaume  appelé 
Lotharingie  ,  désigné  par  les  historiens  ,  d'abord  sous  ce 
nom,  ensuite  sous  celui  de  Belgique. 

Le  roi  Lothaire  étant  mort  en  869,  son  royaume  fut 
partagé  en  870(0,  entre  ses  deux  oncles,  Charles-le- 
Chauve  et  Louis-le-Germanique.  Chèvremont  était  com- 
pris dans  le  territoire  échu  à  ce  dernier  ( 6  ). 

Louis-le-Germanique,  mort  en  876,  a  eu  pour  succes- 
seur Carloman,  son  fils  aine. 

(  ')  Aubert  Lemire,  1. 1,  p.  337. 

(2  )  «  Abbatiulis  »  (Glossaire  de  Du  Cange,  au  mot  Cella). 

(s)  «  Ceilulam  fundatam  in  loco  nuncupante  Novu  Castello.  » 

(*)  Suivant.  Aubert  Lemire  ,  Novum  Caslellum  est  le  nom  donné  autrefois  à 
la  ville  d'Aix-la-Chapelle;  et  il  fait  la  remarque  que  les  revenus  des  biens  dont  il 
a  été  disposé  par  les  chartes  de  779  et  844,  se  payaient  à  l'église  d'Aix.  L'erreur 
a  été  démontrée  par  M.  Erns». 

(*  )  Aubert  Lemire,  t.  I,  p.  28. 

(  «  )  Louis  reçoit  en  part  l'abbaye  d'Aix,  Abbatiam  de  Aquis,  le  district  d'Aix, 
Dittrictum  Aquense,  qui  s'étendait  jusqu'à  Hervé,  le  district  de  Theux,  Districtum 
Tectis,  qui  a  formé  le  marquisat  de  Franchimont. 


—  4  — 

Louis-le-Bègue  succéda  à  son  père  Charles-le-Chauvi 
mort  en  877.  Il  termina  sa  carrière  en  879,   en  laissant 
trois  fils,  Louis,  Carloman  et  Charles-le-Simple. 

Carloman,  fils  de  Louis-le-Germanique,  mourut  en  880, 
sans  laisser  d'enfants  légitimes.  Son  frère  Charles-le-Gros 
lui  succéda  ;  il  fut  proclamé  empereur  en  882,  et  après 
la  mort  de  deux  des  fils  de  Louis-le-Bègue,  Louis,  en 
882  ,  Carloman  ,  en  884  ,  Charles-le-Gros  posséda  le 
royaume  de  France. 

C'est  l'époque  des  incursions  des  peuples  du  nord  ,  lors 
desquelles  Chèvremont  a  servi  de  refuge. 

Charles-le-Gros  fit  avec  ces  peuples  un  traité  honteux.  Il 
fut  déposé,  et  la  dignité  impériale  conférée  à  Arnould,  en- 
fant naturel  de  Carloman, fils  aine  de  Louis-le-Germanique. 

D'autre  part,  Eudes,  comte  de  Paris,  est  proclamé  roi 
de  France,  en  88S.  Charles-le-Gros  mourut  la  même 
année. 

L'empereur  Arnould ,  qui  avait  remporté  une  victoire 
signalée  contre  les  Normands,  établit  Zwentehold,  son  fils 
naturel ,  roi  de  la  Lotharingie  ,  l'ancien  royaume  de 
Lothaire. 

C'est  dans  ce  royaume  qu'était  situé  Chèvremont,  où 
se  trouvait  une  abbaye  royale.  Le  roi  Zwentebold ,  par 
une  charte  du  11  juillet  897  (i)  concède  au  comte 
Folcbert,  une  terre  de  cette  abbaye,  appelée  Ben  (*); 
Folcbert  cède,  en  contre  échange,  des  biens  que  Zwente- 
bold transfère  à  l'abbaye,  en  remplacement  de  la  terre  de 
Ben{z). 


(•)  Au  second  volume  de  1'inlroduclion  à  l'histoire  des  Gueldres  par  M.  de 
Spaen 

(')  «  Quand.im  villam  ei  nostra  abbatia  capremont  dicta  .  fien  nuncu- 
.  pata.  • 
(3  )  Ad  ipsam  abliatiam  in  vicem  exinde  ville  ren  ,  istas  memornta--  res  su 
■priurii  tradidituus.  « 


Le  royaume  de  Lotharingie  joignait  »le  territoire  entre 
la  Seine  et  la  Meuse ,  demeuré  à  Charles-le-Simple ,  fils 
de  Louis-le-Bègue.  Le  droit  à  la  couronne  lui  était  con- 
testé, car ,  après  la  mort  du  roi  Eudes,  Robert,  frère  de 
ce  dernier,  éleva  des  prétentions  au  trône  de  France. 

L'empereur  Amould,  mort  en  899 ,  eut  pour  sucesseur 
Louis,  son  fils  légitime,  sous  la  domination  duquel  passa 
la  Lotharingie ,  Zwentebold  étant  mort  en  900. 

Louis  a  disposé,  en  faveur  du  monastère  de  Chèvre- 
mont,  par  deux  chartes,  l'une  de  902  (*),  l'autre  de 
910  (2). 

Ce  prince  est  mort  le  21  novembre  911.  Après  lui, 
les  Carlovingiens  cessèrent  de  régner  en  Allemagne. 

II 

Chèvremont  de  911  a  973. 

Plusieurs  contemporains  rapportent,  dans  le  cours  de 
cette  période,  des  événements  relatifs  à  Chèvremont. 

Flodoard,  chanoine  de  l'église  deRheims,  né  en  893 
ou  894,  mort  en  966. 

Liutprandt,  évêque  de  Crémone,  mort  en  972. 

Widukindt,  moine  de  Corbie  en  Allemagne,  qui  floris- 
sait  vers  le  milieu  du  dixième  siècle. 

Le  continuateur  de  la  chronique  de  Réginon  ,  qui 
écrivait  aussi  dans  le  dixième  siècle. 

Après  la  mort  de  Louis,  Conrad,   comte  de  Franconie, 


(  <  )  «  Fratribus  ex  monasterio  capbemons  vocato.  »  (Ernst,  Histoire  du  Lim- 
bourg,  t.  VI.  p.  89). 

(*)  «  Adsubstanliamcanonicorum,  incAPRi-MONTEloco  vocato,  degentium,  * 
(Aubert  Leraire,  t.  I,  p.  253). 


—  6  — 

est  élu  roi  de  Germanie.  Mais  la  Lotharingie  se   soumet 
à  Charles-le-Simple. 

Conrad  meurt  en  919.  Henri  l'Oiseleur,  duc  de  Saxe, 
est  élu  roi  de  Germanie.  Avec  lui  commence  la  période 
des  empereurs  Saxons. 

Alors  Charles-lc-Simple  régnait  en  Lotharingie,  Mais 
son  pouvoir  était  balancé  par  celui  des  grands  feudataires. 

Ceux-ci  possédaient  en  bénéfice  de  grands  domaines. 
C'est  à  ce  titre  que  des  abbayes  étaient  concédées  à  des 
laïcs,  qualifiés  de  Abbacomites  (').  Les  biens  ecclésias- 
tiques étaient  usurpés  par  des  hommes  puissants.  L'abbaye 
de  Saint-Servais  à  Maestricht  en  offre  un  exemple.  L'em- 
pereur Arnould  l'avait  concédée  à  l'archevêque  de  Trêves 
par  une  charte  de  889  (2).  Le  roi  Zwentebold  la  donna 
ensuite  en  précaire,  inprecarianit  au  comte  Régnier  ;  mais 
ce  roi  reconnut,  dans  une  charte  de  898,  qu'il  n'avait  pas 
eu  le  droit  de  faire  cette  concession  ,  et  il  ordonna  de  res- 
tituer l'abbaye  à  l'archevêque  de  Trêves  ( 3 ). 

Après  la  mort  de  Zwentebold,  le  comte  Régnier  envahit 
de  nouveau  l'abbaye  de  Saint-Servais  ;  et  son  fils  Giselbert 
refusa  de  la  restituer. 

L'archevêque  de  Trêves  réclama  auprès  de  Charles-le- 
Simple  ,  se  plaignant  de  ce  que  le  comte  Régnier  et  son 
fils  lui  avaient  enlevé  l'abbaye  par  violence. 

Charles  tint,  au  palais  de  llerstal ,  un  plaid  solennel , 
dans  lequel  siégeaient  cinq  évoques  (*),  treize  comtes  et 
seize  échevins. 

Leur  sentence  ,  en  date  du  13  juin  919  ,  accueillit  la 
réclamation  de    l'archevêque  (b)  ;   et   par  un  diplôme  du 

(  '  )  Glossaire  de  Du  Cange,  à  ce  mot. 

(i)  Aubert  Lemire,  t.  I,  p.  250. 

(  s  )  Ibid.,  p.  252. 

(M  Etienne,  évéque  de  Liège,  était  de  ce  nombre. 

(5)  Aubert  Lcinire,  t.  I,  p.  25a. 


même  jour,  le  roi  ordonna  la  restitution  ae  l'abbaye  (i). 
Mais  Giselbert ,  •  devenu  dac  de  Lotharingie  ,  eut  l'art 
d'éluder  cette  restitution. 

Le  comte  Régnier  avait  un  titre  apparent  lorsqu'il 
s'était  emparé  de  l'abbaye  de  St. -Servais,  le  précaire  du 
roi  Zwentebold.  Mais  Giselbert  n'en  avait  aucun  pour 
envahir  Chèvremont.  C'était,  comme  le  témoigne  la  charte 
de  897 ,  une  abbaye  royale  .  qui  n'avait  pas  cessé  d'être 
l'objet  de  la  faveur  du  chef  de  l'État,  ainsi  que  le  prouvent 
les  chartes  de  902  et  de  910. 

Cependant  Giselbert  se  maintint  dans  Chèvremont,  et 
Charles-le-Simple  voulant  réprimer  cette  usurpation,  mit 
le  siège  devant  cette  place.  Mais  Giselbert  avait  fait  une 
alliance  avec  Robert ,  comte  de  Paris  ,  qui  disputait  à 
Charles  le  trône  de  France.  Robert  envoie  au  secours  de 
Giselbert  son  fils  Hugues  avec  un  corps  d'armée;  ce  qui 
force  Charles  à  lever  le  siège  de  Chèvremont  (2). 

Charles  conduit  son  armée  contre  Robert,  qui  trouve  la 
mort  au  moment  où  la  victoire  semblait  se  déclarer  en  sa 
faveur  (3). 

Henri  l'Oiseleur,  roi  de  Germanie,  avait  profité  de  ces 
circonstances  pour  établir  sa  domination  dans  la  Lotharin- 
gie (4).  Et  tandis  que  Charles-le-Simple  meurt ,  en  929  , 
dans  la  prison  du  comte  de  Vermandois  ,  le  roi  Henri 
donne  sa  fille  Gerberge  en  mariage  au  duc  Giselbert  (5), 
qui ,  avec  l'appui  de  son  beau-père  ,  rentre  en  possession 

(')   Auberl  Lemire,  p.  256. 

(*)  «  Rotbertusfilium  suum  Hugonem  in  regnum  Lotharii  ntiltit  cum  aliquo 
»  Francorum  agmine  propler  Caprœmontem  ,  Gisleberii  castrum  ,  obsidione 
»  liberandum,  quod  Rarolus  premebat  obsessum.  Quo  comperto,Karolus  obsi- 
»  dionem  reliquit,  et  Hugo,  acceptis  obsidibus  à  quibusdam  Lcthuriensibus,  ad 
»  pairem  remeavit.  »  (Flodoard,  annales,  an  9*22). 

(3)  Flodoard,  an  923. 

(  *  )  Continuateur  de  la  chronique  de  Réginon,  an  92». 

(»)  Ibid.,  an  929. 


—  8 


de  Maestricht,  Jupille,  Herstal,  Mersen,  Lith  et  Chèvre- 
mont  ('). 

Charles-le-Simple  avait  laissé  un  fils  Louis  d'Outremer. 
Hugues-le-Grand,  celui  qui,  envoyé  par  son  père  Robert, 
avait  fait  lever  le  siège  de  Clièvremont ,  établit  Louis  sur 
le  trône  de  France. 

Henri  l'Oiseleur,  roi  de  Germanie,  étant  mort  en  936, 
sut  pour  successeur  Othon  I ,  son  fils  aîné. 

Henri ,  fils  puiné ,  dispute  la  couronne  a  son  frère.  Le 
duc  Giselbert,  qui  voulait  se  rendre  indépendant  (*),  em- 
brasse le  parti  de  Henri.  Eberhard  ,  duc  de  Eranconie  , 
entre  dans  cette  alliance. 

La  Lotharingie  se  détache  du  roi  Othon  ,  et  veut  se 
donner  au  roi  Louis  (3).  Othon  se  dirige  vers  cette  con- 
trée, siège  de  la  rébellion.  Giselbert  et  Henri  cherchent  à 
empêcher  le  passage  du  Rhin.  Ils  sont  mis  en  fuite  ,  et 
Othon  parvient  jusqu'à  Chèvremont,  qu'il  assiège  (4). 

Le  roi  Louis  ,  voulant  recouvrer  la  Lotharingie ,  fait 
invasion  en  Alsace.  Othon  abandonne  le  siège  de  Chèvre  - 
mont ,  et  chasse  Louis  de  cette  province  (s). 

De   son   côté  ,  Giselbert  sort  de  Chèvremont  ( 6  ) ,  et 


(  '  )  «  Trajcctum.  Juppilam,  Harstalium,  Marsnam,  Littam,  Capraeniontem.  » 
(Kii-ber,  Historiarum,  lib.  J,  cap.  39). 
(«)  Liutprandt,  lib.  IV,  cap.  20. 
(:')  «  Lolha rieuses  Olhohem  regem  suum  deserunt  ,  et  ad  Ludovicum  regem 

•  veniuni.  »  (Flodoard,  an939). 

(')  «  Quos  res  insequens,    usquead  Caprimontcm  pervenit ,  castcllumque 
■  in  eo  situmfirma  uudupjeobsidionecircurndedit.  •  (Continuateur  de  lléginon, 

•  an  9:59). 

(«)  «  Intérim  Ludnvicus  ,  rex  Galliae  romanx,  filius  Caroli.  consilio  inimico- 

•  rum  régis,  sub  ohteiitu  requirendi  Lotbariensis  rrgni,quod  pater  suus  perdi- 
»  derat .  ANatiam  invasil,  ubi  quseque  poterat  plus  bostiliter  quam  regaliter 

•  gessit.  Ouo  1  rei  Olto  patienter  non  ferens,  Caprimontem  obsidione  ubsoivit, 
»  et  Alsaliam  petens,  Ludovicum  regem  cxpulit.  •  [Ibtd.) 

(•)  ■  Obsessusque  in  urbe  qus  dicitur  Kieurmont.elapsus  indeprofkiscilur.  » 
(Widukindt,  lib.  II,  cap.  2?). 


-  9  - 

vient,  ,  avec  le  duc  Eberhard,  s'opposer,  près  d'Eternack, 
au  passage  du  Rhin  par  les  lieutenants  d'Othon  ,  qui 
lui  amenaient  des  renforts  ('  ).  Mais  la  déroute  des  deux 
ducs  fut  complète.  Eberhard  est  tué  ,  et  Giselbert  ,  en 
traversant  le  Rhin,  se  noie  dans  ce  fleuve  (2). 

Henri  est  consterné  en  apprenant  la  mort  de  ces  deux 
guerriers  (3).  Saisi  de  frayeur,  il  veut  entrer  dans  la 
forteresse  de  Chèvremont.  Il  en  est  empêché  par  sa  sœur 
Gerberge,  veuve  de  Giselbert,  qui  lui  adresse  les  reproches 
les  plus  amers.  »  Voulez- vous  ,  lui  dit-elle  ,  attirer  sur 
moi  tout  l'effet  de  la  colère  du  roi  ?  Je  ne  souffrirai  pas 
que  vous  tiriez  avantage  de  ma  triste  situation  pour  mé- 
nager vos  propres  intérêts  «  (*). 

Ces  reproches  rendirent  Henri  irrésolu.  Ayant  pris 
conseil ,  il  implora  la  clémence  de  son  frère  ( s  ) . 

La  présence  d'Othon  fit  rentrer  la  Lotharingie  sous  sa 
domination  (6).  Il  prit  intérêt  à  son  neveu  Henri  ,  fils  de 
Giselbert,  enfant  de  la  plus  belle  espérance  (7),  qu'il 
confia  au  nouveau  duc  qu'il  avait  nommé.  Mais  Henri 


(*)  Continuateur  deRéjjinon,  an  939. 

(s)  Flodoard,  an  939.  Lintprand,  lib.  IV,  cap.  28.  Widukindt,  lib.  II,  cap.  26. 
Continuateur  de  Ri'ginon,  an  939. 

(s)  Liutprandt,  lib.  IV,  cap.  31. 

(*)  Henricus  denique  régis  fratris  scilicet  sui,  terrore  exanimatus.  in  castel- 
lum  vorabulo  Capraemons,  ingeniis  non  solum  hominum  ,  verum  natura  ipsa 
munitum,  ingredi  voluit.  Quod  soror  ejus,  vidua  videlicet  Gisleberti.  prœnos- 
cens  ,  non  solum  ne  id  facere  posset  prohibuit ,  vrum  hujusmodi  eum  sermo- 
nibus  convenit.  «  Pro!  non  tête  miseriarum  mearum  tedet  ,  quas  conjuge  irite- 
»  rempto  perpetior,  nisi  etiam  meis  te  in  munitionibus  occludendo  régis  iram 
»  super  regionem  hanc  velut  aquam  effundas?  Non  feram.  non  pstiar,  non  sinam. 
»  non  tanta  vecordia  mibi  innata  inierit ,  ut  ex  meis  incommodis  tua  compares 
»  commoda.  »  (Tbid.,  cap.  33). 

(*)  76i'c?.,cap.  34. 

(t>)  «  Otho  rex  in  regntim  Lotbariense  regrediens  ,  peDe  cunctos  ad  se  redire 
»  cogit  Loiharionses.  »  (Fiodoard.  an  939). 

(t  )  «  Nepntem  stium,  filium  Isilberhii,optims  spei  pucrulum,  nomine  Hein- 
»  ricum.»  (Widukindt.  lib.  II,  cap.  2G) 


—  10  — 

in  survécut  guère  à  son  père  ;  il  mourut  en  943('). 
Quant  à  Gerberge  ,  mère  de  cet  enfant ,  elle  se  remaria 
avec  Louis  ,  roi  de  France  (s  ). 

Parmi  ceux  qui  s'étaient  ralliés  au  Gouvernement  du 
roi  Othon,  se  trouvait  le  comte  Imrao,  homme  fort  rusé  , 
accoutumé  à  employer  les  artifices  plutôt  que  la  force  des 
armes  (r>).  Subordonné  auparavant  au  duc  Giselbert,  il 
s'était  mis  en  hostilité  avec  lui  (*) ,  et  l'avait  combattu 
par  adresse. 

Immo,  après  la  mort  du  duc,  s'étant  soumis  à  Othon, 
lui  demeura  fidèle  ,  et  lui  fut  utile  (5).  Le  comte  eut 
bientôt  l'occasion  d'employer  des  manœuvres  qui  lui 
étaient  familières. 

Les  neveux  de  Giselbert  avaient  aussi  fait  leur  soumis- 
sion au  roi  de  Germanie ,  tout  en  gardant  les  positions 
fortifiées  qu'ils  détenaient  (6).  Toutefois  ils  supportaient 
avec  peine  la  domination  des  Saxons.  Chèvremont  était 
alors  occupé  par  Ansfrid  et  Arnould  (7).  Immo  s'adresse 
à  ces  deux  capitaines.  «  Ce  sont,  leur  dit-il,  nos  discordes 
qui  nous  forcent  à  nous  soumettre  aux  Saxons  ( 8  ).  J'ai 
eu  le  tort  d'abandonner  notre  chef  commun  ;  et  je  me 
suis,  au  péril  de  ma  tête  ,  associé  au  Saxon  ;  mais  je  n'eu 
ai  reçu  que  l'outrage  ;   et  il  m'a  imposé  le  joug  de  la 


(i)  //jiV2.,  cap.  33. 

(:)  Flodoard,  an  939.  Widukindt,  lib.  II,  cap.  26.  Continuateur  de  Réginoo, 
an  <J!  >. 

{ =  )  «  Artihus  illius  melius  arbitratus  est  pugnarc  quam  armis.»  (Widukindt, 
lib.  II.  cap.  23). 

(*)   «  Arma  sumil  contra  ducem.  »  (Ibid.) 

1*)  "Se  pantercum  urbe  tradidit ,  ac  demeeps  fidelis  et  utilis  permansil.  » 
[Ibid.,  cep.  27). 

(«0  «  Nepoies qaoque  Isilberhti  servituti  regia>  se  subjieicbant,  urbibus  quas 
»  lenebant  nichilominus  retentis.  »  (Ibid.,  cap.  28). 

(7  )  Kievermont  etiam  ab  Ansfrido  et  Arnaldo  adhuc  lenebatur.  »  (Ibid.) 

(»)  «(Et  nunc  quae  nécessitas  cogit  ut  serviamus  saxonibus  ,  nisi  nostra 
«  discordia.  »  {Ibid.) 


—  ii  — 

servitude  »  («  ).  Ansfrid  et  Arnould  se  défiaient  du  comte 
ïmmo  ;  mais  celui-ci  avait  flatté  leurs  désirs.  Ils  lui  ac- 
cordent l'entretien  qu'il  leur  avait  demandé  pour  se  con- 
certer dans  l'intérêt  commun.  Immo  se  rend  au  lieu 
convenu,  après  avoir  aposté  des  hommes  d'armes  dans 
les  environs  ;  il  fait  Ansfrid  et  Arnould  prisonniers  du 
roi  Othon  (»■),  qui  cependant  finit  par  user  d'indulgence 
à  leur  égard  (5). 

Le  comte  Immo ,  en  prenant  le  parti  d'Othon  ,  ne  né- 
gligeait pas  ses  intérêts.  Il  continuait  les  usurpations  du 
duc  Giselbert.  Il  voulait  même  s'approprier  l'abbaye  de 
Saint-Servais  à  Maestricht  ( 4  ),  qui  n'avait  pas  encore  été 
restituée  à  l'archevêque  de  Trêves.  Un  diplôme  d'Othon  I, 
de  945,  ordonna  cette  restitution  («). 

Chèvremont  était  occupé  par  le  comte  Immo  ,  au  nom 
de  ce  prince,  lequel,  par  une  charte  de  947  ,  concéda 
divers  biens  à  l'abbaye  de  ce  lieu  (t;). 

Alors  Othon  était  veuf.  Ayant  entrepris  une  expédition 
en  Italie  pour  venir  au  secours  d'Adélaïde,  veuve  du  roi 
Lothaire  ,  il  épousa  cette  princesse  en  951. 

Il  ne  tarda  pas  à  porter  son  attention  sur  la  Lotharingie. 


{  k  )  «  Nostrum  communem  dominum  deserui  .  et  Saxoni  me  periculo  capitis 
»  mei  sociavi:  modo  ,  ut  scitis  ,  pro  merito  honore  eonlumelia  ab  eo  offectus, 
»  armis  circundatus,  pêne  ei  libero  servus  factus  sum.  »  {Ibid.) 

{i)  «  Ac  ï I le  armatos  habens  locis  oportunis  absconditos,  dolo  ambos  cepit, 
»  et  subcustodia  régi  destinavit.  »  (Ibid). 

(3)   Ibid. 

{ *  )  «  Illuc  etiam  a  Trajectensibus  clericis  corpus  sancti  Servatii  asportatum 
•  est,  ob  multimodas  sibi  ab  Immone  comité  illatas  injurias.  »  (Continuateur  de 
Réginon,  an  944). 

I5)  Aubert  Lemire,  t.  I.  p.  259, 

(  «  )  «  Ad  stipendia  fratrum  in  loco  Kevermont.  »  (Ibid.,  p.  504). 

Une  église  construite  dans  la  terre  de  ren  ,  pays  de  Hainaut.  est  comprise 
dans  les  biens  concédés.  «  Ecclesiam  unam  in  villa  Ren.  constructam  in  pago 
p  Heinigowe.  »  Cette  terre.qui  appartenait  à  l'abbaye  de  Chèvremont,  avait  été 
concédée  au  comte  Folcbert,  par  la  charte  du  11  juillet  897. 


12   - 


En  953,  il  en  confia  le  Gouvernement  à  son  frère  Brunon, 
archevêque  de  Cologne  (  '  ). 

Il  y  eut  en  France  un  changement  de  règne.  Louis 
d'Outre-Mer,  mort  en  954,  eut  pour  successeur  Lothaire, 
son  fils  aine.  Hugues  le-Grand   termina  sa  carrière  en 


956. 


Brunon  s'appliquait  alors  à  maintenir  la  Lotharingie 
sous  la  domination  de  son  frère.  Il  la  divisa  en  deux 
gouvernements,  la  Lotharingie  inférieure  et  la  Lotha- 
ringie supérieure.  Celle-ci  ,  qui  comprenait  le  terri- 
toire aux  bords  de  la  Moselle,  s'appelait  aussi  Mosellane. 
Le  comté  de  Frederick,  frère  de  l'évêque  de  Metz,  en 
faisait  partie.  Frederick  avait  épousé  Beatrix,  fille  de 
Huçmes-le-Grand.  Il  avait  élevé  une  forteresse  dans  un 
lieu  nommé  Fa/iis,  appelé  depuis  Bar -le -Bac-,  ce  que 
Louis,  roi  de  France,  avait  vu  avec  déplaisir  ("") .  Brunon 
institua  Frederick  duc  de  la  Lotharingie,  en  le  subordon- 
nant à  son  autorité  (°). 

C'est  alors  que  le  comte  Immo  se  sépara  de  Brunon. 
Partisan  d'Othon  I,  ce  comte  s'était  concilié  la  faveur  de 
Brunon,  dont  il  était  l'un  des  principaux  conseillers.  La 
destruction  des  forteresses  entrait  dans  le  système  de 
Brunon,  qui  voulait  soumettre  les  feudataires  à  de  nou- 
velles charges.  Immo  se  retire  du  conseil;  il  excite  les 
peuples  de  la  Lotharingie  contre  le  gouvernement  du  frère 
d'Othon  (*).  Pour  organiser  la  résistance,  il  fait  alliance 
avec  le  comte   Robert.    Celui-ci  fortifie  Namur.    Immo 


(t  )  Floduard,an953. 

(  "■)   Ibid.,  an  931. 

[s)  Ibid.,  an  959. 

(  '  )  o  Lolharienses  à  dure  Brunune  desciscunt ,  suadente  quodam  Immoiie  , 
)>  qui  ejus  pridem  ronsiliarius  extiterat  ,  ot  ab  eo  nuper  recesserat ,  propter 
»  oppida  qusdam  ipsorum  novitia,  qua.-  idem  dux  everti  prsecipiebat ,  aliaque 
ra  ipsis  insueta,  quae  illis  imponere  vclle  ferebatur.  »  {fbtd.\ 


—  13   - 

approvisionne  Chèvremont,  que  Brunon  se  hâte  d'assié- 
ger ;  mais  il  trouve  les  alentours  de  cette  place  épuisés  , 
tandis  que  les  assiégés  avaient  des  vivres  en  abondance. 
Brunon  retourne  à  Cologne,  après  avoir  accordé  une 
trêve  (  '  ). 

Eracle  qui  occupait  à  cette  époque  le  siège  épiscopal 
de  Liège,  était  un  prélat  aussi  habile  qu'instruit;  le 
danger  du  voisinage  de  Chèvremont  ne  pouvait  échapper 
à  son  attention.  C'était  l'une  des  principales  forteresses 
de  la  Lotharingie  inférieure,  d'autant  plus  importante 
qu'elle  était  peu  éloignée  de  la  ville  royale  d'Aix-la- 
chapelle.  Une  forteresse  de  la  Lotharingie  supérieure 
n'avait  pas  moins  d'importance  ,  celle  de  Luxembourg  , 
qui  appartenait  au  monastère  de  Saint-Maximin  à  Trêves. 
Brunon  veilla  à  ce  qu'elle  ne  fut  confiée  qu'à  des  feuda- 
taires  sur  la  fidélité  desquels  il  pouvait  compter. 

Godefroid,  comte  de  Verdun,  dans  le  comté  duquel 
Luxembourg  était  situé  ,  avait  un  frère  puiné  nommé 
Sigefroid.  C'est  à  celui-ci  que,  par  un  acte  d'échange  de 
Ù63,  le  monastère  de  Saint-Maximin  a  cédé  le  château  de 
Luxembourg.  Cet  échange  s'est  fait  avec  l'autorisation 
de  Brunon,  et  du   consentement  du  duc  Frederick  (2). 


(')  «Quidam  Brunonis  hostium  ,  Rotbertus  nomine,  Namuurum  castrum 
«  rnuniebat;  aller  immo  munitionern  quam  dicunt  Caprœmontem.  Ad  cujus 
»  obsidionein  properans  Bruno  ,  loca  circumquaque  rébus  eiliausta  repperit , 
,  sicque  alimentis  auundantem  obsidit  hoslem.  Datis  ergo  treugis,  Coloniam 
»  ingreditur.  »  (Ibid.,  an  960). 

(S)  «  Castellum  quod  dicitur  Luzilinburch....  Posita  est  hœc  eadem  munilio 
»  in  pago  Metingow ,  in  comitatu  Godefridi  comitis,  super  ripam  Alsuntiœ  flu- 
»  minis  u  <■  \ubert  Lemire,  t.  1,  p.  142) 

On  ne  connaît  pas,  dit  Bertholet,  l'assiette  du  pays  Metkingovien  ;  on  conjec- 
ture qu'il  était  du  coté  de  Metz   (Histoire  du  Luxembourg,  t.  II,  p.  15). 

Suivant  de  Hontheim  ,  ce  district  ou  pagns  avait  été  distrait  d'un  plus  grand. 
Il  comprenait  un  leiritoire  avoisinant  Luxembourg.  (Histoire  de  Trêves,  t.  I, 
p.  56).  Une  charte  de  9f>0  désigne  ce  district  comme  étant  soumis  au  comte 
Godefïoid  :  «  Cui  Godefridus  cornes  prœesse  videtur.  i>  (Ibid.,  p.  291). 

4 


Brunon  a  terminé  sa  carrière  en  9G5. 

La  reine  Gerberge  s'étant  réconciliée  avec  son  frère 
Othon,  son  fils  le  roi  Lothaire  épousa  Emma,  fille  du 
premier  mariage  de  l'impératrice  Adélaïde!1). 

Ce  fut  avec  l'assentiment  de  son  frère,  que  Gerberge 
disposa,  en  laveur  du  monastère  deSaint-Remi  à  Rheims, 
par  une  charte  de  9GS,  du  domaine  de  Meersen  et  de  ses 
dépendances.  Le  comte  Immo  est  intervenu  à  cette 
charte  (*). 

Ce  comte  était  encore  redoutable  lorsque  l'évêque 
Eracle  accompagna  l'empereur  Othon  I  dans  une  expédi- 
tion en  Italie. 

Les  Liégeois  avaient  intérêt  à  ce  que  Chèvremont  ne 
restât  pas  au  pouvoir  du  rusé  comte.  La  charte  dans 
laquelle  Othon  I  a  fait  un  acte  de  la  puissance  impériale, 
nostra  imperiali  poientia ,  leur  donnait  un  voisin  moins 
dangereux.  Cette  charte  a-t-elle  été  octroyée  du  vivant 
d'Eracle  ;  cela  dépend  de  la  date,  qui  est  incertaine.  Il  y 
a  cependant  lieu  de  croire  que  ce  prélat  ne  demeura  pas 
étranger  à  la  concession  que  fit  ce  prince  à  l'église  d'Aix- 
la-Chapelle,  de  l'abbaye  de  Chèvremont  et  de  ses  dépen- 
dances (*). 

La  charte  a  été  donnée  à  Pavie  ;  elle  porte  la  date  du 
Tr  août.  Mais  le  millésime  ne  concorde  pas  avec  l'année 
du  règne.  Le  millésime  est  972.  L'année  du  règne  est  la 
trente-troisième  ,  laquelle  se  rapporte  à  l'an   9G9.  Une 


(i)  Flodoard,  an%f>. 

(?)  aCuoi  consilio .  pietate  quoque  ac  benipno  assensu  Ollionis  imperatoris 
u  4ugusti  ....  Adslantibus  etiam,  imo  collaudantibus  Gcrardo  ,  Tulli'nsi  epis- 
alque  comitibus  Emmone  et   Ansfrido  ,  nnnnullisque  aliis   nobilibus 
»  (Aubert  Lemire,  t.  I,  p.  48). 
Au  nombre  des  dépendances  de  Meersen  ,  sont  Lith  et  Angleur  ,  qui ,  dans  la 
suite,  'mi  f.iii  partie  île  1  Etat  de  I.iege. 
(•>)  Aubert  Lemire,  t.  I,  p.  50C. 


-  45  — 

charte  d'Othon,  de  97 1 ,  est  datée  de  Magdebourg  (  '  )  ;  ce 
qui  porte  à  croire  que  ,  dans  la  charte  datée  de  Pavie  , 
l'indication  de  l'année  du  règne  est  la  seule  qui  soit  exacte. 

Eracle  était  de  retour  à  Liège  en  970.  Le  comte  Immo, 
l'homme  le  plus  retors  de  son  époque  ,  avait  résisté  à 
l'archevêque  Brunon,  lorsqu'il  avait  voulu  porter  atteinte 
aux  forteresses  des  feudataires.il  voyait,  sans  doute,  avec 
déplaisir  que  l'on  cherchât  à  faire  intervenir  la  puissance 
impériale  pour  disposer  de  Chèvremont  ;  et  il  est  permis 
de  croire  que  le  rusé  comte  ne  resta  pas  étranger  aux 
vexations  que  souffrit  Eracle  de  la  part  des  hommes 
d'armes  qui  avaient  envahi  les  domaines  de  son  église  (a). 

L'évêque  Eracle  est  mort  en  971. 

Othon  I  est  mort  en  Thuringe  ,  le  7  mai  973.  Il  a  été 
enterré  dans  l'église  de  Magdebourg. 

III 

ÉVÉNEMENTS     DU     TEMPS     DE    NOTGER  ,    D'APRES      LES 
CONTEMPORAINS . 

Notger  ,  qui  avait  succédé  en  972  à  l'évêque  Eracle  , 
était  contemporain  d'Adalberon  et  du  célèbre  Gerbert. 
C'est  dans  la  correspondance  de  ceux-ci  qu'il  est  fait  men- 
tion du  siège  de  Chèvremont  en  986  (3). 

Adalberon  était  le  fils  de  Godefroid,  comte  de  Verdun, 
et  le  neveu  de  Sigefroid  qui,  en  963,  avait  fait  l'acquisi- 
tion du  château  de  Luxembourg.  Adalberon  devint  arche- 


(M  Aubert  Lemire,  t.  I,  p.  343. 

(*)  «  Quamvis  innumeiis  premeretur  molestiis,  et  multa  familiaris  rei  an- 
»  gustia,  quippe  qui  a  viris  militaribus  episeopio  appenditiis  privatusessetvil- 
»  lis.»  (Anselme,  cap.  24). 

(*)  D.  Bouquet,  t.  IX,  p.  290.  n«  58  et  59.  Suivant  une  autre  série,  u*  102  et 
103.  Les  lettres  de  Gerbert  sunt  ici  citées  d'après  cette  autre  série. 


-   16  - 

vêque  de  Rheims  en  969  (i).  Il  avait  un  frère,  nomme 
Godefroid  comme  leur  père  ,  dont  le  fils,  nommé  Adalbe- 
ron,  comme  son  oncle,  était  évoque  de  Verdun. 

Gerbert ,  l'homme  le  plus  savant  de  son  époque  ,  était 
originaire  de  l'Auvergne.  D'abord  moine  à  Aurillac  , 
il  fut  ensuite  abbé  de  Bobbio  ,  dans  la  Lombardie. 
Adalberon  lui  confia  la  direction  des  écolesde  Rheims.  C'est 
alors  que  Gerbert  a  prêté  sa  plume  aux  principaux  person- 
nages de  son  temps.  Il  a  été  le  précepteur  du  roi  Robert, 
rilsde  Hugues  Capet,  et  celui  de  l'empereur  Othon  III.  Il 
fut  ensuite  archevêque  de  Rheims.  Devenu  pape,  en  999, 
sous  le  nom  de  Sylvestre  II,  il  est  mort  en  1003.  Gerbert 
était  archevêque  de  Rheims  ,  lorsque  son  disciple  Richer, 
moine  de  l'abbaye  de  Saint-Remi ,  lui  adressa  son  livre 
d'histoire  (-). 

Les  lettres  de  Gerbert  ont  rapport  aux  événements  qui 
ont  suivi  la  mort  d'Othon  I T  auquel  succéda  Othon  II  y 
né  de  son  mariage  avec  la  reine  Adélaïde.  Othon  II  avait 
épousé  Théophanie,  nièce  de  l'empereur  d'Orient. 

Lothaire,  qui  régnait  alors  en  France,  conçut  le  projet 
de  s'emparer  de  la  Lotharingie  ,  appelée  Belgique  par 
le  moine  Richer.  L'armée  française  pénétra  jusqu'à  Aix- 
la-Chapelle  ,  où  Othon  II  fut  sur  le  point  d'être  fait  pri- 
sonnier (J).  Othon  prit  sa  revanche  ;  il  conduisit  son  armée 
jusqu'aux  portes  de  Paris  (*  ).  La  paix  ayant  été  faite  entre 
ces  deux  princes,  Charles,  frère  de  Lothaire,  fut,  en  977, 
institué  par  Othon,  duc  de  la  Lotharingie  inférieure. 


(')  Richer.  Hittoriarum,  lib.  3,  cap.  25. 

(î)  Domino  ac  beatissimo  pairi  ,  Gerberto  ,  Remorum  archiepiscopo, 
«  Riclicrus  Monachus.  »  (Prologue.) 

Richer  annonce  qu'il  a  puisé  dans  le  livre  de  Flodoard.  «  Ex  quodam  Flo- 
»  doanli  presbyteri  Bemensis  libelle,  me  aliqua  sumpsisse  non  abuuo.  »  (Ibid  ) 

P)  Richer,  lib.  3.  cap.  C8. 

[  *  )   Ibid  ,  cap.  74. 


—  17  — 

L'évêque  Notger  n'avait  pas  alors  l'influence  qu'il  a 
exercée  dans  la  suite,  car  le  diplôme  qu'il  obtint  d'O thon 
II  ,  le  6  janvier  981  ('),  ne  contient  que  la  confirmation 
des  chartes  accordées  à  l'église  de  Liège  par  les  prédéces- 
seurs de  ce  prince. 

Othon  II,  mort  le  9  décembre  983,  eut  pour  successeur 
son  fils  Othon  III,  alors  âgé  de  trois  ans.  Le  duc  Henri  (2), 
cousin  germain  d' Othon  II ,  s'empara  de  la  personne  du 
jeune  prince  ;  son  but  était  d'usurper  la  couronne.  Pour  y 
parvenir  ,  il  cherche  à  associer  à  son  dessein  le  roi  Lo- 
thaire  ;  la  cession  de  la  Belgique  devait  être  le  prix  de  la 
coopération  de  celui-ci  (3).  Henri  et  Lothaire  sont  d'accord 
de  se  rencontrer  sur  les  bords  du  Rhin,  dans  un  lieu  con- 
venu (4). 

Gerbert  est  instruit  du  complot ,  et  sa  démarche  fait 
voir  le  crédit  que  Notger  avait  acquis.  C'est  à  ce  prélat 
qu'il  s'adresse  (s),  afin  de  prendre  des  mesures  pour  le 
déjouer.  Il  lui  désigne  le  lieu  du  rendez-vous  ;  c'est  à 
Brisach  ,  sur  la  rive  du  Rhin  («).  Il  lui  indique  le  jour  ; 
c'est  le  1er  février  9b4  (7).  Avisez  ,  dit-il  à  Notger,  aux 
moyens  de  résister  (  *  ).  Il  lui  marque  le  motif  qui  le  porte 
à  s'intéresser  au  sort  du  fils  d'Othon  ;  ce  sont  les  bienfaits 
qu'il  a  reçus   du  père  (9).  Je   connais  ,   ajoute-t-il  ,   le 


(!)  Chapeauville  ,  t.  I  ,  p.  209.  Aubert  Lemire,  1. 1,  p.  50. 

(*)  Richer  l'appelle  flczilo  ;  mais  le  degré  de  parenté  qu'il  indique,  désigne 

le  duc  Henri  :  •  Kegis  paulo  ante  defuncti  patruelis.  »  (Lib.  3,  cap.  97.) 

(»  )  «  Quod  duin  a  Lothario  expetendum  cogitaret,  eumque  coucessa  Belgica 

»  sibi  sociutii  et  amicum  facere  moliretur.  »  (Ibid.) 

!*)Super  ilhenum  loco  constituto  sibi  occursuros.»  (Ibid.) 

(5)   «  Ad  Nolegarium  episcopum  Leodiensem.  (Epist.  39) 

(b)    «  Germanum   Uiisaca   Rlieuani   liitoiis  ,  Fraucoium  reges  (  clam  tiune 

»  adi-unt.  »  (Ibid.) 

(  ')  «  Henricus  reip.  hostis  dictus  Kal.  febr.  occurrit.  »  (Ibid.) 
(8  )  «  Consule  ,  rai  paler,  modis  omnibus  resisteudum.  »  (fbid.) 
(»)  a  Ego  quidem,  cui  ob  bénéficia  Ottonis  est  multa  fides,  circa  herilero 

filium  sic  protinus  delibero.  »  (Ibid.) 


—  18  - 

d<  --iin  secret  de  Henri  et  l'impétuosité  des  Français  (1). 
Son  but  ne  m'est  pas  ignoré  (*).  Craignez  que,  s'il 
prend  part  au  Gouvernement  de  l'État,  vous  ne  puissiez 
ensuite  l'en  exclure  (3). 

Notger  sut  profiter  de  l'avis  lui  donné  par  Gerbert. 
L'intérêt  de  ce  prélat  était  d'accord  avec  ses  affections. 
Les  princes  allemands  avaient  à  craindre,  comme  lui,  que 
la  Belgique  ne  fût  cédée  au  roi  de  France.  Il  se  forma  un 
parti  puissant  contre  le  duc  Henri. 

Lothaire  ,  traversant  la  Belgique  avec  son  armée,  vint 
sur  la  rive  du  Rhin  ,  au  lieu  convenu  (*).  Mais  Henri  . 
craignant  de  devenir  suspect  aux  princes  allemands  , 
s'abstint  de  s'y  rendre  (5).  Lothaire,  se  voyant  joué, 
retourna  sur  son  territoire  ,  non  sans  de  grandes  diffi- 
cultés ,  les  Belges  ayant  constamment  harcelé  son  armée 
dans  sa  retraite  (c). 

Le  duc  Henri  dut  renoncer  à  ses  prétentions.  Le  jeune 
Othon  fut  remis  à  sa  mère  l'impératrice  Théophanie  , 
chargée  de  la  régence  conjointement  avec  l'impératrice 
Adélaïde,  aïeule  de  ce  prince. 

L'influence  de  Notger  n'avait  fait  que  s'accroître.  La 
charte  qu'il  obtint  en  9S4  (7),  ne  se  borne  pas  ,  comme 
celle  de  981  ,  à  confirmer  un  état  de  choses  existant  ;  elle 

(M  a  Novimus  Henrici  a*ta  concilia  .  Franrorum  impetum.  »  [Ibid.) 

(i)  Scd  quem  fiuem  habeal  non  ignoramus.  »  (Ibid.) 

(5  )  «  Ne  cousoriein  regni  t'acias  quein  semel  admissum  repellere  nequeas.  • 
[Ibid.) 

(*)  Lotharius  lempore  statuto  cum  exercitti  per  Belgicam  transicns  ,  ad  lo- 
»  cum  Bheni  condietum  devenit.  »  (Richer,  lib.  3.  <;ap.  98.) 

i 5)  •  Hezilo  sesc  metuens  in  suspitionem  principuni  venire  si  Lotliario  oc- 
un  in  reguiMn  recipere  vellel,  perjuru  reus,  occurrete  distu- 
■  lit. .  (l'H.s 

(«)  o  Lotharius  se  illusum  advertens  rediit ,  non  tami-n  ïiuc  difficilis  laboris 
•  incnmmodo.  >•  [Ibid.) 

i  -  )  Chapeau*  illft.  i.  I .  p.  215  F'^cn,  Historia  ecclesiœ  Leodtensis  ,  t.  I,  p.  l&ï 
et  163.  Auberi  :  emire,t. IF,  p. 801. 


—  \9  - 

renferme  des  concessions  importantes  en  faveur  de  l'église 
de  Liège. 

Les  dissensions  entre  les  princes  et  le  duc  Henri 
n'avaient  pas  cessé  tout  d'abord  ,  et  le  jeune  âge  d'Othon 
l'empêchait  de  régner  (  «  ).  Le  roi  Lothaire  crut  l'occasion 
favorable  pour  reprendre  son  projet  d'envahir  la  Belgique. 
Il  s'en  ouvre,  en  secret ,  aux  comtes  Othon  et  Héribert, 
qui  lui  conseillent  de  commencer  par  s'emparer  de 
Verdun  (*).  Cette  ville,  après  un  siège  de  huit  jours, 
ouvre  ses  portes  à  Lothaire  (3  ). 

Pendant  que  ce  Prince  délibère  s'il  portera  ses  armes 
plus  loin,  les  Belges,  sous  la  conduite  du  duc  Théodoric  (*), 
reprennent  la  ville  de  Verdun.  Godefroid  et  Sigefroid 
étaient  au  nombre  des  chefs  de  cette  expédition  (5). 

La  nouvelle  en  étant  parvenue  à  Lothaire,  il  vint  atta- 
quer Verdun  avec  dix  mille  combattants  (e).  La  ville 
s'étant  rendue,  il  accorda  la  vie  sauve  à  ses  ennemis  (7  ), 
retint  les  chefs  prisonniers  et  permit  au  reste  de  l'ar- 
mée de  retourner  dans  ses  foyers  ( 8  ). 

Les  hostilités  étaient  commencées.  Tandis  que  l'impé- 
ratrice Théophanie  rassemble  son  armée  pour  s'opposer  à 
Lothaire,  Gerbert  cherche  à  la  seconder  en  encourageant 
les  fils  du  comte  Godefroid  à  ne  pas  laisser  ébranler  leur 


f  i  )  «  Hac  lempestate  Germania  nullo  régis  imperio  tenebatur,  quippe  cuni 
»  et  Ou  Oiiem  infantem  anatis  infirmitas  regnare  prohiberet ,  et  liez i Ion i,  re- 
"  gnandi  cupido,  a  poiioribus  regnum  conCradicerelur.  •>  (Hicher  ,  lib.  3,  cap. 
99.) 

(*)  /oui,  cap.  100. 

(s)   Ibid.,  cap.  101. 

(  *)   Fils  du  duc  Frederick  ,  auquel  il  avait  succédé. 

(s)  Ibid.,  cap.  103. 

(u)   Ibid, ,  cap.  104. 

(ï)  /6ïd.,cap.  105. 

(s)  Ibid. ,  cap.  108. 


—  20  — 

à  l'empire  par  la  captivité  de  leur  père  (1).  En 
même  temps  il  s'adresse  à  Notger,  afin  qu'il  s'intéresse 
tuprès  de  l'impératrice  Théophanie,  au  sort  du  comte 
Godefroid,  ami  de  ce  prélat  ('). 

Gerbert  ne  néglige  aucune  démarche.  Le  22  mars  9S5, 
il  se  rend  auprès  des  comtes  Godefroid  et  Sigefroid  avec 
lesquels  il  a  un  entretien  dû  à  la  bienveillance  des  comtes 
Othon  et  Héribert ,  à  la  garde  desquels  les  deux  captifs 
étaient  confiés  (:').  Il  en  donne  avis  à  l'impératrice 
Théophanie,  en  lui  faisant  valoir  leur  fidélité.  Il  lui 
expose  combien  peut  remédier  à  leur  malheur  la  concorde 
des  princes  qui  lui  étaient  subordonnés  (*). 

Tous  les  efforts  devaient  être  réunis,  car  le  roi  Lo- 
thaire  n'avait  pas  abandonné  son  projet  de  s'emparer  de 
la  Belgique.  Il  garda  la  ville  de  Verdun  jusqu'à  son  der- 
nier soupir  (5).  En  attendant  l'occasion  favorable  pour 
étendre  les  limites  de  son  royaume,  il  voulut  tirer  parti 
des  princes  captifs  (*).  La  forteresse  de  Luxembourg  ap- 
partenait à  ceux-ci.  Elle  avait  été  acquise  par  Sigefroid  ; 
mais  elle  se  trouvait  dans  le  comté  de  Godefroid ,  qui  en 
avait  le  commandement.  Tandis  que  Sigefroid  fut  mis  en 
liberté  ( 7  ) ,  la  condition  de  remettre  Luxembourg  et  de 


f  )  «  Sentiant  in  vobis  bosies  non  se  lotum  cepisse  Godefridum.  «  Epist. 
47.) 

[i  )  Epist.  49. 

(  »  )  Epist.  51i 

(*)  «  àcii  (juia  principum  dissensio  inlerilus  rcgnorum  est,  principum  vcs- 
»  trurum  concordia  remedium  lantorum  malorum  nobis  fore  videlur    «  (Epist. 

(*  )  «  L'rbcm  Virdunum  usque  in  (item  vii.x  ejus  supremum,  abaque  nlla  refra- 

-  galioneobtinuit.  ■  (Uicher,  lib.  3,  cap.  108.) 

(6)  «  Disponebat  prsterea  quomodo  ulicri-is  procedendo ,  regnumsuum  di< 

-  laiarct ,  cura  rcs  sux  successum  optimum  bobcrcnl,  regnique  fortune  pev 
■  captoa  primates  id  persuaderet  »  (  Ibid.) 

T  l  «  Sigiliriiius  cornes  ad  sua  rediit.  »  (Gerbert  ,  epist.  60.) 


_  21  - 

renoncer  au  comté  de  Verdun  fut  imposée  à  Godefroid  , 
ainsi  que  la  renonciation  de  son  fils  à  l'évêché  ('). 

Ces  conditions  étaient  trop  dures,  pour  être  acceptées 
par  le  comte  Godefroid.  La  paix  seule  pouvait  amener  la 
fin  de  sa  captivité  ;  et,  dans  ce  but,  l'archevêque  Adalbe- 
ron,  son  frère,  recourut  à  l'intervention  de  la  duchesse 
Béatrix,  veuve  du  duc  Frederick  (*).  Il  s'adressa  aussi 
à  Notger ,  en  lui  exposant  que  le  comte  Godefroid  avait 
mis  en  lui  son   espoir  (s) 

Notger  jouissait  alors  d'un  grand  crédit  auprès  de  l'im- 
pératrice Théophanie.  C'est  à  la  demande  de  cette  prin- 
cesse, qu'une  concession  importante  lui  fut  accordée  par 
une  charte  du  5  juin  985  (*). 

L'archevêque  Adalberon  n'était  pas  parvenu  au  but 
qu'il  voulait  atteindre  ,  lorsque  la  mort  du  roi  Lothaire, 
arrivée  le  2  mars  986  ( s  ),  mit  fin  au  projet  de  ce  prince  (6). 
Alors  le  comte  Godefroid  était  le  seul  qui  n'eut  pas  été 
délivré  de  la  captivité  (7).  Cependant  l'archevêque  n'a- 
vait pas  épargné  les  démarches.  Le  28  février  9S6 ,  il 
avait  eu  un  entretien  avec  les  comtes  Otton  et  Héribert , 
pour  traiter  de  cette  délivrance.  Il  en  informe  l'impéra- 


(l)  «  Godefridus  cornes,  si  Castrilucium  cum  llainao  Reniero  redderet,  seque 
»  filiumque  suum  comitatu  ac  episcopatu  privaret  Virdunensi  ;  de  relique-  inle- 
»  gram  fidem  Francorum  regibus  exhiberet,  datis  obsidibus  fortassisad  sua  re- 
»  meare  valeret.  »  (Epist.  60.) 

Castrilucium,  c'est  l'ancien  nom  de  Luxembourg.  (Berlholet ,  Histoire  du 
Luxembourg  ,  t.  II,  p.  428.) 

(i)  Epist.  62, 63  et  64. 

(»)  Epist.  66. 

(*)  a  Dilectissima  mater  nostra  Theophania  imperatris  flendum  petebat.  » 
(Chapeauvilie,  t.  I,  p.  215.  Aubert  Lemire  ,  t.  I,  p.  51). 

(s)  Gerbert,  epist.  72  et 73. 

(6)  «  Sed  divinitas  res  mundanas  determinans  ,  et  Belgis  requiem  ,  et  huic 
•  regnanli  fiuem  dédit.  »  Kicher,  lib.  III,  cap.  108. 

(7  )  «  Lotharienses  dudum  capti  omnes  elapsi  sunt ,  prseter  comitem  Gode- 
»  fridum,  dequo  inbrevi  meliora  sperantur.  •  (Epist.  7-). 


—  22  — 

triée  Théophanie,  en  lui  annonçant  que  Gerbert  et  Ré- 
gnier, le  principal  officier  de  l'archevêque  ,  ne  pour- 
ront aller  à  Nimègue  ,  où  elle  les  attendait  ;  mais  que, 
pour  se  rendre  à  Cologne,  il  leur  faudra  un  guide  sûr  (  '). 

Gerbert  ne  restait  pas  étranger  aux  mouvements  de 
l'armée  impériale.  Mais  il  s'exprime  là  dessus  avec  une 
grande  réserve.  Le  roi  Louis  avait  succédé  à  son  père 
Lothaire,  et  il  inspirait  de  l'inquiétude.  En  écrivant  à 
l'abbé  d'Aurillac,  Gerbert  dit  que  l'impératrice  Théopha- 
nie lui  avait  ordonné  de  partir  avec  elle,  le  25  mars  986, 
pour  se  rendre  en  Saxe.  La  milice  de  Bobbio  devait  le 
joindre.  Je  ne  sais ,  ajoute-t-il  ,  si  l'expédition  d'Ita- 
lie aura  lieu  avant  l'automne,  ou  si  nous  demeurerons  en 
Germanie,  afin  d'augmenter  les  forces  contre  le  roi  Louis, 
s'il  ne  se  tient  pas  en  repos.  L'événement  nous  appren- 
dra bientôt  ce  que  nous  devons  attendre  de  lui  (*). 

Le  roi  Louis  accusait  l'archevêque  Adalberon  d'avoir 
trahi  son  père  (*).  Il  dirigea  son  armée  contre  la  ville  de 
Rheims;  mais,  sur  l'avis  de  son  conseil,  il  s'arrêta,  et  il 
envoya  demander  à  l'archevêque  s'il  avait  l'intention  de 
lui  résister,  ou  bien  s'il  voulait  se  justifier  (*). 

Le  territoire  de  Rheims  était  aussi  un  but  aux  atta- 
ques des  comtes  Otton  et  Héribert,  demeurés  fidèles  à  la 
reine  Emma ,  veuve  de  Lothaire.  Ceux-ci  demandent  à 
l'archevêque  Adalberon  d'avoir  un  entretien  avec  lui;  ce 
que  Gerbert  lui  conseille  d'accepter  (s)  ,   en  lui  recom- 

(i)  Epist.  90. 

(t)  «  Nec  salis  sciam  utrum  eicrcitum  antc  autumnum  in  Ilaliam  deducam, 
n  su  inGertnania  demoremur, ut  quam  plurimas  copias  contra  Ludovicum  regem 
»  Fraacorum.  nisi  quieverit  ,  comparemus,  qui  amicis  inquietissimus ,  perni- 

ciosissim  s  hostibus  non  multuru  mquietus,  quis  sit ,  quid-iue  de  eo  iutelligi 
,  oporteat,  veloi  exitus  comprobabit.  •  (Epist.  91}. 

(•)   Huiler,  lib.  IV,  cap.  2. 

(*)  Ibid.,c»p.  K. 

(5)  Gerbert,  epist.  93. 


-  23  — 

mandant  de  prendre  des  mesures  pour  éviter  d'être  sur- 
pris, et  d'avoir  soin  de  renforcer  les  garnisons  de  Mouzon 
et  de  Mezières  (1).  La  position  des  deux  comtes  était 
difficile,  la  reine  Emma  ayant  vu  son  fils  Louis  se  décla- 
rer contre  elle  (  *  ) . 

L'événement  fit  voir  combien  la  présence  de  l'impéra- 
trice Théophanie  et  les  armements  de  cette  princesse  avaient 
fait  impression  sur  le  roi  Louis.  Le  comte  Godefroid  avait 
dû  céder  une  partie  de  son  territoire  pour  sa  rançon  ; 
mais  la  ville  de  Verdun  fut  rendue  à  l'empire.  C'est  ce 
que  Gerbert  annonce  à  l'archevêque  de  Trêves,  en  ajou- 
tant qu'il  ne  sait  ce  que  fera  l'impératrice ,  ni  si  l'armée 
saxonne  retournera  dans  son  pays  (5). 

Cette  princesse  n'était  pas  partie  pour  la  Saxe,  et 
Gerbert  continuait  de  veiller  à  ses  intérêts.  Il  eut  bientôt 
l'occasion  de  s'en  occuper.  La  duchesse  Béatrix  n'avait 
pas  cessé  de  s'interposer  pour  amener  la  paix.  Le  29  mars 
9S6,  elle  obtint  que ,  le  25  mai  suivant ,  l'impératrice 
Adélaïde  et  le  duc  Charles  se  rencontreraient  à  Monfalcon, 
avec  le  roi  Louis,  la  reine  Emma  et  le  duc  Henri.  Charles 
était  l'oncle  du  roi  Louis.  Adélaïde  était  l'aïeule  de  ce 
dernier  et  d'Othon  HT.  On  voulait  traiter  de  la  paix  à 
l'insçu  de  la  mère  de  celui-ci.  Il  faut  prévenir  cette 
manœuvre,  dit  Gerbert,  en  écrivant  à  l'archevêque  de 
Trêves;  car  la  paix  ne  peut  se  faire  que  par  l'impératrice 
Théophanie  (*). 

A  quoi  l'armée  de  cette  princesse  était-elle  alors   occu- 


(  O  Epist.  94. 

(«)  Epist.  97. 

(ï)  a  Quid  domina  nostrn  Theophania  imperalrii  sempor  aiigusla  insequenli 
»  tempore  rerum  publicarum  sit  ac.tura,  quibusve  in  locis  demoratura  ,  et  an 
»  Saxonum  esercitus  viclor  a  consueto  hoste  redierit ,  significaluui  iri  nobis 
»  plcua  fide  oramus.  »  (Epist.  100). 

(«)  Epist.  101. 


94 


pée  ?  Gcrbert  va  nous  l'apprendre  en  écrivant  à  l'arche- 
vêque Ailalberon,  à  l'occasion  de  l'entretien  qu'il  devait 
avoir  avec  les  comtes  Othon  et  Héribert.  Soyez  sur  vos 
gardes,  lui  dit-il,  de  crainte  qu'à  cause  du  siège  actuel  de 
Chèvremont ,  ils  n'ourdissent  de  nouvelles  machinations 
contre  vous.  Souvenez-vous  du  sort  de  Godefroid  et  de 
l'Evoque  de  Verdun ,  lorsqu'on  cherchait  à  obtenir  la 
forteresse  de  Luxembourg  (  «  ). 

L'archevêque  avait  à  craindre,  pour  le  territoire  de 
Rheims  ,  les  attaques  des  comtes  Othon  et  Héribert. 
Ceux-ci  pouvaient  profiter  du  moment  où  l'armée  de 
l'impératrice  Théophanie  faisait  le  siège  de  Chèvremont. 

Tout  en  se  plaignant  de  ces  deux  comtes,  l'archevêque 
Adalberon  demande  à  cette  princesse  d'accueillir  avec 
bienveillance  la  juste  réclamation  de  son  frère ,  victime 
d'un  acte  tyrannique  ,  par  lequel  on  lui  a  extorqué  des 
terres  de  l'église  de  Verdun.  Dans  sa  lettre  du  17  mai 
986,  il  exprime  à  l'impératrice  Théophanie  la  crainte 
qu'on  ne  rassemble  furtivement  des  soldats  d'élite  pour 
faire  contre  elle  un  mouvement  à  l'improviste  ,  si  elle  se 
trouve  auprès  de  Chèvremont  (8),  surtout  si  elle  n'a  avec; 
elle  qu'un  corps  d'armée  peu  nombreux  (3).  Il  termine 
par  dire  qu'il  exécutera  tout  ce  qu'elle  lui  fera  connaître 
par  Gerbert,  qui  s'est  chargé  de  lui  remettre  la  lettre  (  *  ). 


(»)  «  Qua  Gducia ,    quave  cautela  colloquia  Ottonis  ot   fleriberli  expetenda 
vnlii-  sinl  providete,  ne  forte  propier  pr.ksentem  obsidionkm  capiukontis, 

«  nova  ..i  vos  novis  dolis  undecumque  comparenlur  cunsi lia.  Mementote  sortis 
fridi  i;t  Virdunensis  episcopi,  ob  pervasiunem  castri  Luciliburgi.  »(Epist. 

102). 
(*)   »  Q'ii  nunc  furtivas  delectorum  mililum  enntrahunt  copias,  ut  in  vos  si 

»  apud  cApaiMONTKM  estis ,  impetum  faciant  »  (Epist.  103). 

(s)  Se*  >.-  facturi  -i  vobiscum  paucam  persenserint  manum.  »  (Fbid.) 
(*)  h  Hoc  diii ,  menlem  pro  vobis  omnino  sollicitant  habens,  et  piena  fide 
iturus  quscumque  per  G.  velu-  fidissimum  significast  s  ,  qui  hoc  sibi 

n  donari  |  itil,  ut  veslrs  partis  fuerit  verissimus  inlerpres.  »  (ibid.) 


—  2o  — 

Ainsi  Gerbert  devait  se  rendre  auprès  de  l'impératrice 
Théophanie,  dont  l'armée  assiégeait  Chèvremont,  et  se 
concerter  avec  elle  pour  déjouer  des  projets  dont  elle 
pouvait  êlre  la  victime  En  effet,  si  l'on  était  parvenu  par 
un  coup  de  main  à  s'emparer  de  sa  personne,  on  demeurait 
maître  des  conditions  de  la  paix  dont  on  traitait  en  ce 
moment.  Mais  ces  craintes  ne  se  sont  pas  réalisées.  Louis, 
roi  de  France,  avait  ramené  son  armée,  et  il  était  venu  à 
Senlis  (l) ,  lorsqu'il  mourut  le  21  mai  987.  Il  y  eut  un 
changement  de  dynastie  ;  et  Gerbert ,  au  nom  du  roi 
Hugues,  écrivit  à  l'impératrice  Théophanie,  que  ce  Prince 
se  rendrait  à  Stenay  pour  cimenter  avec  elle  la  paix  et 
l'amitié  (2). 

Il  n'est  plus  ensuite  parlé  de  Chèvremont  par  les 
écrivains  du  dixième  siècle. 

Anselme,  chanoine  de  l'église  de  Liège,  s'en  est  occupé 
dans  le  siècle  suivant.  Il  n'était  pas  tout-à-fait  contem- 
porain de  i'évêque  Notger;  mais  il  avait  connu  des  con- 
temporains, notamment  Wazon  (3),  dans  l'intimité  du- 
quel il  avait  été  admis.  On  ne  connaît  pas,  d'une  manière 
certaine,  la  date  de  la  naissance  d'Anselme,  ni  celle  de  sa 
mort.  On  pense  qu'il  est  né  dans  les  dernières  années  de 
Notger,  ou  peu  de  temps  après  lui  ;  et  l'on  est  porté  à 
croire  qu'il  est  mort  en  1056,  soixante-dix  ans  après  le 
siège  de  Chèvremont. 

La  destruction  de  cette  forteresse  a  eu  lieu  sous  le 
règne  d'Othon  III.  C'est  ce  que  confirme  le  chanoine 
Anselme.  Notger ,  dit-il ,  s'est  appliqué  à  délivrer  les 
Liégeois  des  vexations  que  leur  faisait  éprouver  le  voisi- 


(')  Richer,  lib.  4,  cap.  5. 
(«)  Gerbert,  epist.  120. 

(3)  «Quorum  nonnullos  nos  vidisse  meminimus,  inter  quos  piae  memoria) 
»  doranus  Wazo.  »  (Cap.  30). 

5 


—  26  — 

de  Chèvremont  ,  où  des  hommes  factieux  se  retran- 
chaient.  Les  ruines  de  ce  château,  fort  par  sa  situation  et 
par  les  ou\  ra  jes  d'art,  attestent  combien  il  était  menaçant 
pour  Liège  ,  dont  il  était  peu  éloigne.  Il  y  avait  à  Chè- 
vremont trois  églises,  dont  l'une  était  desservie  par  douze 
prêtres,  qui  percevaient  les  dîmes  des  héritages  adjacents, 
el  qui,  en  outre,  avaient  l'entière  jouissance  de  certains 
fonds.  Notger  ,  alors  l'un  des  principaux  conseillers  du 
(  louvernement  d'Othon  III  ,  aurait  pu,  après  la  destruc- 
tion de  Chèvremont ,  s'approprier  ces  biens  ,  en  qualité 
d'évêque  du  diocèse.  Mais  ,  pour  écarter  de  sa  personne 
l'envie  qu'aurait  excitée  un  tel  fait,  il  préféra  les  em- 
ployer à  rehausser  le  siège  royal  d'Aix-la-Chapelle,  en 
augmentant  le  nombre  des  clercs  de  l'église  de  cette  ville, 
se  contentant  d'avoir  délivré  ses  fidèles  Liégeois  de 
l'oppression  des  hommes  méchants  auxquels  Chèvremont 
servait  de  refuge  (1). 

C'est  à  la  sollicitude  de  Notger  que  les  Liégeois  ont  été 
redevables  d'être  délivrés  de  cette  oppression  :  Leodie?ises 


(  '■  )  «  Multa  aufeiens  incommoda  ,  plura  huic  nostrae  ecclesiœ  contulit  enm- 
..  moda ,  inler  quae  miseros  Leodienses  liberare  siuduit  a  munitissimo  et  fac- 
nim-is  hominibus  semper  fecundo  Mootis  Caprarum  castello.  Quod  quam 
*>  damnose  fuerit  ipsi  Leodio,  haut  longe  hinc  distantes  fidelibus  oeulis  subjeclje 
»  attestari  pnssunt  ejus.lem  oppidi  ruina?,  Erat  emm,  piaetir  naturalem  ex 
»  situ  loci  muniliouem.sdificiis  editioribus  extruc  tu  m,  tribus  ecclesiis  ornai  um- 
.1  tn  quarum  una  12  praesbyleri  ad  serviendium  Ueoerant  d'pulati,  ad  quorum 
..  usus  respiciebant  de  adjacentibus  viilis  nonnullx  decimarum  partes  ,  et 
..  prœterea  quomndam  ex  integro  ;>grorum  usufructus.  Quae  omnia  quum  post 

•  ipsius  oppidi  cxc.idium  in  su;is  sua'que  ecclesja?  militâtes  posset  reiorsisse, 

•  quippe  (|ui  el  antistes  ejus  dioceseos  foret ,  et-in  palatio  Ottonis  tertii  adbuc 
pueri    inler  primos  consiliarius  <s^et  ,  simul  ut  a  loco  suo  invidiam  facii 

a  iransferrel  ,  maluit  sedem  regiam  liouorare  his  qua?  prius  ad  memoralum 
»  oppidum  erant  appendilia.  L'ode  et  in  oratorio  sancla;  Mariae.  quod  est  Aquis- 
»  grani  .  quant  >s  illic  antea  iuerat  nuinerus  clericorum  ,  taniumdem  adauxit 
»  ibidem  Deo  servientium  ,  sibi  suaeque  credens  sufficeie  ecclesiae.si  fidèles 
„  ejus  lantum  hberos  esse  liceret  a  moiestissima  improborum  bominum  .  qua 
n  eatenus  vexabanlur,  oppressione,  cujus  iota  erat  causa  ejusdem  oppidi  refit 
■  m.     (Anse  me,  cap.  23}, 


—  27  — 

liberare  stiidait  ;  mais  Anselme  ne  dit  pas  que  la  prise  de 
Chèvremont  serait  due  à  ce  prélat.  Indépendamment  de 
sa  position  à  la  cour  d'Othon  III,  Notger  avait  bien  des 
titres  à  la  confiance  de  l'impératrice  Théophanie  ,  qui 
tenait  alors  les  rênes  du  Gouvernement ,  et  à  laquelle  il 
avait  rendu  un  service  signalé  ,  en  déjouant  le  complot 
que  le  duc  Henri  avait  formé  avec  le  roi  Lothaire,  en  984, 
et  dont  la  cession  de  la  Belgique  à  ce  dernier  devait  être 
le  prix. 

L'impératrice  est  tantôt  àNimègue  ,  tantôt  à  Cologne. 
Elle  réunit  des  troupes  et  prend  des  mesures  pour  com- 
battre Lothaire.  Celui-ci  est  mort  le  2  mars  9S6  ,  et 
tandis  qu'on  cherche  à  traiter  de  la  paix  avec  le  roi  Louis, 
son  successeur,  Chèvremont  est  assiégé.  Pendant  le  siège, 
on  prévoit  qu'un  coup  de  main  pourra  être  tenté  contre 
Théophanie,  si  elle  se  trouve  auprès  de  Chèvremont.  Ger- 
bertet  l'archevêque  Adalberon,  qui  nous  apprennent  ces 
circonstances  ,  étaient  en  correspondance  avec  Notger.  Il 
en  résulte  que  ce  dernier  aura  usé  de  son  crédit  auprès  de 
l'impératrice  pour  faire  entreprendre  le  siège  de  Chèvre- 
mont ;  et  puisqu'on  ne  rencontre  que  des  ruines  dans  le 
siècle  suivant  ,  c'est  que  cette  place  étant  tombée  au 
pouvoir  des  assiégeants  ,  Notger  a  obtenu  qu'elle  fût 
démolie. 

L'historien  Anselme  s'occupe  particulièrement  des 
églises  de  Chèvremont  et  des  biens  qu'elles  possédaient. 
Après  la  destruction  de  la  ville  ,  dit  cet  historien,  Notger 
aurait  pu  appliquer  ces  biens  à  son  avantage  et  à  l'utilité 
de  son  église,  étant  évoque  du  diocèse  et  en  même  temps 
l'un  des  principaux  conseillers  au  palais  d'Othon  III , 
encore  enfant  :  Post  ipsius  oppidi  eœcidium  in  suas 
suœque  ecclesiœ  utilitates  posset  retorsisse  ,  quippe  qui  et 
autistes  ejtts  dioceseos  foret,  et  in  palatio  Ottonis  tertit 


—   28  — 

adhur  pueri  inter  primos  consiliariw  esset.  Mais  un  tel 
t'ait  eût  excité  l'envie  ;  et  Notger  voulait  l'écarter  :  Ut  a 
loco  suo  invidiam  facti  transferret.  Il  préféra  attribuer  à 
l'église  d'Aix-la-Chapelle  les  domaines  qui  dépendaient 
de  Chèvremont  ;  et  en  cela  il  ne  fit  qu'exécuter  la  con- 
cession dont  l'empereur  Othon  I  avait  gratifié  cette 
église.  Ces  domaines  ont  formé  le  territoire  connu  sous 
le  nom  de  Vouerie  de  Notre-Dame  d '  Aiœ  ,  nommé  aussi 
Vouerie  de  Fléron,  demeuré  distinct  du  territoire  liégeois 
jusqu'en  1794  ,  quoique  les  Etats  de  Liège  eussent  fait 
l'acquisition  de  cette  vouerie,  en  1626. 

IV 

VERSIONS    DES     AUTEURS  QUI     ONT    ÉCRIT     APRES    LE    CHA- 
NOINE   ANSELME. 

Le  texte  de  l'histoire  d'Anselme ,  inséré  ci-dessus,  ne 
contrarie  pas  les  faits  rapportés  par  les  contemporains. 
Ce  texte  a  été  édité ,  dans  le  siècle  dernier  ,  par  les  béné- 
dictins Martene  et  Durand  ('),  et  plus  récemment  par 
Pertz  ('-).  L'annotateur  du  recueil  de  ce  dernier  (5)  fait  la 
remarque  que  la  destruction  de  Chèvremont  n'est  pas  an- 
térieure à  987,  cette  forteresse  étant  alors  assiégée  par 
l'armée  de  l'impératrice  Theophanie  ;  et  pour  connaître 
comment  on  s'est  emparé  de  cette  place,  il  renvoie  à  l'his- 
toire du  monastère  de  Saint-Laurent,  près  de  Liège,  vie 
de  Notger  (*). 

(  <  )  collée tio,  t.  IV. 

(*)  M'inu  lam'œ  historica,  t.  VII. 

I      Cap.  25,  Notgerm.  t.  VU,  p.  '.103. 

(A;  Sur  les  iiiuis  :  ihur  omnia  quum  pont  ii>sius  oppidi  pxcidium  ,  on  lit 
l'annotation  suivante  :  »  Non  Bnte  annum  987  factum  .  quo  ah  exercitu  Ttaeo- 
»  phanu  imperatricis  obsidebatur  castellum.  Quomodo  castellum  expugnatum 
.  sit,  vid.  m  bist. sancli  Laurentii  Leod.,  ut.  Notgeri,  c   6.  »  (Note  21). 


—  29  — 

Cette  histoire  fut  primitivement  écrite  par  Rupert  , 
moine  de  Saint -Laurent ,  ensuite  abbé  du  monastère  de 
Deutz  près  de  Cologue.  Rupert  est  mort  en  1128  ou  en 
1135,  on  varie  à  cet  égard.  Son  œuvre  a  été  continuée  , 
dans  le  douzième  siècle,  par  Renier,  moine  de  Saint-Lau- 
rent. 

Un  autre  moine  de  cette  abbaye,  Adrien  de  Vieubois , 
Adrianus  de  Veteri-Bosco,  a  écrit  l'histoire  du  même  mo- 
nastère, à  la  fin  du  quinzième  siècle.  Il  parait  que  l'écrit 
de  Rupert  existait  encore  du  temps  du  moine  Adrien  ; 
mais  le  manuscrit  n'est  pas  demeuré  intact.  Des  cinq  li- 
vres dont  il  était  composé  ,  à  peine  en  est-il  resté  deux, 
le  quatrième  et  le  cinquième.  Le  texte  qui  est  parvenu 
jusqu'à  nous,  n'est  pas  entièrement  pur.  Aussi  le  moine 
Adrien  fait-il  remarquer  (  '  )  que  ce  qui  y  est  dit  de  la  fon- 
dation du  monastère  de  Saint-Laurent,  est  tiré  mot  à  mot 
de  l'écrit  de  Rupert.  C'est  qu'en  effet  dans  les  autres 
chapitres  ,  on  ne  peut  pas  distinguer  le  texte  des  notes 
qui  y  ont  été  ajoutées  (2).  Aussi  est-il  bien  difficile  d'at- 
tribuer à  l'abbé  Rupert  le  récit  de  la  destruction  de  Chè- 
vremont ,  inséré  dans  cet  ouvrage  (5).  On  y  lit  que  ce 
noble  château  était  la  capitale  du  monde ,  le  siège  du 
royaume  y  étant  établi  avant  que  Charlemagne  l'eût 
tranféré  à  Aix-la-Chapelle  (4  ) .  Comment  s'imaginer  qu'une 
telle  assertion  serait  sortie  de  la  plume  d'un  savant  tel 
qu'était  l'abbé  Rupert  ? 

C'est  sans  doute    un  motif  de  se  défier  de  l'anecdote 


(i)  Cap.  4. 

(2)  L'histoire  du  monastère  de  Saint-Laurent  a  été  éditée  par  Martene  et 
Durand,  Amplissimacol.eciio,  t.  IV,  p.  1054-1 164,  et  récemment  elleaeie  insérée 
dans  le  Putroloyiœ  cursu>,  t.  170,  p.  669  802. 

(3)  Cap.  8. 

(4)  «  Enim  vero  Caput  Mundi  nobile  casirum,  sic  nominatum  eo  quod  anle. 
Carolum  magnum  sedes  regni,  quam  ilie  Aquia  transtùlil,  i L>i  esset.  »  (Ibid.) 


—  30  — 

dans  laquelle  est  retrace  le  moyen  suivant  qui  aurait  été 
employé  pour  se  rendre  maître  de  la  forteresse. 

Chèvrcmont  étant  inaccessible  ,  il  n'y  avait  nul  espoir 
de  ^'en  emparer,  à  moins  de  recourir  à  un  moyen  extraor- 
dinaire. C'est  ce  qui  a  eu  lieu.  L'évêque  se  concerte  avec 
les  archidiacres,  et  avec  d'autres  personnes  dans  lesquelles 
il  avait  confiance.  Il  les  informe  de  son  dessein ,  et  il  les 
invite  à  le  suivre  armés  sous  leurs  manteaux.  C'était  le 
jour  du  jeudi-saint.  L'évêque  mande  à  ceux  qui  étaient 
dans  le  château,  de  lui  ouvrir,  parce  qu'il  voulait  y  célébrer 
l'office  du  jour.  Ceux-ci  n'ayant  aucun  soupçon,  ouvrent 
les  portes,  et  reçoivent bénignement  le  pontife.  Entrés  dans 
la  forteresse,  les  hommes  d'armes  jettent  leurs  manteaux, 
et  ils  en  chassent  tous  ceux  qui  s'y  trouvent.  L'évêque. 
maître  du  château  ,  ce  qu'il  désirait  depuis  longtemps  , 
détruit  toutes  les  fortifications  ;  et  de  ce  jour  Chèvremont 
ne  peut  plus  servir  de  refuge  à  ses  ennemis. 

Si  ce  récit  est  réellement  de  l'abbé  Rupert,  il  l'a  re- 
cueilli dans  une  tradition  altérée  à  la  suite  des  temps  ; 
car  il  écrivait  un  siècle  après  l'événement.  Mais  il  est 
plutôt  l'ouvrage  de  l'un  des  annotateurs  de  son  histoire 
du  monastère  de  Saint-Laurent. 

D'après  une  autre  version,  Notger  aurait  également  eu 
recours  à  un  stratagème  ;  seulement  le  moyen  est  différent. 
Chapeauville  le  rapporte  comme  étant  la  reproduction  du 
texte  d'Anselme  (  '  )  ;  mais  la  version  n'appartient  pas  à 
celui-ci.  Le  manuscrit  dont  Chapeauville  s'est  servi,  con- 
tenait des  interpellations.  La  remarque  en  est  faite  dans 
le  recueil  de  Pertz  (-).  Les  manuscrits  consultés  par 
1  éditeur  de  cette  partie  du  recueil  (3),  lui  ont  fait  recon- 


(i)  T.  I.  p.  -loi 

vil.  p.  161. 
(•')  lu>d..  |..  157,  158  cl  15<J. 


—  31  — 

naître  que  le  texte  pur  avait  été  édité  par  Martene  et 
Durand  (  '  ).  Chapeauville  a  reconnu  lui-même  qu'il  avait 
un  texte  interpollé  ;  car  il  dit  qu'il  a  eu  beaucoup  de 
difficulté  pour  distinguer  le  texte  d'Anselme  des  additions 
de  Gilles  d'Orval  (*). 

Ce  dernier  écrivait  plus  de  deux  siècles  après  l'événe- 
ment, et  les  expressions  insérées  dans  le  recueil  de  Cha- 
peauville, ne  sont  pas  celles  d'un  contemporain,  ni  d'une 
personne  qui  aurait  connu  des  contemporains.  On  y  lit  : 
«Voulez-vous  savoir  comment  a  eu  lieu  la  destruction  de 
Chèv remont  ;  voici  ce  que  nous  avons  appris  des  an- 
ciens »  ( 3  )  .Anselme  ne  s'exprime  pas  ainsi  lorsqu'il  parle  de 
l'époque  de  Notger,  et  même  de  celle  d'Eracle,  prédécesseur 
de  ce  prélat.  C'est  de  Wazon  qu'Anselme  avait  appris 
que,  lors  de  l'expédition  d'Othonl,  en  Italie,  Eracle  avait 
rassuré  l'armée  de  ce  prince,  effrayée  par  une  éclipse  de 
soleil  (*).  Lorqu' Anselme  parle  de  Wazon,  dirigeant  les 
écoles  de  Notger  ,  c'est ,  dit-il ,  de  notre  temps  ,  nostris 
qucque  temporibus  (3). 

Chapeauville,  en  rapportant  à  la  fois  le  texte  d'Anselme 
et  les  additions  de  Gilles  d'Orval,  a  ordinairement  soin 
d'indiquer  ce  qui  appartient  à  celui-ci  ;  mais  cela  lui  est 
échappé  à  l'endroit  où  il  parle  de  Chèvremont,  ou  bien  le 
manuscrit  dont  il  faisait  usage  ,  l'aura  induit  en  erreur; 
car  il  est  sensible  que  la  version  suivante  est  une  addition 
de  Gilles  d'Orval. 


(0  Ibid.,  p   131  et  ifii. 

(  2)  Préface  du  premier  volume  édile  en  1612. 

(:f)  «  Cujus   castri  traditionem  et  subversionis  ordinem  ,    qutcumqne  nosce 
»  ^sidéral,  sicut  a  majoribls  eum  aecepimus,  referre  non  omittenius.  »  (T.  1, 
V-  tyl). 
(' «  Ut  audivi   referentem  domnum   Wazonem  episcopum.  «  (Anselme, 

Cap.    11;. 

f°)  Anselme,  cap  28.  Ici  le  texte  édité  par  Chapeauville  ?  1. 1 ,  p.   219,  est 
confoW. 


—    32  - 

il  nait  un  fils  au  seigneur  de  Chèvreinont,  noble  Franc, 
et  dont  l'épouse  était  de  la  plus  haute  noblesse.  Le  père 
envoie  prier  l'évêque  de  procéder  au  baptême  de  son 
enfant.  Le  prélat,  condescendant  à  son  désir,  se  rend  à 
Chèvremont,  précédé  par  des  hommes  armés  revêtus  d'ha- 
bits ecclésiastiques.  Le  seigneur  introduit  l'évêque  dans  son 
château  avec  ceux  qui  l'accompagnaient.  A  un  signal  du 
prélat,  les  hommes  d'armes  jettent  l'habit  ecclésiastique, 
se  couvrent  de  leurs  casques,  et  ayant  tout  dispersé,  ils 
renversent  les  édifices,  détruisent  les  églises  et  les  fortifi- 
cations. 

Gilles  d'Orval  ne  dit  pas  quel  était  le  nom  du  seigneur 
de  Chèvremont.  Etait-ce  le  comte  Imnio,  qui  a  soutenu  le 
siège  de  960,  et  qui  ligure  à  la  charte  de  9G8?  On  n'en 
trouve  plus  de  trace  depuis  cette  charte.  Quel  est  celui  qui 
lui  a  succédé?  Il  n'y  a  aucune  indication  à  cet  égard.  A- 
t-il  eu  un  successeur  ?  La  version  attribuée  à  l'abbé  Rupert 
semble  dire  le  contraire,  puisqu'il  n'y  est  fait  nulle  mention 
d'un  seigneur  de  Chèvremont.  Si  le  comte  Iinmo  vivait 
encore  à  cette  époque  ,  comment  se  fait-il  qu'on  ne  le  voie 
plus  paraître  dans  l'intervalle,  surtout  lorsque  l'armée  fran- 
çaise avait  failli  faire  prisonnier  Othon  II,  à  Aix-la-Cha- 
pelle ;  ce  qui  ne  pouvait  passer  inaperçu  à  Chèvremont. 
Mais  la  narration  de  Gilles  d'Orval  et  celle  qui  est  at- 
tribuée à  l'abbé  Rupert,  disparaissent  devant  la  circons- 
tance qu'en  93Q,  la  forteresse  de  Chèvremont  était  assiégée 
par  l'armée  de  l'impératrice  Théophanie. 

C'est  cependant  la  version  de  Gilles  d'Orval  qui  a  et' 
suivie  par  les  historiens  liégeois  ;  mais  ils  regardaient 
comme  certain  qu'elle  appartenait  au  chanoine  Ansefne. 
Or,  dans  cette  croyance,  comment  soulever  un  doutf  sur 
la  véracité  du  récit?  Anselme  était  presque  contemporain  ; 
il  avait  intimement  connu  Wazon,  écolâtre  sous  Nrtger; 


—  33  - 

et  Wazon  ne  pouvait  ignorer  comment  la  prise  de  Chèvre-" 
mont  avait  eu  lieu.  Le  récit  d'Anselme  était,  en  quelque 
sorte,  celui  de  Wazon.  Il  inspirait  ainsi  une  entière  con- 
fiance. Il  fallait  cependant  compléter  ce  récit;  d'abord  la 
date  de  l'événement,  que  nos  historiens  placent  en  980  ('); 
le  nom  du  seigneur  de  Chèvremont,  les  uns  conjecturent 
que  c'était  le  fils  d'Immo  ('")  ;  un  autre,  que  c'était  Immo 
lui-même,  qu'il  fait  fils  de  Giselbert  (5)  ;  tandis  qu'un 
contemporain  nous  apprend  que  le  fils  de  Giselbert  est 
mort  en  943  (*).  On  recherchait  le  nom  du  seigneur  qui 
figurait  dans  un  récit  que  l'on  croyait  appartenir  au  cha- 
noine Anselme. 

Le  vrai  texte  d'Anselme,  édité  depuis,  fait  d'abord  dis- 
paraître la  date  indiquée  par  nos  historiens.  C'est  sous  le 
règne  d'Othon  III,  que  la  forteresse  de  Chèvremont  a  été 
détruite;  et  Othon  II,  son  père,  n'est  mort  que  dans  le 
mois  de  décembre  983.  Alors  l'impératrice  Théophanie  a 
pris  les  rênes  du  gouvernement.  Le  vrai  texte  d'Anselme 
vient  ainsi  coincider  avec  la  circonstance  du  siège  de  Chè- 
vremont, en  986. 

Quant  au  nom  du  seigneur  de  ce  lieu,  nous  savons  par 
les  contemporains,  que  Immo  était,  non  le  fils  du  duc  Gi- 
selbert, mais  un  comte  subordonné  à  ce  duc.  Immo  a-t-il 
eu  un  fils  qui  soit  devenu  seigneur  de  Chèvremont,  c'est 
une  conjecture  qui  ne  repose  sur  rien. 

L'erreur  est  détruite  dans  sa  source  en  restituant  à 
Gilles  d'Orval  le  récit  que  l'on  avait  cru  appartenir  au 
chanoine  Anselme.  Et  la  narration  attribuée  à  l'abbé  Ru- 


(')  Fisen,  t.  I,  p.  150.  Foullon  ,  Histona  populi  Leodiensis,  t.  I,  p.  198,  et 
Compendium,  an  980.  Bouilie,  Histoire  de  Liège,  t.  I,  p.  72. 

(2)  Fisen  et  Foullon. 

(s)  alinmon,  fils  de  Giselbert,  occupait,  en  petit  tyran,  la  forteresse  de 
«  Chèvremont.  »  (Bouille). 

(*)  Widukindt,  lib.  2,  cap.  33. 


il   - 


péri  n'a  pas  un  fondement  plus  solide.  A  qui  persuadera- 
t»on  que  Chèvremont  a  été  la  capitale  du  monde,  et  le 
siège  du  royaume  avant  que  Charlemagne  l'eût  transféré 
à  Aix-la-Chapelle  ? 

Les  sièges  antérieurs  à  celui  de  9S6,  ayant  échoué,  on 
se  sera  sans  doute  imaginé  que  la  forteresse  de  Chèvre- 
mont  ne  pouvait  être  prise  que  par  un  stratagème  ,  et  ce 
stratagème  on  l'aura  inventé. 

Mais  les  sièges  antérieurs  sont-ils  une  preuve  que  cette 
forteresse  était  imprenable  ? 

En  922,  c'est  un  corps  d'armée  commandé  par  Hugues- 
le-Grand,  qui  oblige  Charles-le-Simple  àleverle  siège  de 
cette  place. 

En  939,  Othon  I  n'abandonne  le  siège  de  Chèvremont 
que  pour  aller  reprendre  l'Alsace  que  le  roi  de  France  vou- 
lait lui  enlever. 

En  V-60,  les  assiégeants  étaient  dépourvus  de  vivres,  tan- 
dis que  les  assiégés  étaient  dans  l'abondance.  En  était-il  de 
même  en  986,  lorsque  l'armée  de  l'impératrice  Théopha- 
nie  assiégeait  Chèvremont?  Il  faudrait  pour  cela  ,  suppo- 
ser que  Notger,  dont  tout  atteste  la  grande  capacité,  n'au- 
rait pas  veillé  à  ce  que  cette  armée  fût  pourvue  de  tout 
ce  dont  elle  avait  besoin.  Ce  prélat  occupait  une  haute 
position  dans  le  gouvernement  de  l'empire;  et  il  avait  le 
plus  grand  intérêt  à  ce  que  la  forteresse  succombât.  Il 
faudrait  supposer,  en  même  temps,  que  les  assiégés 
avaient  eu  la  précaution  d'approvisionner  cette  forteresse, 
el  (ju'ils  en  auraient  eu  les  moyens.  Si  elle  n'était  pas  ap- 
provisionnée, elle  ne  pouvait  résister  longtemps.  Après  la 
mort  du  roi  Lothaire ,  il  n'y  avait  pas  de  chance  qu'on 
vint  au  secours  de  cette  place.  La  seule  crainte  était  qu'on 
ne  lit  un  mouvement  contre  la  personne  de  l'impératrice. 
La  situation  était  donc  bien  différente  de  celle  où  l'on  se 
trouvait  lors  des  sièges  antérieurs. 


—  3o  - 


^  Le  stratagème  imagine  porte  en  lui-même  le  cachet  de 
l'invraisemblance.  Un  point  sur  lequel  le  chanoine 
Anselme  et  ceux  qui  ont  écrit  un  ou  deux  siècles  après, 
sont  d'accord,  c'est  celui  que  les  hommes  d'armes  qui 
occupaient  Chèvremont,  opprimaient  les  habitants  de 
Liège  ;  et  cependant  ces  hommes  d'armes  ont  tout-à-coup 
une  confiance  aveugle  dans  l'évêque  ;  en  le  recevant  dans 
la  forteresse  avec  sa  suite,  ils  ne  prennent  pas  la  précau- 
tion de  se  revêtir  de  leur  armure.  Où  a-t-on  vu  des 
brigands  avoir  cette  confiance  clans  ceux  qu'ils  dépouillent? 
La  suite  du  prélat  qui  devait  être  nombreuse  pour 
atteindre  le  but  qu'on  lui  prête,  n'excite  aucune  défiance. 
Le  seigneur  de  Chèvremont  et  ses  hommes  d'armes 
n'opposent  aucune  résistance;  désarmés  ils  se  livrent  eux- 
mêmes  à  ceux  qu'ils  opprimaient.  Cette  fiction  choque 
autant  la  vraisemblance  qu'elle  est  opposée  à  la  vérité. 

Mais  il  faut  revenir  à  ce  que  nous  avons  appris  des 
contemporains.  Après  la  mort  du  roi  Lothaire,  on  a  traité 
de  la  paix  avec  son  successeur.  L'impératrice  Théo- 
phanie^  pouvait  alors  disposer  de  son  armée  ;  et  elle  a 
assiégé  Chèvremont.  Dans  le  siècle  suivant,  Chèvremont 
ne  présente  plus  que  des  ruines.  C'est  donc  que  les  assiégés 
avaient  succombé,  et  que  Notger,  qui  jouissait  d'un  grand 
crédit  auprès  de  l'impératrice,  a  obtenu  que  la  forteresse 
lût  démolie,  ayant  un  intérêt  puissant  à  cette  démolition. 
Les  stratagèmes  imaginés  depuis,  font  abstraction  du 
siège  attesté  par  les  contemporains.  Autrement,  il  serait 
encore  plus  surprenant  de  voir  des  assiégés  sans  défiance 
vis-à-vis  des  assiégeants.  La  prise  de  Chèvremont  est  une 
suite  naturelle  de  ce  siège;  et  les  stratagèmes  prêtés  à 
Notger,  ne  sont  que  des  fables. 

J.  Raikem, 


LE  PRÉSIDENT  A  SES  COLLÈGUES, 


Messieurs , 


Creuser,  remuer  le  sol  pour  y  découvrir,  comme  près 
de  Namur  dans  trois  champs  de  sépulture  (  Elavion  , 
Spontin ,  Samson),  des  armes  antiques,  des  urnes  ciné- 
raires ;  fouiller  ses  ruines  pour  en  faire  sortir  des  débris 

que  vous  déposez  à  votre  musée; voilà  une  des  tâches 

que  vous  vous  êtes  imposée.  Mais  une  autre  de  vos  mis- 
sions peut-être  encore  plus  importante ,  c'est  de  recher- 
cher les  vieux  documents,  de  compulser  les  archives,  de 
consulter  les  registres  des  anciens  monastères  et  des 
vieilles  paroisses ,  d'interroger  enfin  la  tradition  et  l'his- 
toire pour  découvrir  des  origines,  éclaircir  des  doutes  , 
expliquer  les  faits  controversés,  et ,  en  un  mot ,  asseoir  la 
vérité  historique  sur  des  documents  irréfragables. 

Mais  plusieurs  d'entre  vous  ,  Messieurs ,  livrés  à  de 
grands  travaux  ou  revêtus  de  hautes  fonctions  manquentde 
loisir  pour  accomplir  cette  double  mission.  Delà  le  désir 
manifesté  d'un  concours  utile  et  l'accueil  fait  à  toute 
science  sérieuse,  à  tout  talent  qui  se  révèle.  Interprête 
de  vos  vœux ,  j'en  ai  porté  la  connaissance  notamment  à 
M.  Henrotay ,  curé  de  Modave,  qui  a  bien  voulu  me 
transmettre  la  notice  ci-après,  notice  dont  l'intérêt  et  le 
mérite  vous  engageront  sans  doute ,  Messieurs,  à  en  déci- 
der l'impression  dans  vos  annales. 

ALB.    d'OTREPPE    DE    BoUVETTE. 

4 


—  38  — 

NOTICE  SUR  MODAVE. 

Modave,  situé  sur  le  Hoyoux,  la  Bonne  et  le  Ry-de-Pailhe,  offre 
les  points  de  vue  les  plus  ravissants.  Du  haut  de  la  colline  de 
Survillers  qui  domine  la  vallée  du  Hoyoux,  le  regard  embrasse  un 
vaste  horizon  dans  lequel  on  remarque  d'énormes  rochers  à  pic, 
des  précipices  effrayants,  les  ruines  d'un  ancien  château,  un  riant 
vallon,  et  le  Hoyoux  contournant,  en  fer  à  cheval,  la  colline  de 
Tibermont  surmontée  d'une  ferme  magnifique.  Du  sommet  des 
collines  de  Romont,  de  Rogneumont  et  de  Geharvilleon  découvre 
un  agréable  panorama  de  prés,  de  champs  et  de  bois,  de  nombreux 
ravins  ,  de  majestueux  rochers,  des  précipices  affreux  et  les  sinuo- 
sités de  la  vallée  de  la  Bonne,  de  ce  torrent  qui  a  plusieurs  fois 
plongé  la  ville  de  Huy  dans  la  consternation  et  le  deuil. 

Survillers,  comme  il  consle  par  un  record  du  25  mai  1461  ,  était 
un  fief.  Ce  château,  flanqué  d'une  tour,  était  bâti  sur  un  rocher  à 
pic.  Geharville,  aujourd'hui  inhabité,  était,  selon  la  tradition,  une 
ville  que  la  peste  a  ravagée  entièrement.  En  creusant  le  sol,  on  a 
retrouvé  et  on  retrouve  encore  des  cercueils  de  pierre  renfermant 
presque  tous  deux  cadavres.  Le  Petit-Modave  ,  au  confluent  du 
Hoyoux  et  du  Ry-de-Pailhe,  abonde  en  sources  excellentes.  Une 
commission  de  chimistes  nommée  par  Napoléon  1er  a  reconnu  l'eau 
du  Gros-Bouillon  comme  la  plus  saine  et  la  plus  légère  de  tout 
l'empire.  Le  Petit-Modave  était  une  seigneurie  avec  cour  de  justice. 
Le  16  mai  1686,  Ferdinand  comte  de  Liverloo  vendit  ce  domaine 
au  cardinal  de  Furstemberg,  seigneur  du  Grand-Modave. 

L'église  et  le  château  du  Grand-Modave  méritent  surtout  l'atten- 
tion des  ariistes  et  des  archéologues.  Il  est  impossible  d'assigner 
l'époque  précise  où  l'église  a  été  bâtie  :  elle  doit  être  du  12e  au  14e 
siècle.  En  1527  on  y  célébrait  déjà  des  anniversaires  assez  anciens, 
entre  autres  celui  de  Gérard  seigneur  de  Modave  qui  parait  anté- 
rieur à  Waldor  de  Modave  vivant  vers  l'an  1300.  Celte  église  a 
trois  nefs;  les  colonnes  sont  du  style  roman.  La  nef  principale  est 
demeurée,  mais  le  reste  a  été  restauré  à  diverses  époques,  surtout 
du  temps  de  Jean  Gaspar  de  Marchin  entre  1660  et  1673. 


—  39  — 

A  droite  se  trouve  la  chapelle  dite  de  Marchin  parce  qu'elle  a  été 
construite  par  Jean  Gaspar  de  Marchin  et  qu'elle  renferme  les  mo- 
numents funèbres  de  quatre  générations  successives  des  Marchin. 
Au  fond  de  celle  chapelle  est  maçonnée  dans  la  muraille  une  pierre 
sépulcrale  d'une  seule  pièce,  haute  de  3  mètres  et  large  de  lm50  , 
représentant  Nicolas  de  Marchin  et  son  épouse.  En  voici  l'inscrip- 
tion : 

Icy  reposent  Nicolas  de  Marchin  chlier  fils  ,  de  messire  Renier 
de  Marchin  chevalier,  qvy  movrvt  l'an  1621  ,  le  14  de  jvillet,  et 
noble  dame  Margverite  d'Orley  dit  Linster  ov  Linchier  ,  qvi  tré- 
passa l'an  1596.  Keqviescant  in  pace,  amen.  —  Cette  tombe  et  levrs 
os  ont  été  transportés  de  petit  Han  icy,  le  12  d'aovst  1672. 

Ces  deux  personnages  sont  le  père  et  la  mère  de  Jean  de  Marchin 
dont  le  monument  suit  : 

Au  milieu  de  la  chapelle  est  érigé  un  magnifique  mausolée  dont 
le  massif  est  en  marbre  noir,  longueur  de  2m14,  largeur  lm27  . 
hauteur  0m,97.  Sur  ce  tombeau  sont  couchées  deux  statues  en 
marbre  de  Carrare  représentant  Jean  de  Marchin  et  son  épouse. 
Ces  statues  sont  d'un  travail  du  plus  grand  mérite,  on  les  dit  scul^ 
lées  en  Italie.  En  voici  l'inscription  : 


du  côté  du  chevalier: 
icy  gist  messire  Jehan  de  Marchin 
chlr,  sr  de  Modave,  qvi  trépassât 

l'an  1652,  le  5e  de  jvin. 


du  côté  de  sa  dame  : 

et  noble  dame  madame  Jeanne 

deLaVavlx  Renard  sa  femme,  qvi 

trépassât  l'an  1613,  le  17e  de  xbre 


Priez  povr  levrs  âmes. 

Aux  deux  extrémités  du  massif  sont  les  deux  écus  en  marbre 
blanc.  Marchin  porte  d'argent  au  barbeau  de  gueules,  et  La  Vaulx 
Renard  porte  burelé  d'argent  et  de  sable. 

Dans  la  muraille  latérale  est  maçonné  un  monument  en  marbre 
noir,  de  deux  pièces,  de  la  largeur  de  lm51.  La  hauteur  de  la  pre- 
mière (champ  d'inscription)  est  de  lm97  ,  celle  de  la  seconde 
(frontispice  portant  les  deux  écus  surmontés  de  la  couronne  corn- 


40 


taie)  est  de  0m84,  la  base  est  de  pierre  bleue,  hauteur  0,93  ;  hau- 
teur totale  3m74.  En  voici  l'inscription  : 


D. 


des 


havls 


à    la    mémoire 

illvstres       très 

Jean  Jaspar   Ferdinand 

comte  de  Marchin, 

chevalier  de  l'ordre  de 

la  jarelière,  capitaine  et 

maître  des  camps  général 

av  Pais  Bas,  chef  dv  svpreme 

conseil  de  gverre  des 

rois  d'Espagne,  lils  de 

Iean  de  Marchin  et  de 

Jeanne  de  La  Valvx  Renard 

tovs  enterrés  vis  à  vis 

sovb  cette  tombe.  Son 

mérite  extraordinaire 

obligea  l'emperevr,  les  rois 

de  France  et  d'Espagne  de 

traiter  avec  luy,  avant 

sa  mort,  et  de  lvy  donner 

des  grosses  pensions  afin 

qv'il  ne  servisse  pas  contre 

evx.  Il  a  été  vn  des  grands 

hommes  dv  siècle;  il  s'est 

acqvitté  dignement  et 
avec  admiration  des  plvs 

grands  emploits  de  la 

gverre  et  dv  cabinet,  fvt 

généralissime  dv  roy  Charle 

d'Angleterre  povr  le  rétablir 

svr  le  trône,  etc.,  et  a 

laissé  vn  sevl  fils  Iean 

Ferdinand.  Il  est  mort  à  Spa 

l'an  1673  au  mois  d'aovst. 


0. 

Et 
très 


M. 


nobles 


très 


et        pvissants        seignevrs 

Jean  Ferdinand  comte  de 

Marchin,  chevalier  des 

ordres  dv  roy,  mareschal 

de  France;  lequel,  après 

avoir  servi  à  la  tète  des 

gens  d'armes  depvis  làge 

de  XVII  ans,  et  été  très 

long  temps  brigadier  et 

maréchal  de  camp,  ensvite 

lievlenant   général,  fvt 

envoie  ambassadevr  extra 

ordinaire  près  de  Philippe  V 

dont  il  gangna  par  sa  vertv 

l'amitié  particvlière,  refvsa 

par  grandevr  d'âme  la  grandesse 

d'Espagne,  commanda    les 

armées  dv  roy  très  chrétien 

en  Alemagne,  et  fit  faire  la 

retraite  de  l'armée  après 

la  bataille  de  Hoslête,  fvt 

en  Italie  commander  les  armées 

ov  il  fvt  blessé  à  la  levée  dv 

siège  de  Tvrin,  et  movrvt 

XXIV  hevres  après,  administré 

des  SS.   Smts  le  VIII  7bre 

1706,  et  est  enterre  avx 

capvcins.  Il  fvt  fils  de  Jean 

Jaspar   Ferdinand  comte  de 

Marchin  et  de  Marie  de  Balzac 

d'Entracqve  de  Glermont. 


Cet  épitaphe  a  été  érigé  par  très  illvstre  sgr  Arnold  de  Ville, 
on  dv  saint  empire, leqvel  ayant  été  élevé  avec  le  mareschal  et  hon- 
noré  de  levr  intime  amitié  et  confiance  ,  a  crv  ne  devoir  laisser 


—  41  - 

((ans  Iovbli  la  mémoire  de  ces  grands  hommes  qvi  ont  fait  non- 
nevr  av  genre  hvmain,  a  ce  païs,  et  a  ce  liev  qv'ils  ont  bâti  et  pro- 
tégé pendant  levr  vie. 

Reqviescant  in  pace. 

L'autel  est  adossé  à  la  troisième  muraille.  Il  est  de  l'ordre  com- 
posite, et  en  deux  espèces  de  marbre,  le  noir  et  le  blanc.  Dans  le 
relable  est  une  niche  en  marbre  noir  dans  laquelle  est  placé  un 
magnifique  groupe  de  Delcour  en  marbre  blanc  représentant  la 
Vierge  assise  avec  l'enfant  Jésus  sur  ses  gonoux  et  St.-Jean  Bap- 
tiste à  côté.  Une  fenêtre  placée  vis-à-vis  et  au-dessus  du  monu- 
ment de  Nicolas  de  Marchin  vient  déverser  sa  plus  vive  lumière  sur 
la  figure  de  celte  Vierge  et  fait  ainsi  ressortir  la  suavité  ravissante 
de  cette  physionomie  toute  céleste.  Malheureusement  cet  autel  est 
resté  inachevé,  le  massif  n'étant  pas  de  marbre,  ni  en  rapport  avec 
le  reste. 

La  chapelle  opposée  est  plus  petite.  Dans  le  petit  pan  de  muraille 
du  fond  est  maçonnée  une  pierre  sépulcrale,  du  style  ogival,  re- 
présentant Jean  de  Modave  et  son  épouse.  En  voici  l'inscription 
sculptée  sur  les  quatre  bords  en  caractères  gothiques  : 

Chy  gist  noble  homme  Johan  Seigneur  de  Modave,  de  Freier 
et  de  Sorïne  ,  et  bailli  de  Côdros  ,  qui  trespassat  lan  1533, 
le  11  jour  de  juillet.  J' Chy  gist  noble  damoisseille  Jehêne  de 
Spontin ,  son  espeuse,  qui  trespassat  a0  1558,  le  13  de 
iullet. 

Contre  la  muraille  latérale  est  adossé  le  monument  du  baron  de 
Ville.  Il  est  de  trois  espèces  de  marbre  :  le  blanc,  le  noir  et  le 
rouge ,  sa  largeur  est  d'environ  4m  83  et  sa  hauteur  d'environ 
3*83. 

Les  colonnes  et  les  pilastres  sont  d'ordre  ionique.  Le  sarco- 
phage ,  en  marbre  noir ,  est  décoré  de  l'écu  en  marbre  blanc ,  por- 
tant d'argent  à  la  fasce  d'azur  et  au  lion  de  gueules.  Il  est  surmonté 
d'un  obélisque  en  marbre  rouge  orné  d'une  urne  funéraire  en 
marbre  blanc.  Cette  urne  et  les  panneaux  du  monument  sont  dé- 
corés de  divers  emblèmes,  comme  flambeau  aîlé  ,  faulx,  torche. 


—  42  — 

faisceau  avec  hache,  trompette,  balance  de  justice,  heaume  avec 
palme,  massue,  boucliers  et  épées,  couronnes,  guirlandes  et  bou- 
quets. Au  sommet  de  cet  obélisque  ,  qui  est  surmonté  du  tortil  de 
baron,  se  trouve  le  champ  d'inscription  en  marbre  blanc.  En  voici 
l'inscription  : 

D.  0.  M. 

Cv  gist  noble  et  illustre  seigneur  Arnold  De  Ville  ,  baron 
libre  du  S'  Empire  Romain,  seigneur  des  Modaves  ,  du  band 
de  Selle  ,  Biesmeré  ,  etc.,  etc.,  nez  le  15  may  1653  ,  mort  le 
22  février  1722.   Requiescat  in   pace. 

Dans  la  même  chapelle  se  trouvent  deux  dalles  sépulcrales  dont 
voici  les  inscriptions  : 

l,c  Cy  gist  noble  et  vertueu  Jehan  de  Haultpenne,  en  son  temp.< 
seigneur  de  Modalve  a  Selassine  et  Belfontaine,  quy  trespassa  le  2e 
d'octobre  an  1570,  et  noble  damoysel  madamoysel  Marie  de 
Vervo,  son  espeuze,  laquel  trespassa  le  5e  de  décëbre  an  1594. 
Quil  vous  plaise  prier  dieu  qu'il  fasce  miséricorde  à  leurs  âmes. 

2*  Icy  repose  noble  homme  Nicolas  de  Sainctl'ontaine,  en  sou 
temps  seignevr  du  dict  liev  et  de  Modalve,  leqvel  trépassât  le  11  de 
febvrir  lan  1607,  et  madamme  Catharinne  de  Havltpenne  son 
espevze,  laqvelle  trespassa  5  de  ivllet  en  1607.  Priez  diev  povr 
levrs  âmes. 

Dans  la  muraille  de  la  nef  à  gauche  est  maçonnée  une  petite 
pierre  portant  deux  blasons  avec  cette  inscription  : 

Icy  gisent  honble  home  mre  Henry  Werpent  eschevin  de  Modave 
(jvi  trespassa  le  14  d'avril  1634,  et  madelle  Elizabeth  de  Svrville, 
son  espevse,  qvi  movrvt  le  17  de  7&re  1635.  Priez  Diev  povr  levrs 
aines.  Ceste  réparation  est  faicte  par  levrs  filles  Marg  Eli. 

A  l'extérieur  de  l'église  ,  du  côté  droit,  on  a  maçonné  daus  la 


—  43  — 

muraille  un  pelil  monument  d'ordre  ionique  avec  celle  inscription 
sculptée  en  relief  en  caractères  gothiques  : 

Icy  gist  mort  viuât  p  Ion  renô  Jan  de  Surviller  por  q  est  chûne 
sapmoine  de  la  le  vëdredy  vne  mêse  ordônee.  Or  pôns  chers  amys 
q  lame  soit  être  les  poure  mise;  le  28  de  8*>re  1552. 

C'est-à-dire  :  Ci  gil  mort  (qui  était  en  son)  vivant  par  long  renom 
Jean  de  Survillers  pour  qui  est  chacune  (chaque)  semaine  de  l'an  le 
vendredi  une  messe  ordonnée  (fixée  ,  annoncée).  Or  (maintenant) 
prions  chers  amis  que  l'âme  soit  entre  les  pauvres  mise  (allusion  à 
ses  aumônes  et  à  Luc.  16.  9).  (Il  est  décédé)  Je  28  de  8t>rc  1552. 

L'église  est  bâtie  sur  une  colline  et  repose  sur  un  rocher  cal- 
caire, de  sorte  que  l'étranger  qui  aperçoit  la  roche  vive  sur  le 
chemin  à  côlé  du  cimetière,  et  même  encore  au  côté  gauche  de 
l'église,  s'imagine  facilement  que  le  cimetière  de  Modave  n'est  pas 
du  tout  convenable  et  que  les  morts  reposent  sur  le  rocher  à  trois 
ou  quatre  pieds  de  profondeur  au  plus.  Or  c'est  précisément  tout 
le  contraire  qui  a  lieu.  A  l'exception  de  la  porle  d'une  cour  de 
ferme  qui  s'ouvre  sur  le  cimetière,  triste  servitude  à  laquelle  nous 
espérons  que  le  propriétaire  renoncera,  et  qui  a  déjà  été  fatale  au 
locataire  lui-même,  nous  pouvons  assurer  que  le  cimetière  de 
Modave,  du  moins  depuis  deux  ans,  est,  proportion  gardée,  un 
des  plus  spacieux,  des  plus  convenables  et  des  mieux  situés  de 
toute  la  Belgique.  Nous  ajouterons  que  c'est  aussi  l'un  des  plus 
remarquables,  car  c'est  un  cimetière  à  terrasses,  peut-être  l'unique 
en  ce  genre  dans  le  pays.  Des  fouilles  faites  dans  toutes  les  parties 
du  cimetière  où  l'on  peut  enterrer  prouvent  que,  de  très-ancienne 
date,  les  habitants  ont  amené  sur  cette  colline  une'quantité  énorme 
de  terres,  sable,  cendres,  ciment,  déblais  de  toute  nature,  et  c'est 
ce  que  nous  avons  imité  en  1859  où  nous  avons  fait  un  cimetière 
inférieur  :  alors  encore  les  habitants  ont  amené  au  cimetière  une 
quantité  innombrable  de  tombereaux  de  terre.  Ainsi  au  côté  droit 
de  l'église  et  à  peu  de  dislance  commence  une  couche  de  terre  de 
plus  de  six  pieds  de  profondeur.  Après  une  lisière  où  l'on  enterrait 
très-convenablement  et  qui  a  suffi  jusqu'en  1858,  commençait  un 


—  M  — 

talus  assez  rapide  dans  lequel  on  n'enterrait  pas.  En  1858  nous 
avons  jugé  à  propos  de  construire  une  solide  et  profonde  muraille 
au  milieu  de  ce  talus  pour  agrandir  la  lisière  supérieure  et  pour 
faire  un  second  cimetière  en  bas.  Après  les  déblais  préalables,  on 
a  commencé  les  fondements  de  cette  muraille  le  15  octobre  1858. 
L'année  suivante  on  a  achevé  la  muraille,  déblayé  tout  le  cimetière 
inférieur  jusqu'à  la  profondeur  de  six  pieds  et  remblayé  au  moyen 
d'une  quantité  énorme  de  nouvelles  terres.  Les  croix  sépulcrales 
ont  été  religieusement  conservées  et  maçonnées  dans  la  muraille. 
M.  le  Doyen  de  Nandrin  a  bénit  l'agrandissement  supérieur  et  la 
partie  inférieure  le  18  novembre  1859.  Les  travaux  ont  prouvé 
qu'anciennement  on  avait  réalisé  la  même  idée,  car  on  a  retrouvé 
des  restes  d'une  muraille  transversale  et  quantité  d'ossements 
humains.  On  a  aussi  trouvé  divers  objets  anciens,  entre  autres 
une  clef  dont  l'anneau  était  en  losange. 

Le  château  de  Modave  est  bâti  sur  un  rocher  à  pic  de  deux  cents 
pieds  d'élévation  au-dessus  du  niveau  du  Hoyoux  et  à  l'entrée 
d'un  parc  magnifique  d'environ  80  hectares  et  peuplé  de  daims.  Ce 
château,  qui  est  en  réalité  assez  haut,  parait  peu  élevé,  parce  que 
la  partie  inférieure  renfermant  les  offices  est  masquée  par  un  canal. 
Mais  l'intérieur  du  château  est  décoré  avec  une  magnificence  qui 
laisse  dans  l'admiration  tous  ceux  qui  le  visitent.  M.  G.  A. 
Lamarche,  le  propriétaire  actuel,  a  eu  soin  de  lui  imprimer  le 
cachet  de  son  auteur,  savoir  Jean  Gaspâr  comte  de  Marchin. 
Partout  on  retrouve  le  blason  des  Marchin  et  la  devise  de  l'ordre 
de  la  Jarretière.  On  croyait  assez  généralement  â  Modave  que  Jean 
de  Marchin,  dont  la  statue  repose  sur  le  mausolée,  était  comte, 
niais  l'inscription  ne  lui  donne  que  le  titre  de  chevalier  et  l'écu  ne 
porte  que  le  heaume  au  cimier.  C'est  Jean  Gaspar  qui  racheta  la 
terre  de  Marchin  et  la  fît  ériger  en  comté  de  l'empire.  Delvaux  place 
ce  fait  vers  1670,  mais  un  acte  du  17  août  1659  donne  déjà  à  Jean 
Gaspar  et  à  son  épouse  les  litres  de  comte  et  de  comtesse. 

Le  vestibule,  qui  frappe  par  son  grandiose,  est  surtout  enrichi 
par  la  généalogie  de  Jean  Gaspar  Ferdinand  comte  de  Marchin, 
sculptée  et  peinte  sur  le  plafond  et  conduite  jusqu'au  quatrième 


—  45  — 

aïeul ,  de  sorte  qu'à  la  dernière  ligne  se  trouvent  trente-deux 
blasons  différents.  M.  Lamarche  a  été  assez  heureux  pour  retrou- 
ver tous  les  émaux  de  ces  blasons.  Un  salon  à  côté  est  orné  de 
riches  bahuts  et  d'une  tapisserie  des  Gobelins.  Un  second  vesti- 
bule plus  petit,  présente  également  au  plafond,  la  généalogie  des 
Balzac  d'Entracque  marquis  de  Clermont.  Ce  vestibule  donne  sur 
un  majestueux  balcon,  d'où  l'on  aperçoit  la  machine  hydraulique, 
et  introduit  dans  le  salon  d'Hercule  qui  est  d'une  telle  richesse 
qu'il  serait  digne  de  servir  de  salle  de  réunion  à  un  congrès  de 
rois.  Un  salon  vis-à-vis  et  un  petit  couloir  introduisent  dans  la 
chambre  à  coucher  du  Duc.  L'alcove  est  conservée  dans  l'état  où 
elle  était  avant  l'émigration.  Cette  pièce  donne  sur  un  balcon  et 
aboutit  au  boudoir  du  Duc  d'où  l'on  jouit  d'une  vue  ravissante.  Le 
visiteur,  qui  est  venu  de  plain  pied  au  château,  est  stupéfait  de  voir 
l'élévation  du  rocher  sur  lequel  il  se  reconnaît  subitement  et  ses 
regards  émerveillés  se  rassasient  du  magnifique  panorama  de  la 
vallée  du  Hoyoux  et  du  parc.  —  Le  visiteur  admire  encore  d'autres 
salons,  la  tabagie,  la  salle  du  billard  et  la  chapelle. 

Il  est  aujourd'hui  certain  que  le  château  actuel  est  bâti  sur 
l'emplacement  de  l'ancien  château  de  Modave,  car  il  est  prouvé 
que  la  plaine  escarpée  près  du  pont  de  Bonne  et  portant  le  nom 
de  Vieux-Château  servait  d'emplacement  à  l'ancien  château  de 
Linchet. 

Jean  de  Marchin  acheta  l'ancien  château  de  Modave  à  Nieolas  de 
Saint-Fontaine  le  20  janvier  1642.  Jean  Gaspar  de  Marchin  son 
fils,  qui  était  un  grand  guerrier,  en  voulut  faire  un  château-fort. 
L'ancien  château  était  déjà  une  forteresse  du  temps  de  Jean  Waldor 
qui  mourut  en  1439.  Le  nouveau  château  fut  bâti  par  l'architecte 
français  Jean  Goujon  (probablement  un  descendant  du  célèbre 
Jean  Goujon  tué  à  la  Saint-Barthélémy)  ;  il  fut  commencé  en  16o0 
et  achevé  en  1666.  Jean  Gaspar  de  Marchin  fit  construire  des  rem- 
parts, des  avenues  en  zigzag  et  des  fossés  avec  un  pont-Ievis. 
M.  Lamarche,  à  son  arrivée  à  Modave  en  1817,  trouva  encore  des 
débris  de  ces  fortifications.  Mais  il  était  difficile ,  à  une  pareille 
élévation  au-dessus  du  Hoyoux,  d'avoir  de  l'eau  pour  alimenter  les 


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fossés.  Jean  Gaspar  fui  assez  heureux  pour  découvrir  Rennequin 
(c'est-à-dire  Renier)  Sualem,  habile  mécanicien,  qui  construisit 
une  machine  hydraulique  faisant  arriver  l'eau  du  Hoyoux  dans  les 
fossés  (').  Cette  machine,  par  suite  de  son  imitation  et  de  son 
application  à  Marly,  fut  plus  lard  appelée  machine  de  Marly  et  l'on 
en  trouve  encore  des  vesliges  dans  le  parc.  Jean  Gaspar,  devenu 
comte  de  Marchin,  construisit  encore  à  l'église,  comme  nous 
l'avons  vu,  la  chapelle  dite  de  Marchin  qu'il  laissa  inachevée  et 
mourut  à  Spa  le  21  août  1673,  en  recommandant  son  fils  à 
Louis  XIV. 

Jean  Ferdinand  comte  de  Marchin,  né  à  Malines  en  1656,  se  rendit 
à  Paris  à  l'âge  de  17  ans,  immédiatement  après  la  mort  de  son 
père.  Il  s'adonna  tout  entier  au  métier  des  armes,  devint  maréchal 
de  France,  et  vendit  son  domaine  de  Modave  le  12  septembre  1682 
à  Maximilien  Henri  de  Bavière,  archevêque  et  électeur  de  Cologne, 
évéque  et  prince  de  Liège,  qui  en  fit  don,  sous  certaines  conditions, 
le  13  décembre  1684  à  Guillaume  Egon,  prince  de  Furstemberg, 
évéque  de  Strasbourg  et  peu  après  créé  Cardinal.  Celui-ci,  à  côté 
du  château,  en  fit  construire  un  second  pour  son  neveu  le  prince 
de  la  Marck  (ce  château  est  aujourd'hui   une  ferme),  acquit  le 


(')  Hier  23  septembre,  j'ai  vu  M.  Lamarchc  avec  qui  je  me  suis  long- 
temps entretenu  touchant  la  machine  construite  à  Modave  par  Sualem. 
M.  Lamarche  m'a  dit  qu'à  son  arrivée  à  Modave  en  1817,  il  avait  trouvé 
deux  fosses,  l'un  extérieur,  entourant  la  cour,  l'autre  dans  l'intérieur  de 
la  cour,  contre  le  château.  Il  a  comblé  le  fossé  extérieur,  mais  il  n'a  pu 
combler  l'autre,  puisqu'il  est  contre  les  offices  du  château  ,  seulement  le 
pont-levis  a  été  remplacé  par  un  pont  en  pierre.  Il  est  évident  que  ce 
fossé  ne  pourrait  aujourd'hui  contenir  de  l'eau  sans  submerger  les  offices, 
et  M.  Lamarche  dit  qu'il  n'en  a  jamais  contenu  et  qu'il  croit  la  même 
chose  du  fossé  extérieur.  Sur  ce  fossé  il  y  avait  un  pont  à  deux  arches, 
dont  l'une  couverte  d'un  tablier  en  pierre  et  l'autre  d'un  pont-levis,  les 
moulons  pouvaient  passer  sous  ce  pont.  La  machine  n'alimentait  donc  pas 
les  fossés,  mais  les  jels-d'eau  qui  arrosaient  la  partie  supérieure  du  parc  et 
la  cour  du  château.  Les  tuyaux  qui  communiquaient  avec  les  jets-d'eau  de 
la  cour  passaient  au-dessous  du  fossé.  Il  est  évident  que  tous  ces  ouvrages 
étaient  faits  d'un  seul  ensemble  et  qu'on  ne  peut  les  attribuer  qu'à  Jean 
Gaspar  de  Marchin.  C'est  aussi  la  conviction  de  M.  Lamarche. 


-  47  — 

domaine  du  Pctil-Modave  et  acheta  de  Winand  de  Ville  les  trois 
fermes  de  Labasse,  de  Pierpont(àMarchin)  et  de  Denville  (à  Bouil- 
lon). Ses  grandes  dépenses  ne  lui  permettant  pasd'en  payer  le  prix, 
il  en  servait  les  intérêts. 

Winand  de  Ville,  bourgmestre  de  Huy,  riche  maître  de  forges, 
avait  épousé  Catherine  Isabelle  de  Lerneux  et  fut  créé  baron  libre 
du  Saint  Empire  par  diplôme  du  14  janvier  d686.  Son  fils,  Arnold 
de  Ville,  était  ingénieur  et  s'occupait  surtout  d'hydrographie.  Etant 
à  Paris,  il  se  lia  avec  Jean  Ferdinand  de  Marchin,  son  compatriote 
et  son  voisin.  Cette  liaison,  le  peu  de  distance  entre  Huy  et  Modave 
et  l'existence  d'une  parente  à  Modave  ,  savoir  Anne  Marguerite  de 
Ville  fille  du  major  de  Ville  et  épouse  de  Henri  de  Jamagne,  mayeur 
de  Modave,  notaire  apostolique,  propriétaire  de  Survillers  et  qui 
descendait  des  Werpen,  —  tous  ces  motifs  donnèrent  au  jeune  de 
Ville  l'occasion  de  visiter  Modave  et  particulièrement  le  château  où 
il  admira  la  machine  construite  par  Sualem,  l'étudia,  en  copia  le 
plan  et  se  promit  d'en  tirer  parti.  Il  paraît  qu'il  s'en  servit  déjà 
pour  construire  une  machine  propre  à  monter  l'eau  au  château  et 
dans  les  jardins  de  Saint-Germain,  qu'occupait  alors  la  reineAnne 
d'Angleterre.  On  conçoit  donc  que  lorsque  Louis  XIV,  sur  la  pro- 
position de  l'architecte  Mansard,  invita  les  savants  à  construire  une 
machine  à  Marly,  le  baron  de  Ville,  déjà  avantageusement  connu, 
obtint  la  préférence.  On  dit  cependant  que  ,  dans  l'exécution  des 
travaux  de  Marly  ,  de  Ville  rencontra  des  difficultés  telles  qu'il  dut 
appeler  à  son  secours  Rennequin  Sualem  ,  mais  en  lui  recomman- 
dant bien  de  taire  le  nom  du  véritable  inventeur ,  car  ce  baron 
s'était  déjà  attribué  l'honneur  d'avoir  inventé  la  machine,  ce  qui  a 
été  cru  généralement  en  France  ,  tandis  qu'à  Liège  tout  le  monde 
sait  que  l'honneur  en  revient  à  Sualem.  Le  Père  de  Feller  (  Bio- 
graphie universelle  )  tâche  de  concilier  les  deux  opinions  en  disant 
que  le  Baron  de  Ville  ,  étant  seigneur  de  Modave  ,  avait  inventé, 
pour  monter  les  eaux  du  Hoyoux,  une  machine  dont  il  avait  confié 
l'exécution  à  Sualem  et  qui  fut  le  modèle  de  celle  de  Marly.  Ce 
système  s'écroule  en  confrontant  les  dates.  Arnold  de  Ville  n'avait 
que  20  ans  quand  Jean  Gaspar  de  Marchin  mourut ,  et  la  machine 


de  Modave  était  déjà  construite  alors.  Les  travaux  furent  commencés 
à  Mari v  en  juin  1681,  et  Arnold  de  Ville  ne  devint  seigneur  de  Mo- 
dave  qu'en  1708.  Mm»  la  comtesse  douairière  Furslemberg  de 
Lamarck  fut  établie  au  château  en  1689  comme  dame  de  Modave; 
elle  v  était  encore  en  1698  et  son  receveur  paya  encore  en  son  nom 
les  renies  dues  à  l'église  sur  le  château  jusques  inclus  1707.  M. 
Arnold  de  Ville  ne  lui  succéda  qu'en  1708.  Voici  à  quelle  occasion. 
Winand  de  Ville  avait  eu  soin  de  faire  insérer  dans  l'acte  de  vente 
de  ses  trois  fermes  certaines  clauses  dont  il  pouvait  tirer  un  jour 
un  excellent  parti.  Le  cardinal  ayant  donné  Modave  à  son  neveu, 
de  Ville  exigea  le  remboursement  des  40,000  florins  Brabant- 
Liége,  prix  de  ses  trois  fermes.  Le  cardinal  refusa,  et  les  tribunaux 
l'ayant  condamné  à  ce  remboursement  que  l'étal  de  sa  fortune  ne 
lui  permettait  pas  de  faire  ,  de  Ville  saisit  non-seulement  les  trois 
fermes  ,  mais  encore  le  Grand  et  le  Petit  Modave.  La  famille  avait 
quarante  ans  pour  purger  et  rentrer  en  possession,  mais  ce  temps 
s'est  écoulé  sans  que  personne  se  soit  présenté  pour  le  faire. 

Arnold  de  Ville  épousa  Anne  Barbe  de  Courcelles  le  16  octobre 
1708.  De  ce  mariage  est  issue  une  fille  unique  Anne-Marie  Barbe 
de  Ville,  née  à  Metz  le  25  mai  1713,  et  qui  épousa  le  duc  de  Mont- 
morency. Leur  fds  Anne  Léon  de  Montmorency  avait  proposé  et 
fait  agréer  à  Louis  XVI  le  château  de  Modave  comme  lieu  de  refuge. 
Le  comte  d'Artois  et  d'aulres  grands  personnages  y  étaient  déjà 
réunis  et  attendaient  avec  impatience  l'arrivée  du  roi  lorsqu'on 
apprit  son  arrestation  à  Varennes.  Leducémigra,  ses  biens  furent 
vendus  par  la  République,  sauf  les  forêts,  qui  avaient  été  réservées 
pour  la  marine.  Le  receveur  du  Duc  acheta  le  château  et  le  Petit 
Modave  qu'il  rendit  à  son  fds  aîné.  Celui-ci  les  vendit  le  28  juin 
1817  à  M.  G.  A.  Lamarche  qui  fit  restaurer  le  château  et  le  parc 
•■t  construire  une  nouvelle  machine  hydraulique.  Cette  machine, 
mue  par  une  chute  d'eau  prise  au  Hoyoux  ,  consiste  dans  une 
double  pompe,  aspirante  et  foulante,  qui  plonge  dans  une  excellente 
source  jaillissant  au  pied  du  château  et  en  fait  monter  l'eau  à  plus 
de  deux  cents  pieds  de  hauteur  pour  alimenter  le  château,  la  ferme 
et  la  distillerie. 


-  49  — 

On  voit  que  Modave  est  intéressant  à  bien  des  égards  et  mérite 
une  monographie.  Nous  en  attendons  une  avec  impatience  de  M. 
Stanislas  Bormans  à  qui  j'ai  fait  quelques  emprunts  touchant  les 
Waldor  et  les  de  Ville. 

J.  A.  Henrotay. 


LA  COMPAGNIE  DES  DIX  HOMMES 

DE  LA  GITE  DE  LIÈGE. 


Il  y  avait  autrefois  à  Liège  une  garde  bourgeoise  qui 
portait  le  nom  de  Compagnie  des  Dix  Hommes. 

En  1594  ,  l'existence  en  fut  solennellement  reconnue 
par  le  Magistrat,  ainsi  que  le  constate  le  statut  ci-après 
publié  (  '  ) . 

Voici,  en  peu  de  mots,  l'historique  de  cette  compagnie. 

En  1418  ,  après  l'abdication  de  Jean  de  Bavière  ,  si 
justement  surnommé  sans  pitié,  les  Petits  de  Liège  avaient 
repris  courage.  Ils  étaient  prêts  à  se  soulever  et  à  recom- 
mencer la  lutte  séculaire  qu'ils  soutenaient  contre  les 
Grands  ,  pour  faire  prévaloir  le  principe  de  l'égalité  poli- 
tique. 

Trahis  par  le  prince,  Jean  de  Heinsberg,  ils  échouèrent 
dans  leurs  généreux  desseins. 


i)  Nous  avons  pris  notre  copie  sur  la  minute  même  du  document, 
transcrite  dans  le  volume  de  1594  des  Itccès  de  la  Magistrature  delà  Cité 
de  Liège,  fol.  198.  [\  la  Bibliothèque  publique,  à  l'Université.) 


-  52  — 

Les  représailles  ne  se  firent  pas  attendre.  Plusieurs  lois 
réactionnaires  vinrent  porter  atteinte  au  régime  électoral, 
qui  était  alors  si  démocratique  (  i  ) . 

Quelques  années  plus  tard  ,  en  1424  ,  par  le  Régiment 
dit  de  Jleinsôerg,  on  alla  jusqu'à  donner  au  prince  le  droit 
d'intervenir  directement  dans  les  élections.  Cette  dernière 
et  exorbitante  innovation  porta  le  mécontentement  au 
comble . 

Il  y  eut  des  troubles  fréquents.  Les  Petits  protestaient 
contre  le  nouveau  mode  d'élection  ;  ils  demandaient  que 
les  bourguemestres  fussent,  comme  par  le. passé,  nommés 
exclusivement  par  les  bourgeois.  Une  crise  était  immi- 
nente. Elle  éclata  la  veille  de  la  fête  des  Trois  Rois  ,  le 
dimanche  5  janvier  1433.  Une  mêlée  terrible  s'engagea 
dans  les  rues  de  la  Cité.  Les  Petits  combattirent  brave- 
ment; mais  affaiblis  par  de  lâches  défections,  écrasés  par 
le  nombre,  ils  furent  vaincus.  Pas  un  ne  fut  épargné. 

Entre  autres  mesures  que  prirent  les  vainqueurs  pour 
prévenir  ou  réprimer  toute  tentative  de  soulèvement,  ils 
instituèrent  une  garde  permanente,  la  Compagnie  des  Dire 
Hommes  (2).  Elle  fut  ainsi  nommée,  parce  que  chacun  des 
Trente-Deux  Métiers  devait  fournir  dix  compagnons  pour 
en  faire  partie  ('). 

(i)  Voir  notre  Histoire  du  pays  de  Liège,  t.  I,  p.  281  et  suivantes.  — 
Après  avoir  perdu  ses  privilèges  en  1312  ,  le  patriciat  les  avait  recouvrés 
en  partie  en  1531,  et  dès  lors,  d'accord  avec  le  prince,  il  avait  constamment 
cherché  à  refouler  les  Petits  dans  le  néant.  En  1381 ,  il  se  vit  de  nouveau 
ravir  tous  ses  droits  politiques.  La  lutte  entre  les  partis  n'en  devint  que 
plus  acharnée. 

(2)  Elle  aurait  été  mieux  nommée  la  Garde  prétorienne ,  dit  Fisen  : 
Aplè  nominaveris  praeloriam  cohorlcm.[IIisioria  Ecclesiae  Leodiensis, 
t.  Il,  p. -200.) 

[ô]  Deinceps de consensu  omnium  Ministeriorum  Civitaiis,dccrclum  est 
eligi  de  quolibet  eorum  decemviros  fortes  et  animosos,  qui  sicas  vel  cullellos 
longos  ad  lalera  continue  déferrent ,  co  fine  ut  si  conligeret  similem  vel 


Les  Dix  Hommes  étaient  spécialement  chargés  de  veiller 
à  la  sûreté  de  la  personne  des  bourguemestres  ,  et  de  dé- 
fendre l'Hôtel  de  Ville  contre  tonte  agression  (3). 

La  Compagnie  était  composée  de  trois  cent  vingt  hommes . 
Elle  était  commandée  par  quatre  maîtres  on  capitaines , 
qui  devaient  être  membres  du  conseil  de  la  Cité.  Il  y  avait 
deux  porte-  enseignes  ,  quatre  sergents,  et  des  dizainiers 
nommés  caporaux  (i). 

Chaque  Dix-Hommes  recevait  une  solde  annuelle  de 
quatre  florins  ;  il  était ,  en  outre  ,  exempt  du  guet  et  des 
logements  militaires. 

La  Compagnie  devait  assister  à  l'exécution  de  tout 
bourgeois  condamné  pour  atteinte  aux  franchises. 

Le  corps  de  garde  des  Dix  Hommes  ,  et  leur  lieu  de 


majorent  casum  in  Cicilalc  suboriri,illi  confestim  vocarenlur ,  elpromlos 
se  ad  succurrendum  Civilali  et  Civibus  debefrent  offerre,  ipsisque  Burgi- 
magislris  in  omni  necessitatis  articula  ,  quotiescumque  opus  foret  subir- 
ai re.  (Zantfliet,  Chronicon  Leodiense,  dans  YAmplissima  Colleclio,  t.  V, 
I».  432.) 

('  )  Dans  les  troubles  civils,  on  cherchait  tout  d'abord  à  s'emparer  de 
l'Hôtel  de  \i\\e. Etquia  Basilica  seu  Domus  Civica  ab  anliquo  solila  est  per 
vigiles  eodem  tempore  cuslodiri,  tanquàm  in  Urbis  medio  et  centro  sila,  et 
cujas  conservado  ab  ipsius  Urbis  luilionern  facit ,  è  singulis  Tribubus 
delecti  sunt  deeem,  qui  aliarum  immunes  excubiarum,  in  illius  Basilicae 
afrio  vigilarent.  Si  quid  subitariitumuHus  exsurgil ,  quia  magis  sunt  ad 
manum,  et  in  Basilicam  Consilium  advocalur ,  eodem  jubenlur  armati 
eonvenire ,  relut  Civicae  Domus  custodes. —  Les  Dix  Hommes  n'étaient 
réellement  institués  que  pour  défendre  l'ordre  établi  et  la  personne  des 
bourguemestres.  Consules  habent  armatam  custodiam,  que  sunt  cohortes 
Civium  dictae  Decemvirum,  pro  tuilionc  franchisiac  Civilatis.  [Inclilae 
Civilalis  Leodicnsis  Delegatio,  p.  94.  etc.) 

(  -  )  Il  fallait  être  réputé  grand  ami  de  l'ordre  établi  pour  faire  partie 
de  la  Compagnie  Qui  inter  Decemviros  fucrinl  malae  conditionis,  per  Col- 
legia  removeantur.  Aucun  des  Dix  Hommes  ne  pouvait  faire  partie  d'une 
autre  garde  armée.  Item  quod  Decemviri  non  sinl  de  Socictatibus  juratis. 
(barlôiSet,  Epiloma  charlarum  Civilalis  Leodicnsis,  §§  "24.3,  434.) 


—   54   — 


réunion  ordinaire,  était  au  rez-de-chaussée  de  L'hôtel  de 

ville  ('). 

La  Compagnie  obéissait  aux  deux  bourguemestres  de 
la  Cité.  Eux  seuls  pouvaient  lui  faire  prendre  les  armes. 
C'étaient  eux  qui  en  nommaient  les  chefs  (2). 

On  conçoit  facilement  l'importance  du  rôle  que  cette 
garde  a  dû  jouer  dans  une  Cité  comme  Liège. 

Primitivement  instituée  pour  venir  en  aide  à  la  réac- 
tion, son  esprit  et  ses  tendances  se  modifièrent  chaque  fois 
que  l'élément  démocratique  dominait  dans  la  Cité.  Les 
bourguemestres  ,  nommés  sous  son  influence  ,  faisaient 
alors  concourir  à  la  défense  de  la  liberté  une  force  armée 
qui  avait  été  créée  contre  elle. 

La  Compagnie  des  Dix  Hommes  finit  par  devenir  popu- 
laire, et  lit  partie  des  institutions  de  la  Cité. 

En  14G7,  la  Compagnie  fut  supprimée  par  Charles  le 
Téméraire,  qui  venait  de  s'emparer  du  pays. 

A  la  mort  de  ce  despote,  en  1477,  elle  fut  reconstituée. 

En  1640,  leprince-éveque  Ferdinand  de  Bavière,  maîtr< 
de  la  Cité,  cassa  la  Compagnie,  et  en  confisqua  les  revenus 
à  son  profit. 

(>)  Li  liera  Civ  lia  Us  loi!),  19  februarii.  Consilium  Civitatis  slaluit , 
juod  in  Domo  Civica  excubent  Dccem  Bomines  armait.  Us  prenaient  les 
armes,  à  toute  heure  de  jour  et  de  uuit ,  au  premier  coup  de  la  cloche  de 
l'hôtel  de  ville.  Litlcra  Civitatis  1516,  4  februarii.  Campana  armorum 
appendilur  inDomo  Civica  ex  Consilii  Civitatis  decreto,  ad  Decemviros 
ecucandum  die  et  nocle  cumarmis  ad  Civitatis  defensionern  ,  et  slaluilur 
quod  singuli Consules suant  loci  campanae  clavem  habeanl,  ne  ea  pulselui 
absque  licrnlia  et  assensu  ipsorum  Consulum.  (Barlollet,  ibid.,  §§  198  , 
203.) 

[')  «  Les  Maistres  de  la  Cité  ont  élection  des  quattres  Mais  très  des  Diex 
•  Hommes  osleuz  par  chascun  des  Trengte-Deux  Bons  Mestiers;  lesquels 
>  sont  deputeis  et  esleus  pour  la  garde  et  tuilion  des  Magistrats,  se  trou- 
-  vant  avecque  l'estandart  a  l'exécution  d'iceuh  qui  doient  mourir  pour 
>»  la  franchiese  ,  a  (Tin  qu'elle  ne  soit  aulcunement  empochée  »  {Document 
de  1571,  dans  le  Patoilhâr.) 


—  oo  — 


En  1672, les  bourgeois  ressaisirent  leurs  droits.  La  Com- 
pagnie des  Dix  Hommes  fut  immédiatement  rétablie  (  »  ). 
Ce  ne  fut  pas  pour  longtemps.  Douze  ans  après,  en  1684, 
le  prince-évêque  Maximilien  de  Bavière  rentra  en  vain- 
queur dans  la  Cité  ,  et  abolit  la  Compagnie  des  Dix 
Hommes  C). 

Il  serait  difficile  de  dire,  en  ce  moment,  quels  services 
cette  garde  bourgeoise  a  rendus  à  la  cause  de  la  liberté, 
l'histoire  démocratique  de  notre  pays  étant  encore  enfouie, 
en  quelque  sorte,  dans  les  coins  poudreux  de  nos  archives 
et  de  nos  bibliothèques. 


LETTRE  DES  MA1STRËS  ET  DIEX  HOMES  DE  LA  CITÉ, 

Nous  les  Burgemestres,  Jurez,  Conseil  et  Université  de 
|a  Cité,  Franchiese  et  Banlieu  de  Liège,  à  tous  ceulx  qui 
ces  présentes  lettres  veront  et  oront,  salut.  Scavoir  fai- 
sons (pie  corne  nos  predicesseurs  consiclerans  de  quele 
importance  est  la  bonne  garde  et  seureté  de  ceste  Cité, 
ayent  trouvé  bon,  util  et  nécessaire  de  dresser  une  Com- 
pagnie appellee  des  Diex  Hommes,  prins  et  choisis  des 
gens  de  chascun  des  Trengtedeux  Bons  Mestiers  de  ceste- 

(l  )  «  L'an  1672,  le  28  avril,  jour  de  la  translation  S.  Lambert,  ont  esté 
»  restablis  les  Dix  Hommes  des  Trent-Deux  Mestiers,  en  somme  de  trois 
»  cents  et  vingt,  lesquels  a  voient  esté  demis  passé  environ  vingt-deux  ans.  » 
[Chronique,  de  Liège.)  . 

(2)  Voici  comment  est  rédige  l'article  du  violent  Règlement  de  16X4, 
qui  supprime  la  Compagnie  des  Dix  Hommes.  «  Nous  jugeons  convenable 
»  de  casser  les  capitaines  et  quatre  compagnies  des  Dix  Hommes...  et  de 
v  réunira  la  Cité,  et  à  son  profit,  leurs  biens,  revenus,  maisons  et  jardins 
»  avec  leurs  charges.  »  (Dans  le  Recueil  des  édils  du  pays  de  Lièijc  ,  t.  I, 
p.  96.) 


—  56  — 

ditte  Cité,  aieans  domicilie  et  vacation  honeste  en  icelle, 
pour  y  faire  les  services  requis,  et  reciprocquement  joyr 
des  previleges,  franchieses,  libellez  et  droits  y  apparte- 
nant :  Nous  aussy  cognoissans  que  dez  toute  mémoire  et 
antiquité  icelle  Compagnie  des  Diex  Homes  a  lealement 
servy  et  fait  tout  bon  debvoir  et  office  y  requis,  et  pour  ce 
ne  vuillans  que  rien  soit  derogué  à  leurs  drois  et  privilèges 
anelnens,  nonobstant  que  diceux  présentement  n'appere- 
roit  par  lettres  et  chartes,  attendue  linterception  et  perdi- 
tion dicelles  advenues  par  les  guerres  du  temps  passé; 
veu  que  assez  effectuelement  il  en  appert  par  lexercice  et 
continuation  ultrameinoriale  :  par  ces  raisons  et  autres 
telea  qui  ont  esmeu  noz  predicesseurs  et  qui  nous  doibvent 
movoir  à  sy  juste  cause,  avons  unanimemeut  accordé, 
ordonné  et  conclu,  conie  par  cestes  accordons,  ordonons 
et  concluons,  irrévocablement  et  à  perpétuité  ,  que  la 
dicte  Compagnie  des  Diex  Plomes  soit  continuée,  ;res- 
tablie  ,  munie  et  entretenue  en  son  estât  corne  sensuyt, 
cest  assavoir  :  Que  ladicte  Compagnie  doibt  estre  complète 
en  nombre  de  trois  cens  et  vingt  hommes,  prins  et  choi- 
sis par  diexaines  ;  en  chascune  desqueles  diexaines  de- 
verat  avoir  deux  muskettes,  siex  musketiers  et  deux 
pickes  ou  ung  court  baston  avec  corseletz.  Et  advenant 
quilz  nen  ayent,  incoureront  en  lamende  dung  postulat  et 
destre  cassez  et  y  remettre  aultres  desdits  XXXII  Bons 
Mestiers  qui  soient  gens  de  biens,  ydoines  et  équipez  de 
leurs  propres  armes  et  aieans  domicilie,  habitation  et  vau- 
cation  honeste  en  icelle  Cité,  à  ce  que  Ion  se  puisse  asseu- 
rer  de  leurs  personnes  au  besoing;et  serviront  actuelement 
sains  fraude  tmittes  et  qualités  fois  ilz  seront  mandez  et 
romande/,  par  nous  les  Burgemestres  à  nécessité  occurente. 
I  serai  mis  en  la  grande  sale  de  la  Violette  ung  tableau 
conti  liant  les  noms  et  surnoms   desdis  compagnons,  qui 


—  5/   — 

serat  renovelé  par  chascune  année,  et  à  touttes  monstres 
quil  plairat  aux  Burgemestres  les  mander.  Et  affin  que 
iceulx  compagnons  puissent  scavoir  cornent  de  ce  jour  en 
avant  ilz  auront  et  debveront  se  maintenir,  régler  et  user, 
nous  leur  ordonnerons  quattres  hommes  suffisants  pour 
leurs  capitaines,  lieutenans  de  nous  les  Burgemestres,  qui 
seront, corne  de  toutte  antiquité  ont  estez, appeliez  les  M  cas- 
tres des  Dïex  Hommes,  avecq  deux  porteurs  densengnes, 
recognoissans  pour  leurs  supérieurs  et  capitaines  en  chieffz 
les  Burgemestres,  et  à  tel  tiltre  seront  corne  tousjours 
sont  estez  du  Conseil  de  la  Cité  et  de  lestât  dicelle,  aus- 
quels  lesdis  compagnons  deveront  porter  obéissance  sur 
paine  de  quattres  florins  liegois,  à  aplicquer  la  moitié  à  la 
diexaine  obéissante  etlautreaux  officiers. Lesquelsdis  Diex 
Hommes  deveront  avoir  quattres  sergeans,  qui  seront  admis 
par  lesdis  Burgemestres  et  ausquelz  deveront  faire  et 
prester  seriment.  Item  deveront  eslyer  hors  de  chascune 
diexaine  ung  diexenier  pour  les  semondre  et  mander  à 
toutte  occurrence  et  les  conduyre  selon  que  lesdis  maistres 
leur  ensegneront  ;  spécialement  corne  ladicte  Compagnie 
ayet  esté  tousjours  tenue  pour  la  garde  des  corps  et  per- 
sones  de  nous  les  Burgemestres,  ilz  seront  tenus  de  nous 
suyvre  et  obeyr  à  toutte  nécessité  pour  la  défense  et  seu- 
reté  de  la  Cité  et  des  affaires  publicques,  et  miesmement 
pour  estre  presens  avec  lestanclart  de  la  Cité  à  toutte  exé- 
cution criminele  qui  serat  faicte  des  transgresseurs  de  la 
franchiese  condamnez  à  mort  par  justice,  selon  les  Regi- 
mens,  sur  paine  et  amende  et  à  aplicquer  corne  dessus  ; 
ensqueles  dites  diexaines  et  chascune  dicelles  deverat 
avoir  deux  pickiers  avec  harnas  ,  deux  musketiers  et  siex 
harkebousiers  bien  équipez  et  armez  ;  et  affin  de  doner 
meilleur  moien  et  occasion  aux  officiers  et  compagnons  de 
bien  et  fidèlement  servir,  nous  déclarons  quilz  jouiront  et 


-  58  - 

useront  de  tous  previleges,  droits,  franchieses  et  profits 
accoustummez,  nornmeement  les  quattres  maistres  auront 
leurs  gages,  torses  et  liverees  ordinaires,  et  poront  porter 
armes  de  jour  et  de  nuicte,  et  aussy  les  compagnons  sans 
en  abuser  ;  et  ne  seront  tous  les  dis  maistres  et  compagnons 
subjeetz  aux  guaitz  et  gardes  ordinaires  qui  se  comandent 
par  les  portiers  de  la  Cité,  sinon  en  temps  de  troubles,  de 
guerre  et  autres  occasions  urgentes,  ny  aussy  aux  surguaitz 
que  Ion  soloit  comander  aux  Borgois  sur  les  vinables. Et  au- 
ront pour  corps  de  garde  ordinaire  la  Maison  de  la  Cité,  sy 
(corne  dit  est)  les  Burgemestres  ne  trovoient  nécessaire  ou 
expedyent  les  employer  autrement  pour  le  bien  publicque, 
en  quele  événement  deveront  tous  et  parrottes  et  diexaines 
aller  ou  que  par  lesdis  Burgemestres  ou  lun  diceulx  con- 
duis et  eminez  seront,  et  faire  ce  que  ordonné  leur  serat. 
Item  que  survenant  nécessité  davoir  garnison  de  gens  de 
guerre  en  la  Cité  pour  queleque  cause  que  ce  soit ,  lesdis 
Maistres  et  Diex  Homes  seront  exempts  sains  estre  tenus 
les  loger.  Item  auront  chascun  desdis  Diex  Hommes  pour 
gage  annuel  quattres  florins  monoie  de  Liège.  En  oultre 
lesdis  quattres  Maistres  des  Diex  Homes,  à  touttes  vaca- 
tions occurrentes  des  offices  des  mayeur  et  tennans  de  la 
Court  jurée  délie  Halle  jugeans  des  biens  des  Absentis,  les 
poront,  corne  de  toutte  antiquité  ont  fait,  conférer  à  gens 
ydoenes  et  qualifyes  pour  estre  en  judicaturre  et  adminis- 
trer justice  des  causes  qui  viendront  pardevant  eulx, 
desqueles  lesdis  Maistres  et  Diex  Homes  seront  cliieff  et 
cognoistreront  en  dernier  resort  de  touttes  causes  qui 
seront  dévolues  par  appellation  hors  des  miesmes  actz  des 
sentences  définitives  rendues  par  ladicte  Courte  jurée  ; 
voir  que  pour  éviter  confusion  par  la  multitude  de  leur 
grand  nombre,  chascune  diexaine  deverat  jecterlotz  pour  y 
tumber  ung  seul  et  revenir  tant  seulement  en  nombre  de 


-  m  — 

trengtecleux  persones  pour  vacquer  à  la  cognoissance  et 
détermination  desdites  causes  et  instances  dappellation. 
Et  auront  aussy  lesdis  Maistres,  corne  semblable  ont  heyu 
du  passé,  puissance  et  authorité  à  toutte  vacation  surve- 
nante, deslyer  ung  greffier  et  varlet,  qui  jouiront  des  gages 
et  salaires  acoustumez.  A  moien  de  tous  lesquels  points 
bien  observez  et  entendus  à  la  bonne  foid  et  sains  fraude, 
nous  leur  avons  accordé  les  présentes  lettres  et  y  fait  ap- 
pendre  le  grand  seel  de  la  dicte  Cité  avec  les  seaulx  desdis 
Trengtedeux  Bons  Mestiers,  assavoir  :  Febvres,  Charliers, 
Charwiers,  Moulniers,  Bolengiers,  Vignerons,  Houilleurs, 
Pexheurs,  Cuveliers  et  Sclaideurs,  Porteurs,  Brasseurs, 
Drapiers,  Retondeurs,  Entretailleurs,  Vaireuxlioriiers , 
Vieulwariers,  Neaveurs,  Soyeurs,  Mairniers,  Charpen- 
thiers,  Massons,  Covereurs,  Corduaniers,  Corbesiers, 
Texheurs ,  Cureurs  et  Toiliers ,  Haregers  et  Fruitiers , 
Mangons,  Tanneurs,  Chandellons  et  Flockeniers,  Mer- 
chiers  et  Orphevres,  sur  lan  de  la  nativité  de  nostre  Sei- 
gneur mille  cincque  cents  nonante  cincque,  le  XXIIII  jour 
de  mois  de  janvier. 

Nota  pour  mémoire.  Que  corne  ladicte  Compagnie  fuisse 
assemblée  en  la  maison  et  convent  de  Bearepart  pour 
passer  monstres,  la  susdicte  lettre  fut  en  la  présence  des 
Seigneurs  Burgemestres  leutte  hault  et  publiquement; 
et  corne  il  y  fut  trouvé  quelcque  difficulté  sur  aucuns 
mots  et  dictions  ,  iceulx  furent  modérez  et  reformez, 
assavoir  :  en  lieu  quil  y  avoit  :  où  que  par  lesdis  Burge- 
mestres ou  lung  deulœ  conduys  et  eminez  seront,  a  esté 
changé  et  dict  :  où  par  lesdis  Burghemestres  ou  lung 
deulœ  conduys   ou   eminés  seront. 

Ferd.  Henaux. 


RAPPORT 


ou 


33sposé  sommaire  des   actes  posés  et  des  travaux  accomplis   par  1  Institut 
Archéologique  Liégeois  pendant  une  période  de  ÏO  ans. 

Lu  en  séance  du  lo  novembre  18GI. 


PRODUCTION. 


Messieurs  , 

Répondant  à  vos  désirs  ,  je  viens  ,  dans  un  court  et 
rapide  exposé,  dérouler  les  actes  de  votre  passé,  indiquer 
vos  travaux ,  mesurer  le  chemin  parcouru  et  montrer ,  au 
milieu  d'entraves  et  de  difficultés  ,  l'intervalle  qui  vous 
sépare  encore  de  quelques-uns  des  buts  assignés  à  vos 
efforts  ,  buts  qui  sont,  vous  le  savez  : 

1°  Étudier  les  vieux  documents,  compulser  les  archives, 
interroger  les  anciennes  chroniques  ,  les  chartes  ,  les  lé- 
gendes, et  ensuite  consigner  dans  des  Bulletins  les  fruits 
de  vos  patientes  recherches  ,  les  résultats  de  vos  savantes 
découvertes  ; 

2°  Solliciter  des  Sociétés  savantes  leurs   annales  en 

6 


-  G2  — 

échange  des  vôtres,  et,  par  elles  et  les  nombreux  ouvrages 
dont  il  vous  est  fait  hommage,  commencer  une  Bibliothèque 
dont  l'intérêt ,  le  mérite  et  la  valeur  augmentent  chaque 
jour  ; 

3°  Remuer  le  sol  pour  y  découvrir  les  secrets  du  passé 
et  même  parfois  ,  mais  avec  respect ,  les  révélations  de  la 
tombe  ;  étudier  les  ruines  ,  veiller  à  la  conservation  des 
anciens  monuments ,  et  indiquer  les  lieux  où  des  fouilles 
pourraient  être  pratiquées  avec  chance  de  succès  ; 

4°  Creuser  ces  lieux  et  fouiller  ces  ruines  ,  afin  d'en 
faire  sortir  les  curieux  débris  des  âges  ,  recueillir  les 
objets  d'art  anciens  et  des  fragments  détachés  des  vieux 
monuments  que  recouvre  la  poussière  des  siècles ,  et  ,  ;i 
l'aide  de  ces  matériaux ,  et  aussi ,  par  des  achats  et  des 
dons  ,  établir  les  fondements  ,  jeter  les  bases  d'un  Musée 
archéologique  liégeois  ; 

5°  Enfin,  demander  au  Pouvoir  qui  encourage  vos  tra- 
vaux et  qui  sait  apprécier  votre  zèle  désintéressé  et  vos 
talents  ,  demander  un  local,  non  obscur,  incomplet  et  pro- 
visoire comme  naguère,  mais  éclairé,  spacieux  et  définitif 
pour  y  placer  vos  collections  ,  créer  et  ouvrir  un  Musée , 
moins  encore  pour  éveiller  la  curiosité  et  porter  aux  re- 
cherches, que  pour  aider  au  développement  des  arts  et  des 
sciences  historiques. 

Ces  différents  buts,  ainsi  indiqués,  sont-ils  tous  atteints 
et  la  noble  tâche  imposée  à  votre  savoir  et  à  votre  pa- 
triotisme est-elle  complètement  accomplie?  —  Voilà  ce 
que  nous  allons  examiner  ensemble. 

Vous  n'existez  ,  comme  Institut  archéologique ,  que  de- 
puis 1850 ,  et  votre  règlement  date  du  4  avril.  Cette 
charte  fondamentale  diffère  de  celle  de  la  Société  voi- 
sine de  Namur.  Vous  vous  dépouillez  ;  elle  conserve. 
—  Vous   recueillez   pour   donner    à   la   province  ,   elle 


-  G3  - 

amasse  à  son  profit  et  reste  propriétaire  de  ses  richesses 
archéologiques.  Elle  a  donc  dû  s'imposer  un  tribut  :  l'an- 
nate  est  de  20  francs  ;  elle  n'admet  ni  correspondant  ni 
membre  honoraire.  L'honneur  de  lui  appartenir  est  tarifé 
et ,  par  là  ,  elle  s'est  créé  d'immenses  ressources  pécu- 
niaires qui  lui  ont  permis  de  pratiquer  de  nombreuses 
fouilles ,  d'imprimer  beaucoup  et  d'excellents  articles,  de 
disposer  de  longues  et  larges  galeries  pour  y  asseoir  son 
Musée  et  y  étaler,  dans  un  ordre  chronologique  parfait , 
les  produits  de  ses  fouilles  ,  les  fruits  de  ses  recherches  et 
de  ses  intéressants  travaux. 

Au  contraire,  notre  règlement,  plus  libéral,  nous  permet 
d'accorder  des  titres  honorifiques  ,  et  nous  avons  usé, 
avec  bonheur ,  de  ce  privilège ,  pour  attacher  à  nous  , 
par  ce  lien  d'honneur,  les  talents,  le  mérite,  la  science, 
les  hautes  positions ,  lesquels,  par  leur  éclat,  jettent  du 
relief  sur  notre  Institut.  Mais  dans  nos  généreuses  et 
nobles  sympathies  au  profit  de  nos  gloires ,  nous  restons 
(ce  qui  n'a  pu  arriver  à  Namur)  en  présence  de  certaines 
exigences  financières  auxquelles  nous  cherchons  à  faire 
face  par  des  subsides  annuels.  Ils  nous  sont  accordés  , 
savoir  :  1°  par  l'État,  de  3  cà  500  fr.  ;  2°  par  la  province  , 
400,  et  3°  enfin  par  la  ville  de  Liège,  200  fr.  Or,  réduits 
à  ces  faibles  ressources  ,  comment  pourriez-vous  publier 
davantage  que  vous  ne  l'avez  fait  ;  entreprendre  des  re- 
cherches ,  creuser  ,  pratiquer  des  fouilles  en  grand  , 
acheter  des  objets  d'art  ou  d'antiquité  ,  et  enfin  dépenser 
beaucoup  alors  que  nous  recevons  peu  ? 

Ces  circonstances  bien  différentes  expliquent  com- 
ment, jusqu'à  présent,  nous  n'avons  pu  égaler  les  bril- 
lants succès  de  la  Société  de  Namur  ,  succès  d'ailleurs 
dont  nous  pouvons  nous  réjouir  à  plus  d'un  titre  puisque 
plusieurs  d'entre  nous  (tel  que  votre  président),  appar- 


04 


tiennent  à  cette  Société  comme  membres  effectifs,  dès  lors 
tributaires  soumis  à  la  redevance  annuelle  de  20  fr. 

Enfin,  si  jusqu'à  ce  jour,  malgré  le  zèle  qui  vous  anime 
et  les  intérêts  de  la  science  qui  vous  soutiennent  ,  vous 
n'avez  peut-être  pas  réussi  au  même  point  ,  c'est  surtout 
parce  qu'un  local  bien  approprié  et  définitif  pour  y  déposer 
et  classer  vos  collections  a  toujours  fait  défaut ,  ce  qui 
sera  établi  ultérieurement.  Mais  avant  encore,  commençons 
par  dégager  le  Pouvoir  éclairé,  bienveillant,  de  nos  contra- 
riétés ,  et  payons  à  l'avance  un  tribut  de  reconnaissance  à 
MM.  Rogier  et  de  Decker  ,  anciens  ministres  de  l'in- 
térieur, à  M.  le  baron  de  Macar,  gouverneur,  ainsi  qu'aux 
différents  magistrats  de  la  province  et  ceux  de  la  noble  cité 
de  Liège,  qui  tous ,  sans  exception ,  nous  ont  soutenu  de 
leur  appui  et  donné  ,  dans  toutes  les  circonstances  ,  de 
nombreuses  marques  de  sympathie.  Ainsi,  les  personnes 
affranchies  de  toute  responsabilité  dans  les  entraves  au 
succès,  nous  restons  seulement  aux  prises  avec  les  obstacles 
matériels  et  les  difficultés  inhérentes  à  la  nature  des  choses, 
et  dès  lors  nous  sommes  parfaitement  à  l'aise  pour  l'exposé 
des  faits  et  le  résumé  des  travaux  accomplis  au  milieu  de 
bien  des  contrariétés  et  des  déceptions.  Si  cet  exposé , 
réduit  et  abrégé  le  plus  possible  ,  vous  paraissait  long , 
c'est  qu'il  embrasse  10  années,  et  que,  plus  concis  et  plus 
court,  il  resterait  encore  plus  incomplet. 

*  i. 

PUBLICATIONS.    - —      ÉCHANGE    DES     BULLETINS     AVEC     LES 
SOCIÉTÉS    SAVANTES.  PROBLEMES   HISTORIQUES.. 

Vos  publications  se  poursuivent  sans  trop  d'interruption 
bien  que  les  dépenses  pour  en  couvrir  les  frais  atteignent 


-  65  ~ 

jusqu'aux  dernières  limites  de  votre  budget.  Mais  aussitôt 
que  les  annates  de  vos  membres  associés  pourront  être 
mises  en  recouvrement,  vous  obtiendrez  un  accroissement 
de  fonds  qui  vous  permettra  de  mettre  au  jour  ce  que 
vous  tenez  sagement  en  réserve. 

Les  articles  que  vous  avez  fait  paraître  et  qui  forment 
déjà  quatre  volumes,  offrent  un  choix  varié  où  l'esprit,  la 
légèreté  et  la  grâce,  comme  dans  la  Wallonnade  sur  Chaud- 
fontaine,  se  mêlent  à  l'érudition  la  plus  riche,  la  plus  abon- 
dante, comme  dans  les  savants  écrits  de  vos  historiens  et 
de  vos  archéologues  Vous  avez  donc  su  intéresser,  amuser 
et  plaire,  su  répandre  la  lumière  sur  les  points  obscurs  de 
vos  Annales  et  ouvrir  de  nouvelles  perspectives  dans  le 
champ  de  la  science.  Continuez  donc  vos  savantes  re- 
cherches et  vos  intéressants  travaux  ,  et  donnez-nous  la 
solution  de  bien  des  problêmes  historiques  qui  se  posent 
devant  vous. 

Quelle  divergence  d'opinion  sur  des  points  depuis  long- 
temps controversés  et  que  vous  ne  manquerez  pas  de 
reprendre  et  de  discuter  de  nouveau  !  Ainsi  : 

1°  Qu'étaient  les  Aborigènes  sur  notre  vieille  terre  ?  — 
D'où  sont  venus  les  Celtes  ?  —  Comment  expliquer  la 
différence  de  races  et  de  langage?  —  Comment  le  Wallon 
et  le  Flamand  se  sont-ils  implantés  sur  notre  sol  ? 

2°  Les  documents  historiques  font-ils  complètement 
défaut  sur  les  Gaules  avant  l'invasion  romaine  et  les  Com- 
mentaires de  César?  —  Comment  retrouver  et  assigner  les 
lieux  des  batailles  livrées  sur  notre  antique  sol  par  ce  grand 
capitaine?  —  Où  était  l'Oppidum  des  Aduatiques  ?  — 
Était-ce  Astœdon  près  de  Namur ,  ou  bien  ,  au  contraire, 
la  prétention  récente  de  M.  Driessen  qui  lui  assigne 
Tongres  est-elle  fondée? —  A  quel  endroit  les  légions 
de  Sabinus  et  de  Cotta  ont-elles  été  surprises  ,  attaquées 


—  6G  — 

et  défaites  par  Ambiorix?  —  Enfin,  quel  a  été  le  sort  de  ce 
brave  chef  des  Éburons  ,  de  ce  héros  à  jamais  illustre  , 
mort  sans  doute  les  armes  à  la  main  comme  Boduognat 
pour  la  défense  de  son  pays. 

3°  La  revendication  de  la  fontaine  de  Pline  par  bien 
des  localités  peut-elle  se  soutenir  avec  chance  de  succès? 

—  Spa  enfin  doit-il  l'emporter  sur  Tongres  ? 

4°  Est-on  parvenu  aussi  à  rendre  incontestable  l'origine 
et  le  but  des  nombreux  tumuli  qui  couvrent  notre  Hes- 
baye?  —  Ont-ils  été  élevés  par  les  peuplades  Aborigènes. 
Celtiques  ,  ou  bien  ces  tombes  sont-elles ,  ainsi  que  nos 
anciennes  chaussées,  l'œuvre  des  légions  romaines? 

5°  Maintenant,  désertant  les  traditions  antiques  et  ar- 
rivé au  moyen-âge,  qui  nous  dira,  sans  réfutation  possible, 
où  est  né  Charlemagne? — Est-ce  aux  bords  de  notre  belle 
Meuse  comme  l'avance  notre  savant  collègue  Henaux,  ou 
bien  sur  les  rives  de  la  Seine  comme  le  soutient  un  de  nos 
historiens  les  plus  éloquents  et  les  plus  érudits,  M.Polain  ? 

—  Qu'on  recherche ,  qu'on  discute  encore  de  nouveau  et 
qu'on  prononce  enfin  et  qu'on  en  fasse  autant  pour  dé- 
couvrir et  fixer  le  lieu  du  berceau  de  Pierre  l'Ermite  dont 
la  tombe  nous  appartient,  comme  la  renommée  et  la  gloire 
de  Charlemagne  appartiennent  au  monde  entier .  Les  grands 
hommes  ,  n'importe  le  hasard  du  lieu  de  leur  naissance  , 
sont  de  tous  les  pays  ,  et  le  mérite  de  leurs  travaux  et  de 
leurs  œuvres  fait  partie  du  domaine  des  nations. 

Au  milieu  de  ces  luttes  d'érudition ,  auxquelles  vous 
prenez  part  ;  au  milieu  de  ces  savants  conflits  qui  laissent 
la  victoire  incertaine,  il  est  un  champ  qui  n'admet  aucune 
dispute  et  qui  vous  assure  la  palme  du  triomphe,  c'est  le 
champ  de  l'archéologie  que  vous  cultivez ,  que  vous  ense- 
mencez par  vos  intéressantes  recherches  et  vos  brillants 
travaux  Ces  beaux  résultats  sont  consignés  dans  vos  Bul- 


—  67  — 

letins  dont  l'importance  va  croissant  de  jour  en  jour,  et 
qui  vous  assignent  déjà  une  place  fort  honorable  parmi 
les  sociétés  savantes  du  pays. 

♦  h. 

BIBLIOTHÈQUE. 

Si  votre  règlement  est  votre  titre  de  naissance  ,  vos 
écrits  sont  les  témoignages  irrécusables  de  votre  existence 
intelligente  ,  productive  ,  utile  ,  laborieuse.  A  côté  de 
ces  documents  déjà  nombreux,  empreints  du  caractère  de 
talents  divers  ,  figurent  les  collections,  non  moins  intéres- 
santes, des  Sociétés  savantes  avec  lesquelles  vous  êtes  en 
rapport  et  desquelles  vous  avez  obtenu  rechange  des 
publications.  Ces  richesses  bibliographiques  augmentent 
chaque  jour.  Recueillies  ,  conservées  avec  soin  ,  elles  at- 
tendent un  local  pour  les  classer  ,  et  alors  seulement  elles 
pourront  être  consultées  sans  difficultés,  à  chaque  instant, 
et  avec  intérêt.  En  attendant  ce  local  si  impatiemment 
désiré,  vous  avez  consigné  les  titres  de  ces  ouvrages  dans 
un  catalogue  que  votre  jeune  et  laborieux  secrétaire,  M. 
Bormans  ,  vous  a  remis  ,  dont  il  est  l'œuvre  exclusif  et 
qu'il  va  réviser  et  continuer. 

Ainsi,  en  possession  d'une  bibliothèque  à  la  disposition 
de  chacun  de  vous,  ne  voudrez-vous  pas  un  jour  en  étendre 
les  avantages  à  d'autres?  Déjà,  à  cet  égard,  j'ai,  non 
proposé  une  mesure,  mais  exprimé  un  vœu,  c'est  que  l'ac- 
cès en  soit  ouvert  à  un  public  d'élite  ,  tel  qu'aux  magis- 
trats, aux  membres  du  barreau  ,  aux  professeurs  ,  mais 
notamment  aux  jeunes  élèves  de  notre  Académie  des 
beaux-arts.  J'ai  été  encore  plus  loin  ,  lorsque  ,  dans  mon 
ouvrage  intitulé  :  Exposition  d'objets  d'art,  curiosités  kisto- 


—  68  - 

riques  et  musées,  je  demandai  à  l'un  de  vous,  éloquent 
historien  et  tout  à  la  fois  littérateur  et  archéologue, 
s'il  n'y  avait  pas  lieu  &  offrir  au  mérite  qui  s'annonce  ,  au 
talent  qui  se  produit ,  un  exemplaire  de  nos  'publications . 
J'ajoutai  :  «  Stimuler  le  zélé,  soutenir  de  généreux  efforts, 
ouvrir  plus  large  la  voie  du  progrés  ,  n  est-ce  pas  là  votre 
noble  mission  autant  que  de  recueillir  les  débris  des  âges  et 
d'en  perpétuer  le  souvenir  ?  » 

Poursuivant  cette  idée  par  de  nouvelles  et  encoura- 
geantes applications  ,  ne  pourriez-vous  détacher  de  vos 
Bulletins,  par  des  tirages  à  part,  des  articles,  des  monogra- 
phies ayant  trait  plus  directement  aux  origines,  aux  arts 
et  aux  monuments  du  pays,  pour  les  offrir  à  titre  d'estime 
et  d'encouragement  aux  jeunes  gens  qui,  par  leurs  études, 
par  leurs  talents  naissants  ,  promettent  des  travaux 
utiles,  annoncent  un  brillant  avenir? 

Parmi  ces  morceaux  détachés  de  vos  collections  et 
donnés  en  primes ,  je  ne  choisis  pas  ,  je  prends  au  hasard 
sans  assigner  aucun  rang,  aucune  préférence  ,  je  citerai  , 
puisque  le  souvenir  m  en  revient. 

1°  La  Wallonnade  sur  Chaudfontaine,  par  M.  le  prési- 
dent Grandgagnage. 

2°  Les  excellentes  monographies  de  M.  F.  Henaux,  sur 
le  berceau  de  Charlemagne  ,  sur  le  palais  de  nos  princes. 

3°  Le  rapport  de  votre  premier  secrétaire,  M.  Ulysse 
Capitaine  ,  sur  le  but  que  vous  poursuivez  et  sur  l'avenir 
qui  vous  est  promis. 

4°  Les  savantes  recherches  sur  les  origines  et  les  langues, 
par  M.  Ch.  Grandgagnage,  et  la  lettre  que  lui  a  adressée, 
à  cet  égard  ,  notre  savant  collègue  M.  le  professeur 
Bormans,  de  l'Académie,  lettre  remplie  d'ingénieux  aper- 
çus ,  de  profond  savoir  en  môme  temps  que  de  fines  et 
spirituelles  prétentions  en  faveur  du  flamand. 


—  69  - 

5°  Les  esquisses  historiques  sur  le  pays  de  Liège,  depuis 
le  moyen-âge  jusqu'aux  temps  modernes,  par  M.  A.  Cralle. 

Je  vous  livre  ces  idées  pour  que,  méditées  et  mûries  par 
vous ,  Messieurs ,  elles  puissent  être  soumises  à  l'épreuve 
d'une  discussion  à  ouvrir  à  l'une  de  vos  prochaines  séances . 

§  III. 

DES    FOUILLES. 

Dans  le  vaste  champ  ouvert  à  vos  investigations  et 
que  nous  aurons  à  parcourir,  nous  devrons  indiquer, 
et  les  lieux  où  le  hasard  a  mis  au  jour  des  objets  d'an- 
tiquité ,  et  les  lieux  où  des  recherches  pourraient  être 
faites  avec  chances  de  succès.  Mais  avant,  nous  devons 
vous  entretenir  des  fouilles  déjà  faites  et  des  résultats 
qu'elles  ont  donnés. 

Le  nombre  en  est  très-borné  :  vos  faibles  ressources 
financières  ne  vous  ont  pas  permis  de  les  multiplier  et  de 
les  établir  en  grand.  Ainsi  Momalle  ,  Juslenvitte  et  un  peu 

Chèvremont Voilà  les  trois  seuls  endroits  où  vous  avez 

porté  la  pioche  et  remué  le  sol. 

1°  Momalle.  Les  promesses  des  premières  fouilles  faites 
en  1850  à  Momalle  ne  se  sont  pas  réalisées.  La  villa 
romaine  qu'on  y  avait  découverte  ,  après  de  grands  tra- 
vaux suivis  par  plusieurs  d'entre  vous  ,  et  plus  spéciale- 
ment dirigés  par  votre  Président  qui  s'y  est  transporté 
dix-sept  fois,  ne  nous  a  donné  que  des  fragments  de 
poterie,  du  stuc  ,  des  débris  de  marbre  ,  des  clous  à 
grosses  têtes  ,  une  très-grande  quantité  d'ossements  d'ani- 
maux ,  et  enfin  l'ouverture  d'un  puits  dont  le  fonds  était 
comblé.  Obligés  de  nous  arrêter  dans  nos  recherches  de- 
vant  les  dépenses  qui,  déjà  ,  excédaient  la  mesure  de  nos 


-  70  - 

crédits  ,  l'un  de  vous,  M.  le  baron  de  Sélys-Longchamps. 
a  voulu  continuer  les  déblais  à  ses  frais  et  supporter  à  lui 
seul  toutes  les  dépenses  qu'entraînaient  le  transport  et  le 
dépôt  au  Musée  des  objets  recueillis  et  conservés  par  M. 
Rose ,  fermier  de  la  localité,  auxquels,  pour  de  tels  actes 
d'obligeance  et  de  désintéressement,  des  remercîments  ont 
été  votés  et  consignés  au  procès- verbal. 

2°  Juslenville.  En  janvier  1851  ,  nos  fouilles  à  Juslen- 
ville,  au-dessus  de  Theux  ,  ont  été  plus  fructueuses;  elles 
nous  ont  donné  des  urnes  cinéraires  ,  des  vases  sygillés , 
quelques  monnaies  d'empereurs  ,  des  objets  de  toilette , 
pas  d'armes  ,  seulement  quelques  légers  fragments  de 
fer  ;  mais  ce  qui  l'emporte  en  intérêt  historique  sur  ces 
valeurs  ,  c'est  la  pierre  ,  malheureusement  mutilée  ,  avec 
une  inscription  votive  dont  l'interprétation  a  déjà  exercé 
la  sasracité  de  bien  des  savants  étrangers. 

La  difficulté  de  surveiller  les  travaux  de  recherches  et 
de  prévenir  les  soustractions  ont  engagé  votre  Président  , 
seul  chargé  de  les  suivre,  et  que  fatiguaient  des  voyages 
successifs  dans  une  saison  rigoureuse ,  à  former  une  Com- 
mission de  direction  et  de  surveillance  composée  de  trois 
membres  ,  acceptée  avec  une  extrême  obligeance  et  rem- 
plie avec  un  zèle  désintéressé,  par  MM.  Dandrimont,  de 
Thier  et  Ph.  de  Limbourg.  C'est  par  les  soins  de  ces 
Messieurs,  que  nous  remercions  encore  ici  ,  que  les  objets 
ont  été  transportés  au  Musée  ,  objets  qui  y  figurent  au 
nombre  de  ce  que  nous  avons  de  plus  précieux. 

3°  Chèvremont .  Nous  voici  arrivés  en  présence  de  Chè- 
vremont ,  pour  nous  une  espèce  de  Troie  ,  dont ,  depuis 
tantôt  dix  ans ,  nous  mesurons  la  hauteur  sans  oser  com- 
mencer notre  siège  ,  en  creusant  à  sa  base  et  en  pratiquant 
de  larges  tranchées  dans  ses  flancs.  Vous  savez  que  nous 
avons  commencé ,   interrompu ,  repris  et  abandonné  nos 


fouilles  à  cet  endroit,  et  qu'aujourd'hui,  comme  toujours, 
sans  être  découragés ,  nous  sommes  en  présence  de  diffi- 
cultés pour  obtenir  les  fonds  nécessaires  afin  de  couvrir 
les  frais  d'une  telle  entreprise.  Pour  réussir  ,  je  vous  en- 
gagerai ,  comme  je  n'ai  cessé  de  le  faire,  à  appeler  le  con- 
cours du  clergé ,  à  l'intéresser  au  succès  de  votre  œuvre 
et  à  ouvrir  une  souscription  pour  mener  à  bonne  fin  une 
entreprise  sérieuse  qui  rencontrerait  une  sympathie  gé- 
nérale ,  qui  obtiendrait  même  un  succès  populaire.  Je  vous 
prie  instamment  de  vous  réunir  et  de  prendre  une  résolu- 
tion à  cet  égard.  Comme  votre  collègue  M.  Ch.  Grandga- 
gnage,  représentant,  et  mes  autres  amis  M.  le  Boa  de 
Senzeilles  et  M.  Ph.  Grisard,  bourgmestre,  vous  pouvez 
m'inscrire  au  nombre  des  souscripteurs.  La  liste  mise 
en  circulation  sera  longue  ,  si  ,  stimulant  le  patrio- 
tisme et  faisant  appel  à  toutes  les  fortunes  ,  vous  dé- 
terminez un  taux  (5  à  10  frs.  ,  par  exemple) ,  qu'on  ne 
pourrait  dépasser.  En  circonscrivant  la  générosité  dans  un 
cercle  très-étroit,  vous  la  provoquez,  vous  X obtenez  tou- 
jours ;  en  la  limitant ,  elle  s'exerce  à  l'aise  parce  qu'elle 
ne  rencontre  plus  sur  son  chemin  la  vanité,  Y  avariée  et  la 
parcimonie. 

§  IV. 

ÉTUDE   DES    RUINES. 

Les  ruines  séculaires  évoquent  toujours  les  souvenirs 
de  l'histoire  et  témoignent  souvent  de  l'âge  des  nations 
établies  sur  un  sol  bouleversé  par  les  révolutions,  ravagé 
par  les  guerres.  Les  ruines  ,  en  général,  attachent  au  sol, 
embellissent  le  paysage  ,  provoquent  les  rêveries,  inspi- 
rent le  poëte  et  l'artiste  et  conservent  presque  toujours  les 


traditions  et  les  légendes  qu'on  raconte  au  foyer  de  la 
famille  dans  les  calmes  et  longues  soirées  d'hiver.  Pour  de 
tels  avantages  et  à  tant  de  titres  ,  les  ruines  méritent  donc 
bien  d'être  étudiées  et  conservées,  et  cependant  on  sait 
qu'au  mépris  de  ces  intérêts  ,  de  l'histoire  et  des  beautés 
du  paysage  ,  on  les  abat ,  on  les  détruit  chaque  jour  et 
qu'elles  tendent  à  disparaître  complètement.  Ainsi  vien- 
nent de  tomber  sous  la  hache  et  le  marteau  du  vandalisme 
industriel  les  dernières  ruines  si  mélancoliques  et  si  pit- 
toresques de  Montfort  !  Ainsi  s'effacent  les  derniers  ves- 
tiges du  féodal  manoir  de  Moha  !  Enfin,  ce  qui  reste  encore 
debout  des  vieux  murs  de  Beaufort ,  ne  tardera  pas  à  subir 
le  même  sort.  Attachons-nous  donc,  Messieurs  ,  s'il  en  est 
temps  encore,  à  les  défendre  contre  une  destruction  com- 
plète. Au  moins  ,  allons  les  visiter  pour  les  étudier  ,  les 
décrire  et  protester  contre  des  actes  de  vandalisme  dont 
s'afflige  la  science  à  l'égal  de  l'attachement  au  berceau, 
de  l'amour  au  sol  natal.  A  cet  effet,  donnons  l'indication 
et  dressons  un  tableau  de  ces  ruines ,  et ,  si  nous  pouvons 
appeler  à  nous  le  crayon  de  l'artiste  ,  tâchons  au  moins 
d'obtenir  un  fidèle  dessin  de  ces  derniers  débris  des  âges. 
Montfort  a  été  renversé  ;  des  pans  de  murs  couchés  sur 
le  sol  témoignent  de  l'action  violente  de  leurs  dernières 
destructions  ;  elles  ont  été  obtenues  au  moyen  de  50 
francs  donnés  par  un  riche  industriel,  à  un  de  ses  plus 
hardis  ouvriers  ,  pour  les  faire  sauter.  J'ai  été  m'asseoir  , 
ces  jours  derniers ,  avec  M.  le  curé  de  Poulseur  ,  pour 
gémir  sur  ces  ruines ,  comme  jadis  le  prophète  sur  celles 
de  Jérusalem.  A  titre  de  consolation ,  j'ai  repris  la  char- 
mante Wallonnade  de  notre  collègue  M.  le  président 
Grandgagnage  qui,  en  décrivant  ces  ruines  ,  les  rendra 
sans  doute  immortelles  et  en  conservera  ainsi  le  souvenir 
à  la  postérité. 


73 


Ne  pourrions-nous  étendre  ce  glorieux  témoignage  , 
appliquer  cette  consolante  observation  aux  derniers  ves- 
tiges du  château  de  Moha ,  en  rappelant  que  ,  décrites  par 
notre  ancien  ami  le  docteur  Bovy ,  dans  ses  Promenades 
historiques ,  elles  ont  été  depuis  ,  jusqu'à  certain  point , 
poétisées  par  un  jeune  littérateur '-archéologue ,  M.  Léon 
deThier?  Puisse  cette  bonne  fortune  s'étendre  un  jour 
pour  les  sauver  aussi  et  les  faire  vivre  dans  l'avenir  sur 
les  ruines  de  Beaufort? 

A  côté  de  ces  précieux  restes  des  époques  féodales 
apparaissent  aussi  les  derniers  débris  de  l'ancien  château 
de  Logne  ,  mais  plutôt  forteresse  établie  pour  la  défense 
que  résidence  des  grandeurs  déchues.  Logne  doit  être 
rangé  dans  la  classe  à  laquelle  appartiennent  les  ruines 
des  châteaux  de  Limbourg,  de  Stavelot  et  de  Dalem. 

Ainsi  la  chevalerie  galante  et  guerrière  doit  puiser  , 
pour  nous ,  ses  souvenirs  et  reproduire  ses  emblèmes , 
dans  les  ruines  de  Beaufort ,  sur  les  rives  de  la  Meuse , 
de  Moha,  aux  bords  de  la  Méhagne,  et  de  Montfort,  sur 
l'Ourte,  en  regard  de  l'antique  tour  de  Poulseur.  Alors 
qu'au  contraire,  Limbourg,  Stavelot,  Dalem  et  peut-être 
Eranchimont ,  doivent  nous  rappeler  les  ravages  des  ar- 
mées et  les  désastres  des  guerres  au  moyen-âge. 

Mais,  Messieurs,  étudier  ces  ruines  et  d'autres  encore  , 
telles  que  Saive,  et  bientôt  sans  doute  Grâce-Montegnée, 
qui  tombe,  n'est  pas  assez,  vous  devez  de  plus  vous  atta- 
cher à  étudier  les  anciens  monuments  et  en  surveiller  la 
conservation.  Ce  vœu  ,  avec  les  considérations  qui  doivent 
le  faire  accueillir,  trouve  son  expression  dans  ce  qui  va 
suivre. 


§  v. 

CONSERVATION    DES    MONUMENTS. 

L'étude  des  monuments  est  une  de  vos  attributions  , 
mais  le  soin  de  leur  conservation  vient  d'être  plus  spé- 
cialement attribué  à  une  Commission  gouvernementale  , 
dont  le  mérite,  l'efficacité  et  les  succès  s'annoncent  avec 
éclat,  témoin  une  sorte  de  première  session  archéologique 
ouverte  en  septembre  dernier  à  Bruxelles  d'où  sont 
sortis  de  bons  discours  et  d'excellentes  observations.  Dé- 
sormais donc  votre  mission  ,  plus  restreinte  ,  se  bornera 
à  fournir  de  simples  indications,  à  provoquer  des  mesures 
d'entretien  et  de  conservation.  Toutefois,  ces  monuments, 
qui,  suivant  leurs  diverses  destinations ,  se  divisent  en 
trois  catégories ,  civils  ,  religieux  ,  militaires  ,  ces  monu- 
ments méritent  d'être  signalés. 

Mais,  d'abord,  dans  quelle  classe  rangerez-vous  les 
nombreux  tumuli  qui  couvrent  la  Hesbaye ,  monuments 
en  terre,  entourés  de  tant  d'obscurité,  dont  l'origine  cel- 
tique ou  romaine  remonte  certainement  à  une  époque 
très-reculée?  Ces  tombes,  qui  paraissent  avoir  servi  à 
jalonner  les  routes ,  à  élever  des  signaux  ,  à  se  défendre 
en  cas  de  surprise  ou  d'attaque  ,  à  recueillir  la  cendre  des 
héros;  ces  tombes,  monuments  curieux  des  d g  es  primitifs, 
présentent  donc  une  triple  signification,  se  révêtent  des 
trois  caractères  civil,  religieux  et  militaire;  par  là  on 
voit  combien  leur  conservation  intéresse  la  science  des 
antiquités  et  l'histoire  du  pays. 

Il  importe  donc ,  Messieurs  ,  de  prévenir ,  s'il  est  pos- 
sible ,  la  destruction  de  ces  tombes  que  les  traditions  ,  le 
culte  des  aïeux ,  le  respect  de  la  tombe  ,  peut-être  la 
guerre  par  de  brillants  faits  d'armes  ,  ont  marqué  de 


—  7S  — 

leurs  sceaux  divers ,  et  que  les  siècles  ont  couvert  de 
leur  ombre  vénérée.  Déjà  plusieurs  d'entre  vous  ,  Mes- 
sieurs ,  ont  signalé  un  vandalisme  déplorable  à  cet  égard. 
Vous  ,  nos  collègues  ,  MM.  le  baron  sénateur  de  Sélys- 
Lonchamps  et  Ch.  Grandgagnage  ,  représentant  ,  qui 
possédez  de  ces  tombes^  couvrez  de  votre  égide  ces  restes 
vénérés  des  âges,  ces  derniers  vestiges  des  siècles  et  portez 
par  là  à  l'imitation  ! 

Nous  serions  heureux  ,  Messieurs ,  si  nous  pouvions 
étendre  ce  vœu  de  conservation  à  quelques  ruines  romaines 
gisantes  sur  notre  sol  ,  ainsi  qu'à  quelques  débris  de 
tours,  à  quelques  vieux  murs  écroulés  du  palais  des  Car- 
lovingiens  !  Mais,  hélas  !  le  temps  a  tout  renversé  et  il  ne 
reste  plus  à  Landen  ,  à  Herstal ,  à  Jupille  ,  aucun  vestige 
des  antiques  constructions  qui  abritaient  les  divers  ber- 
ceaux des  membres  de  cette  illustre  famille.  Nous  les  y 
avons  cherché  vainement.  On  ne  les  trouve  que  dans  les 
souvenirs  de  l'histoire ,  et  ils  ont  été  retracés,  ces  souve- 
nirs ,  et  mis  en  saillie  ,  en  relief  avec  une  verve  éloquente 
par  vos  collègues  MM.  Polain,  de  Gerlache,  et  récemment 
par  M.  Henaux  dans  son  beau  travail ,  dans  ses  curieuses 
et  savantes  recherches  sur  le  vieux  palais  de  nos  princes 
et  ses  antiques  origines. 

À  l'égard  des  monuments  civils,  vous  n'avez  ni  des  hôtels 
de  ville  ,  d'architecture  ogivale  ou  gothique ,  comme  à 
Bruxelles,  à  Louvain,  àAudenaerde,  ni  des  beffrois  comme 
à  Gand  ,  à  Tournai ,  ni  des  halles  comme  à  Ypres  ,  à 
Bruges.  Non  ,  vous  ne  possédez  aucune  de  ces  belles  ,  de 
ces  admirables  constructions  civiles  du  moyen- âge  ,  mais 
en  revanche  ,  vous  avez  un  superbe  palais  ,  celui  de  nos 
anciens  princes,  dont  les  splendeurs  nous  consolent  de  ce 
qui  nous  manque.  C'est  dans  une  des  aîles  de  ce  somptueux 
édifice  qui  vous  est  assuré ,  que  vous  allez  bientôt  ouvrir 


—  76  — 

un  nouveau  sanctuaire  aux  arts  anciens,  à  l'enseignement 
par  les  yeux ,  au  moyen  des  fragments  extérieurs  ,  des 
empreintes  séculaires  et  des  reliefs  de  l'archéologie.  De 
plus,  Messieurs,  ne  pourriez-vous  pas  encore  revendiquer, 
digne  de  figurer  au  nombre  des  monuments  civils,  l'ancien 
hôtel  Curtius  ,  sur  la  Batte  ,  et  qui  sert  aujourd'hui  de 
Mont-de-Piété  ?  Les  fables  en  bas  relief  qui  décorent  l'exté- 
rieur ;  les  cheminées  gothiques  dans  les  appartements  , 
méritent  d'être  mentionnés.  Mais  ,  enfin  ,  si  l'absence 
presque  complète  des  monuments  civils  vous  afflige  ,  d'un 
autre  côté  le  nombre  et  la  splendeur  des  édifices  religieux 
vous  offre  une  ample  compensation.  La  description  vous 
en  a  été  donnée  par  votre  collègue  M.  Aristide  Cralle,  au- 
quel vous  devez  aussi  un  tableau  historique  raccourci , 
mais  rempli  de  traits  bien  choisis  et  plein  d'animation 
des  principales  phases  de  l'ancienne  principauté  de  Liège 
et  de  la  vieille  cité  de  S*. -Lambert.  Honneur  à  ce  talent 
modeste  qui  s'est  révélé  par  ces  deux  ouvrages  dont  le 
dernier  fait  partie  de  vos  annales. 

Quant  aux  constructions  militaires ,  vous  n'avez  rien  à 
y  voir.  D'ailleurs  votre  intervention  ne  serait  peut-être  pas 
soufferte,  le  génie  de  la  guerre  est  ombrageux ,  laissons- 
le  avec  ses  bastions  et  ses  canons,  dominer,  sans  contrôle, 
au  château  de  Huy,  au  fort  de  la  Chartreuse  et  à  la  cita- 
delle de  Liège. 

Mais  il  n'en  est  pas  de  même  des  antiques  châteaux  em- 
preints des  caractères  de  la  féodalité,  châteaux  qui  portent 
les  stygmates  des  guerres  anciennes  et  qui  ont  pu  aider  jadis 
à  la  défense  du  pays  ou  servircle  boulevard  dans  les  luttes  au 
moyen-âge ,  luttes  alors  parfois  engagées  par  une  noblesse 
ambitieuse  et  guerrière;  non.  Ces  monuments  des  âges 
écoulés,  encore  debout,  rentrent  dans  votre  domaine.  Vous 
devez  les  étudier,  les  décrire  et  en  désirer  la  conservation. 


Vous  les  connaissez.  Ainsi  Argenteau  figure  en  première 
ligne.  Presqu'en  face  est  la  tour  gothique  d'Oupeye;  plus 
loin  vous  trouvez  Waroux,  avec  son  vieux  donjon;  Fumai 
et  sa  vieille  tour  ;  Fallais  avec  ses  larges  fossés ,  ses  murs 
épais  et  le  luxe  suranné  d'un  pont  levis;  et  enfin ,  sans 
étendre  cette  nomenclature,  Château-Seraing  qui,  comme 
la  plupart  des  vieux  manoirs  cités  ,  a  subi  des  sièges  et  a 
servi  à  la  défense  ou  à  l'oppression  aux  époques  féodales. 
Fouillez  dans  ces  châteaux  pour  en  faire  sortir  les  faits 
du  passé  et  des  objets  d'art  qui  marquent  et  caractérisent 
les  âges  historiques.  Ainsi  HanefFe  vous  a  déjà  livré  d'an- 
ciennes sculptures  ;  Durbuy  ,  deux  statues  gothiques  en 
bois  ;  Hermalle,  des  boulets  en  pierre  ;  Fallais  vous  promet 
la  lourde  chaîne  qui  servait  à  attacher  les  prisonniers  dans 
ses  humides  et  obscurs  cachots  ,  et  Hosdan  vous  cédera  , 
sans  doute  ,  la  belle  pierre  sépulcrale  gisante  ,  oubliée  , 
au  pied  de  la  vieille  tour  isolée,  dernier  débris  du  gothique 
manoir.  Investigateurs  curieux  ,  touristes  infatigables  , 
antiquaires  passionnés,  poursuivez  vos  courses,  continuez 
vos  explorations,  cherchez,  demandez,  obtenez  et  recueillez 
pour  le  Musée  de  la  province,  et  vous  servirez  les  intérêts 
des  arts  .  des  sciences  historiques  et  des  gloires  du  pays, 

S>   VI. 

DES  DÉCOUVERTES  ARCHÉOLOGIQUES  DUES  AU  HASARD  ET 
DÉSIGNATION  DES  LIEUX  OÙ  DES  FOUILLES  POURRAIENT 
ÊTRE  PRATIQUÉES  AVEC  CHANCES  DE  SUCCES  D'APRES 
CERTAINS  INDICES  OU  LE  SOUVENIR  DES  RECHERCHES 
ANTÉRIEURES. 

Voici  le  résumé ,  ou  mieux ,  le  rapide  exposé  des  faits 
qu'indique  le  double  énoncé  qui  précède  : 


—  78  — 

1°  On  a  découvert  dans  les  ruines  de  Beaufort  une 
vieille  clef.  Je  la  possède.  Un  sabre  gothique  ,  j'en  ai  fait 
l'acquisition.  De  plus,  une  arme  plus  remarquable  a  été 
longtemps  en  la  possession  de  M.  le  bourgmestre  Del- 
chambre,  de  Huy  ;  elle  a  dû  être  donnée  à  un  de  nos  plus 
illustres  magistrats.  Qu'est-elle  devenue  ? 

2°  Errant  en  1851  dans  les  grandes  prairies  du  vieux 
monastère  de  Pierre  l'Hermite  ,  à  Huy ,  j'ai  aperçu  ,  gi- 
sante au  pied  d'un  mur  délabré,  une  large  pierre  sculptée. 
J'ai  été  la  demander  à  la  propriétaire,  Mme  la  baronne  de 
Catus.  Je  l'ai  obtenue,  et  bien  que  d'un  poids  énorme,  je 
l'ai  fait  transporter  à  notre  Musée  ,  non  comme  œuvre 
d'art ,  mais  comme  souvenir  du  célèbre  prédicateur  des 
Croisades. 

Depuis,  cette  propriété  du  Neufmoustier  a  été  achetée 
par  M.  Godin  ,  et  dans  les  travaux  d'embellissement  des 
jardins ,  ont  été  découverts  un  précieux  chapiteau  bysan- 
tin,  neuf  petites  dalles  avec  figurines  que  nous  avons  obte- 
nues et  qui  sont  une  des  curiosités  de  notre  Musée. 

3°  Il  y  a  quelques  années  encore ,  un  épais  gazon  re- 
couvrait les  ruines  du  vieux  château  de  Clermont ,  près 
d'Hermaie.  Ce  tertre  ayant  été  dénudé  et  creusé  pour  y 
bâtir,  on  a  mis  au  jour  une  très-grande  quantité  de  bouts 
de  lances  ,  des  pointes  de  flèches  ,  des  fragments  de  fer 
oxydés  et  surtout  des  boulets  en  pierre  dont  plusieurs 
d'une  énorme  dimension.  Averti  de  ces  curieuses  décou- 
vertes,  je  me  transportai  plusieurs  fois  sur  les  lieux,  mais 
en  dépit  de  mes  instances,  je  ne  pus  presque  rien  obtenir, 
le  propriétaire ,  M.  Hilgers ,  voulant  former  une  sorte  de 
musée  lilliputien  de  ces  objets. 

Depuis,  il  a  bien  voulu  m'en  céder  quelques-uns,  mais 
les  autres  donnés  à  des  étrangers  et  ainsi  dispersés ,  sont 
à  tout  jamais  perdus  pour  nos  collections  et  la  scien<< 


—  79  — 

49  A  Ombret,  on  trouve  encore  chaque  jour  des  débris 
de  tuiles  et  de  briques  romaines.  J'ai  recueilli  plusieurs 
de  ces  fragments ,  et ,  de  plus ,  j'ai  acheté  des  monnaies 
d'empereurs,  en  argent,  découvertes  dans  ce  sol.  Mais  ce 
qui  est  plus  précieux  encore  peut-être  ,  c'est  le  grand 
pilotis  en  chêne  arraché  du  lit  de  la  Meuse  et  qui  établit 
l'existence  d'un  pont  romain  en  cet  endroit.  Depuis  on  a 
encore  découvert  bien  des  monnaies  et  des  fragments  de 
poteries  que  je  n'ai  pu  obtenir  ,  et  enfin  une  épée  et  un 
sabre  que  je  crois  du  moyen-âge ,  armes  qui  longtemps 
conservées  en  dépôt  pour  nous  être  remises  aussitôt  notre 
Musée  définitif  ouvert,  viennent  d'être  envoyées,  après  ce 
long  délais  au  ministère  des  travaux  publics,  à  Bruxelles, 
pour  aller  enrichir  les  collections  archéologiques  de  la 
capitale. 

5"  Le  circuit  que  forme  la  Meuse  à  Ombret,  est  dominé 
par  un  mont  resté  longtemps  stérile  et  abandonné  à  la 
vaine  pâture.  Il  y  a  6  à  7  ans,  la  culture,  toujours  en  pro- 
grès, en  a  pris  possession  et  les  travaux  de  défrichement 
ont  mis  a  découvert  quelques  caveaux  et  de  nombreux 
ossements  ,  et  puis  plus  tard  ,  sur  un  autre  point ,  des 
tuiles  et  des  briques  romaines.  J'ai  moi-même  pris  deux 
de  ces  briques  que  j'ai  portées  à  la  ferme  voisine.  Que 
sont-elles  devenues? —  Si  des  fouilles  étaient  pratiquées 
sur  ces  hauteurs  ,  nulle  doute  qu'on  ne  trouvât  des  subs- 
tructions  antiques  et  peut-être  des  objets  très-précieux. 
Cette  opinion  est  partagée  par  bien  du  monde ,  et  no- 
tamment par  M.  Grégoire  ,  bourgmestre  d'Amay  ,  qui 
m'en  parlait  ces  jours  derniers  et  qui  s'offre  obligeamment, 
au  besoin,  à  surveiller  ces  fouilles. 

6°  A  Ingihoul  comme  dans  les  rochers  de  Chokier,  en 
face,  les  découvertes  sont  d'un  autre  genre  ;  elles  intéres- 
sent la  paléontologie;  ce  sont  de  nombreux  ossements  fos- 


—  80  — 

ailes  retirés  des  grottes,  et  notamment  de  très-belles  dents 
d'ours  de  caverne.  J'en  possède  plusieurs  que  je  placerai 
au  Musée  à  côté  des  débris  de  mâchoire  de  mastodonte  , 
d'un  os  d'éléphant  fossile  déterré  à  Engis,  et  de  quelques 
cornes  de  cerfs  sorties  des  marnières  de  la  Hesbaye.  Là 
sera  l'infime  et  très-modeste  noyau  de  notre  premier  âge 
archéologique  :  Vdrje  de  cornes,  et  nous  commencerons 
l'âge  suivant,  d'après  la  classification  de  la  savante  Al- 
lemagne, V âge  des  pierres,  et  cela  avec  les  haches  et  ins- 
truments en  silex ,  découverts  dans  les  marais  de  la 
Somme  à  Abbeville  et  que  nous  tenons  du  savant  et  cé- 
lèbre archéologue,  M.  Boucher  de  Perthes. 

7°  Si  des  bords  de  la  Meuse,  rive  droite,  nous  passons 
en  Condroz,  nous  nous  arrêterons  d'abord  sur  la  rivière 
d'Ourthe,  à  Durbuy,  àLogne,  puis  à  Hoyoux,  village  où 
le  pittoresque  cours  d'eau  de  ce  nom  prend  sa  source,  et 
enfin  à  Seny,  où,  après  le  moyen-âge,  nous  retrouverons 
par  des  tombeaux,  le  souvenir  delà  Rome  des  Césars. 

8°  Au  féodal  manoir  de  M.  le  duc  d'Ursel,  à  Durbuy, 
j'ai  découvert,  dans  les  combles,  deux  statues  grimacières 
en  bois,  d'un  gothique  très-reculé;  je  les  ai  demandées 
pour  notre  Musée,  et  on  vient  obligeamment  de  nous 
les  envoyer. 

9°  En  visitant  de  nouveau,  ces  jours  derniers,  les  ruines 
de  Logne  que  couvre  une  des  roches  les  plus  élevées 
dominant  l'Ourthe,  j'ai  obtenu  du  paysan  qui  me  servait 
de  guide,  une  petite  monnaie  trouvée  à  mes  pieds  ;  c'est 
un  souvenir;  mais  j'ai  mieux,  c'est  une  vieille  clef  décou- 
verte dans  les  souterrains,  et  que  j'ai  obtenue  de  son  in- 
venteur (M.  Marlin).  Et  enfin  de  ces  antiques  ruines  est 
sorti  un  double  cachet,  uni  par  un  chaînon,  aux  armoi- 
ries de  Guillaume  de  la  Marck  (le  Sanglier  des  Ardennes), 
cachet  que  j'ai  vu  en  la  possession  de  M.  le  notaire  Va- 


-  81  — 

lentin;  mais  relique  moyen-âge  qu'il  ne  voudrait  céder, 
paraît-il,  qu'au  prix  énorme  de  500  frs. 

10°  Sur  le  territoire  du  hameau  de  Hoyoux,  la  charrue  a 
mis  au  jour  une  vieille  cuirasse  et  un  sabre  à  poignée  es- 
pagnole que  possède  M.  le  curé  de  Vyle  et  qu'il  m'a  géné- 
reusement offert  pour  notre  Musée. 

11°  Enfin  à  Seny,en  nivelant  le  sol  dans  un  chemin  for- 
tement incliné,  on  a  découvert  deux  tombeaux  contenant 
des  ossements,  des  armes,  des  petits  objets  de  toilette,  le 
tout  disputé,  dispersé,  en  sorte  que  de  ces  trouvailles,  nous 
n'avons  pu  obtenir,  savoir  :  de  M.  le  bourgmestre  Eabri, 
deux  haches  oxydées,  et  de  M.  Mouton,  des  grains  de  col- 
liers et  quelques  fragments  de  bijouterie  très-curieux. 
Nulle  doute  qu'en  cet  endroit ,  que  je  signale,  des  fouilles 
pourraient  amener  les  plus  heureuses  découvertes. 

Maintenant  voyons  ce  que  peuvent  nous  donner  les 
bords  de  la  Vesdre. 

12°  En  remontant  son  cours,  nous  allons  nous  poser  au- 
delà  de  Balen,  à  Lancemont,  et,  sur  un  petit  monticule, 
quelques  coups  de  pioche  font  découvrir  une  sorte  d'étroit 
caveau  contenant  une  urne,  qu'on  brise,  comme  toujours, 
quelques  vases  de  poterie  sygillée  ,  et  notamment  une 
petite  lampe  sépulcrale.  Ces  objets,  recueillis  par  le  pro- 
priétaire, M.  Creicher,  et  qu'il  refuse  de  nous  céder,  sont, 
sans  contredit ,  de  provenance  romaine. 

Sur  ce  même  sol ,  d'autres  découvertes  ont  eu  lieu  , 
mais  à  des  époques  antérieures  ,  tels  notamment  qu'un 
caveau  et  un  puits  ,  ce  qui  ferait  croire  qu'il  y  aurait,  eu 
là  d'antiques  constructions  ;  des  fouilles  donc  pourraient 
y  être  essayées. 

13°  Maintenant  prenons  position  sur  la  vieille  forteresse 
de  Limbourg.  Le  propriétaire  intelligent  actuel,  M.  cl'An- 
drimont,  en  a  remué  les  ruines  en  tout  sens ,  et  dans  les 


—  82  — 

travaux  pour  la  création  de  délicieux  jardins  ,  il  a  décou- 
vert deux  puits  et  recueillis  de  nombreux  boulets ,  des 
fragments  de  marbre  et  une  foule  de  petits  objets  en  fer  de 
nature  à  constituer  un  petit  Musée  archéologique  moyen- 
âge.  Nous  ne  pouvons  douter  que  si  le  nôtre,  toujours  en 
gestation ,  était  ouvert ,  il  ne  nous  donnât ,  au  moins  en 
partie,  les  fruits  de  ses  recherches  et  de  ses  découvertes. 

14e  Si  nous  passons  maintenant  aux  ruines  de  Fran- 
chimont  ,  nous  n'obtenons  que  peu  de  choses  ,  seule- 
ment deux  lions  en  fer  découverts  dans  des  travaux  de 
recherches  entrepris  par  M.  le  prince  de  Capoue;  l'un 
obtenu,  sur  ma  demande  ,  de  sa  bienveillance,  figure  au 
Musée  ,  moins  comme  objet  d'art  que  comme  souvenir 
historique.  Mais  ce  qui  est  plus  précieux,  c'est  le  marteau, 
celtique  en  pierre  très-dure  découvert  dans  le  ruisseau  près 
de  ces  ruines  ,  marteau  ou  arme  que  possède  notre  col- 
lègue M.  de  Thier  de  Theux,  et  promise  à  notre  Musée 
ainsi  que  plusieurs  vases  romains  mis  au  jour  dans  les 
champs  voisins. 

15°  Enfin,  disons  que  sous  le  porche,  seul  conservé  de 
l'ancienne  église  de  l'abbaye  de  Stavelot,  son  propriétaire 
actuel,  M.  Orban,  a  trouvé  une  pierre  commémorative  de 
la  mort ,  au  XIIe  siècle,  du  savant  abbé  Wibald  ,  pierre 
qui  sera  envoyée  au  Musée  de  la  province. 

Arrivé  à  Liège  ,  qu'avons-nous  obtenu?  L'énuméra- 
tion  sans  être  très-longue  pourrait  paraître  fastidieuse. 
Sans  tout  recueillir,  sans  tout  citer,  courons  donc  à  travers 
nos  champs  d'exploration . 

16'  S'-Jacques  à  qui  on  a  enlevé,  à  la  révolution,  deux 
de  ses  plus  belles  pierres  tumulaires  que  j'ai  vu  encastrées 
dans  le  mur  d'un  jardin  appartenant  à  M.  le  juge  Roulez 
à  Charlcville;  S'-Jacques  avait,  à  une  époque  antérieure  , 
rejeté  de  ces  cloîtres  d'autres  pierres  sépulcrales  entrées 


—  83  - 

dans  les  matériaux  du  pont  d'Amercœur,  et  que  sa  démoli- 
tion récente  a  mises  à  découvert.  L'une  de  ces  pierres  a 
été  transportée  au  Musée  ;  l'autre,  très-lourde,  restée  gi- 
sante sur  le  sol ,  pourra  être  également  enlevée  par  les 
soins  obligeants  de  MM.  les  officiers  d'artillerie,  dévoués 
aux  intérêts  de  la  science  et  aux  gloires  du  pays. 

17°  S*-- Thomas,  lors  de  sa  démolition,  nous  a  aussi  livré 
quelques  tombes  placées  au  Musée;  elles  figurent  à  côté  de 
plusieurs  autres  retirées  de  nos  anciennes  églises.  L'une 
provient  de  S^Clément,  donnée  par  notre  collègue  M.  Po- 
lain  ;  une  autre  achetée  à  M.  le  docteur  Krans  ,  et  une 
troisième  enfin  ,  de  1203  ,  provenant  de  la  petite  chapelle 
de  S^Nicolas  en  Glain  ,  et  obtenues  par  les  démarches 
officieuses  de  notre  collègue,  M.  le  professeur  Davreux. 

18°  Voici  maintenant  que  d'autres  de  ces  pierres  tumu- 
laires  arrachées  des  églises  et  des  cloîtres  qui  les  avaient  re- 
çus se  retrouvent  dans  les  murs  d'endiçruementde  La  Meuse 
sur  la  Batte.  Les  travaux  qui  s'y  exécutent  en  ce  moment 
les  ont  fait  découvrir,  et  la  ville,  animée  du  désir  de  con- 
courir à  notre  Musée  qui ,  par  ses  dons  nombreux  ,  lui 
devient  comme  une  sorte  de  co-propriété  ;  la  ville  les  a 
fait  enlever  pour  les  mettre  plus  tard  à  notre  disposition. 
Deux  lames  de  poignard,  des  projectiles  et  quelques  autres 
petits  objets  enfouis  et  mis  au  jour  dans  le  même  lieu  , 
iront  augmenter  nos  collections  lorsque  notre  Musée  , 
longtemps  embryonnaire ,  maintenant  en  état  de  gestation, 
si  on  peut  s'exprimer  ainsi  ,  sera  enfin  organisé  et  ouvert 
au  public. 

19°  Nous  ne  pouvons  déserter  les  champs  de  sépulture 
sans  examiner  les  déblais  du  mont  que  couvrait  l'ancienne 
collégiale  S^Pierre  dont  les  derniers  murs  viennent  d'être 
démolis.  Bien  des  ossements  y  ont  été  remués,  des  tombes 
brisées  et  la  cendre  de  hauts  dignitaires  ,  des  temps  jadis , 


—  84  - 

emportée  avec  des  souvenirs  éteints.  Mais  si  cette  pous- 
sière reste  muette  ,  une  large  lame  de  sabre  ,  une  hache  , 
les  débris  de  quatre  petites  urnes  funéraires,  objets  décou- 
verts dans  les  dernières  couches  du  déblai ,  parlent  aux 
yeux  et  méritent  d'être  conservés  avec  soin  et  étudiés  avec 
intérêt.  L'enfouissement  de  ces  curieux  objets  doit  re- 
monter à  une  époque  très-reculée,  et  on  se  demande  tout 
d'abord  s'ils  sont  d'origine  celtique,  gallo-romaine,  ou  du 
premier  âge  du  christianisme  naissant.  Cette  intéressante 
question  est  à  l'étude  et  un  rapport  vous  sera  présenté  à  cet 
égard  par  nos  collègues  MM.  Hock  ,  Davreux  ,  Fabri  et 
docteur  Alexandre,  ce  dernier  membre  associé. 

20°  S'-  Clément  n'est  plus, SP-Pierre  vient  de  tomber,mais 
heureusement  reste  debout  et  resplendissante  depuis  les 
dernières  restaurations,  la  belle  église  de  Ste-Croix,  rem- 
plaçant le  château  Sylvestre, qui  inquiétait  l'évêque  Notger 
à  l'égal  peut-être  de  Chèvremont,  Chèvremont  qui  tomba 
sous  ses  coups,  suivant  la  chronique,  ce  que  n'admettent 
toutefois  ni  Dom  Pitra  ni  M.  le  procureur-général  Raikern, 
dont  vous  publiez  dans  ce  même  Bulletin  l'éloquente  ré- 
futation. Mais  ce  point  historique  est  moins  clair  pour 
nous  que  la  mise  en  possession  d'un  admirable  groupe,  un 
peu  mutilé,  formé  de  plusieurs  statues  en  pierre  de  sable 
et  provenant  de  Ste-Croix.  C'est  avec  la  pierre  sépulcrale 
de  S'-Nicolas  ,  le  plus  précieux  spécimen  du  moyen-âge , 
bien  digne,  Messieurs,  d'études  sérieuses  et  de  votre  pro- 
fond savoir. 

21°Mais  c'est  trop  longtemps  rester  à  Liège.  Aupied  delà 
Chartreuse  nous  trouvons  dans  des  jardins  des  débris,  des 
fragments  de  marbre  ,  des  tronçons  de  colonnes,  tombés 
de  l'ancien  couvent,  achetés  et  déposés,  comme  souvenir , 
par  nous  au  Musée. 

22°  Plus  loin  c'est  Jupille,  nous  y  cherchons  vainement 


—  HS   — 


les  vestiges  de  la  grande  époque  des  Carlovingiens  ;  plus 
aucune  trace  extérieure  apparente. La  fontaine  même  de  la 
belle  Alpaïde  vient  de  disparaître.  Mais  si  on  creuse  le 
sol,  on  trouve  de  vieux  murs  et  d'antiques  substructions, 
ce  qu'a  constaté  M.  le  curé  en  m'engageant  à  faire  pra- 
tiquer des  fouilles  dans  les  endroits  qu'il  m'a  désignés. 
Pour  une  telle  entreprise ,  il  nous  faudrait  un  crédit 
qui  nous  manque,  et  si  des  fonds  nous  étaient  accordés, 
ils  obtiendraient  un  emploi  plus  sûr,  si  M.  le  baron  de 
Woelmont  voulait  nous  permettre  d'enlever,  pour  être  dé- 
posée au  musée  ,  la  belle  cheminée  gothique  qui  tombe 
en  ruines  au  vieux  château  de  Saive  dont  il  est  pro- 
priétaire. Qu'heureux  nous  serions,  si  cette  faveur  accor- 
dée ,  si  cette  cheminée  ornée  de  sculptures  gothiques  était 
placée  à  côté  de  notre  magnifique  cheminée  d'Erard  de 
la  Marck,  provenant  de  l'abbaye  de  St. -Laurent  et  rangée 
à  la  suite  de  sept  autres  monuments  moyen-âge  du  môme 
genre,  savoir  :  les  quatre  cheminées  promises  à  l'ancienne 
gendarmerie ,  propriété  de  la  ville  ,  et  les  trois  ,  qu'on 
peut  détacher  également ,  qui  restent  inconnues  ,  oubliées 
dans  l'antique  manoir  de  Harzé ,  transformé  en  ferme  , 
propriété  d'un  homme  puissant  et  riche  que  nous  invitons 
de  loin,  à  écouter  notre  supplique  et  d'accéder  à  nos  vœux. 

23°  Avant  sa  réponse,  montons  àArgenteau  pour  y  voir 
une  très-riche  bibliothèque, de  curieux  monuments  et  quel- 
ques bons  tableaux  que  possède  votre  illustre  collègue 
M.  le  comte  de  Mercy,  qui,  dans  son  amour  pour  les  arts,  a 
fait  reconstruire  ,  mais  sur  un  plan  nouveau  plus  riche  et 
plus  orné,  l'antique  chapelle  de  ses  ayeux  ,  et  restaurer 
dans  une  église  voisine  (àHermalle),  les  beaux  mausolées 
qui  peuvent  entrer  en  comparaison  peut-être  avec  les  belles 
tombes  des  comtes  de  Marchin,  àModave. 

Nous  touchons  à  Visé.  L'église  nous  montre  la  belle 


-SG- 
cliasse  de  S^Hadelin ,  et  ses  vieux  remparts  me  rappellent 
ledon  d'une  gothique  épée  qui  y  fut  découverte,  et  que  j'ai 
reçue,  à  titre  d'ami,  de  M.  Yielvoye,   l'ancien  directeur 
de  notre  Académie  des  beaux-arts. 

2  !u  Oubliant  la  profonde  vallée  du  Val-Dieu  et  les  ruines 
solitaires  de  Dalhem,  nous  allons  à  Fouron-le-Comte  visi- 
ter le  lieu  où  des  fouilles  ont  fourni  à  M.  Deivaux  un 
riche  butin  cédé  au  musée  de  Bruxelles,  cet  antiquaire 
n'ayant  conservé  que  les  matériaux  employés  à  édifier  une 
chapelle  entièrement  formée  de  fragments  de  marbre 
antique  ,  de  briques  et  de  tuiles  romaines. 

Ici,  à  Fouron,  limite  de  notre  province,  se  termine  nos 
incomplètes  indications  des  découvertes,  des  ruines,  des 
vieux  manoirs  ou  d'antiques  monuments  situés  sur  la 
rive  droite  de  la  Meuse.  Maintenant  nous  allons  jeter  un 
regard  rapide  au  même  point  de  vue,  sur  les  bords  oppo- 
sés, par  conséquent  vers  la  Hesbaye,  sur  la  rive  gauche. 
25°  D'abord  ce  qui  a  été  le  but  de  vos  recherches,  de 
vos  investigations,  se  sont  les  tombes  dites  romaines. 

Leur  origine,  les  lieux  où  elles  se  trouvent,  les  noms 
quelles  portent,  les  dimensions  qu'elles  présentent  ,  vous 
ont  préoccupé,  niais  à  un  degré  moindre  que  de  savoir  si 
elles  ont  été  fouillées  ou  si  elles  devraient  l'être.  Un  ta- 
bleau en  a  été  dressé  que  vous  avez  dû  à  l'obligeance  de 
M.  le  gouverneur  de  la  province,  tableau  que  vous  avez 
imprimé  dans  vos  Annales  et  qui  a  été  reproduit  dans  une 
des  publications  les  plus  savantes  de  Paris  (le  journal 
intitulé  :  Institut  de  France).  Vous  devez  poursuivre  vos 
recherches  et  par  elles  aider  de  vos  lumières  par  des  sa- 
vantes annotations,  M.  Vandermaelcn,  qui  dresse  la  carte 
archéologique  de  votre  province  et  qui  a  exprimé  .  par 
deux  fois  ,  le  désir  de  vous  associer  à  son  œuvre.  Or, 
déjà,  faisant  appel  à  vos  souvenirs,  vous  citerez  une  des 


—  87  - 

tombes  de  Latinne  fouillée  par  M.  F.  Desoer  et  d'où  sont 
sortis  les  nombreux  objets  d'antiquité  dont  la  liste  fournie 
par  notre  collègue  M.  Davreux  a  été  transcrite  page  196 
dans  les  Promenades  historiques  du  Dr  Bovy.  Qui  possède 
ces  objets  ? 

26°  Depuis,  le  savant  Scliayes  avait  attaqué  une  des  trois 
tombes  d'Omal  acquises  par  le  gouvernement,  mais  il  s'est 
soudain  trouvé  arrêté,  dans  ses  recherches  ,  par  un  ébou- 
lement  après  en  avoir  retiré  toutefois  deux  espèces  de 
lampes  sépulcrales  déposées  au  Musée  des  antiques  à 
Bruxelles. 

27°  Feu  M.  le  sénateur  Jamar  a  dû,  par  l'exigence  des 
cultures  ,  faire  disparaître  une  de  ses  tombes  abaissée  au 
niveau  du  sol;  elle  a  fourni  bien  des  objets  anciens  que 
réclame  la  science  et  que  nous  devons  nous  flatter  d'obte- 
nir un  jour,  et  d'un  autre  côté,  nous  devons  espérer  aussi 
que  tous  ceux  qui  possèdent  de  ces  sortes  de  richesses 
archéologiques  voudront  bien  en  faire  don  au  Musée  ; 
inscrites  sous  leurs  noms ,  elles  seront  conservées  à  tou- 
jours. 

28°  Demandons-nous  maintenant  si  près  ou  loin  de  ces 
tombes,  le  long  ou  à  distance  des  Chaussées  romaines,  nous 
n'avons  pas  obtenu  des  indications  où  des  fouilles  pour- 
raient être  pratiquées  avec  chance  de  succès  ?  —  Ces  en- 
droits dénudés  par  d'anciennes  trouvailles  ,  sont  assez 
nombreux  en  Hesbaye.  En  voici  quelques-uns  indiqués  et 
choisis  de  préférence  :  Avernas,  Omal,  Montenaken,  Fal- 
lais,  Geneffe,  etc.,  territoires  divers  dont  la  surface  a  mon- 
tré des  débris  de  poterie  et  sur  lesquels  on  a  découvert 
des  antiquités  dont  des  spécimen  curieux  sont  possédés  par 
des  amateurs  que  nous  nous  refusons  de  nommer,  parce 
que  leurs  mains  avares  ne  se  sont  pas  encore  ouvertes 
pour  enrichir  nos  collections. 


-  88  - 

Mais ,  Messieurs ,  n'avons-nous  pas  à  remonter  à  une 
époque  encore  antérieure  aux  Romains? — Les  Celtes,  tels 
que  les  Druides,  n'ont- ils  laissé  aucune  trace?  Ne  possédez- 
vous  aucun  de  ces  monuments,  tels  que  dolmen,  des  men- 
hir ,  des  cromlechs  ,  si  nombreux  dans  l'ancienne  arino- 
rique  ?  Votre  collègue  ,  M.  le  Président  Grandgagnage,  a 
émis  quelques  doutes  à  cet  égard  avec  la  verve  qui  carac- 
térise son  beau  talent  littéraire,  mais  qu'une  science  plus 
sérieuse,  celle  de  M.  le  professeur  Borgnet ,  appelée  à 
de  sévères  investigations  ,  n'a  pas  encore  sanctionnés. 
Plus  haut  encore  que  Y  âge  de  pierre ,  ne  trouvons-nous 
pas  quelques  fragments  pour  asseoir  et  fonder  Ydge  pri- 
mitif, l'âge  dit  de  cornes  par  les  savants  de  la  Suède  et 
du  Danemarck  qui  en  montrent  de  nombreux  spécimens 
dans  les  riches  Musées  de  leurs  capitales  ?  —  Peut-être 
nos  marnières  nous  ont  fourni  des  cornes  de  cerfs  et  j'en 
possède  un  fragment  que  paraît  avoir  été  disposé  en  arme 
offensive.  On  comprend  très-bien  que  l'humanité  à  son 
berceau,  avant  qu'elle  ne  put  façonner  la  pierre  et  fondre 
les  métaux  ,  a  dû  faire  usage  des  cornes  des  animaux, 
du  creux  pour  servir  de  coupes ,  et  de  la  pointe  pour  per- 
cer, déchiqueter  ou  combattre.  Vous  aurez  donc,  Messieurs, 
à  étaler  ces  débris  diluviens  (que  j'ai  recueillis  avec  soin), 
dans  un  Musée  consacré,  par  l'aspect  des  fragments  et  des 
débris,  à  dérouler  la  chaîne  des  temps  et  à  remonter  jus- 
qu'aux âges  les  plus  reculés  ,  Ydge  de  cornes ,  Ydge  de 
'pierre  et  arriver  ainsi  avec  la  science  ,  à  l'âge  marqué 
par  la  fonte  des  métaux,  le  bronze  et  le  fer. 

En  suivant  cette  marche  progressive,  nous  arrivons  à  la 
grande  ère  Carlovingienne.  Que  trouvons-nous  à  Landen 
qui  paraît  avoir  été  le  berceau  des  Carlovingiens  ,  ainsi 
qu'à  Héristal  et  à  Jupille  que  les  traditions  et  l'histoire 
nous  donnent  comme  les  lieux  préférés  de  leurs  résiden- 


—  89  — 

ces? Rien  :  plus  de  ruines,  plus  de  traces  de  construc- 
tions et  de  palais.  Cependant  à  Jupille,  on  pourrait  faire 
des  découvertes  ,  puisque  lorsqu'on  creuse  le  sol  pour  y 
bâtir,  on  rencontre  souvent  d'anciennes  constructions.  La 
difficulté  est  de  sonder  un  terrain  dont  la  surface  est  cou- 
verte d'habitations.  Mais  lorsqu'on  démolit,  qu'on  fouille, 
et  l'on  trouvera,  ce  qui  est  arrivé  lorsque  M.  le  curé  a  re- 
mué son  jardin  et  qu'une  grande  industrie  a  abattu  quel- 
ques maisons  pour  y  élever  un  établissement  considérable. 

Enfin,  si  la  grande  époque  carlovingienne  ne  nous  donne 
rien  ,  adressons-nous  à  la  féodalité  qui  en  est  sortie,  et 
citons  et  les  vieuxdonjons  et  les  anciennes  tours  à  créneaux 
et  les  gothiques  manoirs  en  ruine.  Mais  avant  vous  avez  à 
indiquer  les  lieux  marqués  par  nos  combats  ,  nos  luttes 
dans  le  moyen-âge ,  les  guerres  sanglantes  des  Awans  et 
des  Waroux  ,  les  sièges  de  nos  vieux  châteaux  Fallais  , 
Seraing  le  Château,  etc. 

Les  grandes   batailles  livrées    à  Ramillies  ,    à  Neer- 

winde  ,   à   Rocour nous   fournissent  des  indications 

faciles  pour  voir  si  les  champs  marqués  par  ces  luttes  san- 
glantes ne  récèlent  pas  encore  des  armes  tombées  des  mains 
des  combattants  ,  armes  qui  pourraient  servir  de  trophée 
à  votre  Musée.  Jusqu'à  ce  jour,  nous  n'avons  rien  obtenu 
si  ce  n'est  un  projectile  que  nous  a  donné  M.  de  Waroux 
et  par  lui  trouvé  sur  le  champ  de  bataille  de  Rocour.  Au 
surplus  ,  cette  page  sanglante  de  nos  annales  est  figurée 
dans  l'église  de  Lantin  par  le  petit  monument  en  marbre 
consacré  à  la  mémoire  d'un  Fénélon  ,  neveu  de  l'arche- 
vêque de  Cambrai.  Ainsi  de  tant  de  désastres,  de  malheurs 
et  de  gloires  que  nous  reste-t-il?  Des  ruines  que  de  belles 
moissons  ont  couvertes  bien  des  fois  ;  des  actes  d'héroïsme 
oubliés  ;  beaucoup  de  sang  versé  pour  des  gloires  qui 
s'effacent,  mais  enfin  d'illustres  souvenirs  qui  grandissent 


—  90  - 

sous  les  plumes  éloquentes  de  nos  historiens ,  vos  col- 
lègues, MM.  Polain,  Henaux,  de  Gerlache.  Or  ici,  comme 
partout ,  comme  toujours  ,  ce  qui  est  matériel  tombe  ;  ce 
qui  est  de  Y  esprit  et  de  X intelligence  reste  et  se  perpétue. 
.Maintenant  toucher  au  moyen-âge  nous  conduirait  loin 
et  nous  ferait  sortir  des  limites  assignées  à  ce  premier 
rapport.  Nous  nous  arrêtons  donc  ici  pour  reprendre  et 
continuer  ce  travail  de  recherches  et  d'investigations 
lorsque  nous  aurons  à  indiquer  les  objets  moyen- dp e  déjà 
recueillis  et  possédés  par  notre  Musée  ;  par  là  nous  évi- 
tons un  double  emploi  et  nous  échappons  à  d'inutiles  et 
fastidieuses  répétitions. 

§  VIL 

1°  du  musée.   Quant  au  local. 

Pour  inscrire  les  titres  de  vos  travaux,  pour  recevoir 
les  produits  de  vos  actes,  les  fruits  de  vos  découvertes, 
de  vos  fouilles  ,  avez-vous  un  Musée  ?  On  vous  le  pro- 
met ,  vons  le  cherchez  depuis  longtemps.  Quand  enfin 
l'obtiendrez-vous  ? 

D'abord  on  vous  accorde  avec  parcimonie  quelques 
pièces  étroites  ,  obscures  ,  au  rez-de-chaussée  du  vieux 
palais.  Vous  essayez  de  lui  donner  du  jour,  de  l'orner  de 
vieux  tableaux  ,  de  l'enrichir  de  vos  dons  ,  de  le  parer  de 
quelques  armes.  Mais  vains  sacrifices  ,  inutiles  efforts  , 
vous  ne  parvenez  pas  à  le  transformer  en  dépit  de  vos 
dépouilles  et  de  vos  parures;  ce  local  reste  obscur,  humide, 
repoussant.  Aussi  en  le  visitant  ,  M.  Piercot,  bourg- 
mestre à  cette  époque  ,  vous  dit  :  désertez-le  si  vous 
voulez  sauver  votre  avenir,  et  vous  suivez  ce  conseil. 
Vous  allez  demander    à    la  salle  de  lecture  de  V  Univer- 


—  91  — 

site ,  quelques  coins  pour  y  asseoir  vos  collections  nais- 
santes ,  et  vous  prétendez,  par  cette  insuffisante  et  incom- 
plète exhibition,  annoncer  votre  but  et  provoquer  des  dons  ! 
Vous  auriez  réussi  peut-être  ,  mais  cet  asile  accordé  à 
titre  de  faveur  vous  est  retiré.  Les  livres  de  la  bibliothèque 
envahissant  toute  la  salle,  vous  expulsent,  et  c'est  à  la 
Société  d' Émulation  que  vous  allez  mendier  un  refuge. 
Là  encore,  comme  au  palais,  comme  à  l'Université,  vous 
tâchez,  par  de  dispendieux  arrangements,  à  faire  valoir  vos 
vases,  vos  objets  d'art  anciens,  vos  vieux  bahuts  et  jusqu'à 
vos  armes  modernes.  A  quoi  bon  ces  soins,  ces  dépenses? 
Ne  devez-vous  pas  quitter  bientôt  cette  salle  d'Émulation 
où  vous  aviez  trouvé  un  refuge  précaire  ,  momentané? 
En  effet  ,  elle  est  renversée  pour  être  agrandie  et  re- 
construite sur  un  plan  nouveau.  Il  faut  donc  fuir  si  vous 
ne  voulez  tomber  sous  des  ruines  et  accepter  l'offre  de 
votre  secrétaire  d'alors,  M.  Haguemans,  de  recueillir  vos 
dépouilles  dans  ses  vastes  salons. Mais  ce  collègue, étranger 
à  la  cité,  locataire,  tourmenté  par  des  malheurs  de  famille, 
prend  congé  et  s'éloigne.  Que  faire,  obligés  de  nouveau  et 
pour  la  quatrième  fois  de  déguerpir.  Que  faire?  Retourner 
au  premier  asile  abandonné ,  mais  cette  fois ,  grâce  à  un 
subside  de  500  francs  que  daigne  nous  accorder  M.  de 
Decker  ,  ministre  de  l'intérieur  ,  pour  monter  à  l'étage 
supérieur  au  moyen  d'un  escalier  que  nous  élevons  avec 
cette  somme,  puis  perçant  des  murs,  en  ouvrant  des  jours 
et  faisant  disparaître  d'étroites  cloisons,  vous  obtenez  de 
la  lumière  et  vous  vous  installez. 

Ainsi  après  tant  de  fatigues ,  de  soucis  ,  de  déplace- 
ments, nous  sommes  assis,  stables,  ayant  chance  d'avenir 
et  de  longévité.  Dans  cette  espérance,  nous  décorons  nos 
salles,  nous  rangeons  nos  collections,  nous  ouvrons  notre 
Musée  au  public  solennellement  inauguré  par  M.  le  Gou- 


—  92  — 

verneur,  et  pour  faciliter  les  recherches  et  mieux  répondre 
à  la  curiosité,  nous  dressons  un  catalogue  des  objets  que 
contiennent  des  salles  qui ,  par  les  noms  qu'elles  portent, 
en  indiquent  la  nature  et  les  lieux  de  provenance.  Ainsi  la 
salle  des  antiques  ,  la  galerie  moyen-âge  ,  le  sanctuaire  des 
tombeaux, des  statues  de  Saints  et  des  pierres  sépulcrales; 
la  chapelle  construite  aux  frais  du  président,  pour  y  rece- 
voir les  dernières  dépouilles  du  bourgmestre  La  Ruelle 
remises  à  l'Institut  jusqu'à  ce  qu'elles  soient  rendues  à  la 
terre  sainte,  si  la  ville  persiste  à  les  recueillir  en  élevant  un 
mausolée  à  cet  ancien  magistrat  de  la  cité,  tombé  victime, 
dit-on,  en  défendant  nos  libertés.^  haut,  à  l'étage,  étaient 
les  poteries  romaines,  des  vases,  des  statues,  des  armes  et 
les  riches  collections,  non  cédées  encore,  de  l'un  de  vous,  du 
président.  Telle  était  l'ordonnance  et  la  distribution  géné- 
rale d'un  Musée  ouvert  au  public  et  qu'à  certains  jours 
annoncés,  la  foule  curieuse  remplissait.  Encore  modeste  , 
incomplet,  il  avait  cependant  coûté  bien  des  peines  et 
exigé  bien  des  dépenses,  et  voilà  que  soudain  on  vous  an- 
nonce de  nouveau  qu'il  faut  tout  abandonner,  cette  aile 
de  palais  destinée  aux  archives  ,  va  être  reconstruite  et 
recevoir  une  distribution  intérieure  autre,  appropriée  à  sa 
nouvelle  destination,  et  nous,  dépositaires  de  richesses  ar- 
chéologiques amassées  pour  la  province,  nous  toujours  ex- 
pulsés, chassés  ,  nous  dévoués  à  la  science  et  aux  gloires 
du  pays ,  nous  antiquaires  désintéressés,  où  irons-nous  ? 
Où  et  comment  trouver  un  nouvel  asile,  et  asseoir  définiti- 
vement nos  dieux  pénates  ?  Comment  ?  En  vous  adressant 
à  M.  ie  Ministre  de  l'Intérieur.  En  effet,  M.  Rogier 
écoute  nos  plaintes  et  veut  faire  cesser  nos  tourments, 
nos  tribulations.  Il  se  rend  à  Liège,  visite,  avec  M.  le 
Gouverneur,  les  architectes,  le  Président  de  l'Institut , 
etc.,  le  vieux  palais  naguères   occupé  par  la   prison  de* 


-  93  - 

femmes,  depuis  longtemps  abandonné  et  livré  à  tous  les 
actes  de  destruction  possible.  Pour  M.  Delsaux,  c'est  une 
ruine  qu'il  faut  abattre. — Je  ne  le  souffrirai  pas,  répond  à 
cetanathême  M.  le  Ministre;  non,  il  ne  faut  pas  abattre, 
mais  restaurer,  et  le  gouvernement  affecte  au  Musée  ar- 
chéologique l'aile  Sud  tout  entière  du  côté  de  la  rue 
Ste. -Ursule.  Merci,  Ministre  éclairé,  ami  des  sciences  et 
des  arts,  merci,  nous  sommes  sauvés  !!  Nous  aurons  donc 
un  local  définitif.  Mais  grâce  à  la  bienveillance  de  M. 
l'architecte,  nous  allons  voir  rapidement  et  à  quel  prix. 

Ici  j'hésite  à  soulever  le  voile  qui  cache  nos  tribulations 
et  nos  souffrances  ,  et  même  pour  ne  pas  accuser  et  com- 
promettre, je  me  résignerais  à  garder  le  silence  si  nous  ne 
devions  mettre  notre  responsabilité  à  couvert. 

A  peine  les  travaux  de  restauration  sont-ils  annoncés  , 
que  M.  l'architecte  de  la  province  veut  que  nous  déména- 
gions. Nous  cédons  prématurément  à  ce  désir  impérieux, 
à  la  condition  qu'on  nous  désigne,  qu'on  nous  accorde  un 
local  pour  déposer,  pour  sauver  nos  collections,  Transpor- 
tez-les, répond  M. Delsaux,  transportez-les  dans  les  combles 
de  l'autre  palais.  M.  le  bourgmestre  Neuville,  M.  le  gou- 
verneur baron  de  Macar,  conviés  par  nous,  se  rendent  sur 
les  lieux,  reconnaissent  et  proclament  l'impossibilité  de  la 
mesure.  N'importe  ,  l'architecte  s'obstine  ,  il  insiste  ,  il 
demande  un  subside  pour  opérer  le  déplacement  ;  sur  le 
refus  du  président  de  l'Institut,  il  écrit  à  plusieurs  de  ses 
collègues,  à  M.  Davreux  notamment,  et  enfin  vaincu  dans 
la  lutte  et  sur  les  instances  de  M.  le  gouverneur  ,  il  cède 
deux  pièces  voisines ,  qu'il  détenait,  pour  y  recevoir  nos 
collections.  Alors ,  en  plein  hiver ,  par  un  froid  intense  , 
nous  commençons  une  œuvre  de  destruction  en  transpor- 
tant au  hasard ,  sans  ordre  et  sans  choix,  les  objets  com- 
posant notre  Musée,  jetés,  confondus  dans  un  pêle-mêle 


-  94  - 

déplorable  et  dans  une  confusion  telle  qu'il  sera  peut-être 
impossible  de  les  reconnaître.  A  qui  la  faute?  Les  avaries 
et  les  pertes  à  qui  devront-elles  être  imputées  ? 

Mais  a-t-on  eu  quelque  souci  de  nos  pierres  monu- 
mentales? N'en  a-t-on  brisé  aucune?  M.  Helbig,  effrayé 
de  l'état  d'abandon  où  on  les  laisse  après  les  avoir  fait 
rejeter  du  lieu  où  elles  étaient  abritées  ,  M.  Helbig  écrit 
de  S^Trond,  à  la  date  du  28  octobre  1861,  au  président 
de  l'Institut  : 

«  Etant  au  palais  hier,  j'ai  éprouvé  un  chagrin  véritable 
en  constatant  la  manière  déplorable  dont  les  pierres  de  notre 
Jlusée  archéologique  sont  traitées  en  ce  moment  ,  et  plus 
loin  ,j'ai  eu  la  douleur  de  voir  la  dalle  de  1148  ,  lapins 
ancienne  connue  en  Belgique,  rejetée  parmi  les  moellons.  Les 
archéologues  pourraient  bien  nous  demander  un  jour  un 
compte  sévère  de  sa  conservation.  » 

Cet  appel  de  notre  honorable  conservateur  M.  Helbig  , 
à  la  sollicitude  du  président  de  l'Institut ,  cet  appel  a  été 
porté  à  la  connaissance  de  M.  le  gouverneur  de  la  province 
et  par  ce  haut  fonctionnaire  à  qui  de  droit  ('  ). 

Fatigué  par  des  luttes  incessantes,  le  président  de  l'Ins- 
titut ,  en  reproduisant  les  avertissements  donnés,  met  sa 
responsabilité  à  couvert  et  se  refuse  ,  en  ce  moment  ,  à 
aller  plus  loin  dans  l'énoncé  de  reproches  graves  et  des 
plaintes  fondées.  Des  explications  plus  catégoriques,  mieux 
articulées  ,  sont  réservées,  s'il  y  a  lieu,  lorsqu'il  s'agira 
d'entrer  enfin  ,  après  tant  de  lenteurs  ,  en  possession  du 
local  nouveau,  et  de  reconstituer  le  Musée  qui  a  exigé  une 
si  longue,  une  si  laborieuse  gestation,  Musée  qui,  après 
tant  d'efforts  ,  pourrait  être  compromis  dans  son  avenir. 


fi)  An  moment  de  paraître,  nous  apprenons  avec  bonheur  qu'il  a  été 
fait  droit  à  la  plupart  des  griefs  articulés. 


—  95   - 

2°  du  musée    Quant  a  ses  divisions  et  aux  objets  qu'il  doit 

contenir. 

1°  Fragments,  débris  des  œuvres  d'art  antique  ,  moyen- 
âge  ,  renaissance  ,  retirés  ou  recueillis  exclusivement  du 
sol  pour  former  un  Musée  archéologique  régional;  2°  de 
plus  emprunter  à  tous  tes  âges  et  à  toutes  les  nations  des 
collections  variées  pour  un  Musée  ethnographique  comme 
celui  que  possède  Lille  et  que  commence  Namur  ;  et 
3°  enfin  le  noyau  d'un  Musée  d 'armes  et  d'armures. 

De  là  donc  trois  sortes  de  Musée,  l'un  qui  repousse  tout 
ce  qui  n'est  pas  tiré  du  sol ,  qui  ne  provient  pas  de  la 
contrée  ,  qui  ne  porte  pas  le  cachet  du  lieu  ,  qui  ne  se  re- 
vêt, en  un  mot ,  d'aucun  caractère  national  ,  et  qui  dès 
lors ,  resserré  dans  ce  cercle  étroit ,  constitue  un  Musée 
local;  Musée  historique  d'un  immense  intérêt,  d'une 
grande  valeur,  comme  à  Namur ,  et  bientôt  sans  doute 
dans  chacune  de  nos  neuf  provinces.  C'est  un  Musée  spé- 
cial de  cette  catégorie  que  depuis  onze  ans  vous  essayez 
de  former,  et  les  objets  que  vous  possédez  déjà  n'attendent 
que  le  nouveau  local,  pour  être  rangés  et  classés. 

Mais  d'un  autre  côté ,  si  vos  galeries  sont  assez  spa- 
cieuses ,  vous  accepterez  les  collections  formées  d'objets 
divers  qui  vous  sont  offertes  ,  et  qui  formeront  le  fond 
d'un  Musée  ethnographique. 

Il  y  a  plus  ,  vous  irez  encore  plus  loin,  vous  essayerez 
de  jeter  les  premières  bases  d'un  Musée  d'armes  en  accep- 
tant également  les  trophées  et  les  panoplies  que  possède 
l'un  de  vous  (le  président) ,  tout  disposé  à  se  dessaisir 
au  profit  de  la  ville  et  de  la  province. 

Or,  Messieurs,  lorsque  vous  serez  en  possession  de  votre 
nouveau  local ,  il  faudra  d'abord  reconnaître  l'espace  et 


—  96  - 

lier  des  limites  à  ces  trois  sortes  de  Musée,  1°  pro- 
vincial, 2°  universel,  3°  d'armes   et  d'armures. 

Avant  l'époque  qu'on  semble  se  plaire  à  reculer  sans 
cesse  de  votre  entrée  en  jouissance  du  nouveau  local ,  il 
serait  prématuré  de  chercher  à  préparer,  à  asseoir  vos 
idées  sur  ces  divers  sujets.  Nous  devons  donc  les  réser- 
ver pour  vous  en  entretenir  ultérieurement,  réserve  que 
nous  étendons  également  à  nos  budgets  de  dépenses  et 
aux  ressources  à  créer  pour  faire  face  aux  frais  considéra- 
bles que  devra  entraîner  la  reconstitution  matérielle  de 
notre  Musée. 

Ici,  Messieurs  et  honorés  collègues,  se  termine  l'exposé 
sommaire  de  vos  efforts,  de  vos  travaux,  de  vos  espéran- 
ces, de  vos  succès,  surtout  de  ceux  promis  à  votre  avenir, 
et  dont  le  gage  est  dans  votre  laborieux  passé  ,  ainsi  que 
dans  votre  patriotisme  éclairé  ,  votre  dévouement  à  la 
science  et  aux  gloires  de  ce  beau  pays  de  Liège  qu'hono- 
rent vos  talents. 

Alb.  d'Otreppe  de  Bouvette. 


HISTOIRE 


DU 


CHATEAU   DE   COLMONT. 


LES       DVIMES. 


De  toutes  les  forteresses  qui  au  moyeu-âge  protégaient 
îa  frontière  de  F  ancien  comté  de  Looz,  et  dont  les  débris 
épars  jonchent  aujourd'hui  le  sol  du  Limbourg ,  il  n'en 
est  pas  une  qui  ait  laissé  des  ruines  plus  pittoresques  et 
plus  importantes  que  le  célèbre  château  de  Colmont,  situé 
sur  le  territoire  de  la  commune  d'Overrepeu,  à  une  petite 
lieue  de  Tongres.  Les  siècles  se  sont  succédé  ,  les  orages 
politiques  ont  grondé  sur  la  terre  de  ce  doyen  des  âges  ; 
vingt  générations  de  démolisseurs  lui  ont  payé  leur  tribut 
de  dévastation ,  mais  le  géant  a  bravé  le  temps  et  les 
hommes  ,  et  son  front  meurtri  se  lève  encore  vers  les  nues 
superbe  et  imposant. 

L'histoire  de  ce  château  (le  plus  beau  de  tous  ceux  du 
comté  d'après  Mantelius)  (  '  ) ,  est  d'autant  plus  attrayante 


(*}  Ârx  nobilissima  ipsius  comilis  Losscnsis.  Ilasselelum,  p.  54. 

9 


-  98  — 

qu'elle  est  moins  connue.  Quelques  notices  s'en  sont 
occupées  ,  il  y  a  une  dizaine  d'années  ,  niais  les  données 
qu'elles  contiennent ,  recueillies  à  la  hâte  dans  les  histo- 
riens usuels  ,  sont  ordinairement  inexactes  ,  toujours  in- 
complètes. Grâce  à  des  recherches  plus  sérieuses  ,  une 
foule  de  questions,  laissées  sans  réponses  ,  se  trouveront , 
sinon  résolues  ,  du  moins  considérablement  éclaircies  ,  et 
l'opuscule  que  j'ai  l'honneur  d'offrir  au  public  ,  sans  pré- 
tendre épuiser  la  matière  ,  pourra  ,  je  l'espère  ,  combler 
une  lacune  importante  de  notre  histoire  civile  et  militaire. 

Pour  le  touriste  comme  pour  l'archéologue  ,  la  prome- 
nade de  Tongres  à  Colmont  est  des  plus  agréables.  Soit 
qu'il  se  dirige  par  les  fameuses  digues  de  la  mer  ;  soit  que, 
sortant  par  la  porte  de  Hasselt ,  il  jette  en  passant  un  coup 
d'œil  rapide  sur  l'enceinte  romaine  de  l'antique  Cité  ,  le 
château  de  Bétho  ne  tarde  pas  à  apparaître  avec  ses  tours 
pittoresques  et  ses  fossés  marécageux.  C'était  la  résidence 
du  tréfoncier  de  Hinnisdael,  et  l'on  y  conserve  encore  des 
manuscrits  de  ce  généalogiste  (J).  Près  de  Bétho,  la 
route  conduit  à  la  petite  fontaine  de  Pline  ,  si  mal  menée 
de  nos  jours  par  les  champions  des  eaux  spadoises. 
A  l'onde  ferrugineuse  du  naturaliste  romain  ,  je  préfère 
les  sombres  tilleuls  et  les  immenses  châtaigniers  qui  la 
dérobent  aux  regards  des  visiteurs. 

L'œil  découvre  bientôt  les  ogives  rayonnantes  de  la 
tour  de  St. -Gilles  ;  puis  ,  à  quelque  distance  ,  un  donjon 
féodal  planté  sur  la  cîme  d'un  monticule  à  côté  d'une  ha- 
bitation moderne.  Serait-ce  Colmont  ?  Patience,  lecteur  , 
nous  y  viendrons  tantôt.  C'est,  répond  le  peuple,  la  Tour 
des  Templiers  ;  c'est ,  dit  l'archéologue  ,  le  manoir  des 

(  ')  !ls  ont  été  décrits  par  M.  Stanislas  Bormans  dans  le  Compte-rendu 
des  séances  de  la  Comm.  d'histoire,  t.  XII,  2"  série,  p.  501. 


—  99  — 

sires  de  Mulcken.  Deux  d'entre  eux  gisent  dans  la  cha- 
pelle que  nous  venons  de  dépasser  ;  on  y  voit  encore  la 
tombe  qui  les  recouvre  (*). 

Le  ruisseau  qui  serpente  à  travers  la  prairie  et  dont  on 
côtoie  les  rives  jusqu'à  Colmont,  est  la  Herck  (*.)  :  mince 
filet  d'eau ,  sorti  des  étangs  de  Mulcken  et  de  Roye ,  il 
court  grossir  le  Dénier  et  la  Dyle  ,  pour  se  rendre  ensuite 
tributaire  de  l'Escaut. 

Les  ruines  se  montrent  tout-à-coup ,  fièrement  campées 
sur  un  cône  boisé  d'une  grande  élévation.  Il  est  aisé  de 
reconnaître  par  une  inspection  attentive  des  lieux  ,  que  si 
quelque  proéminence  naturelle  du  sol  a  déterminé  le  choix 
de  cette  assiette,  la  main  de  l'homme  a  puissamment  con- 
tribué à  l'exhausser  ;  mais  la  raison  s'effraie  quand  elle 
constate  l'immense  difficulté  de  ce  travail  de  terrassement 
dont  l'importance  dépasse  notablement  nos  Tumidi  les 
plus  hauts.  Ce  motif  seul  a  pu  faire  croire  jusqu'ici  que 
la  colline  de  Colmont  était  naturelle  et  renfermait  même 

(i)  Elle  mesure  2mG4 ,  sur  l^-SS.  Les  figures  des  chevaliers  qui  s'y 
trouvaient  représentés  sont  effacées  pjr  le  frottement  ;  mais  l'inscription 
en  est  encore  assez  lisible,  la  voici  : 

Ilic.  iacel.  dus.  egiâivs.  de  mvlkls.  miles,  qui.  obiil.  anno.  domini. 

SI.   CCC.I.  in.  vigilia.  nalivitalis.  béate,   [marie,  virginis  ?]  [do] 

minus.*!- egidius.  de  mvlkis.  miles,  fdi.  din.  e.  pdei.  q.  obiil.  ano.  dni. 
M  CCC.  XXXVI.  XXIX.  die.  mensis.  ivlii.  [orale  pro]  anima,  civs.  amen. 

La  fille  <1e  ce  Gilles  de  .Mulcken  épousa  Guillaume  de  Hamal,  chevalier, 
seigneur  d'Elderen  :  Wilhelmus  de  Hamale,  miles,  dominus  de Eldercn;... 
eiùs  uxor  Calherina  filia  quondam  probi  viri  domini  Egidii  de  Mulken  , 
miliiis.  Charte  de  1512,  au  carlulaire  de  Herkenrode,  t.  II,  f°  8. 

(*  )  C'est  sous  ce  nom,  que  je  crois  devoir  le  désigner  à  cause  de  l'an- 
cienne seigneurie  de  Riddcr-Ilerck,  qu'il  arrose  près  de  sa  source,  et  d'où 
il  se  dirige  vers  Gorslieux,  Guygoven  et  Winlershoven.  Les  actes  officielr. 
l'appellent  Mombeek  ,  et  les  habitants  ,  Mëukbeek  (ruisseau  du  moulin), 
mais  dès  le  10e  siècle,  les  chroniqueurs  lui  donnaient  son  vrai  nom  de 
Herck  :  Winlershoven  super  Archa  jluvium  posilum.  Anseljii,  Gcsla,  etc.; 
cap.  Y.  p,  109.  —  IIarigeb,  Vila  S.  Landoaldi,  1.  I,  n°  4. 


—  100  — 

(les  minerais  de  fer  (i).  Un  auteur  du  XIe  siècle  .nous 
apprend  d'ailleurs  ,  à  propos  du  château  de  Merchem  en 
Flandre  ,  que  les  mottes  factices  formaient  un  élément  es- 
sentiel des  constructions  militaires  de  cette  période  du 
moyen-âge  :  »  C'est ,  dit-il ,  la  coutume  des  hommes  les 

plus  riches  et  les  plus  nobles  de  ce  pays d'ériger  des 

châteaux,  pour  lesquels  ils  élèvent  aussi  haut  que  possible 
un  monticule  de  terre  ,  qu'ils  entourent  d'un  large  et  pro- 
fond fossé,  etc.  »  (2).  Mais  n'eussions-nous  pas  ce  té- 
moignage du  chroniqueur ,  il  suffirait  de  comparer  les 
tertres  des  châteaux  de  Bilsen  ,  de  Looz  ,  de  Brusthem  , 
dont  la  formation  à  main  d'homme  ne  peut  présenter  de 
doute  sérieux,  pour  rester  convaincu  que  celui  de  Col- 
mont  est  dû,  au  moins  pour  la  majeure  partie,  aux  tra- 
vaux considérables  qu'on  y  a  effectués. 

La  base  du  cône  est  entièrement  entourée  d'un  rem- 
part circulaire  en  sable  ,  dont  la  contre  escarpe  offre  une 
hauteur  moyenne  de  10  à  12  pieds,  et  qui  était  environné 
lui-même  de  fossés  très-profonds.  Ces  fossés,  encore  très- 
reconnaissables  après  quatre  siècles  d'abandon  ,  s'emplis- 
saient des  eaux  de  la  Herck  ,  et  acquéraient  plus  de  lar- 
geur vers  l'entrée  de  la  place.  »  La  même  disposition, 
"  dit  M.  de  Caumont  ,  se  rencontre  dans  beaucoup  de 
«  châteaux,  et  elle  était,  je  crois,  très -favorable  à  la  dé- 
••'  fense;  en  effet,  cette  esplanade  formant  une  ceinture  en 

(  i  )  Lettres  d'un  voyaç/eur  aux  eaux  minérales  de  Tnngres  à  son  ami  à 
Bruxelles,  1787,  p-  16  ,  etc.  Il  est  vrai  de  dire  toutefois,  que  le  territoire 
et  les  environs  de  Colmont  contiennent  une  espèce  de  grès  ferrugineux. 

[-2  )  Jonnnes  de  Colle  medio  ,  dans  la  vie  du  bienheureux  Jean,  évoque 
de  Térouanne.  Voici  le  texte  de  ce  passage,  souvent  cité  :  «  Mos  namque 
est  ditioribus  quibusque-regionis  huius  bominibusetnobilioribus....  terne 
aggerem  quantse  prévalent  celsitudinus  congererc,  cique  fossam  quam  latc 
patentem,  multamque  profunditatis  altitudinem  habenlem  circum-fodcre> 
etc.  »  A.CTA  Sanctohum,  die  21  januarii,  t.  II.  cap.  VI,  p.  799. 


—  Il 


»  avant  et  autour  de  la  place,  pouvait  être  bordée  de  pa- 
»  lissades  et  de  combattants.  —  Lors  môme  que  l'accès 
»  n'en  eut  été  défendu  que  par  la  pente  naturelle  du  sol, 
"  ce  point  de  repos  devait  être  funeste  aux  assiégeants  , 
"  car  après  avoir  escaladé  à  grande  peine  le  coteau,  ils  se 
»  trouvaient  ainsi  arrêtés  par  le  fossé  et  forcés  de  rester 
"  au  moins  quelque  temps  sous  les  traits  de  l'ennemi, 
»  qui  ne  pouvaient  manquer  d'être  très-meurtriers  à  une 
»  distance  aussi  rapprochée  des  murs  ( 1).    » 

Une  seule  entrée  ,  pratiquée  vers  le  nord,  donnait  accès 
dans  le  château,  en  passant  par  un  pont  fortifié,  dont  on 
voit  encore  les  substructions  dans  le  rempart.  De  là  ,  le 
chemin  gravit  les  flancs  de  la  colline  et  débouche  dans 
une  grande  cour  ovale,  mesurant  environ  150  mètres  de 
pourtour  ;  les  ruines  du  mur  d'enceinte  y  existent  encore 
sur  plusieurs  points.  Cette  cour,  nommée  le  bayle  (ballium 
externum),  renfermait  d'ordinaire  les  logements  des  sol- 
dats ,  les  écuries  et  les  autres  dépendances.  On  y  trouve 
des  restes  considérables  d'une  tour  carrée  ,  sorte  de  bas- 
tion engagé  dans  le  mur  d'enceinte  et  formant  saillie  à 
l'extérieur.  Cette  partie  est  très-ancienne  puisqu'elle  a  été 
voûtée  en  plein  cintre ,  comme  il  est  facile  de  s'en  assu- 
rer. Ses  murs  construits  en  silex  et  en  grès  ferrugineux 
sont  revêtus,  à  l'extérieur,  de  moellon  et  ont  une  épais- 
seur de  lm80.  Tout  ce  qui  caractérise  aujourd'hui  cette 
première  tour  ,  est  une  meurtrière  de  lra65  de  hauteur  ; 
il  est  visible  que  les  côtés  latéraux  étaient  pourvus  du 
même  moyen  de  défense  ,  qui  permettait  de  prendre  les 
assaillants  de  flanc.  La  largeur  de  ce  bastion  est  de  7  m. 
hors  œuvre. 

Du  bayle  on  passe,    à  l'ouest,    dans   une  autre  cour, 

(s  )  "    -  l'aies ,  '    V  ,  p.  235. 


—  102  — 

très-petite,  d'un  niveau  plus  élevé  ,  et  munie  également 
d'une  tour  carrée,  puis  on  arrive  sur  une  espèce  de  plate- 
forme, occupant  le  point  culminant  de  la  montagne  et  con- 
tenant la  troisième  tour  ou  le  donjon  proprement  dit. 

La  seconde  tour,  dont  un  seul  mur  est  resté  debout, 
porte  des  traces  de  trois  étages  y  compris  le  rez  de  chaus- 
sée. Des  cheminées  pratiquées  aux  étages  supérieurs  in- 
diquent que  ce  bâtiment  était  destiné  à  l'habitation. 
L'âtre  de  l'une  d'elles  dessine  une  charmante  ogive,  qu'on 
a  remplie  d'une  maçonnerie  en  briques.  A  gauche  de  cette 
cheminée  se  trouve  une  fenêtre  bien  conservée  mais  d'un 
aspect  assez  moderne.  En  résumé,  cette  ruine  n'offre  pas 
des  caractères  aussi  anciens  que  les  constructions  adja- 
centes :  cependant  elle  est  d'une  date  antérieure  à  la  res- 
tauration opérée  par  les  La  Marck  en  14SS,  puisqu'elle  a 
conservé  elle-même  des  traces  de  cette  restauration. 
*■  Il  me  reste  à  décrire  le  donjon,  mais  auparavant,  je  crois 
devoir  attirer  l'attention  sur  le  mur  très-délabré  qui  ceint 
la  plate-forme  comme  d'une  espèce  de  manteau.  Cette 
construction  de  pierres  ferrugineuses  disposées  en  arêtes 
de  poisson  (opus  spieatmii)  est  digne  de  remarque  et  dénote 
une  antiquité  reculée.  Quelques  parties  en  ont  été  rétablies 
en  briques,  probablement  en  1488. 

Voici  donc  le  donjon.  Cette  massive  et  imposante  re- 
traite était  évidemment  celle  qu'on  avait  le  mieux  pourvue. 
Ses  murs  formés  de  moyen  appareil  n'ont  pas  moins  de 
5m25  d'épaisseur.  Il  a  certainement  fallu  toute  la  force 
dévastatrice  des  obusiers  et  des  bombardes  pour  ébranler 
ce  terrible  boulevard.  Le  périmètre  de  cette  tour  ,  qui  est 
décagone,  mesure  47  mètres,  et  son  élévation  (autant  qu'il 
est  permis  de  l'apprécier  par  les  parties  d'inégale  hauteur 
qui  en  restent)  peut  avoir  été  de  18  à  24  mètres. 

On  évitait  toujours  de  pénétrer  par  le  rez  de  chaussée 


—  103  — 

dans  les  donjons  ;  aussi  l'ouverture  informe  qu'on  voit 
aujourd'hui ,  et  dans  laquelle  on  a  placé  une  porte  rus- 
tique ,  pour  mettre  un  obstacle  à  la  trop  grande  ardeur 
des  curieux,  ne  doit-elle  être  prise  que  pour  une  broche  , 
ou,  tout  au  plus,  pour  les  ruines  d'une  reconstruction  de 
1438.  L'entrée  du  fort  était  au  premier  étage;  je  la  retrouve 
dans  cette  baie  pratiquée  en  plein-cintre  presqu'au  dessus 
de  la  porte  rustique.  On  y  arrivait  au  moyen  d'échelles  ou 
d'escaliers  mobiles.  A  cette  hauteur,  il  régnait  tout  autour 
du  donjon  une  sorte  de  balcon  en  bois  ,  supporté  par  des 
poutres  en  consoles,  dont  on  voit  encore  les  trous  carrés 
dans  certaines  parties  du  mur.  M.  de  Caumont  a  trouvé 
des  traces  de  semblables  consoles  dans  plusieurs  châteaux 
du  XIe  siècle.  Il  conjecture  qu'elles  servaient  ,  en  cas 
d'attaque  ,  à  jeter  des  pierres  ou  d'autres  projectiles  sur 
les  assaillants. 

A  cela  près,  et  si  l'on  excepte  encore  une  meurtrière  en 
partie  murée  ,  l'extérieur  de  cette  forteresse  n'offre  plus 
rien  de  remarquable.  Pénétrons  à  l'intérieur. 

La  partie  inférieure  ,  qui  servait  de  cave  ou  de  prison  , 
est  circulaire  et  devient  décagoue  au  premier  étage.  J'y  ai 
remarqué  ,  à  la  base  ,  une  ouverture  d'environ  20  centi- 
mètres carrés  ,  traversant  le  mur  de  part  en  part  ;  j'ignore 
quelle  en  était  la  destination.  D'autres  trous  carrés 
s'ouvrent  à  l'étage  pour  recevoir  les  poutres  du  plancher. 
A  partir  d'ici,  on  avait  construit  dans  l'épaisseur  du  mur, 
du  côté  sud,  un  escalier  en  pierres,  conduisant  au  second 
étage  ;,  les  marches,  au  nombre  de  plus  de  vingt  ,  en  s®nt 
encore  bien  conservées.  Un  peu  plus  loin  et  au  même 
niveau,  on  trouve  encore  un  enfoncement  dans  l'épaisseur 
de  la  muraille  ;  c'est  un  autre  escalier  de  cinq  ou  six 
marches  ,  voûté  en  plein  cintre  et  débouchant  sous  une 
niche  servant  à  quelqu' usage  domestique. 


—  104  — 

Puis  c'est  une  grande  cheminée  qui  attire  les  regards  ; 
au  premier  aspect  on  la  croirait  de  la  môme  époque  que 
le  reste  de  l'édifice  ;  il  n'en  est  rien  ,  car  la  meurtrière  à 
moitié  bouchée,  que  je  signalais  tantôt,  se  trouve  précisé- 
ment derrière  le  revêtement  de  la  cheminée,  où  l'on  trouve 
en  outre  un  fragment  de  cintre  d'une  construction  néces- 
sairement plus  ancienne. 

Ces  édifices  étaient  couverts  d'ardoises  d'une  épaisseur 
peu  commune;  j'en  ai  ramassé  qui  ont  jusque  deux  cen- 
timètres. 

Telles  sont  les  ruines  de  Colmont.  Il  est  assez  difficile, 
vu  le  mauvais  état  du  château,  et  à  cause  des  restaurations 
qu'on  v  fit  à  diverses  reprises,  de  préciser  l'époque  de  sa 
construction.  Cependant  ,  comme  l'histoire  de  l'architec- 
ture militaire  en  Belgique  n'a  pas  encore  fait  l'objet  d'é- 
tudes approfondies,  il  me  paraît  intéressant  de  réunir  ici 
en  un  faisceau  les  diverses  indications  qui  peuvent  con- 
tribuer à  élucider  la  naissance  de  notre  castel,  sauf  à  en 
reprendre  plus  tard  le  récit  détaillé. 

1031-1125.  Mention  de  quelques  seigneurs  ou  châte- 
lains, appartenant  très-probablement  à  Colmont. 

1170.  Première  mention  du  château. 

1175.  Albert,  premier  châtelain  connu. 

1 180.  Le  château  est  assiégé  et  préservé  de  la  destruc- 
tion . 

1206.  Le  château  devient  un  fief  du  Brabant. 

1 2 1 2 .  Mention  du  château . 

1.21G-13L0.  Mention  fréquente  et  non -interrompue  des 
châtelains. 

1257.  Mention  du  château.  (Preuves,  n°  •':•} 

1280.  id. 

5  et  1292.  Chartes  datées  de  C 
37  et  38.  Mention  du  château. 
LG.  Id. 


—  105  — 

Vers  13S8.  Le  château  tombe  en  ruines. 

1488.  Restaurations. 

14S9.  Siège  et  destruction. 

1499.  Démolitions. 

D'après  cela,  il  me  semble  évident  que  ce  n'est  ni  au 
XIVe ,  ni  au  XIIIe  siècle  qu'il  faut  rechercher  l'édification 
du  château  de  Colmont.  En  effet,  dès  le  XIVe  siècle,  il 
tombait  en  ruines,  ce  qui  suppose  un  certain  état  de  vé- 
tusté ;  tandis  que  le  XIIIe  siècle  est  vraiment  l'époque  de 
sa  splendeur.  Pas  de  doute  même  qu'il  n'ait  servi  quelque- 
fois de  résidence  à  nos  comtes  de  Looz,  puisque  parmi 
leurs  chartes,  il  s'en  trouve  qui  sont  datées  de  Colmont  (1). 
C'est  donc  le  XIIe  siècle  qui,  selon  toute  apparence,  aura 
vu  s'ériger  les  superbes  tours  dont  on  vient  de  visiter  les 
les  ruines.  Quant  au  tertre  ,  sur  lequel  elles  s'élèvent,  je 
le  prends  pour  une  construction  datant  au  moins  du 
XIe  siècle.  Il  aura  servi  d'emplacement  à  un  château  plus 
ancien,  dont  on  pourrait  voir  des  restes  dans  ce  mur  en 
arêtes  que  j'ai  signalé  plus  haut. 

II 

ÉTTIHOLOfilE, 

Pour  arriver  à  découvrir  l'étymologie  de  Colmont ,  il 
est  nécessaire  de  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  les  an- 
ciennes orthographes  de  ce  nom,  telles  qu'elles  se  retrou- 

(i)  Charte  d'Arnold  en  faveur  de  l'abbaye  de  Herckenrode  :  «  Datum  e 
actum  anno  millesimo  ducentesimo  octogesimo  quînlo,  mense  octobrf. 
apud  Kolcmont.  »  Cartulaire  de  Herckenrode.  f'  131.  —  Henri  seigneur  de 
Pietershem  relève  sa  terre  du  comte  de  Looz  en  1292,  «  mercurii  post 
festura  sancti  Matthei  apostolî  in  Chamont.  »  Robyns.  Dipl.  Loss.  n°  17, 
p.  20. 


—  10G   — 

vent  dans  les  documents  authentiques.  On  peut  les  grouper 
logiquement  en  trois  catégories,  que  voici  : 

I.  Kalmont  (chartes  de  1096,  12-17)  ;  Calmont  (chartes 
1235,  1267);  Calmunt  (Pertz.  Mon.  Germ.  hist.  X, 
35S,  360);  Kalmunt ,  Kaelmout  (Pertz.  Ibid.  p.  439); 
Arx  Calmontia,  dit  Mantelius  (Hist.  Loss.  p.  165), 

Cette  appellation  a  été  la  plus  usitée  dans  les  pays 
flamands. 

IL  Kolemont  (ch.  de  1285)  ;  Coehnont  (documents 
divers  depuis  1272  jusqu'au  XVIIIe  siècle)  ;  puis  Colmont 
(usité  clés  le  XVe  siècle)  sont  encore  des  formes  flamandes, 
qui  semblent  avoir  remplacé  les  premières,  dont  elles  ne 
constituent  du  reste  qu'une  altération  dans  la  pronon- 
ciation . 

III.  Chamont  (Gilles  d'Orval  ;  Hemricoue,t,  Miroir 
des  nobles,  p.  340)  ;  Herke  deleis  Chamont  (doc.  de  1373 
et  1390  da^s  les  reg.  de  la  cour  féodale  de  Liège,  n°  41, 
f°  05  ;  n°  43,  f°  1G  et  passim.)  ;  CJudmunt  (ch.  de  1200)  ; 
Chaumont  (1269);  Chiamont  (ch.de  1280»  a^md  Mant . 
p.  216). 

Ces  orthographes  ont  prévalu  chez  les  Wallons. 

Kael  et  coel  signifiant  »  chauve  «  en  thiois  ;  les  formes 
Kaelmont,  Coehnont,  Chaumont,  et  surtout  leur  traduc- 
tion latine  qui  est  constamment  calvus  mons,  montrent  à 
l'évidence  que  l'idée  mère  d'où  est  né  le  mot  Colmont, 
n'est  autre  que  »  mont  chauve  » .  Mais  s'il  est  aisé  d'établir 
cette  assertion,  il  est  plus  difficile  de  la  justifier.  Assuré- 
ment la  motte  de  Colmont,  couverte  aujourd'hui  d'une 
belle  végétation,  ne  saurait  plus  être  taxée  de  calvitie. 
D'un  autre  côté,  rien  n'est  plus  commun  que  les  *  monts 
chauves  »  en  fait  de  châteaux  anciens,  et  plusieurs  des 
vocables  enregistrés  ici,  ont  servi  jadis  à  désigner  une 
quantité  de  forteresses,  qu'il  est  parfois  impossible  de  dis- 


—  107  — 

iinguer  entre  elles.  C'est  donc  dans  un  fait  générique, 
commun  ,  et  non  clans  des  traditions  locales ,  qu'il  faut 
chercher  l'explication  de  leur  étymologie. 

Or,  ne  pourrait-on  pas  dire  qu'aux  temps  reculés ,  où 
les  forêts  couvraient  encore  une  grande  partie  des  cam- 
pagnes et  surtout  les  terrains  escarpés  et  inaccessibles  à  la 
culture,  la  présence  d'une  colline  dépourvue  de  plantation 
devait  paraître  aux  habitants  du  pays  un  fait  assez  anor- 
mal pour  les  engager  naturellement  à  nommer  ces  collines 
des  monts  chauves  ? 

Quoiqu'il  en  soit,  voici  quelques  lieux  de  ce  nom,  qu'il 
importe  de  ne  pas  confondre  : 

Chaumont,  village  de  la  province  de  Brabant,"  qui  tire 
son  nom  de  la  roche  nue  sur  laquelle  se  trouve  son  église, 
et  où  ne  croît  ni  arbre,  ni  verdure.  «  (Le  P.  Moulaert , 
dans  le  Bull,  de  la  Corn,  royale  d'histoire,  t.  X ,  2e  série  , 
p.  175).  Anciennement  Kalmont  ;  en  latin  Calvus  mons  ('). 
Cependant  Divceus  (Rer.  Brabant.,  lib.  XIII)  dans  une 
édition  latine  d'une  charte  de  1312  ,  désigne  cet  endroit 
sous  le  nom  de  Calidics  mons  (chaud  mont)  ;  si  ce  n'est  pas 


(1)  M.  Grandgagnage  veut  que  le  Calvum  montera  dont  la  possession 
fut  confirmée  à  l'Église  de  Liège  en  1155,  par  l'empereur  Frédéric  i, 
désigne  notre  «  célèbre  château  de  Colmont  près  de  Tongres,  appelé  de  ce 
même  nom  de  Cbalmonl  dans  d'autres  documents  »  (Voir  le  Bulletin  de 
l'Inst.  arch.  liégeois,  t.  III,  p.  16.)  Je  voudrais  me  ranger  à  l'avis  de  ce 
savant,  mais  je  ne  sache  pas  qu'avant  l'annexion  du  comté  de  Looz,  Col- 
mont  ait  jamais  appartenu  à  l'Église  de  Liège;  je  crois  même  établir  le 
contraire.  M.  Grandgagnage  convient  lui-même  que  l'énumération  suivie 
dans  la  charte  de  Frédéric  est  peu  favorable  à  son  système  :  le  Calvus 
mons  y  est  cité  entre  Fosse  et  Marbais,  localités  très-éloignées  de  Colmont; 
«  mais,  dit-il,  la  bulle  parallèle  du  pape  Adrien  place  Chalmont  entre 
Gosnes  et  Mirwart  »  ;  ce  qui  ne  me  semble  guère  plus  concluant.  —  Ce 
Calvus  mons  ne  désignerait-il  pas  la  seigneurie  de  Chaumont,  où  il  y 
avait  autrefois  un  château  relevant  de  l'Église  de  Liège  (Louvrex,  Edils 
t.  IV,  p.  2GG) ,  et  qui  est  appelé  Mons  calvus  par  Gramaye  ? 


—  108  — 

une  faute  d'impression ,  c'est  à  coup  sûr  une  mauvaise 
traduction. 

Calmont  ou  Calmund  et  Caelen;  monastère  situé  dans 
le  village  de  Meldert,  à  7  kilom.  S.  0.  de  Tirlemont  et  à 
trois  lieues  de  Chaumont ,  est  désigné  sous  le  nom  de 
Calmoniis  dans  le  célèbre  partage  de  870  (Miilei  ,  Op. 
dipl.,  t.  I,  p.  31.  —  Perïz  ,  Mon.  germ.,  t.  I,  p.  849). 

Telle  est  l'opinion  de  Mireus  et  du  P.  Moulaert.  M. 
Grandgagnage  (Vocabulaire  ,  p.  95)  ne  se  prononce  pas 
sur  l'attribution  qu'il  faut  faire  de  Calmontis,  et  laisse  la 
question  indécise  entre  Colmont ,  Chaumont  et  Calmont. 
Je  crois  que  Colmont  doit  rester  hors  de  cause. 

Chaumont,  sur  la  Moselle,  en  Lorraine.  Un  autre  Cal- 
montis ,  compris  dans  le  royaume  de  Louis  ,  au  même 
partage  de  870,  aurait  été  ce  Chaumont,  suivant  Mireus. 

Chaumont  ,  en  Champagne ,  chef-lieu  du  département 
de  la  Haute-Marne.  En  latin  Calvusmons.  —  Les  coustumes 
du  baillage  de  Chaumont  en  Bassigny ,  ont  été  imprimées 
plusieurs  fois.  (Brunet,  Manuel  du  libraire). 

Chaumont  ,  petite  ville  de  France,  dans  le  Vexin;  en 
latin  Calvo  montium.  La  chronique  de  Baudouin  d'Avesnes 
(Ed.  Le  Roy,  p.  17.)  fait  mention  d'un  Renier  comte  de 
Chaumont  (Calvi  mordis). 

Chaumont,  dépendance  de  Elorennes,  et  Chaumont, 
dépendance  de  Havelange,  dans  la  province  de  Namur. 

III 

historique. 

La  première  fois  que  le  château  de  Colmont  est  cité  par 
nos  annalistes  ,  il  nous  apparaît  comme  un  élément  de 
discorde  entre  le  comte  de  Looz  et  celui  de  Moha. 


—  109  — 

Hugues  et  Albert ,  fils  de  ce  dernier  ,  réclamaient  la 
moitié  de  Colmont  avec  le  château  de  Bilsen  et  ses  dé- 
pendances. Leurs  prétentions  étaient  fondées.  Bilisium 
namque  et  Calmunt  dimidium  legitimo  jure  cum  appendiciis 
eorum  suum  esse  dicebant  (l). 

Mais  quelles  que  furent  leurs  démarches,  elles  ne  trou- 
vèrent jamais  de  succès  auprès  du  comte  Louis  I,  qui  eut 
l'adresse  de  s'attacher  les  habitants  de  Colmont ,  en  leur 
octroyant  de  nombreux  privilèges,  en  1170  (2),  et  les 
jeunes  Moha,  repoussés  par  les  armes,  se  virent  contraints 
d'ajourner  leur  vengeance. 

Elle  ne  se  fit  pas  attendre.  A  la  mort  de  Louis,  arrivée 
le  10  août  de  l'année  suivante  ,  le  comté  de  Looz  échut  à 
son  fils  Gérard  ;  et  toutes  les  colères  un  instant  assoupies 
se  réveillèrent  avec  plus  d'ardeur.  Hugues  et  Albert  ras- 
semblent une  armée,  et  s'emparent  un  dimanche  du  fort  de 
Berlo  ,  d'où  ils  livrent  au  pillage  et  aux  flammes  tous  les 
villages  environnants  (1172)  (3). 

Il  fallut  au  comte  Gérard  l'audacieuse  énergie  de  Gilles 
de  Duras  ,  son  nouvel  allié ,  et  la  fortune  des  armes  ,  qui 
le  protégea,  pour  le  débarrasser  de  ses  hôtes  incommodes. 
Hugues  de  Moha  mourut  subitement  à  Huy  ;  il  fut  dès 

('  )  Geslorum  abbalum  l 'rudon ensium  conlinualio  secundo,  (apud  Pertz, 
Monumenla  Germ.  hist.,  t.  X  script.,  p.  558).  Le  moine  de  St.-Trond 
était  contemporain  des  événements  que  je  rapporte;  son  récit  mérite  donc 
la  plus  grande  confiance.  Brusthemius  et  Mantelius  [Hisloria  Lossensis  , 
p.  115),  qui  n'ont  fait  que  défigurer  le  premier,  avancent  que  les  terres 
en  litige  formaient  la  dot  de  Gertrude  ,  mère  des  Moha  et  fille  de  Louis  I  ; 
c'est  ce  que  répètent  quelques  auteurs  modernes.  Or  Mantelius  ,  tout  en 
déclarant  se  servir  des  expressions  du  chroniqueur  de  S'.-Trond,  compose 
une  narration  à  sa  guise  et  se  contredit  formellement.  Je  n'ai  donc  pas  cru 
devoir  le  suivre. 

(2)  Van  den  Maesen,  Géographie  de  la  province  de  Limbourg.  Bruxelles, 
A.Seues,  1842,  p.  100. 

( 3  )  Gest.  abbat.  Trudon.  Lad. 

10 


—    110  — 

lors  aisé  de  chasser  son  frère  des  domaines  envahis.  Videns 
ergo  Gerardus  cornes  Lonensis  necessariam  sibi  comitis 
Durachii  Êgidii  militarem  virtutem  et  audaciam  ,  eum 
contra  adversarios  suos  sibi  adjutorem  et  socium  asscivit  et 
altero  eorum  ,  id  est  Ilugone  ,  apnd  Hoyum  defuncto  ,  alte- 
rumfugato  ejus  exercitu,  de  terra  sucs  finibus  eliminavit  (1). 

C'était  à  l'époque  des  Croisades.  Cédant  au  pieux  en- 
thousiasme qui  entraînait  les  chevaliers  chrétiens  vers  le 
tombeau  du  Christ ,  Gérard  partit  pour  la  terre  sainte. 
Que  ne  pût-il  y  périr  vaillamment  :  le  comté  de  Looz  eût 
échappé  aux  désastres,  les  plus  terribles  peut-être,  que  son 
histoire  ait  eu  à  consigner. 

A  son  retour  de  Palestine  ,  le  comte  Gérard  s'attira 
l'inimitié  de  Radulphe  ,  évoque  de  Liège  ,  en  s'in  gérant 
avec  arrogance  dans  la  perception  des  dîmes  et  des  autres 
redevances  que  la  mense  épiscopale  possédait  au  territoire 
du  comté.  Peut-être  le  prélat ,  par  suite  des  instigations 
de  l'abbé  de  S'.-Trond  ,  trouva-t-il  d'autres  sujets  de 
plaintes  à  propos  des  nouvelles  fortifications  de  Brusthem. 
qui  portaient  ombrage  aux  saintronnaires.  Toujours  est-il 
qu'irrité  par  toutes  ses  injustices  ,  Radulphe  se  prépara 
à  sévir  vigoureusement  contre  son  puissant  voisin.  Aidé 
des  milices  de  St-Trond,  l'évêque  marcha  vers  Colmont  au 
mois  de  j  uillet  1 1 S  0  ( 2  ) . 


(0  Gcst.  abbal.  Trudon. 

[i)  11  règne  parmi  les  chroniqueurs  une  grande  divergence  sur  la  date 
de  ces  événements.  Gilles  d'Orval  les  place  en  1170  :  Factumesl  hocanno 
domini  1170  Kclendis  Âugusli,  quo  combusta  sunt  castra  de  Loz,  Cha- 
monl,  Bilisia.  (Apud  Chapkaville,  t.  II,  p.  120.)  Fisen  et  Foullon  l'ont 
suivi.  Le  compilateur  du  Magnum  chronicum  Belgicum  [Apud  Struvium, 
Rerum  german.  Scriplorcs,  t.  III,  p.  211)  les  fixe  à  la  dixième  année  du 
pontificat  de  Radulphe,  c'est-à-dire  en  1178;  celte  date  est  adoptée  par 
Bouille  et  Mantelius.  Les  annales  de  Florefic  [Apud  Pertz,  Mon.  Gcrm. 
Hisl.,  t.  XVI,  p.  625)  indiquent^  l'année  1179,  bellum  inter  episcopuvi 


—  111  — 

Le  comte  en  fut  averti,  et  sans  perdre  un  instant  il  ras- 
sembla ses  chevaliers.  Le  même  jour,  les  Liégeois  attaqués 
sont  repoussés  dans  Tongres,  cette  ville  est  livrée  au  pil- 
lage et  l'impétueux  Gérard  se  retire  vainqueur,  emmenant 
un  grand  nombre  de  prisonniers.  Quo  comperto  cornes  nec 
ipse  ad  resistendum  segnior,  collecta  valida  militum  ■manu, 
2  die  k al.  augusti  milites  Episcopi  aggressus,  a  Calmunt 
usque  Tongris  in  cruentam  fugam  compellit,  ojjpidumque  vi 
cum  suis  irrumpens  ,  plurimis  captis,  copiosam  predam  Vic- 
tor abducit  (') 

Dès  le  lendemain  l'évêque  rallie  ses  troupes,  refoule  le 
comte  de  Looz  vers  Colmont,  et,  tandis  que  les  habitants 
du  village  se  réfugient  en  masse  au  château,  il  fait  de 
leursdemeures  un  monceau  de  cendres.  Postera  die,  idest, 
l'ai,  augusti,  episcopus  collecta  suorum  multitudine ,  ante 
eandem  villam  eu  m  cum  exercitu  proterens,  in  fugam  vertit. 
Omnibusque  qui  poterant  in  castrum  confugientibus,  totam 
villam  repe?itina  invasione  exurit  (-). 

Gérard  de  son  côté  sort  furtivement  de  son  burg,  suivi 
de  quelques  hommes,  et  cachant  sa  marche  dans  les  bois 
des  environs,  arrive  à  Tongres  la  torche  à  la  main.  En  un 
instant  l'ésrlise  de  Notre-Dame  et  la  ville  entière  devien- 
nent  la  proie  des  flammes. 

Ce  fut  le  signal  de  cruelles  représailles.  Pendant  que 
Radulphe  fait  le  siège  de  Colmont,  ses  gens,  aidés  des 
saintronnaires,  vont  porter  les  ravages  et  l'incendie  dans 

• 

Lcodicenscm  Rodulphum  et  comilem  Lotsensem  Gerardum.  Lambert  le 
Petit,  auteur  contemporain,  marque  sous  l'an  1180,  beîlum  inter  comilem 
de  Los  et  episcopum  Leodientcm.  (Apud  Pertz,  ibidem,  p.  619.)  J'ai  adopté 
cette  dernière  date,  qui  est  conflrmée  par  la  supputation  de  l'éditeur  de 
la  chronique  de  St-Trond.  [Apud  Pektz). 

(i)  Gcst.abbal.  Trud,  p.  360. 

(2)  Ibid. 


—  112  — 

tout  le  comte.  Brusthem,  Looz,  Bilsen,  Montenaken,  une 
foule  d'autres  châteaux  et  plus  de  seize  églises  et  villages 
sont  brûlés  ou  saccagés  en  quelques  jours.  Déjà  l'évoque 
avait  dressé  ses  béliers  et  s'apprêtait  à  détruire  Colmont, 
lorsque  son  oncle,  Henri-l' aveugle,  comte  de  Namur,  ainsi 
que  le  comte  de  Hainaut,  implorèrent  la  grâce  de  Gérard  et 
le  réconcilièrent  avec  son  redoutable  ennemi.  On  stipula 
pour  toute  condition  que  les  parties  se  pardonneraient 
leurs  torts  réciproques  et  que  le  comte  de  Looz  n'aurait 
rien  à  prétendre  à  raison  des  dommages  que  l'évêque  lui 
avait  causés.  Cumque  eœtructis  machinis  Episcopîis  Cal- 
munt  destruere  niteretur  ,  annitente  comité  Namurcemi 
avunculo  suo  et  comité  de  Berghe,  G  er  ardus  cornes  i?i  gra- 
tiam  eius  reducitur.  Quod  tali  conditione  actum  est,  ut 
quidquid  Episcopiis  ei  fecerat ,  ïritum  esset,  ni  Inique  ei  in- 
juriarum  pro  hoc  deinceps  irrogare  deberet  (1). 

Le  règne  de  Louis  II  comte  de  Looz,  fils  et  successeur 
de  Gérard,  vit  s'accomplir  des  faits  d'une  importance  ma- 
jeure pour  l'histoire  qui  nous  occupe. 

La  généralité  des  écrivains  liégeois,  à  partir  de  Gilles 
d'Orval,  avance  que  le  comte  Arnold  de  Looz  donna  son 
comté  à  l'église  de  Liège,  vers  1015  ;  et  que  cette  donation 
fut  l'origine  de  la  suzeraineté  exercée  sur  nos  comtes  par 
les  évoques  de  Liège. 

Une  dissertation  savante,  basée  sur  des  textes  authen- 
tiques (2),  a  dévoilé  l'erreur  contenue  dans  ces  allégations, 
en  prouvant  que  Gilles  d'Orval  avait  altéré  le  texte  de 
l'historien  Anselme,  et  attribué  fort  gratuitement  à   un 


(')  Gcsl.  Abbal.  Trudon,  p.  5G0. 

(2)  Elle  est  duc  à  la  plume  de  M.  le  professeur  Daris,  qui  y  garde  mo- 
destement l'anonyme.  Voyez  le  Bulletin  de  la  Société  scient,  et  lill.  du 
Limbourg,  (.  IV, p.  57. 


-  113  — 

comte  de  Looz  ,  un  fait  qui  était  l'œuvre  du  comte 
Arnulphe  de  Valenciennes  (1), 

Il  restait  à  découvrir  quand  et  comment  le  comté  de 
Looz  s'était  inféodé  au  Pays  de  Liège. 

Or,  il  existe  un  passage  de  la  chronique  de  Jean  le 
Prêtre,  qui  me  paraît  résoudre  la  question  d'une  manière 
satisfaisante. 

Du  temps  de  l'évêque  Hugues  de  Pierpont,  dit  cet 
auteur,  le  comte  Louis  de  Looz  eut  un  différend  avec  le 
duc  de  Brabant.  Serré  de  près  par  le  duc  et  menacé  de 
perdre  ses  états,  Louis  se  rendit  à  Liège  auprès  de  Hugues 
de  Pierpont,  vers  1202;  et,  en  présence  du  clergé  et  du 
peuple,  du  duc  de  Limbourg  et  d'Albert  comte  de  Molia, 
il  se  dépouilla  en  faveur  de  S.  Lambert  de  tous  ses  châ- 
teaux, Looz,  Montenaken,  Brusthem,  Colmont,  Hasselt, 
et  finalement  de  tout  son  comté  de  Looz,  tel  qu'il  le  tenait 
librement  en  alleu  (2).  Puis  ces  biens  lui  furent  rendus 
en  fief;  mais  on  stipula  une  clause  de  retour  à  l'Eglise  de 
Liège,  si  la  descendance  du  comte  venait  à  faire  défaut. 

(i)  Cette  dernière  circonstance  est  révélée  par  une  charte  de  1015,  que 
M.  Daris  reproduit  in  extenso  d'après  le  MS.  de  Van  den  Berch.  Le  diplôme 
original  sur  parchemin  est  conservé  aux  archives  de  Liège,  et,  sauf  quel- 
ques variations  d'orthographe,  il  concorde  parfaitement  avec  le  texte  im- 
primé. Dcfunclo  igilur  Arnulpho  comile  de  valencinco  consanguineo  meo, 
y  est-il  dit  ;  puis  la  date  est  indiquée  comme  suit  :  Àcta  sunt  hec  Leodii 
anno  dominice  Incamalionis  M'J.  XVmu  indiclione.  XI//raa,  anno  vero 
cpiscopatus  nostri  VHP0  imperanle  Henrico  secundo  féliciter.  Amen.  Ceci 
justifie  une  rectification  de  M.  Daris. 

(2)  Quare  prsefatus  Lodouicus  cornes  Lossensis,  angustia  cordis  tractus, 
se  traxit  Leodium  ad  Hugonem  episcopum  et  capitulum,  et  omnia  castra 
sua,  Loz,  Montiniacum,  Brusteman,  Calmont,  Hasselt  et  demum  comita- 
tum  Lossensem,  atque  terram,quam  in  partibus  Hasbaniœ libère  tenebat, 
S.  Lamberto  tradidit,  et  super  altare  ipsius  vidente  clero  et  populo,  pra> 
sentibus  Hugone  episcopo  et  Duce  Ardennae  Henrico  atque  Alberto  comité 
deMuha  légitima  reparavit  (reportavil?)  donatione.  Apud  Chapea  ville, 
Gcsla  ponlificum,  t.  Il,  p.  457. 


—  114  — 

Toutes  ces  choses  furent  ratifiées  par  l'empereur  d'Al- 
lemagne dans  une  bulle  d'or,  que  le  chapitre  conservait 
dans  ses  archives.  Quod palet  per  literas  signalas  sic/Mo 
auri,  quas  capituïum  habet pênes  se  (!). 

Mais  notre  historien  se  trompe  en  ce  qui  touche  Col- 
mont.  Jusqu'en  120 G,  époque  où  ce  château  devient  un 
lief  du  Brabant,  il  fut  tenu  en  franc  alleu  par  les  comtes 
deLooz.  Castrum  de  Clialmunt,  quodsuumerat  aUodium{-). 

Louis  II,  épousa  en  1203  Ada,  enfant  unique  du  comte 
Thierry  VII  de  Hollande ,  et  lui  assigna  pour  douaire  le 
château  de  Colmont.  Castrum  de  Calmont ,  de  quo  conte* 
uœor  suam  A .  dotavit  (  ■  ) . 

Le  nom  de  cette  jeune  princesse  est  resté  célèbre  par 
ses  infortunes.  Son  union  avec  Louis,  attribuant  à  celui-ci 
]a  propriété  du  comté  de  Hollande,  fut  le  point  de  départ 
d'une  guerre  interminable  ,  suscitée  par  l'ambition  d'un 
oncle  jaloux  (*).  La  malheureuse  Ada,  ravie  à  la  tendresse 
de  son  époux,  et  traînée  de  l'île  deTexel  en  Angleterre,  ne 
revint  sur  le  continent  qu'après  cinq  années  de  captivité, 

(*  )  Joanncs  presbyler,  ibid,  —  A  la  vérité  ce  choniqueu'r  n'était  point 
contemporain,  puisqu'il  écrivait  au  XIVe  siècle  ;  on  pourra  donc  ne  pas 
admettre  toutes  les  circonstances  de  sa  narration  ;  mais  il  mérite  toute  con- 
fiance, ce  me  semble,  pour  le  fait  de  l'inféodation  du  comté  de  Looz  à 
l'Eglise  de  Liège;  car  il  se  hase  ici  sur  une  charte,  perdue  aujourd'hui, 
mais  dont  l'existence  est  attestée  également  par  iloesem.  Quia  revolutis 
privilegiis  noslris,  dit  Hocsem,  cap.  XXII. 

(2)  Charte  extraite  des  registres  de  Brabant,  apud  Butkens.  Trophées 
du  Brabant,  t.  I,  preuves,  p.  58.  Mantel.  Hisloria  Lossensis,  p.  15 i. 
Kluit. Hisloria  Crit.  Corn.  Hollandiœ,  t.  II,  p.  527. 

(3)  Extrait  des  registres  de  Brabant,  apud  Butkens.  Trophées  du  Bra- 
bant, t.  I,  preuves,  p.  57.  Mieris.  Groot  Charlerboek,  1. 1,  p.  445.  Mantel. 
JJist.  Loss.,  p.  5i.  Kluit.  Hist.  Crit.  Corn.  Holl,  l.  Il,  p,  324. 

(*)  Pour  les  détails  et  l'issue  de  cette  guerre»  voyez  Kluit,  qui  a  déve- 
loppé ce  sujet  d'une  manière  très-remarquable  dans  son  Hisloria  critica 
comilalus  Hollandiœ,  t.  I.  Le  baron  de  Villenfagne  [Essais  critiques,  t.  II, 
p.  207],  l'a  traduit  presque  textuellement. 


—  115  — 

Trop  faible  pour  lutter  seul  contre  un  adversaire  qui 
comptait  dans  ses  rangs  presque  toute  la  noblesse  de 
Hollande,  Louis  demanda  le  secours  des  comtes  de  Flan- 
dre et  de  Namur.  Puis,  abandonné  par  ceux-ci,  il  vint 
implorer  l'appui  de  Henri-le-Guerroyeur,  duc  de  Brabant. 
Henri  lui  dicta  des  clauses  très-onéreuses.  Deux  traités  , 
dont  le  dernier  seul  parait  avoir  été  sanctionné,  intervin- 
rent entre  ces  princes  et  stipulèrent,  parmi  d'autres  con- 
ditions, que  Colmont  serait  tenu  en  fief  du  Brabant  avec 
un  revenu  de  300  marcs  ,  dont  200  étaient  affectés  sur 
l'alleu  de  Herdenen  et  les  100  autres  sur  les  villages  atte- 
nant au  château. 

Voici  le  texte  du  second  accord,  daté  de  1206  : 

«  Sciant  ornnes  lam  futuri  quam  présentes,  pressens  scriplum 
»  iuhientcs,  quod  ad  confirmalionem  dileclionis  et  securitalis, 
»  Luduicus  cornes  de  Los  castrum  de  Chalmunt,  quod  suum  erat 
»  allodium  ,  in  raanus  Iïenrici  ducis  Lotharingiœ  resignavit ,  et 
»  illud  in  feodum  ab  eo  recepit,  prœterea  in  universo  allodio  de 
»  Herdenen,  et  in  villis  prœfato  Castro  attinenlibus,  singulis  annis 
»  trecenlas  marcas  ei  assignavil,  quas  similiter  de  manu  ducis  li- 
»  bere  suscepit,  tali  conditione  interposita  quod  si  memoratum  co- 
»  mitem  sine  liberis  decedere  contigerit  ad  proprinquiorem  eius 
»  heredem  feuda  ipsa  sine  contradictione  devolvenlur.  »  (*) 

L'inféodation  de  Oolniont  au  duc  de  Brabant  préserva 
le  comté  de  Looz  d'une  nouvelle  dévastation. 

Hugues  de  Pierpont  et  Henri-le-Guerroyeur  se  battaient 
depuis  1211  pour  le  comté  de  Moha.  Obligé  d'épouser  les 
querelles  de  l'un  de  ses  suzerains,  le  comte  de  Looz  prit 
parti  pour  l'évêque  de  Liège  ;  mais  en  même  temps  les 
liens  féodaux  lui  fesaient  une  position  favorable  auprès 

(  i  )  Voir  la  noie  2  ci-dessus. 


—  116  - 

du  duc  Henri,  dont  il  ne  devait  pas  appréhender  les  in- 
cursions. Aussi ,  lorsqu'en  1213  le  Guerroyeur  porta  les 
ravages  dans  toute  la  Hesbaye,  brûlant  Waleffe,  Tourinne 
et  AYarcmme,  il  respecta  toujours  le  territoire  lossain. 
Et  lorsque  les  Tongrois  et  les  Lossains,  vaincus  au  pont 
de  Lowaige,  fuyaient  devant  les  troupes  brabançonnes,  ils 
trouvèrent  à  Colmont  un  asile  assuré,  où  la  fureur  du  duc 
n'osa  les  atteindre.  Quidam  autem  cum  comité  de  Los 
abierunt  et  in  Castro  quod  Chalmont  dicitur  se  et  sua  sal- 
vaverunt  (1). 

Il  nous  reste  plusieurs  monuments  historiques,  qui  at- 
testent que  les  ducs  de  Brabant  ont  conservé  leur  droit 
de  suzeraineté  sur  le  château  de  Colmont. 

Ainsi,  lorsqu' Arnold  VI  comte  de  Looz  dota  sa  femme 
Marguerite  de  Vianden  d'un  revenu  de  400  livres  par  an  , 
il  les  assigna  sur  les  châteaux  de  Duras  et  de  Colmont 
et  sur  le  village  de  Zepperen,  tels  qu'il  tenait  ces  biens  du 
duc  de  Brabant  {charte  du  27  juin  12S0)  (2). 

Ainsi  encore,  lorsque  l'évoque  Englebert  de  la  Marek 
prit  possession  du  comté  de  Looz,  il  ne  négligea  pas  de  se 
soumettre  à  l'hommage  du  duc  Wenceslas.  Ipso  anno 
(1363)  Enghelbertus  episcopus  relevavit  tanquam  cornes 
Lossensis  a  duce  Brabantie  Wincelao  feudum  de  advocatia 
Sti  Trudonis  et  feuda  de  Castro  Durachii  et  de  Kael- 
mont  (3). 

Le  successeur  de  cet  évoque,  Jean  d'Arckel,  observa  la 
môme  formalité  ;  son  acte  de  relief  nous  apprend  de  cu- 
rieux détails  : 

(  «)  Gilles  d'Orval,  apud  Ciupeaville.  Gesta  pont.,  t.  II,  p.  224.  Fisen. 
Ilisl.  eccl.  Leod.,  t.  I,  p.  294.  Foullon.  Hùt.  Lcod.,  1. 1,  p.  322. 

(2)  Butkens.  Trophées  du  Brabant,  preuves,  p.  115.  Mantel.  Hist. 
Lossensis,  p.  21  G. 

(5)  Gcsîaabbalum  Trudonensium,  apud  Pertz,  p.  459. 


—  M"  — 

«  Messire  Jehans  de  Arkele  evesques  de  Liège  relevât  de  ma- 
»  dame  le  ducesse  Jehanne  de  Luccembourg  et  de  Brabant,  sour 
»  le  cbaslel  de  Genape,  ensi  que  contez  de  Los,  ces  trois  fiefs  en- 
»  siwans.  Premièrement  le  vouerie  de  Saint  Tron  a  tontes  ses 
»  appendices. 

«  Item,  le  maison  de  Goelmont  avecques  ses  rentes  en  le  value 
»  de  trois  cens  mars.  Et  ce  fief  chi  soloit  on  tenir  et  releveir  de 
»  lempire,  et  je  pense  bien  que  aucunez  lettres  en  sont  a  Nyvelle, 
»  car  ou  viel  livre  sontescripl  sour  le  dit  fief  de  Goelmont,  Ernoul 
»  et  Gosswin  de  Coelmont. 

«  Item,  les  biens  et  le  maison 'de  Duras  et  les  hommes  de  fief 
»  qui  y  appartiennent.  Et  ces  biens  soloit  tenir  de  Brabant  li  conte 
»  de  Los,  messire  Thiris,  et  après  son  deces  les  relevât  messire 
»  Ernoult  de  Rummynes  ensi  que  contes  de  Los,  car  il  avoit  ac- 
»  quis  le  conteit  de  Los  a  messire  Godefroit  signeur  de  Dalenbroec 
»  et  de  Heinsberch,  et  quant  chiaux  de  Liège  avoient  wangiet  la 
»  maison  de  Rummynes  et  le  pays  de  Los',  fist  li  dis  evesques 
»   hommage  des  dis  biens.  »  (*  ) 

A  partir  des  événements  de  1213,  l'histoire  garde  un 
long  silence  sur  les  destinées  du  château,  et  il  est  permis 
de  croire  que  la  guerre  ne  vint  plus  visiter  ses  remparts. 

Ce  n'est  qu'enl337,  que  nous  le  voyons  reprendre  son 
rôle  dans  nos  fastes.  Il  fut  alors  occupé  l'espace  d'un  an 
par  les  troupes  de  l'évêque  de  Liège. 

Louis  IV  comte  de  Looz,  mort  sans  postérité  en  1336^ 
avait  légué  ses  états  à  son  neveu,  Thierry  de  Heinsberg. 
Cependant ,  on  s'en  souvient  ,  d'après  la  donation  de 
Louis  II,  le  comté  devait  revenir  à  l'église  de  Liège.  Mais 
Adolphe  de  la  Marck,  qui  occupait  alors  le  siège  épisco- 
cal,  usant  envers  Heinsberg,  son  beau-frère,  d'une  com- 
plaisance blâmable,  demeura  sourd  aux  protestations  des 


(i  )  Cour  féodale  de  Brabanl.  Registre  n°  87  ,  f°  275  verso.  Arcbi.es  de 
l'État  à  Bruxelles. 


-  118  - 

Liégeois ,  et  laissa  Thierry  en  possession  de  son  bel  héri- 


tage. 


Pourtant,  pressé  par  les  injonctions  de  la  cour  de  Rome, 
l'éveque  feignit  de  changer  de  conduite,  et  envoya  dans  le 
comté  des  troupes,  qui  s'installèrent  à  Colmont  sans  la 
moindre  résistance  (l). 

Il  est  évident  que  les  princes  s'entendaient.  Aussi,  dus 
l'année  suivante  Adolphe  partit  pour  un  voyage  lointain  , 
créant  le  roi  de  Bohême  mambour  de  l'évêché  ,  et  aban- 
donnant à  des  arbitres,  choisis  parmi  ses  créatures  ,  le 
soin  de  vider  la  question  du  comté  de  Looz. 

Ceux-ci,  dans  une  assemblée  tenue  à  Hasselt  en  1338, 
s'empressèrent  de  retirer  la  garnison  de  Colmont,  et  d'ad- 
juger le  comté  de  Looz  à  Thierry  de  Heinsberg  (*). 

Englebert  de  La  Marck ,  successeur  d'Adolphe,  garda 
envers  le  comte  de  Looz  les  mêmes  ménagements  que  son 
prédécesseur.  Mais  lorsqu'à  la  mort  de  Thierry  de  Heins- 
berg (1361),  Godefroid  de  Dalembroeck  fit  valoir  des  pré- 
tentions au  comté,  l'éveque,  changeant  de  politique, 
embrassa  chaudement  les  intérêts  de  son  église. 

La  prise  du  château  deRummen,  en  1365,  assura  dé- 
finitivement le  comté  de  Looz  aux  évêques  de  Liège. 

Plus  d'un  siècle  s'était  écoulé  depuis  cette  annexion. 

Le  château  de  Colmont,  devenu  désormais  une  barrière 
inutile,  était  désert  et  délabré.  Encore  quelque  temps  et 
l'antique  donjon,  veuf  de  ses  châtelains,  allait  s'effondrer 
de  vétusté  ;  mais  avant  de  mourir,  il  lui  était  réservé  de 
payer  à  la  guerre  un  dernier  et  sanglant  tribut. 

(  i)  IIocsf.m,  apud  Chapeaville,  t.  II,  p.  ï34-  Zantfliet,  apud  MvRTENECt 
Durand.  Amplissima  collcclio,  t.  V,  p.  21 7. 

(-)  Hocsem,  p.  442  Zantfliet,  p.  219.  Foullon.  Uistoria  Leodiensis, 
t.  I,  p.  413. 


—  119  — 

C'était  en  1433-  Il  y  avait  presque  deux  ans  que  la 
tête  de  Guillaume  de  La  Marck,  le  farouche  Sanglier  des 
Ardennes,  avait  roulé  sur  l'écliafaud.  Complice  de  cette 
trahison,  l'évêque  Jean  de  Homes  dût  se  reprocher  amè- 
rement les  calamités  qu'elle  engendra  ,  et  les  désastres 
dont  la  cruelle  vengeance  des  La  Marck  accabla  le  pays, 
auquel  de  semblables  horreurs  avaient  été  épargnées  de- 
puis le  triste  règne  de  Louis  de  Bourbon. 

Le  15  mars,  pendant  que  Jean  de  Hornes  séjournait  en 
Flandre  (i),  Everard  de  La  Marck,  à  la  tête  d'une  poignée 
de  soldats,  marche  sur  Liège  ,  s'empare  de  la  porte  d'A- 
mercœur,  et  tandis  que  la  trahison  décime  les  rangs  enne- 
mis, il  se  rend  en  quelques  heures  maître  de  la  cité  et  la 
livre  au  pillage  (2). 

Le  comte  de  Hornes,  frère  de  l'évêque,  Nicolas  de  Cor- 
tenbach ,  son  maître  d'hôtel ,  Raes  de  Waroux,  grand 
mayeur  de  Liège,  et  beaucoup  d'autres  personnages  restent 
captifs  des  vainqueurs. 

Ce  hardi  coup  de  main  assura  aux  La  Marck  une  supré- 
matie temporaire,  dont  ils  se  hâtèrent  de  profiter  pour 
placer  des  garnisons  dans  les  principaux  châteaux  du 
pays  (5). 

Colmont  fut  réparé  et  fortifié  en  peu  de  temps,  à  l'indi- 
gnation jalouse  des  Brabançons.  Tune  etenim  temporis 
subito  reparatum  est,  quod  /ère  centum  annis  desertum 
fuerat  et  inhabitabïle ,  castrum  de  Coelmont  videlicet,  et 
factum  est  in  magnum  scandalum  et  detrimentum  in  confi- 
nibus  Brabantiœ  Iiabitantibus  (4). 

(\)  «  îtaque  cum  Episcopus Leodiensis nihil  mali  expectans  ab  hostibus 
suis,  liberandi  Maximiliani  gratia  in  Flandriam  profectus  esset.  »  Suffride, 
cap.  XXXXV. 

(2)  Jean  de  Los.  Apud  dz  Ram,  Analecfa  Lcodicnsia,  p.  97. —  Suffride. 

(  s)  Ibid. 

(« }  Jean  de  Los,  p.  97.  —  Suffride,  cap.  XXXXV,  p.  211.  —  «  Le 


—   1-20  — 

Depuis  ce  moment,  les  échevins  de  Colmont  suspen- 
dirent leurs  jugements  («). 

A  Tongres,  les  esprits  étaient  profondément  divisés  (-), 
mais  la  régence  s'efforça  de  maintenir  une  stricte  neu- 
tralité. 

Par  décret  du  4  mai,  elle  défendit  aux  portiers  et  à  la 
garde  urbaine  de  laisser  entrer  plus  de  deux  ou  trois  des 
officiers  de  Colmont,  sans  autorisation  des  maîtres  de  la 
ville  (») 

Le  5  juin,  elle  prononça  trois  pèlerinages  de  St. -Jac- 
ques contre  quiconque  troublerait  l'ordre  public  par  les 
cris  de  Vive  Home  ou  Vive  La  Marck  (*). 

Lorsque  Jean  de  Hornes  demanda  à  pouvoir  loger  ses 
troupes  dans  la  ville,  les  douze  métiers  lui  firent  répondre, 
par  recez  du  10  septembre,  qu'ils  n'entendaient  rompre 
la  neutralité  sous  aucun  prétexte,  protestant  néanmoins  de 
leur  attachement  au  prince  (:j). 

chastcau  de  Colmont,  qui  avoit  este  auparavant  plus  de  cent  ans  demoly 
et  entièrement  destruict  fut  repare  et  refaict  pour  faire  leur  fort,  qui  est 
une  place  inaccssible  et  imprennable.  »  Chronique  appartenant  à  M.  Eugène 
M.  0.  Dognée,  à  Liège.  —  Fisen.  Hist.  Eccl.  Leod.,  t.  Il,  p.  50-i. 

(  i  )  Les  registres  scabinaux  de  Colmont,  déposés  au  greffe  du  tribunal 
de  lre  instance  à  Tongres,  ne  contiennent  pas  d'actes  depuis  1488  jusqu'en 
1490. 

(-)  «  Tungrensibus  non  parum  ad  invicem  tumnlfuanlibus.  »  Jean  de 
Los,  p.  100.  «  ïn  contraria  studia  scindebalnr  populus  Tungcnsis  bisec 
Reipublicae  dissidiis.  «  Fisen.  Hist.  Eccl.  Lcod.,  t.  II,  p.  507. 

(5)  Ilegislrum plcbiscUorum,  f"  XX1III.  Archives  de  l'IIôtel-de- Ville,  à 
Tongres. 

(*)  ïbi;l. 

(s)  «  Na  den  aenbreghcn  der  gcdepulcerden  deserstadt  deranlworden 
ons.  genedigh.  Heren  ,  dy  syn  volk  van  wapenen  in  deser  stadt  begheerden 
gelogeert  le  woerden,  is  verdragen  met  gcmeynen  sutlc  der  XII  ambachlen 
te  onderhaldencn  dy  nculralileit  dy  sy  gemaeckt  hebben,  gelyck  mynen 
gened.  heren  le  kennen  gegeven  is  ;  en  willen  dese  stadt  halden  tôt  behoeiï 
synre  genaden,  en  in  geynre  raeyninghe  en  syn  synre  genade  wcderslandt 


-  m  - 

Pareil  refus  fut  fait  à  une  demande  analogue  d'Everard 
de  la  Marck  {,). 

Il  y  eut  un  engagement  entre  la  cavalerie  de  Colmont 
et  les  Tongrois,  le  6  mai  1489  ;  mais  le  conseil  prit  soin 
d'appaiser  les  partis,  en  proclamant  le  pardon  des  of- 
fenses («). 

Cependant  la  victoire  semblait  déserter  les  armes  des 
La  Marck.  Forcés  par  le  duc  de  Saxe  de  lever  le  siège  de 
St.-Trond,  ils  virent  Jean  de  Homes  s'emparer  de  Tirle- 
uiont,  le  11  août  1489  (s),  et  ramener  sous  son  autorité 
les  villes  de  Hasselt,  Tongres  et  Huy. 

te  doen  in  einiger  manieren,  mer  willen  synre  genaeden  bystant  doen  in 
al  hon  mogelyck  en  doenlyck  sin  sal  ;  biddende  synre  genade  hoechhe- 
den  teonderhalden,  syn  genaden  toi  anderen  tyden  beloeft  hebbende,  en 
onsmetghenen  volck  van  wapenen  te  willen  onderlasten.  En  dat  men  in 
deser  manieren  onsser  genedighen  Heren  scryven  willen  't  voerscrevenen 
verdrach.  ActumXseptemb.  A°  LXXXVIII.  »  Regislrumplebiscitorum, ibid. 

('  )  «  Op  den  XVIIde  dach  van  november  is  verdragen  met  gemeynen 
suite,  na  dat  heren  Everart  van  den  Mercke  versocht  hadde  in  der  stadt 
moghen  te  comen  met  X.  XII.  oft  XX  parden  etc.,  dat  sy  blyve  by  hon  sutte 
voergegeven  dat  men  gheyn  volk  van  wapenen  heren  noch  anderen  inge- 
laten  en  willen  hebben,  het  en  waeren  III  oft  vier  peerde  tôt  believen  der 
Imrgem.  en  oftmeerquee  dy  iet  te  doenhedde,  dat  men  die  andere  teerst 
sal  lalen  wtgaen  eermen  dy  in  laten  sal.  Ende  dat  nietman  in  der  stadt 
benechtige  en  sal  dy  parthye  halden  syn ,  ende  so  wy  dy  herberchde 
huysden  oft  hoofden  des  nachts  sonder  orloff  oft  consent  der  burgm.  dat 
sulke  verbueren  sullen  so  deck  sulxs  geschiede  drye  rynsguldens.  Ende 
sulke  ruters  dy  daer  boven  in  der  stadt  bleven  benachtighen,  dat  dy  voert 
aen  om  honre  ongehorsamheide  wille,  niet  meer  en  suelen  ingelaten  wer- 
den,  en  oft  sy  daer  na  hyr  binnen  quemen  dat  mense  aen  laste  sal  voer  ecn 
brueke  off  pêne  van  dry  Rynsgl.,  eu  oft  enige  weren  dy  boven  dat  hon 
sullich  gekundicht  weeren,  niet  wfghingen  ,  dat  men  dy  acnlaste  sal  en 
settense  in  de  gevanckenisse,  en  corrigeren  dy  nader  stadt  statute.  »  Rc- 
g istrum  plebiscUorum,  f°  XXV. 

(  *-  )  «  Op  vrydacht  der  VUId°  dach  van  meye  is  gepasseert  metten  gans- 
sen  raede,  dat  alsulcken  hooghen  moet  en  violentie  als  gcschiet  magh  syn 
oft  gedaen  by  dy  ruters  van  Coelmont  op  den  Vlde  dach  van  meye  lestlede 
dat  sulxs  quyt  ende  vergeven  syn  sal.»  Registrum  plebisciforum,  fo  XXVI. 

(  '  )  Jean  de  Los,  p.  101.  —  Suffride.  p.  212. 

î  1 


—  122  — 

Colmont  leur  restait  pour  dernier  boulevard. 

L'évêquey  mit  le  siège  le  14  septembre  (  i  ).  Son  armée, 
renforcée  des  troupes  d'Albert  de  Saxe  et  des  milices  des 
villes  flamandes,  donna  l'assaut  avec  vigueur.  Les  assié- 
gés ripostèrent  de  leur  mieux  ;  mais  leurs  murs  ne  purent 
tenir  longtemps  contre  la  violence  des  projectiles  :  au 
bout  de  quelques  jours,  les  tours  s'ébranlèrent  et  la  garni- 
son capitula.  »  Il  alla  assiéger  le  chasteau  de  Coelmond, 
«  de  fort  oportune  accès  pour  couvrir  le  pays,  qui  estoit 
«  muny  de  tout  ce  qu'il  falloit  pour  sustenir  un  siège  et 
«  des  bons  soldats  qui  se  dépendirent  tres-biens.  Nonobs- 
»  tant  que,  levesque  ayant  dressez  sa  batterie  lit  tonner 
n  son  canon  avec  grande  furie  contre  les  tours,  lune  des- 
/  quelles  estant  toute  esboulee,  ils  se  rendirent  (2).  /» 

Ce  fut,  dit  Mantelius,  la  dernière  défaite  de  la  noble 
citadelle.  Cet  auteur  ignorait  sans  doute  que,  dix  ans 
après,  le  marteau  des  démolisseurs  lui  porta  le  coup  mor- 
tel. Le  31  mai  1499,  la  régence  de  Tongres  ordonna  aux 
métiers  de  démolir  les  murailles  de  Colmont  pour  en  re- 
construire les  remparts  de  la  ville  ( 5 ). 


Colmont,  qui  n'est  plus  qu'un  petit  hameau  d'Overre- 

(')  Foullon.  Hisl.  Lcod.,  t.  II,  p.  1 7.*>.  Chroniques  contemporaines. 

(2)  Chronique  de  l.:>27  ,  fo  591,  MS.  ,  aux  archives  de  l'Etat,  à 
I.ioge.  —  «  lulerea  obsidione  posita  ad  castrum  de  Coelmont.  quod  facile 
jani  in  diabolicum  maluni  prospère  crèverai,  subito  per  machinas  et  lor- 
menta  opportune  expugnalum,  in  dedilionem  sese  domino  Leodiensi  de- 
viclum  conlradidit  »  Jean  de  Los,  p.  101.  —  «  Quibus  frelus  antistesCol- 
montum  arcem  munitissimam  et  Arenhergiorum  precipuum  propugnaculum 
obsidione  cinxil,  et  mox  deditione  facta  cepit.  »  Suffride,  p.  212.  — 
Chroniques  contemporaines.  —  FiSEN,  t.  II,  p.  507.  —  MaNTELU,  Hassele- 
tum,  p.  54.  —  Foullon.  Hist.  L<:od.,  t.  II,  p.  17o, 

(">)  «  Op  den  lesten  dach  van  raeye  a°XC!X....  ende  dat  men  meteu 
ambachlen  brecken  sal  die  steyne  van  Coelmont  om  darmede  der  sladt 
muereu  le  maken.  •  Regislrum  plebiscilorum,  (■  XXXIX. 


—  123  - 

peu,  constitua,  jusqu'en  1794,  une  commune  distincte  et 
séparée.  Même,  il  résulte  des  termes  d'un  relief  du  1  8 
décembre  1380,  que  le  village  d'Overrepcn  n'était  alors 
qu'un  lieu  dit,  proche  de  Colmont.  Joli.  Bonifaes  réf. 
ibidem  1  curiam  mansionariorum ,  jac.  inloco  dicto  Overre- 
p  en  prop  e  Co  dm  o?it  ('). 

Ces  localités  ne  formaient  qu'une  seule  justice,  où  l'on 
suivait  les  coutumes  lossaines.  Toutefois  les  juridictions 
des  deux  communes  furent  séparées  au  dix-huitième 
siècle,  et  le  seigneur  engagiste  reçut,  en  1761,  le  droit  de 
nommer  les  échevins  et  les  autres  officiers  judiciaires  de 
Colmont  ("). 

Overrepen,  Colmont  et  Ridder-Herck  contribuaient  en- 
semble à  la  taille  ordinaire  pour  9  florins  (3). 

Pour  le  culte,  Colmont  dépendait  en  dernier  lieu  de  la 
paroisse  d'Overrepen  (x).  Il  y  avait  jadis  une  chapelle 
castrale, mentionnée  déjà  en  1257  (5).  Elle  subsistait  en- 
core au  milieu  du  XVIe  siècle;  dans  un  pouillé  de  l'archi- 
diaconé  de  Hesbaye,  écrit  en  1547,  on  lui  assigne  un 
revenu  de  30  muicls  d'épeautre.  Le  droit  de  conférer  ce 
bénéfice  appartenait  alors  à  l'évêque  de  Liège  (sans  doute 
en  qualité  de  comte  de  Looz). 


(  '  )  Reliefs  de  la  salle  de  Curange.  R"  Arnold  de  Homes,  p.  24  v°. 

(*  )  Registres scabinaux  de  Colmont,  au  greffe  de  Tongres.  Item,  preuves, 
n"  10.  —Secus  De  Cjrswarem  {Mém,  hisl.,  p.  3i9.  sq  ),  induit  en  erreur 
par  le  président  Borghs,  ms.,  f°  14. 

(3)  De  Corswarem,  Ibidem,  p.  154. 

( i  )  Voir  les  registres  de  l'Etat-civi!  de  cette  paroisse.  Secm  De  Corswa- 
rf.si,  loco  cilalo. 

5)  Preuves,  n°  3. 


124 
IV 


LES     <  IllTLI.AlIVS. 


Le  mot  châtelain,  castellœnus,  dans  les  documents  du 
moyen-âge,  a  une  signification  beaucoup  plus  restreinte 
que  celle  qu'on  lui  accorde  vulgairement  et  par  laquelle 
on  désigne  tout  possesseur  d'un  château. 

Il  s'en  faut  de  beaucoup  que  tous  les  preux  de  la  féoda- 
lité, quelque  vastes  qu'aient  été  leurs  domaines  ou  leurs 
manoirs,  aient  pu  se  parer  à  leur  guise  du  titre  de  châte- 
lain. C'est  qu'en  effet  cette  dignité  impliquait  des  rapports 
d'une  nature  particulière.  Le  châtelain  remplissait  une 
mission  à  la  fois  militaire  et  civile.  Représentant  du  comte, 
il  était  chargé  de  pourvoir  à  la  défense  du  château  commis 
à  sa  garde.  De  là,  ce  titre  de  vicomte  {quia  vice  comitis 
fungebatur),  qu'il  reçut  plus  tard,  et  qui  se  traduisait  en 
flamand  par  borchgrave  (comte  du  fort)  (  »  ). 

Toutes  les  forteresses  du  comté  de  Looz  :  Colmont,  Mon- 
tenaeken,  Looz,  Brusthem,  Duras,  ont  eu  à  certaine  époque 
leurs  châtelains  ou  vicomtes  ;  titre  qui,  pour  les  trois  pre- 
mières, s'est  perpétué  héréditairement  jusqu'en  1794. 
Mais  il  est  à  peine  nécessaire  d'observer  que  ces  vicomtes 
modernes  n'offraient  plus  qu'un  simulacre  des  châtelains 
d'autrefois.  Né  de  la  féodalité,  cet  office  disparut  avec 
les  châteaux  qu'elle  avait  érigés  ;  et  si  les  héritiers  des 
vrais  châtelains  continuèrent  à  se  titrer  de  vicomtes,  c'est 

(i)  Je  n'entends  appliquer  ces  principes  qu'aux  Pays-Ras  en  général, 
n'ayant  guère  pu  vérifier  si  d'autres  contrées  obéissaient  aux  mêmes 
.  Cependant  Nicolas  lîrussel  nous  apprend  qu'en  France  aussi,  le 
châtelain  et  le  vicomte  avaient  la  même  autorité,  et  que  dans  les  villes  où 
siégeait  à  l'origine  un  vicomte,  il  ne  pouvait  y  avoir  de  place  pour  un 
châtelain;  car  leur  juridiction  eut  été  la  même.  Nouvel  examen  de  l'usais 
fiefs  en  France,  t.  II  ,  p.  712. 


125 


qu'à  côté  des  traditions  historiques,  ils  avaient  recueilli 
de  belles  rentes  de  leurs  illustres  ancêtres. 

Quant  à  la  juridiction  civile  de  nos  châtelains,  elle  ré- 
sulte de  quelques  chartes,  où  l'on  voit  que  ces  officiers  sont 
places  sur  la  même  ligne  que  les  majeurs  et  les  séné- 
chaux (  '  ). 

La  deuxième  paix  des  Vingt-deux  (7  décembre  1373) 
dispose  que  les  gouverneurs  et  les  châtelains  des  places 
fortes  du  Pays  de  Liège,  doivent  être  nés  dans  ce  pays  et  y 
avoir  des  biens  pour  servir  de  caution  (*). 

Le  premier  châtelain  que  j'aie  rencontré  jusqu'ici  pour 
le  comté  de  Looz  (et  qui  précisément  appartient  à  Colmont), 
ne  se  montre  qu'à  la  fin  du  XIIe  siècle.  Evidemment  l'on 
ne  dira  pas  qu'avant  cette  date  nous  ne  possédions  pas  de 
forteresses;  mais  conclura -t-on  que  l'institution  des  châ- 
telains ne  remonte  qu'au  XIIe  siècle  ?  Je  crois,  pour  ma 
part,  que  la  rareté  des  diplômes  lossains  est  la  seule  cause 
de  l'absence  de  nos  châtelains,  et  qu'à  l'époque  dont  il 
s'agit,  le  système  féodal  était  trop  bien  établi  dans  nos 
contrées,  pour  croire  facilement  àquelqu'innovation  dans 
son  mécanisme. 

Quoi  qu'il  soit  de  cet  office,  les  chartes  nous  révèlent  à 
une  époque  bien  plus  reculée  un  certain  Wenricus  de  Calvo 
monte,  que  M.  Grandgagnage  n'hésite  pas  à  attribuer  à 
notre  Colmont  (5).    Ce  personnage   se  rencontre  pour  la 

(  '  )  Je  possède  la  copie  d'un  diplôme  inédit,  donné  vers  1218,  et  com- 
mençant en  ces  termes  :  Ludowicus  cornes  de  Los  ,  caslellanis  cl  aliis  ho- 
minibus  suis  ad  quospresens  scriptum  perveneril,  salulem  in  domino. 

(■»)  Loovrex.  Edils,  t.  Il,  p.  US. 

(r>)  Mémoire  sur  les  anciens  noms  de  lieux  de  la  Belgique  orientale, 
p.  86.  —  Un  Lambert  de  Calvo  monte  signe  une  charte  deGodsehalc  de 
Morialmez.  en  1031  (Mireus,  t.  Il,  p. 810).  Un  Lambert  us  de  Kamonl  atteste 
en  1079  une  charte  de  Henri,  évêque  de  î.iégc  (Martène,  Ampl.  Coll  . 
t.  IV,  col,  1183).  I!  est  iliiïicile  d'indiquer  à  quel  Colmont  ces  seigneurs 


—   12Ô  — 

première  fois  en  1084,  sous  le  nom  de  Gui /triais  de  Cal- 
mant (or.  chartier  de  St. -Jacques,  aux  archives  de  Liège); 
le  même  Winricus  de  Calmunt  est  cite  dans  un  diplôme  de 
108S  ,  au  recueil  de  Van  den  Berch  (MS.  n°  188,  P  33. 
Bibl.de  l'Univ.  de  Liège),  et  reparaît  encore  en  1096  et 
1125,  comme  témoin  à  trois  chartes  publiées  par  Ernst 
(Histoire  du  Limbourg,  t.  VI,  pp.  114,  125  et  127).  Il 
avait  un  frère  Lambertus  de  Calmont,  1096  (chapeaville, 
t.  II,  p.  53.  Mir,ï;i  Op.  dipl.,  t.  I,  p.  365),  qui  revient 
aussi  en  1125,  Lambertus  f rater  Wenrici,  dans  une  des 
chartes  précitées  d'Ernst. 

L'attribution  faite  par  M.  Grandgagnage  de  Wiric  et, 
par  conséquent,  de  son  frère  Lambert,  me  paraît  très- 
vraisemblable  ;  mais  l'autorité  de  cet  écrivain  me  fait  dé- 
faut pour  la  qualification  d'un  autre  personnage  ,  que  je 
n'ose  décidément  point  ranger  parmi  les  vassaux  du  comté 
de  Looz.  Il  s'agit  à'Erfelo  de  Cako  monte,  signataire  d'une 
charte  de  Godefroid-le-Barbu,  donnée  à  Genïbloux,  en 
1131  (M.mmiop.  dipl.  t.  I,  p.  383),  et  qui  sans  doute  est 
le  même  qu'un  Erplio  de Calmonth,  témoin,  enll43,  d'une 
charte  d'Albéron,  évêque  de  Liège  (Ernst,  Hist.  du  Limé., 
t.  VI,  p.  137).  Il  faut  le  considérer,  je  crois,  comme  un 
chevalier  de  la  seigneurie  de  Chaumont  en  Brabant,  ac- 
quise vers  cette  époque  à  l'évêché  de  Liège. 

J'arrive  enfin  au  premier  châtelain  dont  l'existence  soit 
incontestable.  Il  se  nommait  Aihcu-t,Elbertiis  castellanm 
calvi  montis,  ainsi  désigné  dans  un  diplôme  d'Agnès  com- 
tesse de  Looz,  donné  en  1175  ('). 

appartiennent.  Toutefois  si  l'on  adopte  l'opinion  de  M.  Grandgagnage,  on 
sera  tenté,  vu  la  similitude  des  prénoms,  d'en  faire  des  ancêtres  de  Wiric 
et  de  Lambert. 

('  )  Bulletin  delà  Société  scientifique  cl  littéraire  du  Limbourg,  l. Y, 
p.  1G-2. 


—  127  — 

On  ne  connait  ni  son  origine  ni  sa  descendance  :  il  n'est 
pas  impossible  toutefois  qu'il  ait  appartenu  à  la  famille 
des  comtes  de  Moha  et  de  Dachsbourg,  où  le  nom  d'Albert 
est  fréquent.  Si  l'on  se  souvient  des  prétentions  que  les 
Moha  élevèrent  à  cette  époque  sur  le  domaine  de  Colmont , 
on  ne  s'éloignera  pas  trop  de  ma  conjecture. 

Depuis  Albert  jusqu'à  Godefroid,  qui  apparaît  43  ans 
après  lui,  il  est  probable  que  le  château  de  Colmont  ne 
resta  pas  sans  défenseurs,  mais  les  documents  ne  nous  ont 
pas  transmis  leurs  noms.  Les  châtelains  qui  suivent,  ap- 
partenaient à  la  famille  de 

CORTESSEM  (  l  ) . 

€«o«îc!Troîsl  de  Cortesscna,  châtelain  de  Colmont  (fils 
du  chevalier  Raes  de  Cortessem,  signataire  de  plusieurs 
diplômes  lossains  de  1176  à  121S),  se  montre  en  1219 
et  1220  (-). 

En  1230  ,  il  remplissait  les  fonctions  de  sénéchal 
(dajn/er)  du  comté  de  Looz  (/). 

Il  revient  en  1232  (0,  1235  (5),  1243  et  vivait  encore 
en  1247  (•). 

Les  chartes  le  désignent  ordinairement  sous  le  nom  de 
Godef ridas  Castellanus  de  Colmont ,  en  omettant  le  nom 

(')  Celle  anlique  maison  du  comlé  de  Looz  est  à  peine  connue,  mais  le 
hasard  m'a  fait  trouver  des  documents,  qui  jetteront  quelque  clarté  sur  sa 
ténébreuse  généalogie.  Je  me  réserve  d'y  revenir  un  jour.  —  Hemricourt, 
Hliroir  des  nobles,  p,  30,  donne  pour  armes  à  celle  famille  :'  Écarlelé  d'or 
cl  de  gueules  ;  et  il  en  fait  descendre  les  seigneurs  de  Langdris,  qui  prirent 
ensuite  d'autres  armoiries. 

(s)  Mantelii.  Hisloria  Lossensis ,  p.  176.  Mik.hi.  Op.  dipl.,  t.  If, 
p.  847.  Kluit.  Hisl.  crii.  corn,  Bail.,  t.  II,  p.  426. 

(-.)  Robyns.  Dipl.  Loss.,  p.  24. 

(*]  Preuves,  n°  i. 

(B)  Mir.îi.  Op.  die!.,  t.  II,  p.  S53.  Robyns.  Dipl.  Loss.. 

{  *■}  Prcines,  n0  2. 


—    128    - 

de  la  famille  de  Cortessem  dont  il  descendait;  mais  l'ex- 
traction que  je  lui  assigne,  et  qui  résulte  de  la  combinai- 
son de  différents  documents,  ne  sera  plus  douteuse,  quand 
on  aura  lu  ce  que  j'ai  à  dire  de  ses  fils  et  de  son  frère, 
Lcnval  de  Cortessem  (  '  ) . 

Le  conile  Louis  II  de  Looz  s'éfant  déclare  vassal  du  roi  d'Angle- 
terre en  1207,  celui-ci,  pour  assurer  l'exécution  du  traité  conclu  à 
celle  fin,  exigea  que  des  olages  lui  fussent  livrés.  Le  comte  envoya 
son  propre  frère,  Arnold,  accompagné  de  neuf  jeunes  seigneurs, 
lils  de  ses  vassaux  (2). 

(  1  )  il  ne  faut  pas  confondre  notre  châtelain  avec  un  autre  Godefridus 
de  Calmonl,  qui  signa  l'an  1 190  une  sentence  arbitrale  de  l'archevêque  de 
Cologne,  réglant  les  différends  survenus  entre  le  duc  de  Brabanlet  le  comte 
de  Looz.  (Butkens,  Trophées  du  Brabant.  Preuves,  p.  45.  Mant:  Liuâ./iïsf. 
Loss.,  p.  155).  Remarquez  en  effet  que  tous  les  autres  témoins  de  cette 
charte  sont  étrangers  au  comte  de  Looz.  Je  prends  donc  encore  ce  Gode- 
froid,  pour  un  seigneur  de  Chauraont,  et  j'en  offre  une  nouvelle  pieuse. Eu 
1211,  ie  duc  de  Brabant,  Henri  le  guerroyeur  ayant  fait  invasion  en  lles- 
baye,  s'apprêtait  à  marcher  sur  Liège.  Un  de  ses  chevaliers,  Godefridus  de 
Calvo  monte,  devinant  les  projets  du  duc,  s'en  indigna  et  lui  déclara  qu'il 
l'abandonnerait  plutôt  que  de  se  rendre  complice  d'un  si  grand  méfait. 
«  Si  lu  oses  me  quitter,  répartit  le  duc,  je  le  chasse  de  les  domaines.  » 
[l'riumphus  S.  Lamberliet  Gilles  d'Orval,  apud  Chapeaville,  t.  11,  pp. 
<i09  et  200).  Or  Jean  d'Outremeuse.  qui  rapporte  le  même  fait  (Vasse. 
Epi  -odes  historiques.  Le  sac  de  Liège,  p.  15),  traduit  Godefridus  de  Calvo 
monte,  par  Godefroid  de  Chay  ment,  et  laisse  entendre  qu'il  était  vassal  du 
Brabant,  ce  qui  ne  peut  se  rapporter  à  notre  châtelain  de  Colmont. 

(2)  Thomas  Rymer  (Acla  publica,  t.  I,  p.  145)  nous  a  transmis  leurs 
noms;  c'étaient  Ernulfe,  fils  de  llerman  ;  Gilbert,  fils  de  Waulier,  séné- 
chal du  comte  ;  Herbert,  fils  du  châtelain  de  Monlenaeken  ;  Lambert,  fils 
du  châtelain  de  Brus! hem  ;  Godefroid,  fils  du  châtelain  de  Looz  ;  Renier, 
(ils  d'Othon  de  Borne  ;  Thierry,  fils  de  Guillaume  de  Pelershem  :  Conrard, 
fils  d'Abraham  de  Golhera  (Gantoun)  et  Lénual  (Lamul)  ,  fils  de  Raes  de 
Cortessem  (Curtray).  Ces  noms  sont  pitoyablement  estropiés  par  Rymer, 
qui  ne  se  piquait  pas  d'exaclilude  ;  voyez  à  ce  sujet  E:\nst,  Ifist.  du  Lirnb., 
t.  IV,  p.  267;  note  1.  — D'autres  auteurs  ont  reproduit  la  charte  de  R;mer: 
Mieris  Grool  Charlerboek,  t.  I,  p.  152  ,  Kluit,  Ilisl.  ail.  com.  HolL,  t.  II, 
p.  355;  Wolters.  Codex  dip.  Loss.,  n°  117. 


—  m  — 

Lenval  de  Cortessem  était  du  nombre.  Ils  demeurèrent  en  An- 
gleterre jusqu'en  1216  (i  ). 

Dans  une  charte  de  1232,  inédite  jusqu'ici,  il  est  expressément 
nommé  frère  du  châtelain  de  Colmont  (2). 

Lenuallus  de  Cortersen,  miles,  intervient  à  une  autre  charte 
d'Arnold  comte  de  Looz,  donnée  en  1248  (3). 

Enfin,  dominus  Lenval  de  Curtersen  est  mentionné  une  dernière 
fois    dans    un    document  de   12a0,    cité   par  M.    le    professeur 

BORMAKS  (A). 

Peut-être  faut-il  encore  considérer  comme  frères  de  Godefroid, 
un  Bauduin  de  Cortessem,  chevalier,  cité  en  1232;  un  Robert  et  un 
Bollo,  frères,  chevaliers  de  Cortessem,  cités  en  1252. 

Notre  châtelain  eut  deux  fils  : 

1°  Raes,  qui  lui  succéda. 

2°  Henri  de  Cortessem,  chevalier.  Une  charte  de  l'an  1247  (s)  le 
dit  fils  de  Godefroid,  châtelain  de  Colmont;  une  autre  du  8  mai 
1272  (6)  le  nomme  frère  de  Raes,  ce  qui  établit  la  descendance  de 
ce  dernier. 

Henri  de  Cortessem  s'établit  dans  un  endroit  nommé  YYarde, 
sous  Diepenbeek;  il  y  construisit  une  maison  forte,  entourée  de 
fossés,  et  racheta  en  1247  la  dîme  de  ce  lieu  de  l'abbé  de  Villers, 
pour  une  rentede  trente  deniers  de  Liège  (7).  Telle  est  l'origine 
du  fief  de  Terwaerden. 

Raes  de  Cortessem,  chevalier,  châtelain  de  Colmont. 
Dès  l'an  1257,  il  eut  des  difficultés  avec  son  chapelain, 
qui  était  pour  lors  le  doyen  du  chapitre  de  Tongres,  rela- 
tivement à  la  propriété  de  douze  bonniers  et  cinq  verges  de 


(4)  Reincri  annales,  apud  Martene  et  Durand,  Âmpl.  Coll.,  t.  V,  p.  56. 

(2)  Preuves,  n°  1. 

(3)  Carlulaire  de  Herckenrode  ,  f.  G2.  Yilllnfagne.   Essais  critiques, 
t.  II,  p.  Ô-2-2. 

(*)  Sinlc  Servatius  légende,  p.  21. 

(5)  Preuves,  n°2. 

(6)  YVoLTr.RS.  Milen,  p.  68. 
(7j  Preuves,  n°  2. 


—  130  —  • 

terre,  que  le  chapelain  prétendait  appartenir  à  son  béné- 
fice. Les  arbitres  donnèrent  gain  de  cause  à  ce  dernier, 
mais  lui  enjoignirent  de  payer  au  chevalier  une  rente  de 
six  muids  de  seigle  (  ■  ). 

Je  le  retrouve  ensuite  dans  deux  chartes  inédites  de 
1267, 1:268  (a)  :  dans  l'une  d'elles,  il  est  nommé  Bases  de 
Curtersen,  castellanus  de  Calmant. 

Enfin  la  charte  du  3  mai  1273,  citée  ci-dessus,  le  dit 
mambour  du  couvent  de  Milen. 

Il  serait  difficile  de  ne  pas  reconnaître  notre  personnage 
dans  ce  Raes  de  Courtrace,  chastelain  de  Chaumont  qui, 
avec  Henri  sire  de  Bautersheim ,  régla  les  différends 
survenus  entre  l'évoque  de  Liège,  Henri  de  Gueldre,  et 
la  duchesse  de  Brabant,  Alide ,  mère  de  Jean-le-Vic- 
torieux,  22  avril  1269  (5). 

d'opdkwe  dit  de  guygoven  (*). 

Jean  «s'%!ewe,  chevalier,  avait  succédé  dès  le  5  mai 
12 32,  à  Raes  de  Cortessem  dans  l'office  de  châtelain  de 
Colmont. 

(•)  Preuves,  n"  3. 

(2)  Petit  carlulaire  sur  vélin  ;  aux  Archives  de  Liégn. 

(3)  Er.nst,  Hisl.  du  Limb.,  t.  VI,  p.  438.  —  M.  de  Reiiïenberg,  en  re- 
produisant cette  charte  dans  le  Bulletin  de  la  Commission  d'Histoire, 
t.  XV!,  p.4G,  a  eu  tort  de  traduire  Courlroce,  par  Courlray.  —  Voyez  aussi 
le  Vocabulaire  des  anciens  noms  de  lieux  de  M.  Grandgagn.vge,  qui  indique 
la  forme  Courtrccc  pour  Cortessem. 

(4  )  Les  armoiries  de  celte  famille  étaient,  selon  Jacques  de  Hcmricourt, 
«  d'hermines  à  la  fasce  d'azur.  » 

La  branche  dont  il  est  question  ici,  retint  le  nom  de  la  seigneurie  de 
Guygoven,  qu'elle  possédait,  et  modifia  les  émaux  de  son  blason,  en  por- 
tant d'argent  à  la  fasce  d'azur.  Le  Miroir  des  Nobles  de  Hesbayc  (Ed. 
Salbray  ,  p.  157)  parle  d'un  «  Renier  de  This  ,  quy  porloit  les  armes 
d'Opliewe,  d'yermines  a  une  Faxhe  d'azuré.  »  La  fille  de  ce  Renier  fut 
l'aïeule  maternelle  du  chroniqueur  Jean  le  Rcl  ,  qui  prit  les  armes 
d'Oplewe,  ainsi  que  ses  frères,  du  chef  Je  leur  grand'mcie. 


—  131  — 

Il  exerçait  alors  les  fonctions  de  sénéchal  du  comté'de 
Looz,  dignité  dont  je  le  trouve  investi  en  1279  et  1293. 

Joannes  de  Oplewe,  castellanus  de  Coelmont  et  Senes- 
callas  Lossensis,  intervient  comme  témoin  à  deux  chartes 
du  comte  Arnold  de  Looz,  l'une  de  1293  ('),  l'autre  du 
mois  de  janvier  1296  (2). 

Abraham  d'Oplewe,son  frère,  est  cité  en  1280  et  1282. 

On  ne  connaît  pas  la  femme  de  notre  châtelain,  mais  il 
y  a  lieu  de  croire  qu'elle  appartenait  à  la  famille  de  Cor- 
tessem,  et  que  ce  fut  par  elle  que  son  mari  parvint  à  la 
châtellenie  héréditaire  de  Colmont. 

Le  curé  L.  de  Heers  (r'),  qui  avait  vu  l'épitaphe  de  ce 
seigneur,  il  y  a  deux  siècles,  assure  qu'il  possédait  les 
seigneuries  de  Gorslewe,  Oplewe,  Guygoven  et  Winters- 
hoven  (*);  mais  il  se  trompe  en  fixant  la  date  de  sa  mort  à 
l'année  1290:  les  chartes  prérappelées  prouvent  qu'il  vivait 
encore  après  cette  date.  En  effet,  il  ne  termina  ses  jours 
que  le  26  novembre  1296,  et  fut  enterré  dans  l'ancienne 
église  de  Guygoven,  aujourd'hui  démolie.  Il  s'y  trouve 
encore  des  fragments  de  sa  pierre  sépulcrale,  sur  lesquels 
on  lit  en  grandes  onciales  du  XIIIe  siècle  : 

[  i)  Le  Fout,  registre  XVIII;  p.  120.  Voyez  aussi  l'analyse  que  M.  Sta- 
nislas BoiiMANsa  donné  de  ces  chartes,  dans  le  Compte  rendu  de;  séances  de 
la  Com.  d'Histoire,  t.  H,  5e  série,  p.  "216. 

(  -  )  YVolters.  Notice  sur  Avcrbodcn,  p.  45. 

(ôj  De  Levens  der  heyligenvan  Wintershovcn,  t"  édition,  Naeslricht, 
1712,  p.CG. 

(4)  Je  doute  qu'il  ait  eu  Gorslewe.  —  La  seigneurie  de  Guygoven,  à 
trois  quarts  de  lieue  de  Colmont,  paraît  ici^pour  la  première  fois  et  n'a  plus 
discontinué  d'appartenir  à  nos  châtelains.  Elle  relevait  de  la  cour  féodale 
du  comté  de  Looz  ;  ressortissait  en  appel,  et  demandait  la  recharge  à  la 
justice  extérieure  de  Dilsen. 


—  132  - 

ANNO  ;  DM  !  M  ;  CC  f  XC  ;  VI  :  IN.  CRASTINO  : 
BEATE  !  CAT  [erine.  virginis.  o]  BUT  DNS  IOHANNES  M  [iles] 

[requie]  SCAT   ;  ÎPACE  :  AME: 
On  lui  donne  pour  fils,  mais  sans  preuves  : 
llcuri    d'Oplcwe  dit  de   Guygovcn,  châtelain   de 
Cohnont,  seigneur  d'Oplewe,  Guygoven  et  Wintershoven . 
L'an   1303,  lel  undi  avant  l'Ascension,  Heinricli   von 
Upleve,  burggrafin  KoZemunt,  se  reconnaît  vassal  du  comte 
Gérard  de  Juliers,  pour  un  revenu  de  5  marcs,  qu'il  assi- 
gne sur  trois  bonniers  de  terre  arable  situés  à  Oplewe  ('). 
L'un  des  témoins  d'une  charte,  donnée  à  St.-Trond  le 
30  juillet  1310,  est  Henricus  dictus  de  Gudcghoven  sive  de 
Oplewe,  armiger  (*). 

Henri  de  Guygoven  épousa  une  demoiselle  de  Neuvice, 
veuve  de  Louis  de  Herck,  et  fille  de  Jacques  Chabot,  éche- 
vin  et  citoyen  opulent  de  Liège.  Hemricourt,  qui  semble 
l'avoir  connue,  l'appelle  «  la  vieille  dame  de  Guygo- 
ven (3)  «et  explique  ainsi  sa  généalogie  : 

»  Sires  Jakes  (Chabot)  soy  remariât  a  Isabeal  nlhe 
Gerart  de  Herke  escwir,  ...  de  la  queile  Isabeal,  ly  dis 
sires  Jaque  out  dois  filhes  bonnes  et  belles ,  nommées 
les  damoyselle  de  Noevis,  ...  dont  ly  une  fut  Dame  de 
Ghudeghove,  et  après  ce  dame  de  Moniale,  et  ly  atrefut 
Dame  de  Nyle  (*).  » 

(  <  )  «  Quos  quidem  quinque  marcarum  reditus  in  tribus  partibus  terrœ 
meaearabilis  juxta  viliam  meam  Upleve,  qusc  bonre  vulgarilcr  appellanlur, 
demonstro.  »  Kremer.  Akadcmische  Bcilrâge  zur  Gulch  und  Bergische 
Geschichte,  1. 111,  p.  153. 

(  '  )  Ex  libro  quarto  chartarum,  n°  1 10. 

(s  )  Miroir  des  nobles,  pp.  21.  23. 

(*)  Miroir  des  nobles,  pp.  23,  60. 


—  133  — 

Elle  épousa,  en  troisièmes  noces,  Wauthier,  seigneur  de 
Moniale,  chevalier. 

Agnès  de  Guygoven,  abbesse  de  Herckenrode  vers  1310, 
peut  être  regardée  comme  la  sœur  de  Henri. 

Ce  châtelain  laissa  trois  enfants  : 

1°  Wauthier,  seigneur  d'Oplewe. 

2°  Henri,  qui  suit. 

3°  Mahaut  de  Guygoven,  mariée  à  Wauthier  de  Harduemont, 
chevalier,  seigneur  de  Haultepenne,  Engis  ;  fils  de  Lambert  de 
Harduemont,  dit  de  Haultepenne,  chevalier,  et  de  Marguerite  de 
Rulant.  — ■  Il  fut  l'un  des  capitaines  du  parti  liégeois  à  la  bataille  de 
Vottem  (juillet  1346).  Sa  veuve  vivait  encore  le  6  novembre  1381. 

iscmrâde  Gaaygoven,  chevalier,  seigneur  de  Guygoven 
et  de  Wintershoven,  châtelain  héréditaire  de  Colmont, 
sénéchal  du  comté  de  Looz. 

Au  dire  du  naïf  Hemricourt,  ce  chevalier  clochait;  mais 
cette  infirmité  ne  l'empêcha  pas  de  prendre  le  parti  de  l'é- 
voque Englebert  de  La  Marck  contre  ses  sujets  révoltés  (  i  ) . 

On  sait,  en  effet,  que  ce  prince,  en  favorisant  les  pré- 
tentions de  Thierry  de  Heinsberg  au  comté  de  Looz,  s'é- 
tait attaché  la  plupart  des  seigneurs  lossains  ;  tandis  que 
sa  politique  égoiste  produisait  au  sein  des  Liégeois  un  mé- 
contentement sans  cesse  croissant.  Ceux-ci  se  trouvèrent 
bientôt  en  guerre  ouverte  avec  l'évêque,  et  leurs  querelles 
aboutirent  à  la  bataille  de  Vottem,  où  les  troupes  alliées 
d'Englebert  et  de  Thierry  essuyèrent  un  sanglant  échec. 

Henri  de  Guygoven,  qui  combattait  dans  les  rangs  de 
Heinsberg,  se  livra  dès  lors  à  une  guerre  de  représailles, 
parcourant  la  Hesbaye  et  brûlant  les  moissons. 

Intérim  Henricus  Gutehornius  fsicj ,  senescallus  Lossen- 
sis,  agrum  Hesbanum  incendiis  fcsdare  cœjpit  (2). 

( {)  Miroir  des  nobles,  pp.  25,  214. 

(2)  Fisen.  Hisl.  eccl.  Leod.,  t.  11,  p.  100. 

12 


—  134  — 

Raes  de  Warpux  le  força  à  la  retraite  ;  puis  l'armée  lié- 
geoise vint  assiéger  Hamal. 

Cet  insigne  château  fut  pris  et  détruit  vers  la  fin  du 
mois  de  septembre  1346.  Pendant  que  dans  le  camp  vain- 
queur, on  discutait  des  plans  de  campagne,  une  troupe 
de  fourrageurs  courut  dévaster  le  pays  de  Looz.  Nos 
pillards  se  retiraient  déjà,  chargés  d'un  riche  butin,  quand 
ils  furent  rejoints  par  le  châtelain  de  Colmont,  qui  les 
poursuivait  sous  bonne  escorte.  Une  lutte  violente  s'en- 
gage aussitôt.  Guygoven  et  plusieurs  des  siens  tombent 
percés  de  coups,  les  autres  prennent  la  fuite  ;  c'était  le  9 
octobre,  jour  de  la  fcte  de  St-Denis. 

Dès  que  la  mort  du  châtelain  fut  annoncée  au  camp  de 
Hamal,  Liégeois  et  Tongrois  crurent  qu'il  fallait  marcher 
sur  Colmont.  Ceux  de  Huy  préférèrent  le  siège  de  Moha  ; 
les  Dinantais,  celui  du  château  de  Celles.  Et  comme  cha- 
cun émettait  des  avis  intéressés,  il  arriva  qu'on  ne  pût  s'en- 
tendre' et  qu'on  dût  se  séparer  sans  rien  faire  (  «  ). 

Le  corps  de  Henri  fut  ramené  à  Guygoven  et  inhumé 
dans  l'ancienne  église.  On  y  voit  encore  sa  dalle  tumu- 
laire,  sur  laquelle  il  est  représenté  armé  de  toutes  pièces, 
le  casque  en  tête.  A  l'en  tour  delà  pierre  on  lit  l'inscription 
suivante  : 

O   O  O  o 

Anno.  a.  natiuitate.  domini.  M.CCG.LXVI  in.  die.  beati. 
Dyonisii.  martyris.  obiit.  dominus.  Hcinricus.  dus.  de.  Guydi- 
goue.  et.  de.  wenlerchouen.  castellanus.  de.  coelmont.  miles, 
cuius.  anima,  requiescat.  in.  pace.  amen,  orate.  pro.  eo.  (2). 

Il  avait  épousé  Oude  d'Oborne,  fille  d'Arnold  d'Oborne 

(i  )  Fisen.  flist.  ceci.  Leod.,  t.  II.  p.  110. 

(2)  Les  détails  architeeloniques  du  monument,  l'armure  du  chevalier  et 
les  lettres  de  l'inscription  indiquent  clairement  que  celte  pierre  ne  fui 
placée  que  30  ou  40  ans  après  la  mort  du  châtelain. 


-  135  — 

et  de  Catherine  des  Canges.  Elle  mourut  le  3  novembre 
1374  et  fut  enterrée  à  Villers-St-Siméon.  Le  Fort  (')  nous 
a  conservé  son  épitaphe,  que  voici  textuellement  : 

e  0  o 

Anno.  a  natiuitate  dni.  M.  CCG  .  LXX.  IIII  mensis  novembres 
die  tcia  obiit  domina  ouda  uxor  dni  heinrici  quondam  dni  de 
gudigouen  et  de  ventershoue.  castellani  de  colmont  militis.  cuius 
aia  requiescat  in  pace  amen.  (2). 

Henri  de  Guygoven  n'eut  que  deux  enfants  qui  étaient 
encore  bien  jeunes  à  la  mort  de  leur  père  : 

1°  Henri,  qui  suit. 

2u  Arnold  de  Guygoven,  1372,  1380;  seigneur  de  Meer  et 
Boire,  marié  à  Juette  de  Jemeppe.  Dont  postérité. 

Henri  de  Guygoven ,  chevalier,  seigneur  de  Guygo- 
ven (s),  Wintershoven  et  Hozémont, châtelain  de  Colmont. 

En  1369  ,  il  comparut  devant  l'évêque  Jean  d'Arckel, 
en  son  palais  à  Liège,  au  sujet  de  certaine  transaction;  il 
avait  alors  25  ans,  et  n'était  encore  qu'écuyer  {armigef)  (4). 

Le  15  décembre  1372,  Henri  de  Guygoven,  chevalier, 
et  Arnold,  son  frère  ,  renoncèrent  à  tous  les  droits  qu'ils 

(»)  Tome  VII,  p.  145  bis. 

(2)  Cette  inscription  encadrait  une  esquisse  de  dame,  placée  sous  un 
dais  et  accompagnée  des  écussons  de  Guygoven  et  d'Oborne. 

(5)  Par  relief  de  l'an  1561.  Preuves,  n°  4. 

(  *  )  Le  texte  des  lettres  faites  à  ce  sujet  a  été  publié  pour  la  première 
fois  avec  beaucoup  d'incorrections  par  Villenfagne  {Essais  critiques,  t.  II, 
p.  302).  Le  savant  historien  s'y  livre  à  une  dissertation  des  plus  curieuses 
à  propos  du  mot  munialia,  qu'il  a  lu  fautivement  dans  la  charte  au  lieu  de 
mumalia  (Momalle).  Il  veut  voir  dans  munialia  des  petits  fiefs  et  ne  craint 
pas  de  chercher  jusque  dans  la  toilette  des  dames  des  arguments  à  cette 
thèse  aussi  absurde  que  bizarre.  Cette  particularité  m'a  engagé  à  repro- 
duire la  charte  de  Jean  d'Arckel,  d'après  un  cartulaire  sur  vélin  du  XV° 
siècle.  Preuves,  n°  5. 


—  136  — 

avaient  sur  la  seigneurie  de  Herck ,  près  de  Colmont,  au 
profit  de  Thierry,  sire  de  Seraing,  chevalier  ('). 

Notre  châtelain  était  échevin  de  Liège  ,  du  temps 
d'Heinricourt  (-),  qui  lui  donne  pour  femme  Juette  de 
Jemeppe,  fille  d'un  chevalier  distingué  ,  issu  des  Warfu- 
sée,  Kaes  de  Jemeppe  ,  maréchal  de  l'évêché  de  Liège. 

Cette  dame  mourut  le  17  septembre  1410,  et  fut  in- 
humée aux  Frères  mineurs  à  Liège.  Voici  son  épitaphe, 
d'après  un  manuscrit  : 

Cy  gyst  la  fille  mons.  Raez  de  Jemeppe  jadis  chlr  et  femme 
qui  "fust  a  vaillant  homme  messir  Henry  de  Guvdeghoven  et 
Wintershoven  cbaslelain  de  Chamont  et  esclm  de  Liège  qui  tres- 
passa  lan  1410  le  jour  St.-Lambert. 

Deux  enfants  sont  nés  de  leur  mariage  : 

1°  Henri,  qui  succéda. 

2°  Raes  de  Guygoven  ,  qui  reçut  en  partage  la  seigneurie  de 
Hozémont.  Par  son  mariage  avec  Alide  de  Franchiney  (de  Fnui- 
neto),  il  devint  la  tige  des  seigneurs  de  Gorssum,  près  de  St.-Trond. 
Un  descendant  de  cette  branche  ,  Guillaume  de  Guygoven,  était  à 
la  fin  du  XVIe  siècle,  capitaine  de  cavalerie  au  service  de  Sa  Majesté 
Catholique. 

HcnrldcGnygovcn,  chevalier,  seigneur  de  Guygoven 
et  Wintershoven,  châtelain  héréditaire  de  Colmont. 

Il  épousa  Béatrix  de  Jonchout,  fille  de  Jean  de  Jonchout, 
chevalier  ;  héritière  des  terres  de  Jonckhout,  Hoelbeek 
et  Vroenhof,  que  son  mari  releva  à  la  salle  de  Curange 
le  11  mars  1391  (»). 

Ils  ne  laissèrent  qu'une  fille  unique. 

(0  Cour  féodale  de  Liège.  Reliefs.  R°  n°  41,  f°  C4  v°. 
(  2  )  Miroir  des  nobles,  pp.  2G,  29,  214. 
(  3  )  Preuves,  n°  6. 


-  137  - 

GELINDEN  ,   REPEN  ,  SURLET. 

I.  Guy  de  Gelinden,  fils  de  Robert  de  Gelinden  et 
de  Jeanne  N.,  épousa,  par  contrat  de  mariage  passé  en 
octobre  1413  ,  Oude  de  Guygoven,  héritière  du  dernier 
châtelain  de  ce  nom. 

Du  chef  de  sa  femme,  Guy  de  Gelinden  devint  seigneur 
de  Guygoven  ('),  Wintershoven,  Jonchout,  Hoelbeek,etc.; 
de  son  côté  ,  il  obtint  la  terre  de  Châtelineau-sur-Sambre, 
et  celles  de  Gorslewe  et  Grand- Spauwen  ,  au  comté  de 
Looz.  C'était  donc  un  gentilhomme  opulent  que  ce  sei- 
gneur de  Guygoven  ,  et  il  comptait  parmi  ses  ayeux  une 
belle  lignée  de  chevaliers  ;  malgré  cela,  je  ne  l'ai  point 
trouvé  titré  lui-même  de  chevalier,  et  dans  un  acte  de  1440, 
il  est  nommé  simplement  armiger  (écuyer)  .Cela  montre  que 
dès  cette  époque,  la  brillante  chevalerie  du  comté  de  Looz 
était  à  son  déclin;  et  tandis  que  les  traditions  de  prouesse 
et  l'humeur  belliqueuse  disparaissaient  des  familles,  leurs 
dongeons  tombaient  sous  le  feu  des  couleuvrines.  Une 
ère  nouvelle  sefesait  jour  à  travers  les  débris  de  la  féoda- 
lité. 

Aucun  des  documents  que  j'ai  consultés,  ne  qualifie 
Guy  de  Gelinden  de  châtelain  ou  vicomte  de  Colmont.  On 
se  rappelle,  il  est  vrai,  que  la  redoutable  forteresse  était 
en  ruine  à  cette  époque;  toutefois  les  héritiers  de  Guy  ne 
négligèrent  pas  de  se  prévaloir  des  prérogatives  de  leurs 
ancêtres. 

En  1436,  lors  du  mariage  de  leur  fille  Jeanne,  Guy 
de  Gelinden  habitait  avec  sa  femme  le  château  de  Guygo- 
ven ,  Het  huys  tôt  Guedegoven. 

Ce  seigneur  était  encore  en  vie  en  1459.  Il  laissa  trois 
filles  : 

(  >  )  Il  releva  cette  seigneurie  le  4  juillet  1427,  et  le  14  octobre  1456. 


-  138  - 

1°  Jeanne  de  Gelinden,  héritière  de  Gorslcwe,  Grand-Spauwen, 
Jonchoul  et  Hoelbcek.  Elle  épousa,  par  contrat  de  mariage  du  15 
octobre  143G,  approuvéaux  éclicvins  de  Liège  le  13  juillet  4441  ('), 
Lambert  van  den  Bosch,  écuyer,  seigneur  de  Mopertingen  et  Gcl- 
lick.  Le  fils  de  ces  époux,  nommé  Guy,  comme  son  aïeul  mater- 
nel, s'est  rendu  célèbre  dans  l'histoire,  sous  le  nom  de  Guy  de 
Canne. 

2°  Marie  de  Gelinden,  qui  suit. 

3°  Gerlrude  de  Gelinden,  mariée  à  Everard  de  Hamal,  qui  vivait 
en  viduité  en  1476  (2). 

IL  La  seconde  fille  de  Guy  de  Gelinden,  nommée,  je 
crois,  Marie ,  hérita  des  fiefs  maternels  selon  les  cou- 
tumes du  comté  de  Looz,  et  devint,  en  conséquence  , 
dame  de  Guygoven,  Wintershoven  et  vicomtesse  héré- 
ditaire de  Colmont. 

Elle  fut  mariée  à  messire  Arnold  Beys  deBepen,  fils  de 
Gilles  et  de  Marie  van  den  Swane(3). 

Arnolddemeurait  à  Tongresen  1448;  ensuite  il  hérita 
de  son  père  les  fiefs  de  Repen  et  de  Mombeeck.  Il  est 
encore  cité  en  1469;  mais  il  avait  cessé  de  vivre  en  1473. 

Ce  seigneur  ne  paraît  pas  avoir  eu  un  bien  grand  atta- 
chement pour  son  suzerain  ,  l'évêque  Louis  de  Bourbon  : 
un  acte  ,  imprimé  ci-après  (*),  montre  que  ce  prélat 
confisqua  la  seigneurie  de  Guygoven  ,  propler  excessifs  et 
delida  prefati  Amoldi ,  pour  en  investir  Guillaume 
d'Ordingen,  chevalier,  qui  la  releva  à  la  salle  de  Curange, 
le  28  février  1469.  Cependant  ,  comme  nous  le  verrons  , 
les  héritiers  du  vassal  infidèle  furent  réintégrés  dans  ses 
domaines. 

(  i  )  Grand  greffe  des  c'ehevins.  Convenances  cl  testaments.  C.  130,  f"  148. 
Archives  de  Liège. 

(s)  Preuves,  n°  9. 

(3)  Voyez  ma  Notice  sur  la  seigneurs  de  Repcn  et  de  Mombeeck,  pp.  G 
et  7. 

U)  Preuves,  n°  7. 


-  139  — 

Arnold  de  Repen  eut  quatre  filles  : 

i°  Jeanne  de  Repen,  mariée  à  Thibaut  Smael  de  Broesberg. 
2°  Anne,  qui  suit. 

3°  Marie  de  Repen  ,  qui  épousa  Lambert  Vanden  Bosch,  de 
Millen. 
4°  Catherine  de  Repen,  alliée  à  Jean  de  Rulingen,  1478. 

III.  Anne  de  Repen  ,  dite  de  Guygoven,  héritière  de 
Guygoven  ,  Winterslioven  ,  et  vicomtesse  de  Colniont  , 
épousa  Henri  de  Surlet,  écuyer  ,  fils  de  Fastré  Baré  de 
Surlet  ,  seigneur  de  Langdris  et  de  Chokier  ,  plusieurs 
foi  s  bourgmestre  de  Liège  ;  et  d'Isabelle  d'Arendael. 

Pas  plus  que  son  beau-père,  Henri  Surlet  ne  se  flattait 
de  favoriser  Louis  de  Bourbon.  Son  frère  ,  Fastré  Baré  , 
laissa  la  vie  sur  le  champ  de  bataille  de  Brusthem ,  dans 
les  rangs  de  l'opposition. 

Il  se  soumit  toutefois  à  l'hommage  de  Guygoven  ,  et 
releva  cette  seigneurie  à  St-Trond,  le  6  décembre  1475  (*). 

Mais  l'évêque  lui  enleva  la  châtellenie  de  Colniont,  et 
la  donna  à  Everard  de  Hamal.  Celui-ci  fit ,  au  nom  de 
ses  enfants,  le  relief  de  la  châtellenie ,  de  ses  droits,  sei- 
gneuries et  dépendances  ,  par  acte  du  7  mai  1476  (2). 

A  l'avènement  de  Jean  de  Hornes  à  l'épiscopat,  Henri 
Surlet  releva  Guygoven  ,  de  nouveau  seigneur  ,  par  acte  du 
12  novembre  1484. 

Comme  membre  de  l'Etat  noble  du  comté  de  Looz  ,  il 
adhéra  à  la  paix  de  Donchery,  en  1492  ( 5  ) . 

(  ')  Preuves,  n°  8. 

(?)  Preuves,  n°  9.  —  C'est  le  premier  relief  de  Colmont,  dont,  les  registres 
de  la  salle  de  Curange  fassent  mention.  Pourtant  l'acte  dit  que  les  ancêtres 
de  la  femme  d'Everard  se  sont  soumis  à  la  même  formalité. 

( 3  )  De  Ram.  Analecla  Leodiensia,  p.  859. 


-  140  — 

Il  vivait  encore  en  1504  ,  époque  à  laquelle  il  est  cité 
comme  lieutenant  de  la  cour  féodale  de  Cortessem. 

On  voit,  de  nos  jours  ,  au  cimetière  de  Guygoven  ,  une 
pierre  sépulcrale  qu'il  y  avait  fait  placer  de  son  vivant,  et 
sur  laquelle  il  est  représenté ,  armé  de  pied  en  cap,  à  côté 
de  sa  femme.  Sur  les  bords  de  la  pierre  ,  on  lit  cette 
épitaphe  en  lettres  gothiques  : 

Chy.  gist.  henry.  surlet.  singur.  de.  guygouë.  boergeseter.  de. 
coelmont.  qy.  trespassat.  lan  XVe  et  —  prys.  por.  ly. 

Chy.  gist.  dammoyszelle.  Anne.  de.  guygovë.  sa.  fera.  qy. 
trespassat.  là.  XV0  et —  prys.  por.  son.  armes  ('). 

Comme  ses  trois  prédécesseurs,  Henri  Surlet  ne  laissa 
que  des  filles,  c'étaient  : 

4°  Elisabeth  de  Surlet,  mariée  à  Raes  de  Printhagen  ,  qui  suit. 

2°  Anne  de  Surlet,  dame  de  "Wintershoven  ,  qui  épousa  ,  par 
contrat  de  mariage  de  1496  ,  réalisé  aux  échevins  de  Liège  (2)  , 
Guillaume  de  Crehen  ,  écuyer  ,  seigneur  de  la  Tour  à  Hannut , 
voué  de  Crehen,  mort  le  27  septembre  1533.  Sa  femme  lui 
survécut  jusqu'au  22  octobre  1541.  Gisentà  Crehen. 

3°  Jeanne  de  Surlet ,  chauoinesse  ,  puis  doyenne  de  Munster- 
bilsen. 

PRINTHAGEN    (3). 

I.  Baes  de  Printhagen,  écuyer,  fils  de  Raes  de  Printha- 
gen et  de  Mechtilde  de  Chiney  ;  gentilhomme  de  l'Etat 
noble,  fut  un  des  signataires  de  la  paix  de  Donchéry  ,  en 
1492  (*)•  Elisabeth  de  Surlet,  sa  femme,  lui  transmit  ses 

(  i  )  Les  armes  du  mari  sont  :  (d'or)  au  sautoir  de  (gueules),  brisé  en  cœur 
d'une  étoile  de...  Celles  de  la  femme  sont  :  (d'argent)  à  la  fasec  (d'azur). 

(2)  Convenances  et  leslamcnls,  C.  1-48.  fj  301. 

(  s  )  Armes  :  écartelé  d'or  et  de  gueules.  Cimier,  un  arbre  de  sinople 
au  naturel.  Le  fief  de  Printhagen,  situé  sur  le  territoire  de  Cortessem, 
relevait  de  la  cour  féodale  de  cette  baronnic. 

(M  De  R.vm.  Analecta  Leodicnsia,  p.  859. 


-  141  - 

droits  héréditaires  sur  la  seigneurie  de  Guygoven  et  le 
vicomte  de  Colmont  ;  mais  je  soupçonne  qu'il  ne  jouit 
jamais  de  ces  fiefs  et  qu'il  mourut  avant  son  beau-père. 
Il  n'est  pas  certain  non  plus  qu'il  possédât  la  cour  féodale 
de  Printhagen  ,  quoique  son  fils  en  ait  eu  la  propriété. 

Voici  les  noms  de  ses  enfants  : 

1°  Raes  de  Printhagen  ,  écuycr  ,  seigneur  de  Printhagen.  11 
mourut  le  6  mai  1522,  et  fut  enterré  dans  la  collégiale  de  Cortes- 
sem  ,  où  sa  tombe  est  encore  visible.  Elle  mesure  2m93  de  lon- 
gueur ,  sur  lm58  de  largeur.  Raes  y  est  représenté,  à  côté  de  sa 
femme  ,  revêtu  d'une  armure  complète.  Son  épitaphe  est  conçue 
en  ces  termes  : 

Hier,  ligghen.  begravë.  die.  edel  ....  Jonker.  Raes.  van. 
Prïlhaghen.  ghestorven.  ano.  XVe  en.  XXlIder.  sesden.  dach 
in  den.  mev.  en.  syn.  huysvrowe.  jofrowe.  Jen.  van 
Lonschyn.  anno.  — 

Il  avait  épousé  Jeanne  de  Lonchin  ,  veuve  en  1539  ,  fille  de 
Messire  Jean  de  Lonchin  ,  écuyer  ,  seigneur  de  Flémalle  ,  Roffu , 
Tahier,  etc.  ;  bourgmestre  de  Liège  en  1502  et  4506  ;  et  de  Mar- 
guerite de  Pousseur,  dite  de  Boulant.  Plusieurs  enfants  sont  issus 
de  leur  mariage. 

2°  Jean  de  Printhagen  ,  qui  suit. 

3°  Henri  de  Printhagen. 

4°  Adriennede  Printhagen,  qui  vivait  en  1505,  1536,  avec  Raes 
de  Ryckel,  seigueur  de  Ryckel,  son  mari  (i). 

II.  Jean  de  PriBitBtagcn,  écuyer,  seigneur  de  Guy- 
goven ,  vicomte  de  Colmont,  vivait  en  1515.  Veuf  de 

{*  )  Anno  XVe  ende  XXXY1 ,  XIIea  dach  juny.  Joncher  Raes  heer  lot 
Ryckel  als  mombaer  joffre  Ariaen  van  den  Printhaghen,nae  doet  Joncher 
Raes  van  den  Prinlhaghcn  en  "Joffre  Elisabeth  Zurlels ,  syner  hausfr. 
vaders  en  moeders  ,  heeft  onlvanghen  huys  en  hoeff  acchlcr  dy  kerch  van 
Corleschem  ghclcghcn,  clc.  Registre  de  la  collégiale  de  Cortesscm  ,  appar- 
tenant à  l'auteur. 


142 


Catherine  de  Grevenbrocck ,  sa  première  femme,  il  épousa 
en  secondes  noces,  Claire  de  Steivordt,  qui  convola  avec 
Jean  de  Corswarem.  Elle  vivait  encore  en  1536. 

Jean  mourut  en  1519,  avant  le  19  septembre,  et  gît  dans 
l'ancienne  église  de  Guygoven.  Sa  pierre  sépulcrale  porte 
les  effigies  d'un  chevalier  et  d'une  dame  ;  ainsi  que  trois 
armoiries  :  au  milieu,  celles  de  Printhagen  ;  à  droite,  celles 
de  Grevenbroeck  (de...  à  deux  fasces  bretessées  et  contre- 
bretessées  de...);  à  gauche  ,  celles  de  Steivordt  (de,.,  à 
trois  macles  de...).  L'inscription  qui  entoure  cette  pierre 
est  comme  suit  : 

Hyr.  liet.  jôckr.  jâ.  va.  prïthan.  hê"e.  tôt.  guygho».  erfborchset. 
va.  colmôt.  a°  1519  met,  syn.  twe.  huysfrouë.  jôcfrou,  Kalryn. 
greuêbroeck,  en.  jôcfrou  ^<  clara.  va.  steyf'ort.  die.  stcrf.  int.  jaer. 
1500.  en. 

Il  laissa  un.  fils  de  sa  seconde  femme  : 

III.  Henri  de  Printbag«n,  seigneur  de  Guygoven  , 
vicomte  de  Colmont.  1536  (*).  1556.  Il  épousa  Marie- 
Anne  de  Horion  ,  fille  d'Arnold  de  Horion  ,  écuyer ,  sei- 
gneur de  Wermerbosch  ,  grand  bailly  de  Pelt  ;  et  de 
Marguerite  de  Baexem,  dame  d'Opitter. 

Sont  nés  de  ce  mariage  : 

1°  Claire  de  Printhagen,  qui  suit. 

2"  Elisabeth  de  Printhagen  ,  mariée  à  Gérard  de  Cortenbach  , 
seigneur  de  Herck  ;  dont,  Marie  de  Cortenbach,  ci-dessous. 
3°  Anne  de  Printhagen,  qui  vivait  1570,  1592. 

(')  Op  den  selven  dach  (12  jun.  1556)  soo  heefl  joncher  LTcnrich  van 
den  Prinlhaghen  van  Gucdcghoven,  nac  doel  joncher  Raes  van  den 
Prinlkaghen  ende  joffre  Elizabct  Zurlcls  zynen  aide  vaders  ende  aide 
moeder  ,  hccfft  onlfangen  huys  ende  hoeff  achler  dy  kerck  van  Cortcschem 
gelegc,dwellick  joncher  Racs  van  Ryckel,  oech  onlfaagen  hccft,  etc.  Regis- 
tre cité. 


-  143  — 

IV.  ClaSrc  de  PrfintBiagcn  ,  dame  de  Guygoven  , 
vicomtesse  de  Colmont  ;  épousa  par  contrat  de  mariage  du 
20  avril  1570 ,  Gérard  de  Hulsberg  ,  dit  Schaloun ,  sei- 
gneur de  Hertcn,  fils  de  Gérard  et  de  Gertrude  de  Weerst. 

Les  quartiers  de  ces  époux  se  voient  encore  ,  rangés 
comme  suit ,  sur  une  cheminée  de  l'ancien  château  de 
Guygoven  : 

Huhberch.  h'erst.         Printliagen.         Horion. 

Claire  mourut  sans  postérité,  laissant  ses  biens  de  Guy- 
goven à  sa  nièce,  Marie  de  Cortenbach.  On  lui  érigea 
dans  l'église  de  Guygoven  l'épitaphe  suivante  : 


PRINTUAGEN 


STETNVORT 


ïcv  repose  Madame  Clara 
de  printuagen  en  sô  vivant 
Dame  de  Gvdegoyen  et  Vis- 
contesse  de  cûlmont  laqvelle 

TREPASSA  LAN  3623  LE  13e  DE 
FEVRIER. 


BLANCKART. 


I.  Fraaie©S§-'FBïé©d®re  eBc  EtSamelkari  ,  issu  d'une 
ancienne  famille  noble  d'Ahrweiler  ('),  épousa  Marie  de 
Cortenbach ,  héritière  présomptive  de  Claire  de  Printha- 
gen,  vicomtesse  de  Colmont,  et  vint  habiter  avec  celle-ci 
le  château  de  Guygoven  ,  où  ils  finirent  leurs  jours.  La 


(»)  On  voit  dans  l'église  de  cette  petite  ville  une  dalle  tumulaire,  en- 
castrée dans  le  mur  ,  et  représentant  un  chevalier  armé  de  toutes  pièces , 
le  heaume  posé  à  ses  pieds. 

Quatre  écussons  décorent  les  angles  de  ce  monument ,  sur  lequel  j'ai 
copié,  en  1860,  l'inscription  que  voici  : 

Anno  15Gi  den  Ibdag  noveb.  istin  Got  verslorben  der  edel  «nd  ernvest. 
iuncker  Coen  Blanckarl  van  Arweiler  dem  Got  genedig  si.  Les  armes  de 
cette  famille  sont  :  d'azur  au  marteau  d'argent,  placé  en  barre. 


—  144  — 

jeune  châtelaine  mourut  en  couches ,  le  11  octobre  1624; 
et  son  mari  ne  tarda  pas  à  contracter  une  seconde  union, 
qui  fut  stérile. 

Il  mourut  lui-même,  le  8  décembre  1653,  et  fut  enterré 
auprès  de  sa  première  femme  clans  l'ancienne  église  de 
Guygoven,  où  on  lit  sur  sa  tombe  : 

tcy  reposent  messire  françois  tneodoro  de  blanckart  sr  de  gttdego- 
ven  et  ylsconte  de  colmont  qui  trespassa  l'an  1653  le  s^de  decembre. 
Et  Madame  Marie  de  Cortenbacii  Dame  dv  dict  liev  sa  compaingne 
laqvelle  trepassa  l'an  1624  le  1.1e  s^e  priez  dieu  pour  levrs  ames  (1). 

Ils  laissèrent  : 

1°  Isabelle-Claire  de  Blanckart,  qui  épousa,  le  25  janvier  1634  , 
Jean-Guillaume  de  Harff,  seigneur  d'Alsdorf,  Hurdt,  grand'maitre 
d'hôtel  héréditaire  du  duché  de  Juliers;  mort  sans  hoirs  en  1650. 
Fils  de  Guillaume  de  Harff,  seigneur  d'Alsdorf,  Hurdt,  Beerenberg, 
Jonckersdorff,  Laach,  Heiligenhoven,  grand  maitre  d'hôtel  hérédi- 
taire du  duché  de  Juliers,  amman  d'Eschweiler  et  Wilhelmstein  ; 
et  de  Marie  de  Schellart. 

2*  Anne-Marguerite  de  Blanckart,  née  à  Guygoven  et  baptisée  le 
31  mars  1615. 

3°  Othon-Louis  de  Blanckart,  qui  suit  : 

4°  François-Théodore  de  Blanckart,  né  à  Guygoven  et  baptisé  le 
20  août  1618;  reçu  chanoine  noble  de  la  cathédrale  de  Liège,  le 
6  septembre  1640,  archidiacre  de  Famenne,  élu  le 23  janvier  1652, 
prévôt  de  Notre-Dame,  à  Maestricht,  mort  à  Liège  le  4  mai  1659. 

5°  Gerlrude  de  Blanckart,  née  à  Guygoven  et  baptisée  le  20 
octobre  1619. 

6°  Gérard  de  Blanckart,  ne  à  Guygoven  et  baptisé  le  12  octobre 
1620,  mort  le  22  décembre  1627. 

7°  Arnold-Christophe  de  Blanckart,  né  à  Guygoven  et  baptisé  le 
16  mars  1622. 

(')  J'ai  copié  moi-même  toutes  ces  épitaphes  avec  beaucoup  de  soin. 


—  145  — 

8°  Marie  de  Blanckarl,  née  à  Guygoven  et  baptisée  le  11  octobre 
1624,  mariée  à  Jean-Georges  de  Ryckel ,  seigneur  de  Buliecom, 
capitaine  au  service  de  S.  M.  catholique. 

IL  Otbon  Louis  de  Blanckart,  né  à  Guygoven  et 
baptisé  le  2  juin  1617  ;  seigneur  de  Guygoven  ,  Alsdorf , 
vicomte  de  Colmont,  voué  de  la  noble  abbaye  de  Wilicli , 
grand  bailly  de  Pelt  et  Grevenbroeck,  maître  d'hôtel  de 
Son  Altesse  Sérénissime  et  Electorale  de  Cologne,  évêque 
et  prince  de  Liège. 

Il  épousa  par  contrat  du  21  juin  1654  ,  Agnès-Odile- 
Arnoldine  de  Bocholtz ,  fille  de  Jean-Guillaume  de 
Bocholtz,  seigneur  de  Bocholt,  Aldenborch,  Moll,  Baelen, 
Dessel,  grand  bailly  de  Pelt  et  Grevenbroeck,  lieutenant 
des  fiefs  du  Pays  de  Liège  ;  et  d'Anne  de  Hoensbroeck 
d'Oostham. 

De  ce  mariage  naquirent  : 

1°  Maximilien-Henri  de  Blanckarl,  qui  suit  : 

20  Marie-Anne-Claire  de  Blanckarl,  grand'maîlresse  de  la  Cour; 
morte  en  1717,  enterrée  dans  l'église  paroissiale  de  Si-Lambert,  â 
Dusseldorf.  Elle  avait  été  mariée  en  premières  noces  ;1  Charles- 
Lothaire  de  Bongart,  seigneur  de  Heyden  ,  mort  sans  hoirs;  et 
convola  en  secondes  noces  avec  Philippe-Charles,  baron  de  Hoch- 
sleden-Rolhausen. 

3°  N.  de  Blanckarl,  mariée  à  Frédéric,  comle  de  Golstein,  sei- 
gneur de  Breyll,  amman  d'Eschweiler  et  de  Wilhelmstein. 

III.  llaximilicn-Hciiri  de  Blanckart ,  seigneur  de 
Guygoven ,  Alsdorf,  vicomte  de  Colmont ,  voué  de  Wilich, 
grand  bailly  de  Pelt  et  Grevenbroeck.  Reçu  à  l'Etat-noble 
du  Pays  de  Liège  et  comté  de  Looz,  le  17  mai  1691 ,  avec 
les  quartiers  suivants  : 

15 


—  146  — 

Blanckart ,  Bocholt , 

Schenck ,  Boetbergen , 

Cortenbach ,  Hoensbrouck , 

Printhagen ,  Bocholt , 

il  épousa  le  13  septembre  1691,  Marie-Constance, 
comtesse  de  Hatzfeldt- Wildenbourg  ;  veuve  1719,  1735, 
fille  d'Alexandre- Adolphe,  comte  de  Hatzieldt-Wildcn- 
bourg,  seigneur  de  Wisweiler ,  et  d'Amilia-Raba  ,  ba- 
ronne de  Palant. 

Ils  eurent  : 

1»  Alexandre-Adolphe  de  Blanckart,  qui  suit  : 
2U  Marie-Thérèse  de  Blanckart,  reçue  chanoinesse  de  Ste-Marie- 
au-Capilole,  à  Cologne,  le  17  août  1701. 

IV.    Alexandre- Adolplie  ,  I»aron   de   Blauckart , 

seigneur  de  Guygoven ,  Alsdorf,  vicomte  de  Colmont , 
dont  il  fit  relief  à  la  salle  de  Curange,  le  1er  mai  1711; 
voué  de  Wilich,  grand  bailly  de  Pelt  et  de  Grevenbroeck , 
lieutenant  féodal  de  la  salle  de  Curange.  Il  fut  admis  à 
l'État-noble  du  Pays  de  Liège  et  comté  de  Looz ,  le  30 
janvier  1715,  sur  la  prestation  des  quartiers-ci  : 

Blanckart ,  Harzfeldt , 

Cortenbach ,  Velbruck  , 

Bocholt ,  Palant , 

Hoensbrouck,  Mérode , 

Il  épousa  le  8  septembre  1716,  Marie-Florentine  de 
Wachtendonck  ,  de  Germenzeil,  chanoinesse  de  Ste-Marie- 
au-Capitole ,  fille  de  Herman- Adrien  de  Wachtendonck 
et  d'Anne-Marie  de  Weichs. 

Le  baron  de  Blanckart.  mourut  en  1 743 ,  laissant  : 

1°  Antoine-Louis-Joseph,  qui  suit  : 

c2"  CharleS'François-Alexandre-Àdolphe-Joseph,  baron  de  Blanc- 


-  147  — 

kart,  baptisé  à  Alsdorf,  le  9  septembre  1720  ;  fut  reçu  tréfoneier 
de  la  cathédrale  de  Liège,  le  7  décembre  1735,  par  résignation  de 
son  frère  aîné.  Il  résigna  lui-même  en  1745. 

3°  Marie-Elisabeth  de  Blanckart,  abbesse  de  Sle-Marie-au-Capi- 
tole. 

4°  Georges-Louis,  baron  de  Blanckart  d'Issem,  chambellan  du 
roi  de  Prusse;  épousa  Marie-Calhérine ,  baronne  de  Lcerodt,  dont 
il  n'eut  qu'une  fille  unique  :  Marie-Françoise  Guilleminc-Caroline 
de  Blanckart  d'Issem  ,  mariée  à  Jéan-Guillaume-Miçhel,  comte  de 
Borchgrave  d'Allena,  seigneur  de  Bovelingen,  Quaetmecheien, 
membre  de  l'Etat-noble  du  Pays  de  Liège  et  comté  de  Looz,  pair 
de  la  salle  de  Curange.  Sous  le  gouvernement  des  Pays-Bas  :  mem- 
bre de  la  première  chambre  des  Etats-Généraux;  membre  de 
l'Ordre  équestre  de  la  province  de  Limbourg,  mort  à  Bovelingen, 
le  7  mai  1818. 

5°  Marie-Antoinette-Chaiiotte,  baronne  de  Blanckart,  chanoi- 
nesse  de  Neuss,  épousa  par  contrat,  signé  le  29  septembre  1774 
par  le  Boi ,  la  Beine  et  la  famille  royale  de  France,  Louis-Nicolas- 
Viclor  de  Félix,  comte  de  Muy,  chevalier  des  ordres  du  roi,  ci- 
devant  un  des  Menins  du  Dauphin;  gouverneur  de  Villefranche  en 
Boussillon,  secrétaire  d'Etat  au  département  de  la  guerre.  Il  quitta, 
pour  se  marier,  la  croix  de  l'Ordre  de  Malie,  fut  élevé  à  la  dignité 
de  Maréchal  de  France,  en  mars  1775,  et  mourut  le  10  octobre  de 
la  même  année.  Fils  de  Jean  de  Félix  ,  etc.  ;  et  de  Marguerite  d'Ar- 
mand de  Mizon. 

6°  Marie-Anne-Thérèse,  baronne  de  Blanckart,  reçue  en  1740 
à  l'illustre  chapitre  de  Mons,  épousa  Adrien-Théodore-Bodrigue- 
Charles-Louis-Joseph,  comte  d'Andelot,  baron  de  Saffre,  vicomte 
de  Looz. 

7°  Marie-Anne-Théodore-Alexandrine-Joséphine,  baronne  de 
Blanckart,  reçue  au  chapitre  de  Mons,  en  1748. 

V.  Antoinc-LoHis-„9»sc|pl!i  ,  baron  «Se  ESEanekart , 
seigneur  de  Guygoven  ,  Alsdorf,  Àltenbourg,  vicomte  de 
Colmont;  fut  d'abord  tréfoneier  de  la  cathédrale  de  Liège, 
suais  il  résigna  sa  prébende  en  1735,  et  devint  capitaine 
au  service  de  la  reine  de  Hongrie,  puis  président  du 
Conseil  aulique.  Le  26  janvier  1753.  ii  fut  reçu  gentil- 


—  148  - 

homme  de  l'Etat-noble  du  Pays  de  Liège  et  comté  de  Looz, 
sur  la  preuve  des  quartiers  suivants  : 

Blanckart,  Wachtendonek, 

Bocholt ,  Wendt  zu  Holtfeldt , 

Hatzfeldt ,  Weichs , 

Palant ,  Morrian  , 

Son  épouse  Marie-Anne,  baronne  de  Leeser,  annoblie 
en  1775  ,  lui  survécut;  elle  releva  l'usufruit  de  Colmont , 
le  6  juillet  1782  et  le  8  juillet  17S5  («). 

De  leur  mariage  : 

1°  Charles-Alexandre,  qui  suit  : 

2°  Edmond-Louis  baron  de  Blanckart,  marié  à  Eléonore  von 
Dorth  zu  Wildenralh.  Dont  postérité. 

3"  Joseph-Benjamin  baron  de  Blanckart,  mort  à  la  bataille  d'A- 
lexandrie, 1799. 

VI.    Claarles-ABexandre  ,   baron   de    Blanckart  , 

seigneur  d'Alsdorf,  Bremeren,  Guygoven,  dernier  vicomte 
de  Colmont,  qu'il  releva  à  la  salle  de  Curange,  le  1er 
octobre  1789  et  le  10  juin  1793. 

Il  épousa  en  1795,  Marie-Françoise,  baronne  de 
Negri-Zweibruggen  ;  et  mourut  en  1811,  laissant  cinq 
enfants  : 

1°  Joseph- Antoine-Hubert  baron  de  Blanckart,  né  en  1796; 
marié  à  Emérence  comtesse  de  Ltedekcrke,  dont  il  n'a  qu'un  fils, 
Charles  baron  de  Blanckart. 

2°  Jeanne-Ferdmande-Josephe  baronne  de  Blanckart  ,  née  en 
1804. 

3°  Marie-Eléonorc-Françoise-Antoinette,  baronne  de  Blanckart, 
née  en  1806. 


(  <  )  Registres  de  la  salle  de  Curange  ;  n°  4-2,  f"  I0*>.  Borchgraefschap 
van  Colmont  met  syne  heerelykheyt,  rechien,  en  gerechlichheden.  Termes 
du  relief. 


—  149  — 

4°  Marie-Caroline-Huberlinc ,    baronne  de  Blanekart,  née   en 
1807. 
o°  Théodore-Jean-Hubert,  baron  de  Blanekart  d'Alsdorf,  né  en 
~2;  dont  postérité. 

V 

fl.ES     SEIUKKURS. 

Comme  successeurs  des  comtes  de  Looz,  les  princes- 
évêques  de  Liège  avaient  conservé  la  propriété  des  ruines 
de  Colmont.  Ils  ne  s'en  sont  jamais  dépouillés. 

Ils  étaient  aussi  restés  en  possession  de  la  juridiction  et 
de  la  seigneurie  (dominium)  du  village  de  Colmont  ;  mais 
ils  se  désaisirent  de  ces  droits  par  X  engagement  (')  delà 
seigneurie. 

Des  lettres  patentes  de  Jean-Théodore  de  Bavière, 
données  le  23  juin  1761  ,  engagèrent  la  seigneurie  de 
Colmont  à  l'avocat  de  Bellefroid,  pour  une  rente  foncière 
de  10  fl.  bb.  (2). 

Le  17  juillet  suivant,  le  seigneur  engagiste  reprit  en 
emphytéose  les  bois  et  les  étangs  de  Colmont  (ce  qui  com- 
prend les  ruines) ,  pour  une  rente  foncière  et  irrédimible 
de  vingt  muids  d'épeautre  (3). 

Alors  le  nouveau  seigneur  convoqua  les  habitants  de  la 
commune,  sous  le  tilleul ,  et  leur  ayant  exhibé  ses  titres, 
il  reçut  leur  serment  de  fidélité ,  et  fut  installé  solennel- 
lement dans  ses  domaines  (<•). 

('  )  La  vanité  des  familles  cl  les  besoins  du  Trésor  s'accommodaient  éga- 
lement de  celle  sorle  d'aliénation,  qui  a  été  fort  en  vogue  dans  les  derniers 
temps  de  la  principauté. 
)  Preuves,  n°  10. 
Preuves,  n°  11. 
{ »  )  Preuves,  n°  12. 


—  150  — 
Arisold-Oiréticii    de    IgcIIcfroid,  seigneur  de  Col- 

mont ,  né  à  Tongres,  et  baptisé  le  20  mars  1717,  fils  de 
Robert-Dominique  de  B'ellcfroid,  avocat,  et  de  Barbe, 
Isabelle  Cluts;  avocat,  échevin  de  la  justice  de  Tongres, 
bourgmestre  de  la  môme  ville ,  y  mourut  le  2  février  1792. 
Il  avait  épousé,  le  31  janvier  1750,  Elisabeth-Hélène- 
Rose  Driesens,  née  à  Tongres  et  baptisée  le  3  avril  ]729, 
décédée  le  11  octobre  1810;  fille  de  Guillaume-Domi- 
nique Driesens  et  de  Marie-Thérèse  Van  der  Meer. 

Douze  enfants,  tous  nés  à  Tongres,  sont  issus  de  ce 


•io  Robert-Jean-Dominique  de.Bellefroid  ,  baptisé  te  30  octobre 
1750,  fut  reçu  chanoine  de  l'église  collégiale  et  archidiaconale  de 
Tongres  en  1763,  puis  doyen  du  chapitre  le  21  avril  1789. 

La  mémoire  de  ce  digne  prêtre  mérite  d'être  conservée.  Grâce  à 
ses  soins  généreux  ,  le  magnifique  trésor  de  Tongres  fut  sauvé  ,  à 
deux  reprises,  de  la  tourmente  révolutionnaire.  Un  arrêt  émané  du 
Directoire  exécutif,  le  11  octobre  1797,  le  condamna  à  la  déporta- 
tion ,  étant  prévenu  d'avoir  des  intelligences  coupables  avec  le 
ci-devant  prince-évéque  de  Liège;  de  chercher  à  ralentir  la  publi- 
cation de  la  loi  salutaire  du  19  fructidor,  et  de  se  servir  de  son 
influence  sur  le  chapitre  pour  faire  rejeter  la  déclaration  exigée  des 
ministres  des  cultes.  Pour  se  soustraire  à  ces  persécutions,  le 
doyen  de  Bellefroid  alla  chercher  un  refuge  en  Westphalie  ,  et  y 
resta  jusqu'à  ce  que  des  temps  plus  calmes  lui  permirent  de  revenir 
dans  sa  ville  natale,  où  il  mourut  le  17  février  1827. 

2»  Marie-Elisabeth-Thérèse  de  Bellefroid  ,  baptisée  le  26  février 
1752,  maîtresse  du  béguinage  de  Tongres. 

3°  Marie-Calherine-Christine  de  Bellefroid  ,  baptisée  le  16  no- 
vembre 1753;  béguine  à  Tongres  ,  décédée  le  12  novembre   1810. 

4e  Anne-Isabelle  de  Bellefroid,  baptisée  le  17  juin  1755;  épousa 
le  7  janv.  1790,  Pierre-JosephrRobert  van  der  Maesen,né  à  Maes- 
Iricht ,  le  25  septembre  1763;  lieutenant  au  deuxième  régiment 
d'Orange-Nassau ;  ensuite  major,  commandant  la  forteresse  de 
Bréda,  au  service  de  L.  H.  P.  les  États-Généraux  des  Provinces- 
Unies;  mort  à  Tongres  le  H  février  1803.  Fils  de  Léonard  van 


—  toi    - 

der  Maesen  ,  seigneur  de  Weyerhoff,  échevin  et  conseiller  de  la 
ville  de  Maestricht,  et  de  Marie-Ida  Loyens,  sa  seconde  femme. 

5°  Hélène-Rose-Philippine  de  Bellefroid  ,  baptisée  le  28  avril 
1757;  épousa, le  2  novembre  1791,  Marcel-Joseph  Magnée, membre 
des  Etats  provinciaux  du  Limbourg,  né  à  Liège  et  baptisé  à  Notre- 
Dame-aux-Fonts  ,  le  13  avril  1756;  lits  de  Marcel-Gérard-Joseph 
Magnée  et  de  Marie-Ernestine  de  Boniver. 

6°  Elisabeth-Henriette  de  Bellefroid  ,  baptisée  le  19  décembre 
1758;  épousa,  en  premières  noces,  Jean-Bertrand  de  Malsen;  et , 
en  secondes  noces,  par  contrat  du  9  prairial  ,  an  X,  Michel-Henri- 
Joseph  baron  de  Saren  d'Asch  ,  veuf  de  Marie-Françoise-Charlotte 
de  Libotton  ;  décédé  à  Tongres  le  5  décembre  1826. 

7*  Philippe-Jérôme-Herman  de  Bellefroid,  baptisé  le  7  novembre 
1760,  mort  jeune. 

8°  Marie-Anne-Christine  de  Bellefroid  ,  baptisée  le  7  septembre 
1762;  épousa,  le  16  août  1802  ,  Liberl-Materne-Joseph  de  Villers 
de  Pité,  né  à  Tongres  le  24  septembre  1756,  colonel  au  service  des 
Provinces-Unies,  membre  de  l'Ordre  équestre  du  Limbourg,  par 
arrêté  royal  du  16  février  1816. 

9°  Guillaume-Pierre  de  Bellefroid,  baptisé  te  19  août  1764,  mort 
jeune. 

10°  Balthazar-Arnold  de  Bellefroid,  baptisé  le  29  octobre  1767, 
chanoine  du  chapitre  de  Tongres,  puis  bourgmestre  de  Pirange  , 
où  il  mourut  en  1849. 

11°  Jean-Baptiste-Dieudonné  de  Bellefroid  ,  baptisé  le  9  sep- 
tembre 1770;  mort  en  bas  âge. 

12°  Chrélien-Louis-Guillaume  de  Bellefroid,  baptisé  le  1er  février 
1774;  épousa,  le  16  mai  1806,  Joséphine-Marie-Françoise  van  der 
Meer,  née  à  Tongres  le  9  novembre  1780  ,  décédée  en  cette  ville , 
le  28  septembre  1857. 

Le  fils  de  ces  conjoints,  M.  Hyacinthe  de  Bellefroid,  membre  de 
ta  députalion  permanente  du  Conseil  provincial  du  Limbourg  ,  est 
le  propriétaire  actuel  des  ruines  de  Colmont. 

Camille  de  BOKMAN, 


—   152  — 

PREUVES. 
.V   t. 

ry  d' Aliéna  confirme  uns  donation  que  Guillaume  de  WinL'vs- 
hoven  avait  faite  à  l'abbaye  de  Herckenrode. 

MAI  1252. 

In  nomine  sancte  et  individue  Trinitatrs.Ego  Thcodericus  domi- 
nus  de  Althena  nolum  facio  omnibus  hoescriptum  inspicienlibus, 
quod  Wilhelmus  de  Wentershoveo  decimam  quam  ibidem  a  me  in 
l'eodo  lenebat ,  in  manus  meas  ad  opus  convenlus  de  Herckenrode 
resignavil.  Ego  veropielalis  iuluitu  anden  decimam  subleslimo- 
nio  Jacobi  plebani  de  Coi'lersen,  Godefridi  caslellani  de  Calmont , 
Lenuali  fralris  sui,Roberti  advocali  de  Opbcre,  Balduini  mililisde 
Corlersen  el  aliorum  ,  prediclo  convenlui  conluli  allodialiter  jure 
perpetuo  libère  possidendam.  Quod  ul  ralum  sil,  et  certum  liât 
tam  futuris  quam  presenlibus,  hanc  cartam  sigiiii  mei  munimine 
roboravi.  Aclum  anno  Incarnationis  dominice  M.  CC.  XXX  se- 
cundo, mense  maii. 

Cartulnire  de  Herckenrode,  fol.  173  et  75  t°. 

Nu  2. 

Accord  entre  l'abbé  de  Villers  et  Henri  de  Corlcssem,  chevalier,  au 
sujet  de  la  dîme  de  Ter  Waerden. 

SEPTEMBRE  1217. 

Fraier  Arnoldus  diclus  abbas  de  Villari  totusque  ejusdem  loei 
conventus  Universis  présentes  lilteras  visuris  ,  cognoscerc  vcrila- 
tern.  Norcrint  universi  quod  cuin  décima  cujusdam  prati  jacentis 
apud  Dippebeke,  in  loco  qui  vocalur  Wûrde,  conlinenlis  bonarium 
et  dimidium  vcl  eitra,  ad  nos  pertinent,  et  nos  et  noslri  anleccs- 
sores  semper  consueverimus  ibidem  décimas  recipere ,  dominus 
Henricus  miles  de  Corlresen,  filius  domini  G.  caslellani  de  Kal- 
tuonl.  mansionem  suam  in  diclo  pralo  conslruxit,  et   fossatis  et 


—  153  — 

aquis  circumdedit.  Nos  autem  decimam  predicli  prati  sivecurtis 
sepedicto  H.  militi  ad  perpetuam  lirmam  sive  pensionera  de  com- 
muai consensu  coiUulituus,  ab  ipso  et  suis  sirccessoribus  jure  he- 
reditario  in  perpeluum  possidendam;  ila  videlicet,  quod  tam  ipso 
quam  sui  successores  imperpetuum  debent  nobiset  ecclesie  noslre 
solvere  annualim  pro  prefata  décima  triginta  denarios  teodiensis 
monefe,  in  die  beati  stephani  prothomartiris,  noniine  pensionis, 
et  inde  erit  mansionarius  noster;  et,  eo  mortuo,  hères  suus  reci- 
piet  inde  domum  et  investituram  a  nobis  vel  ab  illo  quem  nos  ad 
hoc  depulaverimus,  coram  mansionariis  quos  habemus  in  Dippe- 
beke,  et  solvet  jura  que  dicti  mansionarii  solvenda  judicabunt,  et 
sic  fiet  de  singulis  suis  heredibus  imperpetuum.  Si  vero  ipse  vel 
aliquis  suorum  heredum  in  posterum  in  solutione  dicti  census  vel 
pensionis  negligens  invenlus  fueiit ,  ita  quod  infra  oclavas  beati 
stephani  non  solverit  ,  ipso  facto  erit  aucloritale  archidiâconi  loti 
cujus,  quo  ad  hoc,  juridiclionem  se  subjecit  etquemadmodumipse 
consensit,  excomunicatus  ;  hoc  vero  solulo,  erunl  tam  ipse  quam 
sui  successores  a  solutione  décime  predicli  loci  liberi  penilus  im- 
perpetuum et  absoluti,  nec  nos  vel  noslri  successores  in  ira  septa 
dicti  t'ossati  et  aque  decimam  amodo  majorem  vel  minorem  sive  de 
nu  tri  mentis  animalium  sive  de  fructibus  orlorum  vel  aliqua  alia 
specie  requirerepoterimus  sive  vendicare.  In  cujus  rei  testimonium 
sigillum  nostrum  presentibus  appendimus.  Ego  vero  prefalus 
H.  quod  sigillum  proprium  nonhabui  in  testimonium  et  munimen 
sigillum  Symonis,  decani  concilii  Tungrensis,  appendi  postulavi. 
Et  ego  P.  vice  archidiaconus  leodiensis,  prediclis  consentions,  ad 
pelitionem  eorumdem  partium  ,  sigillum  meum  presentibus  ap- 
pendi. Datum  anno  Domini  M°  CC°  XL"  seplimo  ,  mense  septem- 
bre 

Petit  cartulaire  sur  vélin,  no  17. 
Archives  de  l'Etat  à  Lie'ge. 

N°  3. 
Vidimus  donné  sous  le  sceau  de  Henri  de  Gueldre,  élu  de  Liège,  d'une 

transaction   conclue  entre  Ptaes  de  Cortessem  ,    châtelain  de  Col- 
mont,  et  le  doyen  du  chapitre  de  Hongres,  chapelain  de  Colmont. 

27  M\RS  1-256  (1-257  NOUVEAU  STYLE). 

Henricus,  Dei  gratia  Leodiensis  eleclus,  universis  présentes  lif- 
teras inspecturis  ,    in  domino  salulem  cum   agnitione  verilatis. 


-  m  — 

Noverinl  universi  quod  nos  ordinalionem  factam  perviros  dis 
los ,  magistrum  R.  scolaslicum  Tungrensem  ,  et  i'ralrcm  W,  mo- 
nachum  villariensem  ,  ex  vi  compromissi  in  eos  facli  de  consensu 
abbatis  villariensis  a  P.  decano  Tungrensi  ,  capellano  capelle  de 
Cal  mont  ex  una  parle,  et  dileclo  et  lideli  noslro  Razone  milite 
caslellano  de  Calmont  ex  altéra  ,  super  causa  que  vertebatur  inter 
predictas  partes,  vidimus  et  examinari  fecimus,  subtali  forma. 

Universis  présentes  Miteras  inspeeturis,  magister  R.  scolaslicus 
Tungrensis  et  frater  W.  de  Hex,  monachus  villariensis,  arbitri 
electi  de  licenlia  et  consensu  abbatis  villariensis  super  causa  que 
vertebatur  inter  P.  decanum  Tungrensem,  cappellanum  capelle 
castri  de  Calmont,  exuna  parte,  et  Razonem  mililem  de  Curter- 
sen  ,  eastellanum  castri  predicli,  ex  altéra,  cognoscere  verilalem. 
Cum  in  nos  inter  parles  iam  dictas  super  causa  predicla  foret  de 
alto  et  basso  compromissum  ,  prout  in  lilleris  dieti  compromissi 
super  hoc  confeclis,  sigillis  noslris  et  dictarum  parlium  sigillatis 
eonlinetur;  nos  auiiilis  que  parles  hinc  indeproponcre  voluerunl, 
et  inquisita  super  eis  prout  melius  poluimus  verilalc,  cum  profiler 
dubias  probaliones  et  temporis  diulurnilalem  causam  candem  per 
ius  terminare  non  possemus  ,  veritalis  et  iuslicic  prout  melius 
poluimus  vesligiis  inhérentes  ,  taliler  duximus  de  causa  predicla 
de  consensu  parlium  componendum  seu  ordînandum;  videlï'cet, 
quod  duodecim  bonuaria  terre  et  quinque  virgalas  ,  que  dictas 
cappellanus  dicebal  esse  dolem  dicte  capelle  et  adeam  pertinere, 
diclo  R.  milite  econlrarium  asserente  ea  spectare  ad  feodum  castri 
sui,  ordinando  adiu  licamus  capelle  memorale,  quoad  proprielatem 
et  possessionem  a  capellano  predicto  et  suis  successoribus  perpeluo 
possidenda  ;  verumlamen  pro  bonopacis,  dicimus  et  ordinamus, 
quod  idem  capellanus  cl  sui  successores  quicunque  pro  lempore 
fuerinl  ,  sex  modios  siliginis  mensure  tungrensis  prefato  Razoui  et 
suisheredibus  dabunt  et  assignabunt  annuatim  in  perpeluum  infra 
feslum  beali  Andrée  in  villa  de  Calmont  persolvendos.  Si  aulem 
dictas  capellanus  vel  aliquis  s uo.ru m  successorum  in  solutione 
dicti  bladi  slatuto  lermino  defècerit ,  idem  Razo  vel  sui  heredes 
dictum  bladum  de  fructibus  de  terra  sepedicla  ,  de  qua  questio 
fuerat,  provenieutibus  récipient,  et  ad  ipsam  terra  m  se  (enebunt 
quoadusque  de  dicta  pensione  sibi  in  integrum  fuerit  satisfaclum. 
Dicimus  eliam  quod  memoralus  I*.  capellanus  débet  precare  quod 
ndus  pater  dominus  H.,  Dei  gratia  Leodiensis  electus  ,  pre- 


—  iss  — 

diciam  ordinaeionem  et  diclum  nostrum  ralificabit,  et  litteris  suis 
sub  sigillo  suo  confirmabit.  Ne  vero  super  premissis  oriatur  in 
postera  in  calumpniandi  occasio,  Ego  dictus  magister  R.scolasLicus 
sigillum  meum.el  Ego  f rater  W.predictus,  quia  propriurn  sigillum 
non  habui  ,  sigillum  viri  disefeli  decani  concilii  Tangrensis  ex 
parie  mea,  Nos  vero  présentes  antedicte  ,  in  signum  quod  dicte 
ordinationi  eonsensimiis ,  sigilla  nostra  presenlibns  appendi  feci- 
mus,  ad  rnaioris  securitatis  robur  et  auginentum.  Actum  et  datum 
apad  Tungris,  l'eria  tereiu  ante  Ramos  Palmarum  ,  anno  Domini 
M.  CC.  quinquagesimo  sexto. 

Nos  autem  diciam  ordinalionem  secundum  omnes  articules 
prenolatos  approbanles  et  ratam  habentes  presentium  aucloritale 
contirmamus. 

Original,  sceau  enlevé  de  l'évêque. — Chartrier 
de  S'-Jacques.  Archive»   de   l'Etat  à   Liège. 

N°  4. 

Henri  de  Guygoven  relève-  la  seigneurie  de  Guygoven. 

1363. 

Henricus  de  Guedinchoven  relevavil  villam  et  justiciam  de  Gue- 
dinchoven  cum  pertinentiis  ,  et  censum  et  alia  que  obtinet.  in 
Coeimont.  Item  ix  modios  siliginis  et  très  regales  apud  Herek. 
llem  vi  bon.  terre  apud  Sittard.  Item  xix  bon.  terre  juxla  Roet. 

Reliefs  des  fief»  du  comté  de  Looi. 
Registre  K.  363,  fol.  1 .  Archive*  de  Liéjje. 

N"  5. 

Jean  d'Arckel,  évéque  de  Liège,  approuve  une  transaction  conclue 
entre  l'abbaye  de  Herckenrode  et  Henri  de  Guygoven,  seigneur  de 
Wintershoven,  au  sujet  de  la  Cour  de  Sehûenwinckel. 

4  JANVIER  1369. 

Johannes,  Dei  gralia,  episcopus  Leodiensis  et  cornes  Lossensis  , 
nolum  facimus  tenore  presensium  universis,  quod  anno  nativitatis 


-  156  — 

Domini  millésime»  Irecenlesimo  sexagesimo  nono,quarla  dicmensis 
januarii,  coram  nobis  et  nostris  fidelibus  subscrîplis  ,  in  paîalîo 
noslro  leodiensi  coinparuil  personaliter  honorabilis  vir  et  discre- 
ts Henricus  de  Gudiclioven,  armiger,  vigintiquinque  annis  major, 
dominus  lemporalis  de  Winlershovenj,  nostre  leodiensis  diocesis  , 
qui  ibidem  sponte  et  ex  certa  scienlia  senlenliam  ordinationem  et 
pronuntialionem  bonorabilium  virorum, domini  Gerardi  domini  de 
Heers,  mililis,  et  Gerardi  dicti  Coie,  armigeri,  dominique  Arnoldi 
domini  de  Mumalia  et  de  Coerswarcme ,  ctiam  militis,  etHugonis 
dicli  Huweneal,arbitrorum  arbilralorum  et  amicabilium  composi- 
torum,dudum  electorum  et  assumptorum  concorditerper  venera- 
biles  et  religiosas  personas,  dominas  abbatissam,  priorissam  et  con- 
ventum  monaslerii  de  Herkenrode,ordinis  cisterciensis,  dicte  leo- 
diensis diocesis,  ex  una  parte,  et  prêta  lu  m  Henricum,  ex  alia, 
prétexta  dissentionis  jam  pridem  inter  dictas  partes  exorte  ,  de  et 
super  nonnullis  juribus,  servitutibus  seu  obligationibus,quasidem 
Henricus  ad  et  supra  curlem  dictam  de  Schoenwinckel,  consisten- 
tem  in  dicta  villa  de  Wintershoven,  ad  easdem  abbatissam  prioris- 
sam et  conventum  earumque  monaslerii  spectanlem,  sibiHenrico 
deberi  prelendebat ,  conlenlas  ac  insertas  in  his  lilteris  quibus 
noslre  présentes  infixé  sunl,  innovavit ,  cmologavit ,  ralificavit  et 
approbavit ,  juraque,  exacliones,  talliarum  prestaliones  ,  subjec- 
tiones  et  alias  quascumque  servilutes ,  quas  in  dicta  curie  pnus 
reclamavcral ,  quilavit  eisdem  juxla  formam  ,  continenliam  ,  et 
tenorein  dîctarum  litterarum  et  ordinationem  seu  pronuntialio- 
nem arbitrorum  prcscriplorum  ,  pro  se  suis  heredibus  et  succes- 
sessoribuspenitus  renuntiando.Supplicavilque  nobis  idem  Henricus 
quatenus  omnia  et  singula  premissa  laudare,  raliticare  et  approbare 
vellemus,  ac  ,  quantum  ad  nos  spectat ,  eliam  conlirmare.  Cujus 
supplication!  annuentes,  ordinationem  ,  sentenliam  et  pronuntia- 
lionem diclorum  arbitrorum ,  omnibus  modo  et  forma  prout  in 
litteris  bis  annexis  continelur  ,  née  non  ralificalionem  ,  emologa- 
tionem,  quilalionem  et  renunlialioncm  dicli  Henrici  ibidem  pres- 
tilas  ,  nos  tamquam  superior  dominus  temporalis  ville  et  curlis 
predictarum ,  quantum  in  nubis  est  et  ad  nos  spécial ,  laudamus , 
ratilicamus,  approbamus  et  teuore  presentium  confirmamus,  jure 
nostro,  nostrorumque  successorum  episcoporum  leodiensium  et 
comilum  lossensium  semper  salvo.  Premissis  interfuerunt  fidèles 
noslri  dilecli  dominus  Tbeodericus  dominus  lemporalis  deSeranio; 


—  157  - 

dominus  Gerardus,  dominus  de  Heers  ;  dominus  Johannes  de 
Guchincourt;  dominus  Theodricus  de  Spralant;  dominus  Johannes 
de  Jonchoull,  milites;  Fastradus  de  Romershoven  ;  Gerardus  de 
Edelbample;  Henricus  de  Vienkelheym  ;  Gisselbertus  de  Gugen- 
hoven  ,  homines  nostri  comitalus  lossensis;  nec  non  dominus 
Wilhelmus  Bullauwc,  abbas  secularis  ecclesie  nostre  cennacensis; 
dominus  "Wilhelmus  de  Eura  ,  decanus  ecclesie  nostre  sancli  Mar- 
tini Lodiensis;  dominus  Johannes  de  Valle  miles;  Alexander  de 
Jardino;  homines  féodales  nostri  episcopalus  Leodiensis,  et  plures 
alii,  quorum  memorieetcustodie  premissa  omnia  et  singula  duxi- 
mus  ibidem  commendenda.  In  cujus  rei  evidens  testimonium  , 
sigillum  nostrum  litteris  presenlibus  est  appensum.  Datum  anno, 
mense,  die,  loco,  quibus  supra. 

(Sic  subsignatum)  Per  dominum  et  homines, A.  de  Lymborg. 

Cartulaire  de  Herchemode,  fol.  80  v°. 
Vilhhfagsb,  Essais  critiques,  t.  Il,  p.  302. 
Wolter8,  Notice  sur  Herckenrode  ,  no  24,  p.  88. 

N°  6. 

Henri  de  Guygoven  relève  la  coiirdeJoncholt. 

11  MARS  1391. 

Henricus,  fdius  domini  Henrici  de  Guedeghouen  mililis ,  et  do 
micella  Beatrix,  eius  uxor,  filia  domini  Johannisquondam  de  Jon- 
chout  militis,  relevavit  Leodii  anno  predicto  mensis  marcii  die  xi 
curiam  de  Jonchout,  cum  omnibus  et  singulis  pertinenciis,  videli- 
cet,  terris,  pratis  ,  nemoribus,  vivariis  et  aliis  appendiciis  quibus- 
cumque.  Presentibus  dominis  Willelmo  de  Hamalia,  dno  de  Eldris, 
Willelmo  de  Horion  mililibus  ;  Johanne  de  Wydoye ,  canonico 
ecclesie  sancti  Dyonisii  Leodiensis,  Willelmo  de  Busco,  Egidio  de 
Langdris,  AYillelmo  de  Jardino  et  pluribus  aliis. 

Registres  de  la  salle  de  Curange  ;  feuillets 
dé  ta  elles  en  parchemin,  f'  13v°. 

14 


—  158  — 

N°  7. 

Guillaume  d'Ordingen,  chevalier,  relève  la  seigneurie  de  Guygoven. 

28  FÉVRIER  1469. 

Dominus  Wilhelmus  de  Ordingen,  miles,  relevavit  in  Curingen 
an  no  nativitatis  LXIX0  uKima  mensis  februarii,  domum  mansio- 
nem  villam  et  dominium  de  Ghueghoven  cum  justicia,  molendinis, 
agro,  pralis,  pascuis,  nemoribus,  paludibus,  aquis,  vivariis,  pac- 
tibus,  censibus,  redditibus,  profectibus,  provenlibus,  emolumen- 
tisacceteris  eorum  appendiciis,  juribus  et  pertinentiis  universis 
in  sicoo  et  in  humido  situatis,  quemadmodura  Arnoldus  de  Repen 
(ludum  pretacta  bona  habuit  et  possedit,  a  novo  domino, in  feudum 
ratione  comitatns  sui  dependentia,  et  ad  eumdem  dominum  meum 
propter  excessus  et  delicta  prefati  Arnoldi  confiscata  atque  devo- 
luta,  necnon  intervenientibus  certis  compositione  et  tractatu  per 
ipsum  Arnoldum  et  suam  legitimam  consortem  loco  emende  cum 
domino  meo  initis  et  factis,  reservata  et  approprïata,  ac  dcindepre- 
dicto  domino  "Wilhelmo  collata  et  donata  per  litteras  domini  mei. 
Salvo  etc.  Presenlibus  nobili  domicello  Wilhelmo  de  Sombreiï, 
dno  de  Rekem  et  de  Kerpen  ;  Dno  Arnoldo  de  Hamalia,  canonico 
et  cantore  ecclesie  Leodiensis,  dno  de  Werffengis  ;  Dnis  Wilhelmo 
de  Hamalia,  dno  de  Elderen,  de  Herne  etc.;  Jacobo  de  Morialmes, 
dno  de  Merzena  ;  Wilhelmo  de  Wydoe,  militibus;  Lamberto  van 
den  Bossche,  dno  de  Mobertingen  ;  Hermanno  de  Mettichoven , 
locum  tenente  et  aliis. 

Reliefs  des  fiefs  du  comté  de  Looz.  Registre  K.  362,  fol.  23  v°.  Archives 
de  Liège. 

N°  8. 

Henri  Surlet  relève  la  seigneurie  de  Guygoven. 

6  DÉCEMBRE  1475. 

Henricus  Surlet  relevavit,  ut  maritus  et  mamburnus  Anne  de 
Repen  sue  uxoris,  in  opido  SliTrudonis,  anno  nativitatis  LXXV0, 
mensis  decembris  die  sexta,  dominium  temporale  de  Gueghoven  , 
cum  universis  et  singulis  suis  juribus  et  pertinentiis  universis,  post 


—  189  — 

obilum  Arnoldi  Reys  alias  deRepen,  dicte  Anne  patris.  Salvo  e(c. 
Presentibus  nobili  domicello  Wilhelmo  de  Sombreff ,  domino  de 
Kerpen  et  de  Rekem  ;  dominis  Joanne  del  Vaulxc  ,  Wilhelmo  de 
Ordingen  ,  militibns  ;  Johanne  Espenault  secretario  ,  et  pluribus 
aliis. 

Reliefs  de»   fiefs  du  comté  de  Looz.  Registre  K.  362,  fol.  26  v°.  — 
Archives  de  Liège. 

No  9. 

Éverard  de  Hamal  relève  la  châtellenie  de  Colmont. 

7  MAI  1476. 

Everart  van  Hamell  heeft  ontfangen,  als  momber  syner  kynderen 
die  hy  heeft  van  jouffr.  Gertrnde  wilne,  dochter  Ghys  van  Gelynde 
ind  Ode  van  Gueghoven  synre  huysfr.,  tôt  Curingen,  int  jare  onss 
heren  ximc  lxxvi  in  den  mey  sevendach,  die  borchgrevescap  van 
Coelmont  mitallen  synen  rechien  herlicheiden  ind  tobehoirten  also 
die  van  onsen  voirvaderen  grève  van  Loyn  by  den  alderen  des 
voirschreven  Everartz  huysfr.  ontfangen  syn  geweist,  alsschynende 
is  in  den  brieven  by  den  selven  onsen  voirvaderen  daer  op  verleent 
ind  gegeven  ,  die  welke  guede  wy  hem  belieft  [ind  gegont  hebben 
tonfangen  ,  beheltlic  onss  ind  eynen  igliken  syns  reichtz.  Dair  syn 
by  en  aen  geweist  her  Johan  hère  tôt  Elteren  ind  tôt  Vogelsanck  , 
ridder;  Joist  van  Coilhem  ;  Adam  van  Kirkem;  Michiel  vanBolgri. 

Reliefs  de  la  salle  de  Curange.  Re  Louis  de  Bourbon  ,   fol.  43  vo.  — 
Greffe  du  tribunal  de  première  instance,   à  Hasselt. 

No  10. 

Acte  d'engagement  de  la  seigneurie  de  Colmont. 

23  JUIN  1761. 

Jean  Théodore,  duc  de  Bavière,  cardinal,  par  la  grâce  de  Dieu 
évèque  et  prince  de  Liège,  de  Freysing  et  Ratisbonne,  duc  des  deux 
Bavières,  du  hautPalatinat  et  de  Bouillon,  comte  palatin  du  Rhin, 
prince  du  Saint-Empire  romain,  Landtgrave  de  Leuchtenberg , 
comte  de  Looz  et  de  Horne,  baron  de  Herstal,  etc.,  etc.,  etc. 


—  160  — 

À  Ions  ceux  qu'il  appartiendra  que  les  présentes  parvie&neûl  < 

salut.  L'avocat  BellelVoitl,  ancien  bourguemaitre  de  notre  vilie  de 
Tongre,  nous  niant  très  humblement  suplié  que  nous  voulussions 
lui  engager  la  seigneurie  du  village  de  Colmont ,  avoisinante  d'un 
coté  à  la  franchise  de  Tongre,  et  de  l'autre  à  la  seigneurie  de  Ridder- 
Herck  :  a  la  quelle  supplique  condescendans  favorablement  ,  nous 
lui  avons  engagé  ainsi  que  par  les  présentes  lui  engageons  pour  lui, 
ses  héritiers ,  successeurs  et  aiant  cause  la  dite  seigneurie  de  Col- 
mont  et  dépendance  ,  ainsi  qu'elle  se  contient  entre  ses  bornes, 
limites  et  joindants  :  voire  qu'il  sera  obligé  de  défendre,  maintenir 
et  conservera  ses  frais  tous  droits,  jurisdiclion  et  hauteurs  d'icelle 
en  bon  Père  de  famille  :  et  c'est  parmi  le  dit  avocat,  ses  représen- 
tants et  aiant  cause,  rendant  en  paiant  (sic)  annuellement  au  profit 
de  notre  table  Episcopale  en  mains  de  notre  Trésorier  gênerai  a 
Liège  dix  florins  bb.  de  rente  foncière  a  eschoir  pour  la  première 
fois  à  la  date  de  celte  l'an  révolu  :  au  moien  desquels  lui  accordons 
la  seigneurie  etjurisdiction  nous  compétente,  avec  le  droit  de  chasse 
de  même  que  tous  autres  droits ,  prérogatives  ,  honneurs  et  fran- 
chises ,  dont  jouissent  tous  autres  seigneurs  gagers  ,  comme  aussi 
l'exemption  des  marches  ,  logements  ,  guets  et  gardes  pour  ses 
censiers  et  domestiques,  avec  le  droit  nous  com pétant  de  créer  les 
officier  ,  maieur,  echevins  et  greffier  lorsque  les  places  seront  va- 
cantes ou  celles  qui  peuvent  l'être  à  présent  (exceptés  néanmoins 
tous  cens,  rentes,  biens  et  revenus  qui  peuvent  être  du  et  qui  ap- 
partiennent à  notre  table  Episcopale)  voir  que  Nous  ,  Nos  succes- 
seurs ,  Evèqucs  et  Princes  de  Liège  et  notre  Eglise  cathédrale 
pourons  a  toujours  et  quand  bon  nous  sembera  ,  retirer  la  ditte 
seigneurie.  En  quel  cas  et  pour  alors  le  dit  Bellefroid  ,  ses  repré- 
sentants et  aiant  cause  seront  libéré  de  la  dite  rente,  sans,  pouvoir 
prétendre  aucun  désintéressement  pour  droits  de  lettres,  justice  , 
ni  pour  autres  choses  quelconques  :  et  survenant  ,  a  raison  de  la 
présente  Engagure  et  ce  qui  en  dépend ,  quelque  difficulté,  change- 
ment, modération  ou  interprétation,  il  en  sera  connu  et  déterminé 
en  notre  chambre  des  comptes  à  l'exclusion  de  touttes  autres  judi- 
catures  ensuitte  de  ses  Privilèges. 

Si  mandons  et  commandons  a  tous  nos  officiers  ,  justiciers  et 
sujets  de  reconnoitre  le  dit  avocat  Bellefroid  pour  seigneur  du  dit 
Colmont,  et  a  nos  sujets  du  dit  lieu  de  lui  prêter  les  hommages  et 
serment  de  fidélité  et  subjeclion  ordinaire  :  car  telle  est  notre 
sérieuse  volonté. 


—  161  — 

Donné  en  notre  Chambre  des  comptes  à  Liège  par  ordres  exprès 
de  Son  Altesse  Serenissime  et  Eminentissime,  le  23  juin  1761. 

(Etoit  signé)  A.  J.  C.  de  Cortenbach. 
(Plus  bas)  L.  >ï<  S. 
(Et  plus  bas  encore  du  côté  droit  était  siijné) 
J.  L.  Russon,  pro  secretario. 

A.  E.  Hamelarls,  président  schepen  van  Colmont ,  per  copiam 
originali  conform.  in  (idem  subst. 

Reglster  der  gichten  ende  approbatîen  van  justitie  Colmont  alleen. 
Beginnende  A»  1745,  p.  93. —  Greffe  du  tribunal  de  première 
instance  à  Tongres. 

No  H. 
Bail  emphytéotique  des  biens  de  Colmont. 
17  JUILLET  1761. 

Jean  Théodore  Duc  de  Bavière  ,  Cardinal,  par  la  grâce  de  Dieu 
Eveque  et  Prince  de  Liège,  de  Freysing  et  de  Ratisbonne,  Duc  des 
deux  Bavières,  du  Haut  Palatinat  et  de  Bouillon,  Comte  palatin  du 
Rhin,  Prince  du  Saint  Empire  romain  ,  Landgrave  de  Leuchten- 
berg,  Marquis  de  Franchimont,  Comte  de  Looz  et  de  Horne,  Baron 
de  Herstal,  etc.,  etc.,  etc. 

A  tous  ceux  qui  ces  présentes  veront ,  salut  :  scavoir  faisons  , 
que  condescendant  favorablement  à  la  supplique  très-humble  de 
l'avocat  Bellefroid,  ancien  bourguemaistre  de  notre  ville  de  Tongre, 
nous  avons  pour  le  plus  grand  profit  et  utilité  de  notre  mense 
Episcopale  (de  l'avis  de  notre  chapitre  cathédral)  rendu  et  donné  a 
tenir  de  nous  en  Emphiteuse  et  a  toujour  au  dit  Bellefroid  nos  vi- 
viers, bois  et  garenne  de  Colmont ,  appendices  et  dépendances, 
avec  tous  droits,  privilèges,  franchises,  émoluments  et  prérogatives 
y  annexez,  ainsi  que  la  veuve  Bussy  de  Roye  les  manie  présente- 
ment a  stuit,  aux  clauses,  devises,  conditions  et  obligations  sui- 
vantes : 

Premier,  que  le  présent  rendage  a  commencé  des  le  premier 
mars  dernier  ,  et  en  conséquence  d'icelui  le  dit  Bellefroid  repre- 


-  162  - 

neur  paiera  annuellement  et  héréditairement  a  raison  d'iceux  a 
notre  trésorier  gênerai  a  Liège  ou  ailleurs  a  toute  autre  personne 
que  notre  chambre  des  comptes  trouvera  bon  de  designer ,  une 
rente  annuelle  de  vingt  muids  spelte  rente  foncière  et  irredimible 
paiable  en  argent  a  l'effraction  du  cierge,  laquelle  échoira  pour  la 
première  fois  au  jour  de  St  André  prochain  et  ainsi  consécutive- 
ment d'an  en  ans  en  bon  or  et  argent  coursable  a  ses  risques,  fraix 
et  dépens,  icellc  rente  libre  et  exempte  de  toutes  charges,  tailles  , 
taxes  ,  rations,  contributions  et  autres  impositions  quelconques 
soient  elles  de  force  majeure  ou  autres,  prévues  ou  non  prévues, 
de  quels  chefs  elles  puissent  être  ,  naitre  ou  sortir,  les  quelles  en 
cas  d'assise  seront  toutes  a  charge  du  reprenneur. 

2.  Au  dessus  de  quoy  le  dit  Bellefroid  pour  contrepand  afferant 
au  présent  rendage  quittera  et  cédera,  comme  il  quitte  et  cède  par 
celte  a  notre  mense  Episcopale  et  a  toujour  une  rente  de  dix  florins 
d'or  ou  cinquante  florins  bb.  affectée  sur  les  biens  que  noire  dille 
mense  possède  dans  le  quartier  d'Alcken. 

3.  Le  dit  reprenneur  sera  obligé  de  reparer  et  entretenir  en 
bon  Père  de  famille  et  a  toujours  les  dits  biens,  appendices  et  ap- 
partenances et  de  maintenir  tous  droits,  privilèges  et  prérogatives 
y  attachez,  en  y  faisant  observer  les  anciennes  servitudes  et  obliga- 
tions des  sujets  et  voisins  aux  relèvements  des  fossez  et  toutes 
autres  subjections  quelconques  s'il  y  en  a. 

4.  Le  dit  reprenneur  sera  obligé  de  prendre  a  soy  les  erre- 
ments du  procès  pendant  indécis  pardevant  notre  chambre  des 
comptes  intenté  a  l'instance  de  notre  sindic  Bellefroid  contre  la 
veuve  Bussy  de  Koye  admodiatrice  moderne  des  dits  biens  ,  et  le 
mettre  a  lin,  le  tout  a  ses  propres  fraix  et  a  l'entière  indemnité  de 
notre  dit  sindic,  tant  pour  le  passé  que  pour  le  futur  ,  et  convien- 
dra avec  la  dile  veuve  de  telle  manière  qu'il  trouvera  a  propos  pour 
le  reste  de  son  stuit  a  notre  entière  indemnité  et  sans  que  pour  ce 
il  puisse  demander  aucune  grâce  ni  dedomagement,  à  l'égard  duquel 
stuit  nous  surroguons  le  dit  Bellefroid  dans  lous  nos  droits,  lieux, 
places  et  degrets  pour  les  exercer  ainsi  et  comme  il  trouvera  a  pro- 
pos. 

5.  Et  en  cas  le  dit  reprenneur  viendrait  ci-apresa  déguerpir  les 
dits  viviers  bois  et  garenne  ou  que  nous  serions  obligé  d'y  mettre 
les  mains  faute  de  payement  tant  d'un  que  de  plusieurs  canons  do 
la  diltc  rente  de  vingt  muids  spelte  ou  d'accomplissement  de  l'une 


—  163  — 

ou  l'autre  des  conditions  reprises  au  présent  rendage,  la  rente  de 
dix  florins  d'or  ci-dessus  cédée  restera  exteinte  et  demeurera  a  tou- 
jour  au  profit  de  notre  mense  Episcopale  en  extinction  du  contre- 
pant  afferantau  présent  rendage, 

6.  Le  reprenneur,  ses  gens  et  domestiques  seront  pris  en  notre 
singulière  sauvegarde  et  protection  :  a  quel  effet  il  poura  faire 
mettre  proche  des  dits  viviers  et  bois  le  timbre  de  nos  armes. 

7.  Les  gardes  des  dits  viviers  et  bois  seront  exempts  de  guets, 
gardes,  marches  et  autres  fonctions  militaires  affin  qu'ils  puissent 
autant  mieux  veiller  à  la  conservation  d'iceux. 

8.  Toutes  questions  ou  difficultez  qui  pourront  naitre  et  résul- 
ter du  premiset  de  ce  qui  en  dépend,  appartiendront  a  la  connois- 
sance,  décision  et  interprétation  de  notre  chambre  des  comptes  ,  a 
l'exclusion  de  toutes  autres  judicatures,  a  la  quelle  le  dit  repren- 
neur, ses  successeurs  se  sont  et  seront  soumis  par  condemnation 
volontaire. 

9.  Les  droits  de  secretairie  ,  confection,  registration  et  copie  du 
présent  rendage  se  paieront  promptement. 

•10.  Le  dit  avocat  Bellefroid  pour  asseurance  de  se  conformer  en 
tout  et  par  tout  a  tous  points  ,  clauses  ,  articles  et  conditions  du 
présent  rendage  ,  a  obligé ,  comme  par  cette  il  oblige  sa  personne 
et  avec  ce  la  généralité  spécialité  de  tous  ses  biens  ,  cens  ,  rentes  , 
meubles  et  immeubles  ,  droits,  clains  .  crédits  et  actions,  présents 
et  futurs  ,  où  ils  soient  gisants  et  situez  pour  sur  iceux  recouvrer 
tous  défauts  par  les  voies  cumulatives  d'ajour  a  quinzaine,  comand 
de  tierce  jours  et  même  d'arrêt  sans  observer  aucune  formalité  de 
loy ,  le  tout  privilegiement  et  sommairement ,  tant  en  que  hors 
vacances  ,  en  tout  temps  de  suspend  ,  sans  qu'une  voie  puisse  em- 
pescher  l'autre,  et  autrement  selon  loy,  le  tout  d'authorité  de  notre 
Chambre  des  comptes,  a  tout  quoi  le  dit  reprenneur  ou  ses  repré- 
sentants se  sont  et  seront  soumis  par  condemnation  volontaire  avec 
renom  a  tous  droits  et  privilèges  ,  bénéfices  et  recours  dont  ils 
voudroient  se  servir  pour  faire  au  contraire  avec  consentement  et 
constitution  sur  tous  porteurs  pour  le  présent  rendage  faire  renou- 
veller  et  réaliser  ubique  aux  frais  du  dit  reprenneur. 

(S'ensuit  le  reçes  de  l'illustre  chapitre  cathedral).  Extrait  hors 
des  conclusions  capitulaires  du  très  illustre  chapitre  cathedral  de 
Liège  ,  le  samedy  IIe  juillet  1761.  Messeigneurs  ayant  eu  repro- 
duction de  la  requette  présentée  aux  seigneurs  de  la  Chambre  des 


-  164  - 

comptes  de  Sa  Sme  Eminence  par  l'avocat  Beliefroid,  suppliant  pour 
obtenir  en  Emphiteuse  les  Etangs  et  Bois  scituez  a  Coulmont 
Appartenant  à  la  mense  Episcopale  ,  et  vu  le  votum\m'  écrit  que 
les  seigneurs  conseillers  de  la  ditte  Chambre  ont  donné  ensuite  du 
reces  capitulairedu  14  décembre  1757,  mes  dits  seigneurs  déclarent 
d'agréer  le  dit  votum,  parmi  qu'on  insère  dans  l'actdu  rendage  les 
conditions  les  plus  salutaires  ,  et  que  la  rente  soit  convertie  et 
constituée  en  muids.  Par  extrait  coe  dessus.  (Signé)  H.  Mouillard 
secretair.  Donné  en  notre  Chambre  des  comptes  a  Liège  par  ordres 
exprès  de  S.  A.  S.  et  E.,  le  47  juillet  1761. 

(Signé)  A.  J.  C.  de  Cortenbach. 

Et  ad  marginem,  L.  >ï<  S.,  en  cire  rouge. 

Ensuite  étoit  signé,  J.  S.  Russon,  pro  secretario. 

Ledit  jour  comparut  personnellement  a  la  Chambre  des  comptes 
de  son  Altesse  Srae  et  Eminentissime  l'avocat  Beliefroid ,  lequel 
ayant  eu  lecture  et  inspection  du  présent  rendage  en  Emphiteuse 
des  viviers,  bois  et  garenne  de  Colmont ,  a  icellui  accepté  et  agréé 
aux  conditions  y  reprises  et  promit  de  se  conformer  a  toutes  les 
clauses  et  obligations  y  insérées,  consentant  à  la  réalisation  y  ex- 
primée. En  foy  de  quoi  il  a  signé  la  présente.  (Signé)  A.  C.  de 
Bellefroid.  Ce  que  j'atteste  (puis  étoit  signé)  J.  S.  Russon  ,  se- 
cretair de  la  ditte  Chambre  pro  secretario.  Pnten  Hamelarls  .  pré- 
sident, ende  van  den  Bosch,  schepenen. 

A.  E.  Hàmelarts , 
prceses  loco  secrelarii  subscripsit. 

Même  registre,  fol.  98. 

N°  12. 

Réception  de  A.    C.  de  Beliefroid  comme  sei/jnear  de  Colmont. 

7  SEPTEMBRE  1761. 

Op  heden  den  7  seplember  1761,  heeft  den  Heer  A.  C.  de  Belle- 
froid  tôt  Colmont ,  specialyck  de  gemcynte  door  den  bode  by  de 
Linde  vergardl  syndc,  in  presenlie  der  gemeyntenaren  voor  ons 
schepenen  ncdcrgcleyt  syn  verkryg  en  patent-brieven  van  de  He- 


-  165  — 

redrye  der  franchise  van  Colmont,  ende  de  zelve  hen  voorgelesen 
synde  ,  liebben  wy  schepenen  den  zelven  a!s  gront-heervan  ditto 
Colmont  gestelt  in  de  possessie  naar  inhout  der  selve  brieven  , 
ende  hebben  de  gemevntenaren  op  't  hoogslen  van  den  dage  den 
Eyd  van  trouw  gedaan  in  ons  schollus  en  schepenen  handen,  ende 
is  ailes  in  hoeden  van  wel  gekeert. 

A.  E.  Hamelarts, 

prseses  loco  secretarii  subst. 

Même  registre,  page  95. 


NOTE 


SUR 


LA  POSITION  DE  L'OPPIDUM  ADUATUCORUM. 


Commentaires  de  César  . 


LIVRE     II,     CHAPITRES      XXIX     ET     SUIVANTS. 


Dans  un  rapport  à  l'Empereur ,  inséré  au  Moniteur 
universel  français  du  25  novembre  1861 ,  Son  Excellence 
M.  Rouland ,  Ministre  de  l'instruction  publique  et  des 
cultes ,  vient  d'exposer  sommairement  le  résultat  des  tra- 
vaux et  des  recherches  de  la  Commission  chargée  de  réunir 
les  matériaux  nécessaires  à  l'édification  d'une  carte  com- 
plète des  Gaules.  Précédant  le  travail  d'ensemble  qui  se 
prépare  en  ce  moment  à  Paris  ,  ce  rapport  tranche  en 
quelques  mots  plusieurs  questions  d'une  importance  ca- 
pitale pour  notre  patrie,  dont  un  des  plus  beaux  titres  de 
gloire  est,  sans  contredit,  la  lutte  acharnée  soutenue  jadis 
par  ses  héroïques  enfants  contre  les  armées  envahissantes 
de  César. 


—  1G8  — 

MM.  le  général  Creuly  et  Alexandre  Bertrand,  chargés 
spécialement  des  recherches  géographiques  et  militaires  , 
avaient  surtout  à  s'occuper ,  en  Belgique  ,  de  la  position 
de  trois  points  extrêmement  importants  dans  l'histoire  des 
guerres  des  Gaules  :  le  champ  de  bataille  des  Nerviens,  des 
Atrébates  et  des  Véromanduens  sous  le  commandement 
de  Boduognat  contre  les  Romains  ,  l'emplacement  de  la 
forteresse  des  Acluatiques  assiégée  par  César,  et  enfin, 
la  position  du  camp  de  Titurius  Sabinus  et  d'Auruncu- 
léius  Cotta,  saccagé  par  Ambiorix  ,  après  le  massacre  de 
deux  légions  romaines. 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  sur  les  controverses  sans 
nombre  soulevées  au  sujet  de  ces  questions  ;  les  plus 
grands  historiens  ont  vu  discuter  leur  opinion  ,  l'appuyer 
ou  la  dénier  par  d'autres  savants  non  moins  illustres. 
Antonin,  Bergier,  d'Anville,  Napoléon,  Amédée  Thierry  , 
Sanson,  Walckenaer,  l'abbé  de  Feller,  Baert,  des  Roches, 
Wendelin,  Foullon  ,  Bruining,  le  père  de  Marne,  Berlier, 
Dewez,  l'abbé  Ernst,  Schayes,  le  général  Renard ,  Moke  , 
Roulez,  Th.  Fuss,  Borgnet  sont  successivement  descendus 
dans  l'arène  de  la  discussion  sans  remporter  de  victoire 
décisive. 

En  désignant  les  rives  de  la  S  ambre  ,  vers  Hautmont , 
comme  le  champ  de  bataille  des  Belges  coalisés  contre 
César,  le  Mont  Falhize  (et  non  Phalize  ainsi  que  l'écrit  le 
ministre  français)  comme  l'emplacement  de  la  forteresse  , 
dernier  refuge  des  Aduatiques  ,  et  enfin,  Tongres  comme 
la  position  du  camp  de  Sabinus  et  Cotta  et  plus  tard  de 
celui  de  Quintus  Tullius  Cicéron,  le  rapport  de  M.Rouland 
est  venu  raviver  les  curiosités  ,  les  antagonismes  de  nos 
archéologues.  Déjà  de  savantes  dissertations  ont  été  faites, 
de  nombreuses  réfutations  sont  annoncées,  tout  nous  pré- 
sage que  la  discussion  va  renaître  ardente,  passionnée.  Il 


—  169  — 

est  du  devoir  de  l'Institut  archéologique  liégeois  d'y 
prendre  part,  d'y  apporter  le  contingent  de  ses  lumières  , 
d'autant  plus  qu'il  s'agit,  quant  à  l'Oppidum  Aduatuco- 
rum,  de  la  revendication,  pour  la  province  de  Liège,  d'un 
lieu  célèbre  à  tout  jamais  dans  l'histoire. 

Nous  ne  nous  occuperons  donc  ni  de  la  bataille  de  la 
Sambre  ,  ni  de  la  ville  d'Atuatuca.  Les  opinions  émises  à 
ce  sujet  dans  le  rapport  français  ne  sont  pas  nouvelles  et 
ont  été  adoptées  depuis  de  longues  années  par  un  grand 
nombre  de  nos  historiens.  Il  n'en  est  pas  de  même  de 
l'emplacement  de  la  forteresse  des  Aduatiques,  et,  tandis 
qu'on  pourrait  inférer  des  termes  du  rapport  du  ministre 
français  ,  que  le  plateau  de  Falhize  ,  près  de  Huy  ,  a  été  , 
pour  la  première  fois,  désigné  comme  la  position  de  l'Op- 
pidum Aduatucorum ,  il  nous  semble  juste  de  faire  con- 
naître que  tout  l'honneur  de  cette  découverte  importante 
revient  à  M.  le  colonel  Auguste  von  Gôler,  aide  de  camp 
du  grand  duc  Frédéric  de  Baden. 

En  effet ,  cet  officier  supérieur  dans  son  remarquable 
ouvrage  édité  en  1S58  et  intitulé  :  »  Cœsars  Gaïïischer 
"Kriefj  endenJ ra7iren58  dis  53,  vorChristus,  «cite  catégo- 
riquement aux  pages  84,  85  et  suivantes ,  le  Mont  Falhize 
comme  étant  le  seul  point  topographique  répondant ,  à 
tous  égards ,  à  la  description  que  fait  Jules  César  de  la 
forteresse  dans  laquelle  se  réfugièrent  les  Aduatiques,  au 
nombre  de  cinquante-sept  mille. 

Le  colonel  von  Gôler  ,  convaincu  qu'aucune  des  posi- 
tions désignées  jusqu'à  ce  jour  ne  pouvait  supporter  une 
discussion  approfondie,  résolut  de  soulever  le  voile  dont 
était  enveloppé  tout  ce  qui  avait  rapport  à  cet  Oppidum. 
Il  entreprit  sur  la  carte  au  vingt  millième  de  Van  der 
Maelen,  l'étude  topographique  de  tout  le  territoire  occupé 
jadis  par  les  Aduatiques.  Ayant  trouvé  ,  non  loin  du 

15 


—  170  — 

confluent  de  la  Mehaigne  avec  la  Meuse,  une  localité  qui 
semblait  répondre  à  la  description  si  minutieuse  de  César, 
il  écrivit  au  lieutenant-colonel  Meyers,  du  corps  du  génie, 
alors  attaché  au  département  de  la  guerre  à  Bruxelles  , 
pour  lui  demander  tous  les  renseignements  susceptibles 
d'élucider  cette  question.  Cet  officier  supérieur  se  rendit 
aussitôt  à  Huy,  fit  une  reconnaissance  complète  du  terrain 
et  en  envoya  le  résumé  au  colonel  Badois  qui ,  dans  son 
ouvrage  ,  n'a  pas  cru  pouvoir  mieux  faire  que  de  publier 
en  français  le  texte  môme  du  rapport  du  colonel  belge. 

En  voici  les  parties  les  plus  importantes  : 

"  La  côte  qui  descend  du  plateau  de  Ealhize  vers  le 
»  fond  de  Ealhize  et  le  ravin  d'Acosse  est  très-escarpée  ; 
»  cet  escarpement  continue  à  régner  vers  le  Sud-Ouest 
«  dans  une  direction  à  peu  près  parallèle  à  la  Meuse.  Ces 
"  côtes  sont  formées  par  des  rochers  calcaires  assez  acci- 
«  dentés  et  presque  entièrement  nus.  Au  Sud-Est,  les  côtes 
«  sont  beaucoup  moins  escarpées  et  cultivées  en  partie  en 
»  vignobles.  Au  Nord-Est,  le  plateau  se  retient  au  point 
«  de  ne  plus  avoir  qu'environ  100  mètres  de  largeur  et  se 
«  confond  par  une  pente  douce  avec  les  hauteurs  dites  : 
»  Bois  de  Huy.  « 

»  La  hauteur  moyenne  du  plateau  est  d'environ  120 
"  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  Meuse. L'escarpement 
»  vers  Vinalmont  étant  en  grande  partie  à  pic,  on  a  établi 
"  sur  la  crête  une  levée  en  pierres  sèches,  mais  cette  espèce 
«  de  rempart  est  moderne  et  date  de  l'époque  où  la  partie 
»  la  plus  élevée  du  plateau  —  longtemps  abandonnée  — 
"  a  été  remise  en  culture.  Il  m'a  été  impossible  de  savoir 
»  si ,  antérieurement ,  il  existait  des  vestiges  de  remparts 
»  le  long  de  l'escarpement.  Vers  le  milieu  du  plateau  on 
"  remarque  des  traces  d'une  levée  en  terre  établie  en  ligne 


-  171  — 

»  droite ,  dans  une  direction  perpendiculaire  à  l'axe  lon- 
"  gitudinal  du  plateau.  » 

»  Le  propriétaire  de  ce  terrain  prétend  avoir  vu  parfai- 
»  tement  ,  il  y  a  quelques  années,  le  rempart  et  le  fossé  de 
»  cette  levée  (le  fossé  était  vers  le  Sud-Ouest).  Il  prétend 
«  aussi  qu'il  existait  encore  sur  le  plateau  d'autres  ves- 
»  tiges  de  même  genre  ;  la  culture  les  a  fait  dispa- 
«  raître.  » 

«  Je  n'ai  pu  recueillir  aucune  tradition  certaine  sur  des 
a  vestiges  ou  des  trouvailles  d'antiquités  relatives  au 
«  Mont  Falhize.  Un  ancien  entrepreneur  de  travaux  m'a 
"  dit  y  avoir  trouvé,  en  assez  grande  quantité  ,  des  fers  à 
"  cheval  de  petite  dimension,  mais  iln'en  possédait  plus.  " 

«  Sur  la  partie  la  plus  étroite  du  plateau  de  Falhize  , 
»  au  Nord-Est,  se  trouve  un  monticule  évidemment  établi 
a  par  la  main  de  l'homme  ;  il  a  environ  6  mètres  de  hau- 
"  teur,  et,  avant  1793,  la  haute-justice  du  prince-évêque 
a  de  Liège  à  Huy ,  s'exerçait  en  ce  lieu.  Ce  monticule 
a  ressemble  beaucoup  à  un  Tumulus  ;  il  serait  à  désirer 
//  qu'on  pût  y  faire  des  fouilles  ;  malheureusement  il  est 
a  couvert  en  ce  moment  d'une  plantation  d'agrément,  que 
»  le  propriétaire  n'est  pas  disposé  à  déranger.  » 

»  Une  chaussée  romaine  passe  par  Amay  et  Ombret  en 
«  aval  de  Huy  ;  il  reste  encore  des  vestiges  du  pont  en 
a  bois  qui  était  établi  sur  la  Meuse.  » 

Frappé  de  la  coïncidence  de  ces  détails  avec  le  texte 
des  Commentaires  de  César  ,  le  colonel  von  Gôler  voulut 
cependant  s'en  assurer  par  lui-même  ;  il  se  rendit  sans 
retard  à  Huy.  L'exploration  du  Mont  Falhize  vint  bientôt 
lever  tous  les  doutes  qu'il  pouvait  encore  avoir  ;  c'était 
bien  là,  en  effet,  l'emplacement  de  la  forteresse  des  Adua- 
tiques. 

La  question  de  priorité  n'est  donc  pas  douteuse  ;  elle 


—  m  — 

appartient  évidemment  au  colonel  Badois,  dont  le  travail 
sur  les  guerres  de  César  dans  les  Gaules  ,  travail  d'une 
immense  érudition  et  d'une  importance  notoire  ,  a  paru 
trois  années  avant  le  voyage  d'exploration  et  les  recherches 
historiques  de  la  Commission  française  instituée  par  l'Em- 
pereur Napoléon  III ,  pour  les  travaux  relatifs  à  la  carte 
des  Gaules. 

Telle  est  l'histoire  de  cette  découverte  si  importante  et 
jusque  maintenant  si  peu  répandue,  même  dans  les  sphères 
les  plus  élevées. — Ce  n'est,  du  reste,  que  par  un  concours 
de  circonstances  fortuites  que  nous  sommes  arrivé,  depuis 
environ  une  couple  de  mois  ,  à  être  complètement  édifié 
sur  cette  question  si  longtemps  controversée. 

Vers  le  commencement  d'octobre,  le  lieutenant-général 
Fleury-Duray,  relisant  les  campagnes  de  Jules  César,  vint 
se  heurter  contre  les  incertitudes  qui  entouraient  naguère 
la  position  présumable  de  l'Oppidum  Aduatucorum  as- 
siégée et  prise  par  le  grand  capitaine  romain  après  sa 
victoire  d'Hautmont  sur  les  Ncrviens.  Pour  se  former , 
autant  que  possible  ,  une  conviction  ,  il  voulut  consulter 
tous  les  historiens  de  quelque  notoriété  qui  avaient  écrit 
sur  ce  sujet ,  et  chargea  son  aide  de  camp  ,  le  lieutenant 
Bocquet,  de  ces  recherches.  L'opinion  de  d'Anville,  étayée 
de  celle  de  Napoléon,  fixant  remplacement  de  cette  forte- 
resse à  Falais  sur  la  Mehaigne,  parut  assez  sérieuse  pour 
motiver  des  investigations  sur  les  lieux;  avant  de  les 
entreprendre,  cet  officier  ayant  jugé  utile  d'aller  consulter 
un  de  ses  amis,  M.  Charles  Grandgagnage,  dont  les  pro- 
priétés sont  adjacentes  au  village  de  Falais,  ce  savant  an- 
tiquaire lui  révéla  l'existence  de  l'ouvrage  du  colonel  von 
Gôler  et  la  découverte  faite  par  lui  de  l'incontestable  po- 
sition de  la  forteresse  des  Ad ua tiques. 

Vers  le  milieu  d'octobre  ,  M.  Grandgagnage ,  dont  le 


—  173  - 

zèle  pour  la  science  ne  se  ralentit  jamais,  éprouvant  aussi 
le  désir  de  visiter  en  détail  le  plateau  de  Falhize  ,  s'offrit 
d'y  conduire  cet  officier.  Cette  exploration ,  les  Commen- 
taires de  César  et  l'ouvrage  de  von  Gôler  à  la  main  ,  fut 
longue,  minutieuse;  un  croquis  en  fut  pris  aussi  conscien- 
cieusement que  possible  et  ces  Messieurs  revinrent  à  Liège 
avec  la  parfaite  conviction  que  désormais  la  question  de 
remplacement  de  l'Oppidum  Aduatucorum  était  résolue. 

Il  est  un  fait,  que  tous  les  indices  ,  jusque  même  la 
position  géographique  du  Mont  Falhize  ,  semblent  se 
réunir  en  un  faisceau  de  preuves  à  l'appui  de  cette  opinion . 

Amédée  Thierry,  dans  son  Histoire  des  Gaules  ,  t.  III, 
pages  8  et  9,  nous  fait  connaître,  d'après  César,  du  reste, 
que  les  Éburons  ,  d'abord  en  guerre  avec  les  bordes  en- 
vahissantes Kimriques  Teutonnes  ,  finirent  par  conclure 
la  paix  avec  elles  et  qu'ils  leur  cédèrent  un  lieu  de  dépôt 
pour  leurs  bagages,  avant  le  départ  de  ces  peuplades  pour 
la  grande  invasion  transalpine. 

N'est-il  pas  naturel  que  les  Éburons  ,  voulant  éloigner 
autant  que  possible  ces  redoutables  hôtes,  eussent  précisé- 
ment choisi  l'extrémité  la  plus  reculée  de  leur  territoire 
pour  les  y  reléguer?  —  Ce  lieu  de  refuge  ,  où  les  Kimris 
laissèrent  6000  hommes  de  garnison  ,  devint  le  berceau 
de  la  tribu  des  Aduatiques  qui  bientôt  s'accrût  au  point 
de  pouvoir  fournir  29,000  combattants  à  la  coalition 
belge  {Commentaires  de  César,  livre  II,  chapitre  IV). 

Voilà  pour  la  position  géographique  ;  quant  aux  détails 
topographiques  ,  ils  concordent  en  tous  points  avec  la 
description  qu'en  fait  l'historien  capitaine  :  »  Environnée, 
n  dit-il,  dans  son  circuit  et  de  tous  côtés  par  de  très-hauts 
h  rochers  et  de  profonds  précipices  ,  cette  forteresse  ne 
»  présentait  qu'une  avenue  en  pente  douce  ,  n'ayant  pas 
»  plus  de  deux  cents  pieds  de  largeur,  et  cette  partie  avait 


—  174  — 

»  été  fortifiée  par  une  double  enceinte  de  murs  très-élevés 
»  qui  étaient  soutenus  par  de  grosses  masses  de  pierres 
-/  et  par  des  poutres  aiguisées  et  infixées  dans  le  mur 
«  môme.  « 

N'est-ce  pas  Inexactement  le  plateau  de  Falhize?.... 
Tout  s'y  retrouve  ,  jusqu'aux  deux  remparts  éloignés  l'un 
de  l'autre  d'environ  7S0  pas  ,  tous  deux  perpendiculaires 
à  l'axe  longitudinal  du  plateau,  tous  deux  venant  aboutir 
à  des  resserrements  de  l'isthme,  seul  accès  praticable. 

Le  premier  de  ces  retranchements,  auquel  on  arrive 
par  une  pente  douce  descendant  des  hauteurs  de  la  Hes- 
baye  ,  est  en  pierres  cimentées  et  n'offre  plus  que  des 
vestiges  sans  grande  élévation  ,  quoique  parfaitement  ap- 
préciables du  reste  ;  il  mesure  d'une  gorge  à  l'autre  de 
l'isthme  une  longueur  d'environ  140  pas. 

N'est-ce  pas  à  peu  près  l'avenue  en  pente  douce  de  deux 
cents  pieds  de  largeur  dont  parle  César  ? 

Le  tumulus  signalé  par  le  colonel  Meyers  devait  , 
croyons -nous,  faire  partie  intégrante  de  cette  enceinte. 

Quant  au  deuxième  rempart  ,  celui-ci  est  parfaitement 
tracé.  Comme  le  premier,  rejoignant  l'une  à  l'autre  deux 
gorges  profondes  et  presque  à  pic  ,  il  mesure  420  pas  en 
longueur  ,  une  quarantaine  de  pieds  à  la  base  et  offre 
encore  au-dessus  du  sol  un  relief  d'une  douzaine  de 
pieds. 

Nouvelle  concordance  quant  à  la  palissade  de  circon- 
vallation  dont  César  entoura  la  forteresse  ;  elle  avait  , 
dit-il  au  chapitre  XXX,  12  pieds  de  hauteur  et  15,000 
pieds  de  circuit  (i).  Cette  longueur  ne  correspond-elle  pas 


(  i  )«  Poslca  vallo  pedum  XII,  in  circuitu  XV  millium,  crebisque  cas- 
•  lellis  circummunili,  oppido  sese  conlinebant  etc.  »   Quelques  auteurs- 


—  17o  - 

assez  exactement  avec  la  base  du  Mont  Falhize  ,  dont  le 
parcours  est  d'environ  5  à  6000  mètres  (le  pied  romain 
avait  environ  0.29  centimètres  de  longueur), 

Une  opinion,  jusqu'à  ce  jour  assez  généralement  admise, 
place  l'Oppidum  Aduatucornm  sur  la  montagne  d'Haste- 
don,  près  de  Namur.  D'Anville  la  réfute  en  argumentant 
de  l'insuffisance  de  la  superficie  de  ce  plateau,  qui  n'occupe 
en  longueur  que  300  toises  sur  100  dans  sa  plus  grande 
largeur  ,  espace  évidemment  trop  restreint,  fait  remar- 
quer ce  célèbre  historien,  pour  pouvoir  contenir  les  57,000 
habitants  que  César  déclare  avoir  tués  ou  vendus  lors 
du  sac  de  la  forteresse  des  Acluatiques.  Rencontrant 
cette  objection  qui  nous  paraît  fort  sérieuse,  nous  dirons, 
pour  terminer ,  que  le  plateau  de  Falhize  a  environ 
175  hectares  de  superficie  (2500  mètres  de  longueur 
sur  700  de  largeur  moyenne),  et  qu'ainsi  toute  la  peu- 
plade des  Aduatiques  a  pu  s'y  retirer  fort  à  l'aise 
chaque  habitant  ayant ,  en  moyenne  ,  un  espace  libre  de 
30  mètres  carrés. 

Une  plus  longue  dissertation  deviendrait  oiseuse  ;  nous 
renvoyons  ceux  qui  désireraient  des  détails  plus  circons- 
tanciés à  l'ouvrage  du  colonel  von  Gôler  ,  auquel  nous 
serions  heureux  de  voir  l'Institut  archéologique  liégeois 


ont  traduit  «  vallum  »  par  mur  et  XV  millium  par  15  milles  romains.  Le 
mille  romain  avait,  on  le  sait,  1483  mètres  de  longueur  et  s'appelait  du 
reste  «  milïWriim.  »  Cette  version  ne  nous  semble  pas  admissible  :  val- 
lum dans  l'esprit  de  César  est  bien  une  palissade  ,  puisqu'au  chapitre 
précédent ,  en  parlant  des  deux  enceintes  de  la  forteresse  ,  il  emploie  le 
mot  «  muras  »  et  que  là  ,  c'est  évidemment  «  mur,  rempart  »  qu'il  faut 
admettre.  —  Quant  aux  15  milles  romains  de  circuit,  ils  formeraient  un 
travail  de  22,245  mètres  de  développement ,  travail  gigantesque  et  fort 
improbable  dans  les  circonstances  où  se  trouvait ,  en  ce  moment,  l'armée 
romaine. 


—  176 


rendre  un  hommage  public  de  gratitude,  pour  la  nouvelle 
découverte  qu'il  vient  d'ajouter  à  la  liste  déjà  si  nom- 
breuse des  curiosités  archéologiques  qu'offre  notre  belle 

province. 

Oscar  Bocquet. 


Liège  ,  le  13  décembre  1861. 


FRAGMENT 

DUNE     CHRONIQUE     ESÉGEOSSE    INÉDITE 

DU  XIIIe  SIÈCLE. 


Dernièrement ,  j'achetai  à  une  vente  publique  un  petit 
livre  in-4°  intitulé  :  Décréta  synodi  diocesanœ  Leodiensis , 
in  eccïesia  cathedrali  Leodii  anno  Dombii  1618  célébrâ- 
tes (l).  Il  m'intéressait  par  lui-même  ;  mais  je  tenais  par- 
ticulièrement à  posséder  cet  exemplaire,  parce  que  j'avais 
remarqué  que  le  feuillet  de  parchemin  souillé  qui  lui 
servait  de  reliure,  était  chargé  d'une  écriture  très-ancienne 
et  que  j'avais  cru  y  lire  quelques  mots  latins  qui  avaient 
trait  à  l'histoire  de  notre  pays. 

Après  avoir  détaché  la  couverture  et  dégagé  le  parche- 
min du  carton  auquel  il  adhérait,  je  reconnus  d'abord  que 
l'écriture  était  de  la  fin  du  XIIIe  siècle  et  que  j'avais 
sous  les  yeux  un  fragment  d'une  chronique  liégeoise  , 
parcourant  un  espace  de  vingt  années,  de  1227  à  1247, 
date  de  l'avènement  de  Henri  de  Gueldres  au  siège  épis- 


(')  Puisque  je  cite  cet  ouvrage  ,  je  ferai  ici  à  son  sujet  une  remarque 
bibliographique  assez  curieuse  ;  c'est  que  le  serment  exigé  des  magistrats 
avant  leur  installation,  ainsi  que  celui  que  devaient  prêter  les  imprimeurs, 
s'y  trouvent  énoncés  en  flamand  :  (V.  Décréta  synodi,  à  la  suite  du  bref  de 
Paul  V  :  Ick  N.  sweere  by  Godl  almachtich,  enz.)  Au  XVII"  siècle,  la 
plupart  des  édits  émanés  des  princes-évêques,  portaient  aussi,  en  regard 
du  texte  français,  une  traduction  flamande. 


—  178  — 

copal  ;  les  sept  dernières  lignes  se  rapportant  à  un  autre 
sujet ,  je  constatai  aussi  qu'à  la  dernière  des  deux  dates 
indiquées,  l'auteur  avait  clos  son  œuvre,  et  que  je  possé- 
dais ,  sinon  le  dernier  feuillet  du  manuscrit ,  du  moins  la 
fin  de  la  chronique  ;  c'est  ce  que  prouvent  du  reste  à  l'évi- 
dence ces  mots  tracés  par  une  main  plus  récente  (du  XVIe 
siècle,  je  crois) ,  au  bas  de  la  page  :  Hic  terminantur 
g  est  a  poniificum  nostrorum  a  fratrïbus  Aureœ  vallis  cotis- 
er ipt  a. 

Lorsque  j'eus  transcris  tous  les  mots  déchiffrables  des 
quatre-vingt-dix  lignes  contenues  sur  le  recto  et  sur  le 
verso  ,  mon  premier  soin  fut  de  recourir  à  la  chronique 
de  Liège  de  Gilles  d'Orval,  à  l'époque  correspondante  de 
mon  fragment  (!). 

Je  remarquai  bientôt  qu'il  y  avait  une  grande  analogie 
entre  les  deux  textes  ;  ainsi  les  mêmes  faits  y  sont  rap- 
portés avec  les  mêmes  expressions  et  maintes  phrases  sont 
textuellement  identiques. 

L'idée  qui  se  présentait  le  plus  naturellement  à  l'esprit, 
était  de  voir  dans  le  fragment  une  copie  plus  ou  moins 
exacte  de  Gilles  d'Orval  ;  mais  de  trop  de  nombreuses  dif- 
férences qui  signalent  certains  passages  ,  repoussent  cette 
supposition. 

Comme  l'un  des  deux  auteurs  en  écrivant  son  histoire, 
avait  évidemment  eu  le  travail  de  l'autre  sous  les  yeux  , 
il  était  curieux  de  rechercher  quelle  avait  pu  être  la 
rédaction  première  ;  contrairement  à  ce  que  j'avais  pensé 
d'abord  ,  je  finis  par  me  persuader  que  la  chronique  à 
laquelle  le  fragment  avait  appartenu,  était  plus  ancienne 
que  celle  de  Gilles  d'Orval  et  que  celui-ci  lui  avait  fait 
de  nombreux  emprunts. 

(  '  )  Cbapeauville,  t.  II,  pp.  242  à  270. 


—  179  — 

Voici  sur  quoi  repose  cette  conjecture  :  en  premier  lieu, 
l'écriture  qui  est  incontestablement  du  XIIIe  siècle  et  la 
manière  brusque  dont  se  terminent  les  {/estes  des  évêques, 
quoique  suivis  de  plusieurs  lignes  étrangères  au  sujet 
principal,  permettent  d'établir  avec  quelque  certitude  que 
le  clerc  qui  en  est  l'auteur  ,  était  contemporain  des  faits 
qu'il  rapporte. 

Ensuite,  la  forme  même  des  deux  écrits  est  à  examiner. 
L'œuvre  de  Gilles  d'Orval  de  beaucoup  plus  étendue, 
plus  complète  ,  plus  travaillée  ,  possède  bien  mieux  que 
l'autre  les  allures  de  l'histoire  ;  il  règne  plus  d'ordre  dans 
la  narration,  et  la  succession  des  faits  offre  un  enchaîne- 
ment plus  logique;  ces  faits,  l'auteur  ne  se  borne  pas  à  les 
émunérer  simplement  les  uns  à  la  suite  des  autres  ;  il  les 
accompagne  souvent  de  considérations  ou  plutôt  de  ré- 
flexions ,  fausses  ou  oiseuses  si  l'on  veut,  mais  qui  prou- 
vent chez  lui  la  préoccupation  de  l'écrivain  aussi  bien  que 
celle  de  l'historien,  et  l'intention,  avouée  du  reste,  qu'il 
avait  de  donner  de  la  publicité  à  son  livre.  En  un  mot, 
il  est  plus  riche  quant  au  style  ,  quant  aux  renseigne- 
ments et  quant  aux  détails  dont  il  accompagne  ceux-ci. 

La  chronique  dont  j'ai  découvert  un  feuillet  est  plutôt 
un  journal  qu'une  histoire.  C'est  une  de  ces  chronologies 
sèches  et  monotones  ,  mais  cependant  précieuses  ,  comme 
il  nous  en  est  parvenu  plusieurs  du  moyen-âge  ;  où  l'on 
entassait  avec  le  moins  de  mots  le  plus  de  choses  pos- 
sible ,  particulièrement  celles  relatives  aux  établissements 
religieux.  Elle  contient  plus  et  moins  que  celle  éditée  par 
Chapeauville  et  les  faits  n'y  sont  pas  consignés  dans  le 
même  ordre.  Je  ne  parle  pas  du  style  qui ,  évidemment 
plus  barbare  dans  le  fragment }  pourrait  avoir  été  altéré 
ou  corrigé  par  l'éditeur. 

Si ,  après  avoir  fait  cette  comparaison,  l'on  se  demande 


—  180  — 

laquelle  des  deux  chroniques  a  vraisemblablement  servi  de 
base  à  l'autre  ,  ce  n'est  certes  par  celle  de  Gilles  d'Orval 
que  l'on  désignera.  Rien  n'est  plus  fréquent ,  en  effet  , 
que  de  voir  un  écrivain  ,  reprendre  en  sous-œuvre  le  tra- 
vail d'un  autre  ,  et  profitant  des  recherches  de  ses  devan- 
ciers ,  l'enrichir  d'une  foule  de  données  prises  à  droite  et 
à  gauche,  de  manière  à  en  faire  une  espèce  de  centon  qui, 
plus  tard,  lorsque  les  écrits  primitifs  ont  disparu,  passent 
sous  son  nom  pour  une  œuvre  originale.  Cela  rentrait 
tout-à-fait  dans  les  habitudes  de  l'époque  ,  où  il  était 
d'usage  que  le  moindre  copiste  introduisit  dans  le  texte 
qu'il  transcrivait,  ce  qu'il  avait  retenu  de  ses  propres 
lectures,  et  surtout  les  notes  marginales  dont  tout  lecteur 
chargeait  les  pages  du  livre  qu'il  parcourait.  C'est  même 
là  l'origine  d'une  foule  d'erreurs  qui  se  sont  glissées  dans 
les  annales  des  peuples  et  l'objet  de  la  critique  moderne 
qui  cherche  à  démêler  les  textes  originaux  des  interpola- 
tions qui  les  ont  viciés  et  souvent  complètement  trans- 
formés. Les  exemples  de  ces  sortes  de  compilations  sont 
trop  nombreux  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'insister  ici 
là-dessus. 

L'hypothèse  d'un  travail  inverse  est ,  par  contre,  inad- 
missible. Comment  supposer  que,  quelques  années  après 
l'achèvement  de  la  chronique  de  Gilles  d'Orval,  un  moine 
de  la  même  abbaye  se  fut  amusé  à  disséquer  cette  œuvre, 
de  manière  à  réduire  un  corps  bien  organisé  et  plein  de 
vie  à  un  pâle  squelette  ?  D'ailleurs  ,  si  l'on  adoptait  cette 
opinion ,  et  que  l'intention  de  l'auteur  eut  été  réellement 
de  faire  une  simple  analyse  ou  un  répertoire  ,  pourquoi , 
tout  en  laissant  de  côté  les  réflexions  banales,  ne  se  serait- 
il  pas  borné,  quant  au  reste,  à  copier  fidèlement  les  choses 
qu'il  jugeait  dignes  de  mémoire,  telles  qu'elles  lui  étaient 
fournies  et  dans  l'ordre  établi  par  son  modèle  ? 


—  181  — 

Le  temps  qu'il  gagnait  d'un  côté  en  supprimant  cer- 
taines choses  ,  il  le  dépensait  d'un  autre ,  et  moins  utile- 
ment ,  à  renverser  la  succession  rationnelle  et  chronolo- 
gique des  faits  adoptée  par  Gilles  d'Orval,  et  surtout  à 
surcharger  son  récit  de  d'indications  puisées  ailleurs  et 
souvent  étrangères  à  l'histoire  du  pa}rs.  On  ne  compren- 
drait pas  davantage  le  motif  qui  lui  aurait  fait  préférer  ces 
renseignements  à  d'autres,  beaucoup  plus  importants,  qui 
se  rencontrent  dans  la  chronique  publiée  par  Chapeauville 
et  que  le  compilateur  aurait  jugé  à  propos  de  supprimer. 

Si  cette  dernière  œuvre  comprend  moins  sous  certains 
rapports  que  le  fragment ,  on  ne  peut  en  tirer  la  même 
conséquence  ;  je  viens  de  dire  que  ces  additions  sortaient 
quelques  fois  du  cadre  que  s'était  tracé  Gilles  d'Orval  en 
écrivant  une  histoire  des  évêques  de  Liège  ,  et  ce  dernier 
ne  les  jugeant  pas  appropriées  à  son  sujet,  les  a  omises  à 
dessein. 

Ce  qu'on  vient  de  lire  par  rapport  aux  compilations  du 
moyen -âge  explique,  au  contraire,  l'abondance  des  rensei- 
gnements qui  enrichissent  la  chronique  imprimée  ;  d'après 
le  témoignage  de  son  éditeur  ,  Gilles  d'Orval,  avant  de  se 
mettre  à  écrire  ,  s'était  entouré  d'une  foule  de  manuscrits 
qu'il  recueillit  dans  les  bibliothèques,  si  riches  alors,  des 
monastères  :  Quam  ob  causam  omnem  diœcesim  leodiensem 
illiusque  veteres  bibliothecas  M.  S.  codicibus  instructas 
S.  jfariœ  Sanctique  Lamberti,  Malmundariensem,  Stabn- 
lensem,  Lobiensem,  Gemblacensem,  S.  Hicbertiin  Ardtienna, 
S.  Laarentii prope  Zeodiam,  S.  Jacobi  leodiensis  et  alias, 
ipse prœsens  eœcussit  (Chap.  T.  II,  préface). 

On  ne  peut  douter  que  si  Gilles  d'Orval  s'est  donné  tant 
de  peines  pour  rassembler  des  matériaux  de  toutes  parts  , 
il  n'ait  songé  d'abord  à  tirer  parti  de  ceux  qu'il  avait  sous 
la  main. 

16 


—  182  — 

Écrite  par  ses  confrères  ,  la  chronique  qui  fait  l'objet 
de  cette  note,  était  de  ce  nombre,  et  il  n'est  pas  étonnant 
que  notre  annaliste  y  ait  largement  puisé. 

Comme  on  le  verra  plus  loin  ,  il  ne  se  serait  pas  borné 
à  la  consulter ,  il  l'aurait  exploitée  ,  et  cette  circon- 
stance vient  donner  un  nouveau  poids  à  l'opinion  que 
j'ai  émise.  En  effet,  c'était  la  manière  de  Gilles  d'Orval  de 
copier  textuellement  ses  sources,  et  l'on  pourrait  presque, 
d'un  bout  à  l'autre  de  son  livre ,  indiquer  les  passages 
correspondants  qu'il  a  tirés  de  divers  chroniqueurs  (/). 
Chapeauville  l'a  fait  quelquefois  (  -  ),  et  s'il  y  avait  mieux 
pris  garde,  ou  s'il  avait  eu  à  sa  disposition  un  plus  grand 
nombre  de  manuscrits,  le  savant  péniténtier  de  Sl-Lam- 
bert  aurait  eu  bien  d'autres  occasions  de  faire  la  même 
remarque.  Que  l'on  compare,  par  exemple,  dans  le  second 
volume  des  Gesta  pontificum,  le  passage  pp.  205,  206  de 
la  chronique  du  moine  d'Orval  ,  avec  celui  pp.  60S  ,  609 
du  Triumphtts  St.-Lamberti,  même  volume.  Il  existe  aussi 

;  i)  Cet  auteur  a  fait  quelques  fois  ses  extraits  avec  si  peu  de  soin  que. 
à  propos  du  même  fait,  il  donne  deux  dates  iixees  d'yprès  des  stj  les  dif- 
férents, ce  qui  jette  une  grande  confusion  dans  sa  chronologie  ••  V.  Chap. 
t.  II.  p.  252:  Vides  ex  calculis,  etc.  V.  aussi  Ernst,  Hisl.  du  Limlourrj, 
t.  IV,  p.  105,  n. 

(  s  )  Tolum  hoc  caput  fere  vcrbolenus  desumptum  ex  secundo  lihrocap. 
5  auctoris  anonymi  Vitae  S.  Odiliœ  [Chap.  t.  il,  p.  2i3)  ;  cette  vie  que 
Chapeauville  a  ,  parait-il,  encore  vue  ,  n'existe  plus. —  Non  difficile  est 
advertere  JEgidium  historiam  hausisse  ex  Reinero  S.  Jacohi  (1b.  p.242)(*). 
—  Vides,  lector,  auctorem  noslrum  (.Cgidium)  verbolenus  historiam  hanc 
ex  scriptis  Reineri  sicut  et  plerasquc  ovines  ex  libris  suorurn  auclorum 
nulla  fere  verborum  mulalionc  facla  hausisse  [lbid.  p.  197),  etc.  Voir 
les  notes  de  Chapeauville. 

(*)Lenom  de  famille  de  Renier,  moine  de  St. -Jacques,  est  resté  in- 
connu a  nos  biographes  ;  mais  il  nous  dit  lui-même  qu'il  était  allié  à  la 
famille  de  Fléron  :  Ex  parte  vero  noslra,  ceciderunt  tanlummodo  viginli 
seplem,  inter  quos  Anselmus  rnilcs  de  Fléron  cecidit.  vicinus  et  cognalus 
noster.  (Chap.  t.  11,  p.  229). 


183 


à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège  deux  très- 
anciens  manuscrits  (*)  dont  plusieurs  chapitres  se  retrou- 
vent en  entier  dans  le  texte  de  Gilles  ;  il  n'y  a  donc  rien 
d'étonnant  qu'il  en  ait  usé  de  même  avec  la  chronique  des 
frères  de  cette  abbaye  (2). 

Une  seule  chose  pourrait  être  objectée  :  c'est  la  servi- 
lité avec  laquelle  le  chroniqueur  aurait  copié  jusqu'au  bout 
les  anciennes  annales  ,  même  pour  des  choses  qui  se  pas- 
saient de  son  temps  et  qu'il  aurait  pu  raconter  de  visu  ( 3); 
or,  il  est  certain  qu'il  a  suivi  ce  système  jusqu'à  la  fin  de 
son  livre,  comme  on  peut  s'en  convaincreen  lisant  le  cha- 
pitre 128,  avec  les  notes  qu'y  a  joint  Chapeauville. 

Une  dernière  supposition  reste  à  faire  à  l'égard  de  la 
chronique  en  partie  retrouvée  :  c'est  d'y  voir  un  premier 
travail  de  Gilles  d'Orval ,  qui  aurait  ensuite  été  remanié 
par  lui. 

La  suite  de  mes  recherches  m'a  également  révélé  cette 
même  chronique  comme  une  des  principales  bases  sur 
lesquelles  a  travaillé  l'auteur  anonyme  du  Chronicon  mag- 
num Belgicum  ;  les  passages  qu'il  lui  a  empruntés  sont 
nombreux.  De  temps  en  temps,  pour  donner  un  certain 
enchaînement  à  la  narration  ou  pour  relier  ses  extraits 
il  a  changé  quelques  commencements  de  phrases , 
comme   on  le  verra  dans  les  notes  qui  accompagnent  le 

('  )  Vie  de  l'Evêque  Badrie,  œuvre  d'un  moine  anonyme  de  St. -Jacques 
du  XIe  siècle,  publiée  par  M.  Perlz  ;  vie  de  St. -Servais. 

(2)  Quoique  son  œuvre  ne  soit  pour  ainsi  dire  qu'une  longue  suite  d'ex- 
traits, Gilles  d'Orval  ne  laissait  pas  de  la  regarder  comme  sienne  :  Et  inde 
abanno  incarnati  verbi  1038...  noslram  dignum  duximus  inilium  habere 
portiunculam  (Chap.  t.  11,  p.  2). 

(5)  On  remarquera  que  les  deux  livres  se  terminent  exactement  à  la 
même  date  ,  en  1247,  quoique   ce   ne  soit  que  cinq  années  après,  que 

Gilles  d'Orval  ait  déposé  la    plume  ;   il  nous  l'apprend  lui-même 

puodusquein  finem  anni  Domini  1251,  quando  calamo  silentium  impo- 
suimus.  ^Chap.  t.  II,  p  269}. 


texte  du  fragment.  Il  a  extrait  particulièrement  les  indica- 
tions relatives  à  l'établissement  des  couvents ,  à  leurs 
mutations,  à  tout  ce  qui  entre  plus  directement  dans  le 
plan  d'une  histoire  monastique.  Ces  passages  à  la  suite 
desquelsj'espérais  trouver  une  indication  plus  précise  sur 
l'auteur  des  anciennes  annales  ,  ne  sont  spécifiés  que  par 
ces  mots  :  liœc  en  chronicis  leodiensihus  (1). 

On  remarquera  que  parmi  les  livres  qui  sont  énumérés 
comme  ayant  été  mis  à  profit  dans  cette  compilation  , 
la  chronique  de  Gilles  d'Orval  n'est  pas  mentionnée  ; 
l'auteur  a  sans  doute  jugé  inutile  d'y  recourir,  puisqu'il 
trouvait  tous  les  renseignements  qu'elle  renferme  aux 
sources  premières  où  ce  dernier  lui-même  avait  puisé. 

Le  mot  mendocius  que  l'on  trouve  dans  le  fragment  , 
me  fit  faire  une  découverte  plus  importante.  Ce  mot,  je 
l'avais  lu  récemment  dans  un  chronicon  leodic?ise,écnt\)ax 
Mathieu  de  Leewis,  chanoine  de  Ste-Croix  (2)  ;  en  rappro- 
chant les  deux  textes,  je  vis  que,  sauf  quelques  modifica- 
tions, ils  étaient  identiquement  les  mômes.  Cela  pourrait 
faire  supposer  que  la  chronique  primitive  des  moines 
d'Orval  n'est  pas  perdue  et  qu'elle  est  passée  presqu'en 
entier  dans  celle  de  M.  de  Leewis  ;  il  nous  en  reste  une 

(')  Voici  comment  l'éditeur  du  Chronicon  magnum  Bclgicum,  œuvre  d'un 
chanoine  régulier  de  l'ordre  de  S.  Augustin  près  de  Neuss  qui  écrivait  vois 
1480,  s'exprime  h  l'égard  de  cette  compilation  :  vera  est  rhapsodia  sine 
ordine  ,  sine  ornatu.  ex  variis  collecta,  quos  ipse  (auclor)  débita  iide,  ad 

quamvis  hisloiiam  adlegvait  pauca  de  suo  adjecil conlinet  aulem  haec 

rhapsodia  polissimum  res  in  Belgio  atque  ad  Hhenum  inferiorem  gestas, 
historiam  ducum  Brabantiae  et  comitum  Hollandue  ,  successiunes  > 
porum  et  abbalum,  singulorum  gesla,  causas  monasteriorum  .  haereses, 
statum  ordinum  ecclesiasticorum  et  similia,  quibus  ea  quae  ad  generaiem 
faciunt  germanicae  noliliam  suhinde  inscruutur.  (Préface  de  Struvius 
édité  dans  la  collection  de  Pistorius,  vol.  111.). 

(2)  Ce  chronicon  précède  un  magnifique  carlulaire  de  cette  collégiale 
sur  vélin,  conservé  aux  archives  de  l'Etat  à  Liège 


-  185  — 

copie  assez  fidèle,  s'il  faut  en  juger  par  ce  qui  nous  est 
parvenu  de  l'original  (!) 

Il  me  reste  à  décrire  brièvement  le  manuscrit  :  c'est 
une  feuille  de  vélin  petit  in-folio,  remplie  des  deux  côtés 
d'une  écriture  très  serrée  ,  surchargée  d'abréviations. 
La  lre  lettre  de  chaque  phrase  est  rubriques  alternative- 
ment en  rouge  et  en  bleu  ;  un  paragraphe  est  consacré  au 
règne  de  chaque  prince  ;  les  initiales  de  ces  paragraphes 
sont  aussi  coloriées  les  unes  en  bleu ,  les  autres  en  rouge. 
Le  recto,  qui  était  à  l'extérieur  de  la  couverture,  est  de- 
venu presque  noir  ,  et  l'écriture  a  beaucoup  souffert  du 
frottement  surtout  à  l'endroit  qui  servait  de  dos.  Le  verso 
protégé  à  l'intérieur  par  le  carton  est  beaucoup  plus  lisi- 
ble. Les  sept  dernières  lignes  de  cette  page  commencent 
une  généologie  carolingienne  qui  devait  être  continuée  au 
feuillet  suivant.  Ce  changement  de  sujet  pourrait  faire 
croire  à  une  chronique  universelle  comme  l'est  le  Chro- 
nicon  magnum-,  mais,  dans  ce  qui  précède,  il  s'agit  trop  ex- 
clusivement du  diocèse  de  Liège  pour  ne  pas  y  voir  une 
histoire  toute  locale  ;  la  note  qu'une  main  plus  récente 
a  tracé  au  bas  confirme  du  reste  cette  opinion. 

Voici  la  transcription  exacte  du  fragment  ;  les  abré- 
viations et  les  mots  douteux  sont  marqués  en  caractères 
italiques  ;  j'ai  joint  en  note  les  passages  correspondants 
de  Gilles  d'Orval  et  du  Chroncion  magnum  qui  gardent  le 
plus  de  traces  du  texte  de  l'ancienne  chronique. 

Stanislas  Bormans. 

(')  Cette  circonstance  augmente  la  valeur  historique  du  travail  du 
chanoine  de  Slc.-Croix  ,  qui  mérite  à  tous  égards  les  honneurs  de  la  pu- 
blicité. Les  fastes  de  notre  pays  qui  suivent  l'année  1247,  où  l'ancienne 
chronique  lui  a  fait  défaut ,  sont  extraites  de  Hocscm  jusqu'en  43^0;  à 
partir  de  cette  année  jusqu'en  1379  ,  date  ou  écrivait  M.  de  Leewis  ,  il 
raconte  lui-même  et  son  œuvre  peut  être  regardée  comme  une  source 
importante,  surtout  pour  cette  dernière  période  de  notre  histoire  sur 
laquelle  il  existe  peu  d'écrits. 


—  186  — 


TEXTE  DU  FRAGMENT. 


...quod  maneret  ubi  animus  suus  m  agis  inclinabatur;  ob  amorem 
beati  Lamberti  remansit  Leodii  ,  cum  gaudio  Leodiensium  eum 
reducentium.  (1)  Anno  Domini  m. ce.  (2)  opidum  Sancti  Trudonis, 
quodMetensi  ecclesie  beatus  confessor  Trudo  contulerat,  Leodiensi 
est  dyocesi  per  Hugonem  perpetuo  sociatum,  annuente  episcopo 
Metensi,  et  juridicio  abbaliarum  de  Wachor  et  de  Hasterio  ;  pro 
his  omnibus,  tradila  sunt  bona  quedam,  que  beatus  Lambertus 
tenebat  in  episcopatu  Metensi  et  duo  millia  librarum.  Hugo  de- 
cumbens  in  Castro  Hoyensi,  dissponitis  {sic)  rébus  suis,  eligens(ô) 
sepulturam  ad  vallem  sancti  Lamberti  quam  fundaverat,  moritur 

anno  Domini  m.cc.xxix;  (4)  delatus (5)  Leodium  cum  maximis 

equitiis  (c),  in  ecclesia  beati  Lamberti  jacuit  a  i'eria  v  s(cilicet),  in 
festo  Leonis  usque  ad  secundam  et  ibi  sepultus  est  (7).  Hugo  con- 
diderat  testamenlum  de  xxxij  marcliis  reposilis  apud  abbates  cis- 
tercienses  ut  multis  ?  restituerentur  et  c[etera)  ?  in  elemosinam 
largirentur  ;  quod  fideliter  factum  est  pauperibus  in  episcopatu. 
Post  vj  ebdomadas  Johannes  ecclesie  major  prepositus  lilius 
sororis  E\i(gonis)  episcopi  fit  episcopus  Leodiensis  lxvj  ,  viij 
annis  (s),  et  in  valle  Sancti  Lamberti  suam  primam  missam  cele- 
bravit.  Tune  papa,  rebellante  sibi  Yre(derico)  imperatore,  misit 
per  tolum  mundum,  ut  sibi  fidèles  considerarel(u);  inter  quosOtlo 
cardinalis  venit  Leodium  ;  qui  cum  vellel  reditus  (10)  clericorum 
rescindere,  propter  hoc  Otto  exivit  Leodium  cum  episcopo  quasi 
effugatus  ;  propter  quod,  Leodium  in  banno  et  inlerdicto  positum 
est,  et  a  nuntio  régis  (11)  Fre{derici)  destructum  (12).  Secundo  (is) 
anno  episcopatus  Johannis,  fundatum  est  clauslrum  quod  dicitur 
Grande  pratum  a  Maria  comitissa  de  Vienna,  de  bonis  Vh{ilippi) 
comilis  Namuceusis,  fratris  sui,  sicut  ipse  inslituit.  Hujus  primus 
abbas  fuit  Johannes,  qui  primo  laïeus  ,  die  qua  miles  factus  est, 
cum  multis  expensis  iit  monachusin  Villari.  Tune  nonne  de  So- 


-  187  - 

lires,  ordinis  sancti  Augustini,  assumpserunt  ordinem  cistercien- 
sem.  Tune  moniales  Roberti  monti(s)  translate  sunt  ad  locum  qui 
dicitur  Vallis  benedicta.  Hiis  temporibus,  fundatum  est  claustrum 
quod  dicitur  Vinea  Nostre  Domine,  a  Reinero,  priore  Beliifaceti, 
ordinis  sancti  Augustini,  qui,  de  consilio  Johannis  episcopi,  unam 
partem  bonorum  suorum  clero  dédit,  et  aliam  monialibus  ,  que 
post,  ordinem  cisterciensem  susceperunt.  AnnoDomini  m.cc.xxxvj 
imperator  ducit  filiam  régis  Anglie  et  magnam  curiam  in  Wormam 
tenet,  de  qua  revertens  Û(enricns)  duxquiLeodium  spoliaveraKu), 
Colonie  moritur.  Anno  Domini  m.cc.xxxvj  ,  in  festum  S.  Marie, 

congregatis  quad millium  hominum  ,  imperator  cum 

tribus  episcopis,  quibus corpus  béate  Elisabeth  vidue 

levavit.  Tune  combusta  estecclesia  regalis  sancte  Marie  cum  tota 
civitate  Aquensi.  Tune  episcopus  Johannes  villam  de  Zitlre  pro 
duabus  millibus  marcharum  acquisivit,  qua  m  Walerano  (15)  suo 
marescalco  in  feodum  dédit,  et  cum  idem  Tectis  villam  episcopi 
combusisset,  episcopus  eum  persecutus  fuit  usque  ad  castrum 
Montis  Jovis  (ie).  Anno  Domini  m.cc.xxxvij  patriarcha  jacobita- 
rum  orientalium..  .  venerablis  sancli(s)  moribus  et  etate,  cum 
muîtis  archiepiscopis  et  monacbis  sue  gentis,  Jherosolimam  venit; 
quibus  fralres  ordinis  predicatorum  verbum  fidei  juramentum 
exposuerunt,  ut  obedientiam  ecclesie  Romane  jurarent,  omnem 
heresim  pariter  abdicantes,  et  recepit  dictus  patriarcha  habitum 
fratrum  predicatorum.  Iili ,  hec  provincie  obediunt  in  quibus 
habitant  innumerabiles  christiani  sub  Sarracenis.  Idem  fecerunt 

duo  archiepiscopi  unus  Jacobinus  et  alter (17)  Idem  promi- 

serunt  facere  alii.  Tune  frater  Jordanus,  sanctus  magister  ordinis 
predicatorum,  naufragio  submergitur(i8).Tunc  (i9jortaest  conten- 
tio  inler  episcopum  et  Waleranum  comitem  ,  causa  castri ,  quod 
Smargdus  vel  Pilans  vacca  dicitur;  quod,  cum  episcopus  Johannes, 
exercitu  magno  leodiensium  et  flandrensium  et  aliorum,  subse- 
disset,  morbo  gravi,  ignorante  exercitu,  Dyonantum  fertur,  et  ibi 
in  brevi  moritur  in  dampnum  patrie,  anno  Domini  m.cc.xxxviij, 
et  occulte  in  vallem  sancti  Lamberti  sepelitur^  ne  inimici  anima- 
rentur  et  exercitus  turbaretur.  Temporibus  Johannis  episcopi, 


-  188  - 

In  (-20)  loco  qui  Graveria  dicitur,  funclata  est  ecclesia  Beale  Marie, 
et  insula  Beale  Marie  dicitur,  ubi  primum  canonici  regulares 
fuerunt,  sed  post  fratres  de  ordine  scolarium.  Tune  (21)  etiam  in- 
choata  est  ecclesia  fratrum  minorum  in  loco  qui  dicitur  Treste, 
quam  Johannes  episcopus  consecravit,  nec  non  et  ecclesia  fratrum 
predicatorum  in  Insula,  ecclesie,  inquam  ,  censu  et  rébus  pro- 
peres  (22)  sed  vertulibus  et  sensu  locupletes. 

(23)  Post,  celebrata  electione,  quedam  pars  elegit  Oltonem  pre- 
positum,  alia  pars  Willelmum,  electum  Valentine  ecclesie,  fra- 
trem  comitis  Flandrie,  virum  bonum  ;  qui  ambo  properant  ad 
Curiam.  Willelmus  a  papa  confîrmatur  in  episcopum  Leodien- 
sem,  Fre(derico)  imperatore  consenliente  (24)  si  {quidam)1!  partem 
Ottonis  favente;  proquibus  refrenandis  rexFrancorumLu(d0t>JCMs) 
junior  fertur  misisseRomam  nuntios  sedantes  (25)  ipsos.  (20)  Tune 
vastatur  graviter  episcopatus  Leodiensis  quibus  (27)  parentis 
Ottonis  et  aliis  partes  Willeslmi  confoventibus.  (28)  Tune  venit 
Leodium  Conrardus  filius  Fre(derid)  intronizans  Ottonem  in 
cathedra  episcopali ,  *\\'û{lelmo)  in  Curia  rémanente  ,  volensque 
ut  ei  fidelitatem,  sicuti  episcopo,  cives  jurarent,  illis  responden- 
tibus  se  illi  fidelitatem  facere,  quem  ecclesia  in  episcopum  sus- 
ciperet.  (29)  Intérim  fama  volât  Willelmum  ?  esse  conlîrmatum  a 
papa ,  lxvij  a  beato  Materno  episcopum  ;  nec  existente  qui  episco- 
patuisubveniret,  in  tribunalibus  (30)  expectabatur  fere  per  annum; 
qui  revertens  in  partibus  Transalpinis,  mortuus  est  in  dampnum 
episcopatus,  anno  Domini  m.cc.xxxix  et  in  claustro  sue  terre  na- 
talis  transportais  sepultus  est.  (31)  Post,  die  eloclionis  statuta, 
Jacobus,  cardinalis  legatus,  quondam  abbas  Trîum  tontium,  in- 
hibet  Leodiensi  ecclesie,  ne  sine  consilio  suo  etassensu  procédè- 
rent in  electionem.  (32)  Tandem,  coram  legalo  dicto,  in  très 
consenserunt  ,  s{cilicet)  in  Roberlum  Lingonensem  episcopum, 
Gau(fridum)  Cathalanenscm  episcopum,  fratrem  quoque"VVil(dm) 
predicti  ;  (33)  consilio  ergo  legati,  Ko(bertus)  ,  sede  lingonensi 
assignats  (54)  ,  fit  episcopus  Leodiensis  lxviij  ;  vir  nobilis,  cujus 
fratres  erant  Ra(du//?/tws)  Virdunensis  episcopus,  et  ]o[hannes) 


—  189  - 

halivus  Campanie.  Hic  erat  litteratus  in  lege  divina,  sagax,  m  oro- 
sus  et  in  ornamentîs  ecclesie  curiosus  ;  sed  fertur  fuisse  ambi- 
tiosus.  Cum  enim  in  electione  Remensis  ecclesie  unus  e  pluribus 
esset  nominatus,  ut  haberet  unde  partis  sue  causam  foveret,  sedi 
proprie  (35)  fertur  multa  dislaxisse  (sic),  ab  illis  eliam  de  terra 
quibuscumque  multa  exlorsisse,  quantum  non  potuit  obtinere(ô6). 
^37)  Hic  ecclesiain  fratrum  predicalorum  Leodii  ,  in  honore  (m) 
Béate  Catherine,  cum  Guidone  Cameracensi  et  Bailduino)  quondam 
Lusonensi  episcopis,idus  augusli  dedicavit, anno  Domini  m.co.xlij. 
Tune  defunclo  Gvo(gorio)  papa,  successit  Gelestinus  qui  infra  xvij 
dies  obiit;  post  xxij  menses  ,  Inno(centius)  est  electus  ;  qui 
lnno(centius)  consilium  tenuit  in  Lugduno  et  ibi  imperatorem 
¥ve(dericum)  deposuit,  in  quo  fuit  patriarcha  Jerosomitanus  (ss)  et 
centum  episcopi.  Cum  autem  Ko(bertus)  episcopus  esset  reversus 
a  consilio,  acquisivit  a  Walecano  comité  pontem  et  quid  jurisha- 
bebat  inDyonanto.  (39)  Tune  reedificatum  est  claustrum  Roberti 
montis  a  Lamberto  cauonico  Leodiensi  et  custode  Dyonisii. 
(40)  Anno  Domini  m.cc.xliiij  fratres  minores  reliquerunt  ecclesiam 
quam  fere  Leodii  per  xliij  (41)  annos  inhabitaveranl,  et  edificave- 
runt  in  loco  qui  dicitur  Richerifons,  super  rivum  Mendocius  ; 
de  qua  ecclesia,  multo  tempore  ante  fuerat  dictum  a  puero,  Bas- 
tiano  nomine,  postea  heremita,  qui  dum  in  domo  patris  sederet 
ad  ignem  sepe  proferebal  :  certe  adhuc  cantabuntur  in  isto  loco 
multe  misse  dévote.  Mutaverunt  enim  idem  fratres,  fere  per  omnis 
civitates  Alemannie  et  Francie  domos  suos,  qui  in  Colonia  eme- 
runt  palatium  Ko(berti?)...,  et  ibi  edificaverunl.  (42)  R(obertns) 
episcopus,  instinctu  io(annis)  decani  Sancli  Lamberli,  obtinuita 
capitulo  generali  cisterciensi,  ut  per  ordinem  universum,  singulis 
annis,  sancti  Lamberti  festum  solempniter  celebraretur ,  de  quo 
antea  tantum  fiebat  memoria.  (43)  Wo(bertus)  episcopus  diu  epis- 
copatum  rexit  în  pace  ;  qui  apud  castrum  Fossense,  contrilione 
magna,  moritur,  anno  Domini  m. ce. xlvj,  présidente  Rome  lnno- 
(centio)  iiij,  et  apud  Alnam  sepultus  est.  Sed  post,  per  S{(ephaiium) 
abbatem  Clarevallensem  ,  ad  Clarevallem  transfertur,  ubi  prius 
elegerat  sepulturam,  dum  esset  episcopus  Lingonensis.  (44)  Tem- 


~  190  — 

pore  Ro{brrti)  episcopi,  pro  nimia  siccilate,  indicitur  friduanum 
jcjunium,  et  triplex  fil  processio  ab  omni  clero  et  populo,  midis 
pedibus  et  in  laneis,  feria  secunda,  iiijaetvj;>;  prima  die  in  eeclesia 
apostolorum  missa  celebrata,  vidit  saeerdos  quidam  Deo  digur.s, 
chorum  apostolorum  cum  beato  Theodardo,  cujus  corpus  ibi 
porlatum  erat,  Deo  pro  congregalione  isla  preces  fundere  ,  sed 
beatam  Mariam  contra  dicentem  ,  eô  quod  ,  in  processione,  de 
ipsa  non  fuerat  facta  memoria  ;  sed  in  secunda  processione  ad 
sanctum  Leonardum  fit  de  ipsa  memoria  dévote,  per  nn[h{ipho- 
nam)  :  Salve  Regina  ;  et  cum  serenum  tempus  a  nie  fuisset,  ta  nia 
innundatio  pluvie  facta  est,  ut  fere  omnis  qui  in  processione  ade- 
rant,  hoc  illacque  dispergeret. 

(45)  Henricus  hujusnominis  iij  ,  étale  adolescens  ,  forma  egre- 
gius,  génère  nobilissimus,  frater  Ottonis  Gelrensis,  fit  Leodiensis 
episcopus  si  Ferandus  computelur  xxx  in  numéro  pontificum; 
sed  quia  hic  computari  non  meruit,  id  circo  llicnriciis)  moribus  et 
elate  juvenis,  lxix  episcopus  dicitur.  Huncprefecit  Petrus  Caputius 
cardinalis  et  legatus  Romane  ecclesie  anno  Domini  m.cc.xlvij. 

Pijtinus  major  domus  Hildrici  qui  (solo?)  (46)  nomine  régis 
utebatur,  tonsus  in  monasterium  missus  est.  Hic,  Karolo  Mar- 
cello, quem  genuit  ex  Alpaïde  sorore  Dodonis,  pro  qua  sanctus 
Lamberlus  Leodio  martyrizatus  est,  reliquit  principatum  suum. 
Hic  Karokis  Marcellus  quia  défendit  Francos  a  Sarracenis  Hispa- 
nis,  factus  est  rexFrancorum  :  obiit  autem  anno  domini  743  (47) 
et  dicitur  esse  dampnatus  quia  ecclesias  dampnificaverat. 

Hic  reliquit  filios  duos  $(eilicet)  Pipinum  parvum  et  Karolo- 
mannum.  Karolomannus  monachus  factus  est.  Stephanus  papa 
optinens  ausilium  a  Pipino  eum  consecrat  in  regem  Parisius  cum 
Karo(/us)  et  Karolomanno  ejus  liliis  et  Bertrada  eorum  maire. 
Hic  Karolus ,  juvans  Adrianum  papam,  vicit  regem  Lon(gobur- 
(I  or  uni) 

Hic  terminantur  gcata  ■pontificum  nostrorum  a  fratribus  Aurcc 
vallis  conscripia. 


—  191 


NOTES. 


(I)  Factus  est  praeterea  anno  Domini  1227  quidam  ad  pacem  Leodien- 
sis  ecclesiae  contraclus,  dum  Sancti  Trudonis  oppidum ,  quod  Melensi 
ecclesiae  olim  beatus  confessor  Trudo  contulerat,  Leodiensi  est  diocesi  per 
venerabilem  Ilugonem  perpetuo  sociatum ,  annuente  Joanne  Metensi 
tune  episcopo .  et  majoribus  ecclesiae  praefalae  ,  cum  omnibus  suis  perti- 
nentes et  omni  integritate  qua  illud  possederat  episcopus  et  ecclesia  Me- 
tensis,  cum  juridiclione  etiam  duarum  abbatiarum  Walcidiorensis  et  de 
Hasteriis  ,  nec  non  et  sancti  Trudonis.  Pro  his  omnibus  tradita  est  curtis  de 
Bertehem  et  de  Maderiis,  et  alii  redditus,  quos  sanctus  Lambertus  tenebat 
in  Metensi  diœcesi ,  additis  insuper  duobus  milibus  librarum  metensis 
monetae.  (Gilles  d'Orval,  ap.  Chapeauville,  lib.  Il,  p.  244). 

La  partie  de  cette  phrase  qui  ne  concorde  pas  avec  notre  fragment,  est 
empruntée  a  Renier  de  St. -Jacques  :  Dominus  episcopus  Hugo  acquirit  ab 
episcopo  et  ecclesia  Metensi  medietatem  oppidi  S.  Trudonis,  cum  omnibus 
suis  pertinenliis  et  omni  integritate  qua  illud  possederat  episcopus  et  ec- 
clesia eadem  Metensis  ,  nec  non  adhuc  jurisdictionem  duarum  abbatiarum 
S.  Trudonis  et  Hasliers.  Pro  quibus  omnibus  tradita  est  curtis  de  Bertehem 
et  alii  redilus ,  quos  S.  Lambertus  tenebat  in  Metensi  diœcesi  :  additis 
insuper  duabus  milibus  libris  metensis  monatae. 

(2;  Il  faut  m  Ccxxvij  ;  m. ce.  est  évidemment  une  erreur  de  copiste  ; 
les  diplômes  louchant  cette  cession  l'attestent. 

(3)  Electa  sepultura  sua  in  valle  sancti  Lamberti  Cysterciensis  ordinis, 
quam  ipse  aedificaverat  vG.  d'Orval  ap.  Chap.  H,  p.  250). 

Les  termes  employés  par  Gilles  d'Orval  dans  la  suite  de  ce  récit  se 
retrouvent  dans  une  autre  chronique  donnée  par  extraits  dans  le  Chronicon 
magnum,  p.  230  :  Hugo...  in  Castro  Hoyensi  praesentibus  quamplurimis 
personis  ecclesiasticis,  et  omnibus  aliis  rébus  suis,  tam  exterioribus  quam 
interioribus  ad  se  et  episcopatum  perlinentibus  ,  satis  laudabiliter  et 
honesle  disposilis ,  magistro  Jacobo  quondara  Anconensi  episcopo...  mo- 
ritur.  Ce  qui  concerne  les  dispositions  testamentaires  est  de  nouveau 
extrait  de  Renier  de  St. -Jacques  (V.  Chap.  IL  p.  252,  n.  4). 

(4)  Delalus  est  in  ecclesiam  sancti  Lamberti,  ubi  cum  maximis  exequiis 
usque  ad  feriam  secundam  jacuit.  (G.  d'Orval,  ap.  Chap.  II,  p.  250). 

[5  Mot  que  je  n'ai  pu  déchiffrer  de  façon  à  ce  qu'il  s'accordât  avec  le 
contexte  ;   à  première  vue  on  croit  lire  quia. 

(6)  Exequiis  ? 

(7)  11  règne  une  grande  divergence  parmi  les  auteurs  à  propos  de  la  date 
de  l'ensevelissement  de  Hugues  dePierrepont;  nous  avons  tâché  de  lescon- 


—  192  — 

cilicr  en  prenant  pour  base  les  calendriers  de  Natalis  de  Wailly  [Élém.  de 
paléographie)  et  des  auteurs  de  Y  Art  de  vérifier  les  dates;  mais  il  y  a  là 
autre  chose  qu'une  confusion  de  style:  ce  sont  des  erreurs  de  copistes. 
Voyez,  du  reste,  ce  qu'en  dit  Ernst  (Bisl.  du  duché  de  Lùnbourg  .  t.  IV, 
p.  163,  n.)  La  date  de  la  mort  de  cet  évoque  parait  bien  être  le  12  avril , 
quoique  la  fête  de  St. -Léon  tombe  le  11. 

(8)  Sedit  annis  novem.  (Chron.  magn.,  p.  256). 

(9)  Pour  conciliaret  ? 

(10)  Pour  redditus. 

(1 1)  Frédéric  n'étant  pas  encore  couronné  à  Rome,  ne  portait  que  le  titre 
de  roi. 

(12  Ce  fait  rapporté  si  brièvement  dans  notre  chronique,  occupe  tout  le 
chapitre  150  de  celle  de  Giiles  d'Orval  ;  il  avait  là-dessus,  des  sources 
plus  fécondes  que  la  nôtre  :  M.  Ernst  [Hist.  de  Lhnbourg,  t.  IV,  p.  164) 
avance  que  Liège  fui  épargnée  par  le  préfet  impérial. 

(13'  Iicnianno  Domini  1230  fundatum  est  claustrum,  quod  dicitur  Grande 
Pralum  ,  a  Margarela  vel  .Maria  comilissa  de  Vienna,  de  bonis  Philippi  , 
comitis  Namurcensis  ,  fratrissui  ,  sicut  ipse  instituit,  cujus  primus  abbas 
fuit  Johannes  ,  qui  primo  laicus  ,  die  quo  miles  Cactus  est,  cuni  multis 
expensis  lil  monachus  in  villari.  Tune  moniales  de  Soliers  prope  Ho\um  , 
ordinis  sancti  Augustini ,  assumpserunt  ordinem  Cistercienscm  :  et  simul 
moniales  Roberli  monlis  translatae  sunt  ad  locum  ,  qui  dicitur  vallis  Be- 
nedicta.  Istis  diebus  fundatum  est  claustrum,  quod  dicitur  Vinea  Nostrae 
Dominae  à  Raynero  priore  Belli  Faceli,  ordinis  sancti  Augustini,  qui  de 
consilio  Joannis  episcopi  unam  partem  bonorum  suorum  clero  dédit ,  et 
alteram  monialibus,  quae  post  ordinem  cisterciensem  nesusperunt.  (Hœc 
ex  chronicis).  (Chron.  magn.  p.  256). 

Ces  fondations  qui  avaient  été  omises  par  Gilles  d'Orval  à  dessein  ou 
par  négligence  ,  lurent  par  la  suite  ajoutées  en  note  sur  le  manuscrit  dont 
se  servit  Chapeauville  :  codex  JEgidii  in  marginali  annolalionc  sic  ha  bel-. 
hoc  in  tempore,  secundo  episcopatus  domini  Joannis  anno,  fundatum  est 
camobium  quod  dicitur  Grande  pralum  ordinis  cisterciensis  in  assumplione 
B.  .Mariai  Virginis ,  a  Margarela  comitissa  de  Vienna  de  bonis  Philippi  co- 
mitis Namurcensis  sui  fratris,  sicut  ipse  consiituilpro  remedio  anima;  suae, 
cum  esset  crucesignatus  contra Albigenses  et  in  itinere  obierit  sepultusque 
fuerit  Vaccelles.  Hujus  primus  abbas  exslitil  D.  Joannes  vir  religiosus  et 
humilis,  qui  multis  expensis  factis  et  apparatu,  die  eodem  quo  cingulo 
militiae  accinctus  erat,  ordine  cisterciensi  in  Villari  se  accinxit,  rclicta  vani- 
tateseculi.  Tertio  autem  episcopatus  Joannis  anno,Dco  inspirante,  nonna? 
de  Soliers,  ordinis  S.  Augustini,  assumpserunt  ordinem  cysterciensem  , 
quarum  prima  abbatissa  nobilis  et  religiosa  Isabella  de  Bonem  consan- 
guine dicli  episcopi  exstilit.  ^Cliap.  II,  p.  262). 


—  193  — 

(14)  Henri ,  duc  de  Brabanl,  qui  avait  saccagé  Liège  en  1212.  Anno 
ducatus  sui  18,  anno  vero  Domini  1-212  in  ascensione  Domini  ,  Henricus 
dux  ,  in  multiludine  gravi  ,  hora  diei  fere  lertia  ,  Leodium  expugnat  ,  et 
infini tam  tam  in  auro,  quem  argento  et  quicquid  pretiosum  est,  aufert 
suppelleclilcm  :  clerici  et  sacerdoles  nudanlur  et  illuduntur;  ecclesias- 
tica  quœque  diripiuntur  :  altare  sancli  Lamberti  sanguine  contaminatur, 
et  in  ecclesia  sancli  Pétri  1res  viri  interficiuntur  :  inler  mulieres  et  par- 
vulos  caplivorum  et  submersorum  fuit  non  modica  multitudo  :  quibus 
ita  patratis ,  Hugo  Leodiensis  episcopus  Hoiœ,  celebrala  synodo,  ducem 
excommunicavit  (Hœc  ex  chronicis),  Chron.  magn.,  p.  221 . 

(15)  Toule  cette  phrase,  depuis  tune  episcopus,  est  très-difficile  à  lire  ; 
lorsqu'on  s'est  servi  de  ce  parchemin  pour  relier  les  décréta,  on  l'a  plié  en 
deux  et  cette  partie  venait  sur  le  dos  ;  pour  rétablir  le  texte  j'ai  dû  recourir 
à  la  chronique  de  M.  de  Leewis. 

(16)  Montjoie. 

(17)  Mot  qui  semble  être  nosco;  peut-être  ncsto(rianus);  un  archevêque 
de  la  secte  des  Jacobites  et  un  de  celle  de  Nestoriens. 

(18)  Ce  fait  est  raconté  par  Vincent  de  Beauvais,  a°  1236.  (Chron. 
magn.,  p.  254). 

(19)  Orla  etiam  his  diebus  contentioneinter  Joannem  episcopum  et  co- 
mitem  Waleranum  causa  castri,  quod  Smaragdus  vel  Pilans  vacca  ab  in- 
colis lerrœ  illius  vocatur,  non  longe  distans  a  fluvio  Mosœ  et  oppido  Dyo- 
nanto;  Joannes  episcopus  caslrum  cum  exercitu  magno  tam  Leodiensium 
quam  Flandrensium  aliorumque  nobilium  obsedit ,  etc.  (Gilles  d'Orval 
dans  Chap.  II,  p.  262). 

(20)  Eeodem  tempore  (Johannis  episcopi)  in  loco  qui  dicilur  Granaria, 
fundala  est  ecclesia  Beatae  Mariae  ,  quaî  Insula  Beatae  Maria?  dicitur  ,  ubi 
primo  canonici  regulares  fuerunt,  sed  post  fratres  de  ordine  scholarium. 
(Chron.  magn.,  p.  257). 

Voici  comment  Gilles  d'Orval  a  arrangé  ce  passage  :  Temporibus  islius 
venerabilis  viri  Joannis  in  loco  qui  Graveria  antiquitus  dicebatur,  ubi  duo 
flumina  Mosa  et  Outa  in  unum  conveniunl  fundata  est  ecclesia  inhonorem 
B.  Maria? ,  qui  locus  tanti  nominis  excellenlia?  csedens  ,  et  novum  nomen 
assumens,  insula  B.  Maria?  vocal ur,  et  est  :  ubi  primum  canonici  regulares 
fuerunt,  postea  fratres  de  ordine  scholarium  constiluti  sunt ,  qui  usque 
hodie  ibidem  religiose  degentes  ,  in  Dei  servitio  persévérant.  (Chap.  II, 
p.  261). 

('21)  Hujus  quoque  antistitis  tempore  inchoata  est  ecclesia  fratrum  mi- 
norum  cum  appanditiis  suis  jnxla  ecclesiam  sancti  Jacobi  in  loco  qui  Tresles 
vocatur  nec  non  et  ecclesia  fratrum  pnudicatorum  in  Insula  ;  ecclesia?,  in 
quam,  censu  et  rébus  pauperes  ,  sed  virtutibus  et  sensu  locupletes  ,  qua? 
cœlesti,  etc.  (Gilles  d'Orval  dans  Chap.  II,  p.  261). 

il 


-  194  — 

Au  Trcit  (ad  Trajcctum);  sur  l'emplacement  du  grand  séminaire  ac- 
tuel, près  de  l'ancienne  église  de  St.-INicolas-au-Trez. 

(22)  Pour  paupercs. 

(23)  Post  decessum  autem  domini  Johannis  episcopi  celé  bralur  clectio 
circa  festum  beati  Joannis  Baplislae  ,  in  qua  electioneper  qmedam  in  do- 
minumOltonem  preposilum  Trajectensem  et  majoris  ecclesia;  canonicum 
convenit ,  altéra  vero  pars  in  dominum  GuilhehnumValentinœ  ecclesic 
clectum  ,  fralrem  comitis  Flandriœ  virum  bonum  et  honestum  consensit. 
Quid  plura  ?  Properant  ad  Curiam...  Guilhelmus...  confirmatus  in  anlisti- 
tem  Leodienscm...  Frederico  imperatore  tamen  non  consentiente  ,  sed 
inflexibiliter  fovente  parles  Ottonis.  Pro  quibus  refrenandis  conlroversiis 
rexFrancorum  Ludovicus  junior  Romain  l'erlur  misisse  legatos.  (G.d'Orval 
dansCbap.  Il,  p.  265). 

(24)  Le  copiste  a  omis  la  négation,  il  faut  non  consentiente. 

(25)  Pour  sedandum. 

(26)  Interea  vastabatur  graviter  episcopalus  Leodiensis  a  vicinis  prae- 
donibus  undique  einergenlibus...  quibusdam  partes  Ottonis,  aliis  ex 
adverso  partes  Wilhelmi  tueri  et  confovere  nitenlibus.  (Chap.  Il,  p.  264). 

(27)  Quibus  pour  aliquibus  ;  parentis.  peut-être  un  lapsus  pour  partes. 

(28)  His  ita  schabentibus  venit  Leodium  Conrardus  filins  Frederici  prœ- 
i'ati  pro  parte  Ottonis  eum  in  cathedra  episcopali  informiler  intronizans, 
volensque  ut  cives  ei  fidelitatern  sicuti  domino  suo  et  episcopo  lacèrent  et 
juraient,  illis  simpliciter  et  sagaciter  respondenlibus  se  ei  promplissime  et 
libentissime  fidelitatern  debitam  cxbibituros  quem  mater  ecclesia  in  epis- 
copum  canonice  suscepisset.  (Chap.  Il,  p.  264). 

L'auteur  du  Chronicon  magnum  n'a  pas  ici  suivi  notre  chronique  à  la 
lettre;  mais  quoi  qu'il  ait  puisé  à  différentes  sources,  c'est  de  la  nôtre  qu'il 
garde  le  plus  de  traces  :  ...  "SYilhelmus...  a  pradiclo  summo  pontifice 
(Gregorio)  confirmatus  et  consecratus  est;  sed  obstitit  ei  pnepositusTrajec- 
tensis,  quem  Conrardus,  filius  Frederici,  Leodium  venions,  inlhronizavit, 
jubens,  utei  fidelitatern  (sicuti  episcopo)  cives  jurarent;  sed  hi  respondent, 
illi  se  fidelitatern  jurare,  quem  ecclesia  in  episcopum  susciperet.  (Chron. 
magn.,  p.  261). 

(29)Inlcr  hœcfama  discurrente  dominum  Guilhelmum  a  summo  Ponti- 
fice Gregorio  confirmatum  et  consecralum  in  anlistitem,  nec  exislcnlequi 
Episcopatui  intérim  in  tribulationibus  subveniret ,  expectabatur  1ère  per 
annum  novusEpiscopus  a  clero  et  populo  ardenti  desiderio,  sed  heu!  quam 
cito  volventc  rota  l'ortunae  fraudàli  sunt  a  desiderio  suo  :  cum  enira  idem 
esset  venerabilis  autistes  in  reditu  itineris  tam  pcriculosi ,  in  damnum 
totiusepiscopatus  Leodiensis,  in  partibus  transalpinis  diem  clausit  extre- 
inum  anno  Domini  1239.  (Chap.  II,  p.  264)- 

(30)  Pour  tribulationibus;  à  moins  que  ce  mot  ne  soit  ici  synonyme  do 
Cuiïa.  à  la  cour  de  Rome. 


—  193  - 

(31)  Erat  tune  temporis  in  Francia  dominus  Jacobus  Pramestinus  epis- 
copus, S.  Romana;  ecclesia;  cardinalis  et  apostolicae  sedis  legatus  quondam 
abbas  Trium  fontium  ordinis  cistercii.Hic  auctoritate  sibi  commissa  ecclesia) 
Leodiensi  sub  pœna  excommunieationis  inhibait,  ne  sine  consilio  suo  et 
asscnsu  procédèrent  ad  electionera ,  cujus  auclorilas  valde  fatigavit  Elec- 
tores.  (Chap.  II,  p.  265). 

(32)  Tandem  slatuta  die  in  presentia  dicli  legati...  (Chap.  II,  p.  265). 

(33)  Hortatu  igitur  et  consilio  Domini  Jacobi  legati  et  majorum  ecclesia: 
leodiensis  qui  convenerant ,  dominus  Robertus,  sede  lingonensi  resignata  , 
eligitur  68  episcopus  ,  vir  nobilis  génère  ,  cui  fratres  erant  dominus  Ra- 
dulphus  Virdunensis  episcopus  et  dominus  Joanncs  de  Torota  Ballivus 
Campaniic,  etc.  (Chap.  II,  p.  265.) 

Dans  tonte  cette  discussion  relative  à  l'élection  de  Robert  de  Langres  , 
Gilles  d'Orval  a  pour  ainsi  dire  copié,  tout  en  le  corrigeant,  un  texte  que 
l'éditeur  du  Chron.  magn.  indique  par  erreur,  comme  étant  extrait  d'Al- 
béric  de  Trois  Fontaines.  Consilio  ergo  legati ,  Rodolphus  sede  Lingonensi 
resignata,  fit  episcopus  Leodiensis  xxxix  ab  initio  vero  lxviii,  vir  nobilis, 
cujus  fratres  erant  Rodolphus  Virdunensis  episcopus  et  Joanncs,  Balivus 
Campaniae.  (Chron.  magn.  p.  246). 

(34)  Pour  resignala. 

(35)  Se.  leodiensis. 

(36)  Nous  ne  savons  comment  construire  celte  phrase;  il  y  a  probable- 
ment une  erreur  de  copiste;  on  pourrait  lire  :  ab  aliis  eliam  de  terris 
quibuscumqxie  mulla  exlorsisse,  quantum  non  potuit  {licebal)  oblinere. 

(37)  Iste  Robertus  episcopus  ecclesiam  fratrum  preedicatorum  Leodii  in 
honorem  Beatœ  Catharinœ  cum  Guidone  Cameracensi  et  Balduino  quondam 
episcopis,  idibus  Augusti  dedicavit  anno  Domini  mccxLiij.  Hœc  ex  Leodi- 
sibus  (Chron.  magn.,  p.  262). 

Une  note  marginale  de  Gilles  d'Orval  s'exprime  dans  les  mêmes  termes  : 
Anno  1242  ,  hic  Robertus  consecravit  ecclesiam  preedicatorum  Leodii  una 
cum  Guidone  Cameracensi ,  ac  Rasone  quondam  Laudunensi  ipsis  idibus 
Augusti.  (Chap.  II,  p.  266,  n.  2). 

(38)  Pour  Hierosolomitanus. 

(39)  Et  tune  etiam  (a°  1246)  reœdificatum  est  claustrum  Roberti  montis 
a  Lamberto  ,  canonico  leodiensi,  et  custode  sancli  Dionysii,  ordinis  cister- 
ciensis.  (Chron.  magn.,  p.  263). 

(40)  Fratres  etiam  minores  Leodii  reliquerunt  ecclesiam,  quam  fere  per 
decem  annos  inhabitaverant  et  aedificaverant  in  loco  qui  dicilur  Richeri 
Ions  super  rivum  nominatum  Mendacii  ;  de  qua  ecclesia  multo  tempore 
ante  fuerat  dictum  a  puero,  Sebastiano  nomine,  postea  facto  Eremita;  qui, 
dum  in  domo  patris  sui  sederet  ad  ignem,  saepe  proferebat  (certc  adhuc 
cantabuntur  in  isto  loco  multœ  missac  dévote).  Mutaverunt  etiam  iidem 


-  196  — 

fralrcs  fcre  per  omnes  civitatcs  Almannioc  et  Franciœ  domos  suas  ,  qui 
cliam  in  Colonia  eraerunt  palatium  Iloberti ,  cpiscopi  Leodiensis  ,  et  ibi 
edificaverunt.  (Chron.  magn.,  p.  1 G i ) . 

(41)  Celle  date,  en  la  comparant  avec  celle  qui  a  été  indiquée  plus  haut 
pour  l'établissement  dés  mineurs  à  Liège,  est  inexacte  :  il  faut  sex. 

(42)  Item  Robertus  episcopus,  inslinctu  Johannis  decani  sancti  Lamberti, 
obtinuit  a  capitulo  generali  cislerciensi,  ut  per  ordinem  universum  singulis 
annis  solemniter  S.  Lamberti  festum  celcbraretur ,  de  quo  ante  tamen 
fiebat  memoria.  (Chron.  magn.,  p.  263). 

Après  avoir  épuisé  ce  qu'il  trouvait  dans  Albéric  de  Trois  Fontaines  , 
Gilles  d'Orval  coud  à  son  récit  des  passages  extraits  de  notre  chronique  : 
Hic  super  omnes  gloriosi  martyris  et  patroni  nostri  Lamberti  in  universo 
orbo  gloriam  dilatavit.  Nam  inslinctu  divino,et  hortatu  venerabilis  Joannis 
decani  S.  Lamberti  obtinuit  a  generali  capitulo  cysterciensi ,  ut  per  ordi- 
nem universum  singulis  annis  praxlicli  martyris  festum solmenitercelebra- 
retur  ,  de  quo  antea  simplex  tantummodo  fiebat  commemo ratio.  (Gilles 
d'Orval  dans  Chap.  II,  p.  2G6). 

(43)  Tandem  Robertus  episcopus  apud  castruraFossense  in  contritione 
magna  et  devotione  laudabili  bono  fine  quievit,  xvii  calend.  novembris  et 
apud  Alnam  monasterium  cisterciensis  ordinis ,  est  sepultus  :  sed  postea 
abbas  Clarevallensis,  Stephanus,  ad  Clarevallem  corpus cjus  transtulit,  ubi 
prius  elegeratsepulturam,dumesset  Lingonensis episcopus. (Chron.  magn., 
p.  263). 

Dans  le  passage  de  Gilles  d'Orval  qui'a  rapport  à  ce  fait ,  on  trouve  des 
traces  de  notre  chronique  et  de  celle  du  Chron.  magn.  :  Postquam  Rober- 
tus in  magna  securitatis  et  paci  tranquillitatc  per  aliquot  annos  rexisset 
episcopatum,  apudeastrum  Fossensc  in  contritione  maxima  et  devotione  , 
fine  bono  quievit  in  Christo  anno  Domini  1246,  praesidente  sedi  apostolica1 
Innocentio4. 17  kalcnd.  novemb.  etinAlna  monaslerio  cysterciensis  ordinis 
honorifice  sepultus  est.  (Gilles  d'Orval  dans  Chap.  II,  p.  268). 

(44)Istius  temporibus  prœnimia  siccitate  indicitur  triduanum  jejunium, 
et  triplex  fit  processio  ab  omni  clero  et  populo,  nudis  pedibus,  et  in 
lancis  ,  feria  secunda  ,  quarta  et  sexta.  Primo  die  in  ecclcsia  apostolorum 
missa  celebrata,  vidit  sacerdos  quidam,  Dco  dignus,  chorum  apostolorum, 
cum  beato  Thcodardo,  cujus  corpus  eu  portalum  erat,  Deo  pro  congrega- 
tionc  illa  preces  fundentem  ,  sed  Beatam  Mariam  contradicentem  co  quod 
in  processione  de  ipsa  non  fuerat  facta  memoria  ;  sed  in  secunda  proecs- 
sione  ad  sanctum  Leonardum  fil  de  ipsa  memoria  dévote  per  antiphonam 
Salve  Regina,  et  cum  serenum  terapus  ante  fuisset,  tanta  inundatio  pluvia; 
facta  est  ut  fere  omnes,  qui  in  processione  aderant ,  bac  illacque  disperge- 
rentur.  (Chron.  magn.,  p.  263). 

Gilles   d'Orval  consacre  le  chapitre  153  tout  entier  à  raconter  ce  mi- 


—  197  ~ 

racle  ;  quoiqu'il  fut  contemporain  du  fait  et  qu'il  eut  pu  en  faire  un 
récit  entièrement  neuf,  il  garde  ,  même  ici ,  des  traces  de  ses  lectures  : 
Temporibus  hujus  Roberli  facta  est  siccitas  immensaita  ut  etc..  et  jejunio 
triduano  indicto  ,  trinam  processionem  ab  omni  clero  et  populo  nudis 
pedibus  et  in  laneis  celebrari  statuerunt ,  scilicet  feria  secunda,  et  quarla 
etsexta,  etc.  (Chap.  II,  p.  267). 

Fundere  dans  le  texte  pour  fundenlem. 

(45)  Henricus  hujus  nominis  tertius,  actale  adolescens ,  forma  egregius, 
génère  nobilissimus  et  nimis  corde  elatus,  frater  Ottonis  comitis  geldrien- 
sis  ,  prius  praepositus  Xantensis,  et  novi  electi  Almanniœ  consobrinus,  lit 
quadragesimus  episcopus  Ieodiensis  et  sexagesimus  nonus  a  beato  Materno, 
per  Petrum  Caputii  cardinalem ,  sedis  apostolicse  legatum,  anno  Domini 
mccxlij.  (Ghron.  magn.,  p.  262). 

Roberto  igitur  Pontifice  viam  universœ  carnis  ingresso  ,  praeûcitur  ec- 
clesiœ  Leodiensi  Henricus  tertius  hujus  nominis  ,  aetate  adolescens,  forma 
egregius ,  génère  nobilissimus  ,  frater  videlicet  Ottonis  comitis  Guelriensis 
quem  prœfecit  Petrus  dictus  Caputius  diaconus  cardinalis  S.  Gregorii  ad 
vélum  aureum,  etc.  (Chap.  II,  p.  269). 

(46)  Je  n'ai  pu  déchiffrer  ce  mot;  on  croit  lire  flo. 

(47)  Les  historiens  fixent  à  l'année  741  la  mort  de  Charles  Martel. 


SUPPLÉMENT 


AUX 


RECHERCHES  SUR  LES  CARTES  DE  LA  PRINCIPAUTE  DE  LIEGE 


Depuis  l'insertion  dans  le  Bulletin  de  V Institut  archéo- 
logique liégeois  de  mes  recherches  sur  les  cartes  de  la 
principauté  de  Liège  et  les  plans  de  la  ville  ,  plusieurs 
amateurs  ont  bien  voulu  me  signaler  différentes  lacunes  : 
d'un  autre  côté  j'ai  continué  mes  investigations  avec 
persévérance.  Je  suis  ainsi  parvenu  à  augmenter  consi- 
dérablement mon  premier  travail. 

Cette  liste  supplémentaire  donne  la  description  de 
vingt  trois  cartes  et  de  vingt  quatre  plans  nouveaux.  Il 
y  aurait  sans  doute  beaucoup  de  corrections  à  faire  au 
catalogue  de  1860  ,  mais  il  serait  trop  long  de  les  indi- 
quer ici.  Les  amateurs  auront  du  reste  pu  en  corriger 
eux-mêmes  la  plus  grande  partie. 

À.    De  JARDIN. 

Anvers,  25  novembre  1861. 


PREMIÈRE  PARTIE. 


CARTES     GRAVEES. 


1500? 

N°l.  Carte  du  pays  de  Liège  sans  litre,  gravée  sur  bois,  écriture 
du  15e  siècle. 

Le  nord  est  placé  à  gauche  de  la  carte  et  le  sud  à  droite. 

Le  milieu  de  cette  carte  est  occupé  par  la  ville  deS'.-Trond. 
(S.  Truyen). 

De  ce  point  comme  centre  sont  tracées  des  circonférences  de 
cercle,  dont  l'espacement  devient  de  plus  en  plus  petit  à  mesure 
qu'on  se  rapproche  du  cadre.  Le  n°  0  étant  au  centre,  les  cercles 
sont  numérotés  jusqu'à  19  dans  la  largeur  de  la  carte  et  jusqu'à 
15  dans  la  hauteur.  Ces  numéros  sont  reportés  sur  le  cadre  rec- 
tangulaire au  moyen  de  tangentes  fictives  aux  cercles,  parallèles  aux 
côtés  de  ce  cadre. 

Sur  les  limites  de  celte  carte,  on  voit  les  villes  de  Limbourg, 
Aix-la-Chapelle,  Venloo,  Grave,  Ravenstein,  Calmptout,  Louvain, 
Nivelles,  Rochefort,  etc.  La  ville  de  Liège  est  intitulée:  Luyck. 

Aux  quatre  coins  de  la  carte  sont  des  figures  qui  représentent  les 
quatre  vents.  On  a  laissé  une  place  en  blanc  pour  le  tilre. 
Larg.  0m48,  haut.  0"»40. 

Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Lavalleye,  à  Liège. 

1570. 

N"  1  bis.  Carte  intitulée  :  (i)  Leodiensisdiœcesistypus.Theodorus 

(  '  )  Cette  description  doit  remplacer  celle  du  Ko  1  de  mon  premier 
travail. 


—  201  — 

Galle    excudit  Àntverpiœ.  Cum    gratia   et  privelegio    deceimali, 
A.  Ort.  Avec  trois  échelles.  Le  nord  esl  placé  à  gauche. 

Larg.  0m47,  haut.  0ni36. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Theatrum  orbis  terrarum,  par 
Abraham  Ortelius.  Anvers,  1570. 

L'édition  espagnole  a  pour  titre  :  Theatro  d'el  orbe  de  la  tierra 
de  Abraham  Ortello.  El  qualanles  il  estremo  dia  de  su  vida  por  la 
postrera  vez  ha  emendado  ,  y  con  nuevas  tablas  y  commentarios 
augmentado  y  esclarescido.  En  Anveres,  se  vende  en  la  libreria  Plan- 
tiniana,  1612.  1  vol.  in-folio.  Page  42. 

1596. 
N°  3  bis.  Carte  intitulée  :  Leodiensis  diœcesis.  Avec  une  échelle. 

Larg.  0M25,  haut.  0m085. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  P.  Bertytabnlarum  gêographi- 
carurn  contractarum  libri  septem,  etc.  Amsterdam.  Judocus  Hon- 
dius.  1596.  Page  332. 

Cet  ouvrage  est  un  recueil  de  220  cartes. 

1596. 
N°  3  ter.  Carte  intitulée  :  Limburgum. 

Larg.  0m12,  haut.  Om08. 
Se  trouve  dans  le  même  ouvrage  que  la  précédente,  page  348. 

1609. 
N°  6.   Carte  intitulée  :   (')  Limburgensis  ducatus  tabula  nova 
excusa  sumptibus  Joan.  Baptistœ  Vrints    œmuli  studii  géographie 
D.  Ab.  Ortelii.  P.  M.  cosmographiregii,  etc. 

Les  armoiries  de  l'ancien  duché  de  Limbourg  sont  au-dessus  du 
titre.  Avec  une  notice  ainsi  conçue  :  Illustrissimo  doctissimoque 
domino  D.  Gastoni  Spinolœcomiti Bruacensi,  etc.,  etc.  hanc  tabulant 
geographicam  novissimis  dimensionibus  a  se  ad  exactissimam  re- 


(î)  Cette  description   doit  remplacer  celle  donnée  dans  le  premier 
travail. 


—  202  — 

dactam  perfectionem  Aegidius  Martini  Antverpiensis   in  ut  roque 
jure  licenciatus  et  mathematicus  fecit  et  dedicavit.  Anna  1003. 

Les  armoiries  de  Spinola  sont  au-dessous  de  cette  dédicace.  Il  y 
a  trois  échelles. 

Larg.  0m405,  haut.  0m37o. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Théâtre  d'el  orbe  de  la  tierra 
de  Abraham  Ortello,  etc.  Anvers.  1012.    1  vol.  in-folio.  Page 44. 

1010. 

N°  8.  Carte  intitulée  :  (*)  Limburgen&is  ducatus  nova  descriptio 
auctore  Aegidio  Martini.  Anno  4010.  P.Kœrius  excudit.  1010  (2). 

Avec  les  armoiries  de  l'ancien  duché  de  Limbourg,  une  petite 
vue  de  Limborch  et  une  échelle. 

Larg.  0m47,  haut.  0m355. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Gerardi  Mercatoris,  etc.  1007. 
Ainsi  que  clans  celui  intitulé  :  Theatrum  urbium  et  civitatum  orbis 
terrarum,  par  Georgius  Braun  et  Francisons  Hohenbergius.  Cologne 
1572  à  1010.  6  vol.  in-folio.  Le  deuxième  volume  dans  lequel  se 
trouve  cette  carte  a  pour  titre:  De  prœcipnis  lotius  universi  urbibus 
liber  secundus.  1574. 

1027. 

N°  10  bis.  Carte  intitulée  :  Leodiensis  dJœcesis  typus,  1027. 
Avec  trois  échelles.  Le  nord  est  à  gauche.  Autour  de  cette  carte 
se  trouvent  les  vues  des  villes  de  Bouillon,  Couvin,  Thuin,  Visé, 
Waremme,  Fosses,  Looz,  Tongres,  St.-Trond,  Hasselt,  Maestricht, 
Liège,  Huy,  Dinant,  Maeseyck,  Bilsen  ,  Beeringen,  Ciney  ,  Brée  , 
Slockem,  Herck,  Peer  et  Hamonl,  ainsi  que  les  armoiries  de  ces 
23  villes.  Les  vues  occupent  le  haut  du  cadre  ainsi  que  la  droite'et 
la  gauche,  et  les  armoiries  le  bas  du  cadre.  Liège  est  au  milieu. 

Larg.  0m57,  haut.  0m335  sans  le  titre  et  0m30  avec  le  titre. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Theatrum  urbium  et  civita- 

(')  Description  remplaçant  celle  du  premier  travail. 
(')  Une  autre  édition  porte  :  Visscher  excudit.  1625. 


—  203  — 

tum  orbis  terruram,  par  Georgius  Braun  et  Fransciscus  Hohen- 
bergius.  Cologne  1572-1616,  6  vol.  in-folio.  Le  2me  volume  dans 
lequel  se  trouve  cette  carte  a  pour  titre  :  De  prœcipuis,  totius  uni- 
versi  urbibus,  liber  sccundus.  1574. 

1616. 

N°  10.  ter.  Carte  intitulée  :  Liège.  Avec  une  échelle.  Le  nord  à 
droite. 

Larg.   (VM6,  haut.  0m125. 

Se  trouve  clans  l'ouvrage  intitulé  : -omnium  Belgii,  sive  infério- 
ns Germani  regionum  descriptio  :  Ludovico  Guicciardino,  nobili 
Florentino  ,  authore.  Arnhcmii ,  ex  offïcina  Johannis  Janssonii. 
Anno  1616,  1  vol.  in-4  obiong. 

1617. 

N°  10  quater.  Carte  intitulée  :  Carte  du  Limbourg.  Amst.  ap. 
Pet.  v.  d.  Keere  ou  Kœrius,  1617. 

Larg.  0m,  haut.  Om. 
Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Bodel-Nyenhuis,  à  Leyde. 

1649. 
N°14  bis.  Carte  des  environs  delà  villede  Liège  avec  deux  échelles 
et  une  rose  des  vents.  Celle  carte  s'étend  depuis  Aigremont  et  Ra- 
met  en  amont,  jusqu'à  Visé  en  aval  de  Liège,  et  comprend  aussi 
Dolhain,  Looz,  Colonster  et  Esch  à  sa  limite.  On  voit  un  combat 
à  Jupille  et  un  autre  à  Fléron. 
Il  y  a  des  chiffres  de  1  à  28  renvoyant  à  une  légende. 

Larg.  0m15,  haut.  0m145. 
Se  trouve  sur  le  plan  de  la  ville  de  Liège  de  1649,  n°  8  bis. 
Ce  plan  se  trouve  aux  archives  de  l'Etat  à  Bruxelles. 

1652. 
N°  15  bis.  Carte   intitulée  :  Limburgum.  Avec  une  échelle.  Le 
nord  est  en  haut  de  la  carte. 

Larg.  0m19,   haut.  0m08. 
Se  trouve  dans  l'édition  latine  de  Guichardin.  Amstelodami,  apud 
Johannem  Janssonium  Juniorem,  1652.  Un  vol.  in-12. 


—  -204  — 

1650. 

IN0 19.  Carte  intitulée  :  (')  Leodiensis  diœcesis.  Amsterdami  apud 
Guilielmum  et  Joannem  Dlaeu.  Avec  deux  échelles  et  une  rose  des 
vents.  Le  nord  est  à  droite.  Les  armoiries  de  la  ville  de  Liège  sont 
au-dessus  du  litre,  qui  a  deux  amours  à  ses  deux  côtés. 
Larg.  0m475,  haut.  0ra36. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Tonneel  des  aerdrycx,  ofl 
nieuwe  atlas,  uytgegevcn  door  Willelm  en  Joan  Blaeu.  Eerste  deels, 
tweede  stuck.  T Amsterdam  by  Joan.  Blaeu,  4650.  Pag.  8.  vol. 
in-folio. 

1650. 

N°  19  bis.  Carte  intitulée  :  Dncatus  Limburgum  auctore  ÀLgidio 
Martini.  Amsterdami  apud  Guilielmum  et  Joannem  Blaeu.  Avec  deux 
échelles.  Le  nord  est  en  haut.  Le  litre  est  surmonté  des  armoiries 
du  duché  de  Limbourg  et  entouré  d'un  cartouche. 

Larg.  0m475,  haut.  0m36. 

Se  trouve  dans  le  même  ouvrage  que  le  précédent.  Page  15. 

1697. 

N°  36  bis.  Carte  intitulée  :  Le  diocèse  de  Lyège,  1697.  Avec  une 
échelle  :  le  nord  est  placé  à  gauche. 

Larg.  0m235,  haut.  0m165. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Le  théâtre  de  la  guerre  dans 
les  Pays-Bas  ou  représentation  des  principales  villes  qui  sont  en 
Flandres,  etc. ,  par  De  Fer.  Paris.  1696.  Deux  vol.  in-4°, 

1709. 

N°  39  bis.  Carte  intitulée  :  L'èvêché  de  Liège  suivant  les  nou- 
velles observations  de  Mess™  de  l'Académie  royale  des  sciences  ,  etc., 
augmentées  de  nouveau  à  Amsterdam  chez  Covens  et  Mortier.  Avec 

(  '  )  Celte  description  doit  remplacer  celle  donnée  dans  le  premier  tra- 
vail. 


—  205  - 

deux  échelles.  C'est  la  même  carie  que   la  précédente,  moins  le 
cadre  large  et  chargé  d'ornements. 

Larg.  0m28,  haut.  0m215. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Nouvel  atlas  très  exact  et  fort 
commode,  etc.  Tome  7. 

1756. 

N°  55  bis.  Carte  intitulée  :  Carte  des  environs  de  Spa.  A  Liège 
chezJ.  F.  Desoer  imp.  libraire.  Avec  une  échelle. 
Larg.  0m  17,  haut.  0m20. 
Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Ulysse  Capitaine. 

1793. 
N°  69.  Carte  intitulée  :  (')  Bataille  de  Neerwinden.  Gravé  par 
Adam.  Traité  de  tactique,  livre  H ,  chap.  VIII,  art.  III,  tom.  II  > 
page  438.  PI.  XI.  Echelle  de  1  à  60,000. 

Larg.  0'"21,  haut.  0m30 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Traité  de  Tactique,  par  feu  le 
colonel  marquis  de  Ternay.  Paris.  1832.  2  vol.  in-8,  avec  atlas. 

1804. 

NQ  74  bis.  Carte  intitulée  :  Nouvelle  carte  du  département  de 
rOurthe,  divisée  en  trois  arrondissements  de  sous-préfecture  et  ar- 
rondissements de  justice  de  paix;  dressée  d'après  des  renseignement 
exacts. 

Dessinée  et  gravée  par  Ph.  J.  Maillard  et  sœur.  An  12  de  la 
République  française.  Avec  deux  échelles  et  un  indicateur.  En  deux 
feuilles. 

Larg.  0m695,  haut.  0m405. 

Fait  partie  de  la  collection  de  M.  le  capitaine  Dejardin. 

1814. 

N°  77  bis.  Carte  intitulée  :  Nouvelle  carte  de  la  province  de  Liège 

{')  Cette  description  doit  remplacer  celle  donnée  dans  le  premier 
travail. 

18 


-    206  — 

divisée  en  trois  arrondissements  de  sous-préfecture  et  arrondisse- 
ments de  justice  de  paix;  dressée  d'après  des  renseignement  exacts. 
Dessinée  et  gravée  par  Pli.  J.  Maillard.  Vilvorde.  Avec  deux  échelles 
et  un  indicateur.  En  deux  feuilles. 

C'est  la  même  carte  que  le  N°  74  bis  :  le  litre  seul  est  changé. 
Larg.  0Œ60o,  0m405\ 

Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Jules  Vaust. 

1836. 

N°  86  bis.  Carte  intitulée  :  Liège.  Celte  carte  est  très-petile  et  ne 
donne  que  les  villes  principales. 

Larg.  Om06,  sur  0m065. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Géographie  de  la  Belgique  ou 
description  topographique  et  historique  du  royaume  belge;  ornée  de 
dix  cartes  coloriées.  Matines  et  Bruxelles.  P.  J.  Ilanicq  et  Cic,  édi- 
teurs. 1836. 1  vol.  in-12.  Page  173. 

1843. 

F  N°u'92  ifs.  Carte  intitulée  :  Bassin  de  FOurthe.Pl.l.J.  B.  Blasseau 
sculp.  lmp.  II.  Borremans  et  (Ie  à  Brux.  Annales  des  trav.  publ. 
Tom.  5.  Page  97.  Echelle  de  1  à  373000.  Celle  carie  comprend 
tout  le  pays  arrosé  par  l'Ourtho,  l'Amblève  et  la  Vesdre  ainsi  que 
par  les  petils  ruisseaux  qui  s'y  jettent.  Sur  cette  carte  se  trouve  le 
plan  des  embouchures  de  l'Ourthe  (i\°  59  bis  des  plans). 
Larg.  0m335,  haut.  0ra24. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé:  Bivières.  VOurthe.PavU. 
Gùillery.  Octobre  1843.  Imprimé  dans  les  :  Annales  des  travaux 
publics  de  Belgique.  Documents  scientifiques,  etc.  Bruxelles,  Van- 
dooren.  1847.  Tome  5.  Page  77. 

1846. 

N°  92  ter.  Carte  intitulée  :  Géologie.  Terrains  des  environs  de 
Stavelot.  PL  X.  J.  B.  Blasseau  sculp.  Imp.  H.  Borremans  et  Ce  à 
Brux.  Annales  des  travaux  publics.  Tom.  6.  Page  209.  Echelle  de 
1  à  90909.  Avec  une  légende  pour  les  différents  terrains.  Cette 
carte  comprend  Spa,  Malmcdy,  Stavelot  et  les  pays  environnants. 


-  207  - 

Larg.  0m33o,  haut.  0m24. 
Se  trouve  clans  l'ouvrage  intitulé  :  Géologie.  Rapport  adressé  à 
M.  le  ministre  des  travaux  publies  ,  sur  des  recherches  et  des  expé- 
riences faites  dans  le  but  d'amender  au  moijen  de  la  chaux,  une  par- 
tie du  sol  de  l'Ardenne;  par  Guillaume  Lambert,  aspirant  des  mines. 
Février  1846.  Imprimé  dans  les  :  Annales  des  travaux  publics  de 
Belgique.  Documents  scientifiques,  etc.  Bruxelles  ,  Vandooren. 
1848.  Tome  6.  Page  209. 

1834. 

N°  99  bis.  Carte  intitulée  :  Liège.  Etablissement  de  D.  Raes,  rue 
de  la  Fourche ,  36.  Bruxelles.  Avec  les  armoiries  de  la  province, 
une  échelle  et  une  légende  pour  l'explication  des  signes  employés. 
Larg.  Qm27,  haut.  0m20. 

Se  trouve  dans  l'atlas  intitulé  :  Atlas  de  la  Belgique,  d'après  les 
meilleurs  géographes  modernes  ,  à  l'usage  des  établissements  d'ins- 
truction, des  collèges  et  des  athénées,  dédié  à  LL.  AA.  RR.  le 
duc  de  Brabant  et  le  comte  de  Flandre,  par  Désii'é  Raes.  Bruxelles, 
Renier.  1854.  Un  volume  in-4  oblong. 

1855. 

N°  100  bis.  Carte  intitulée  :  Spa  et  ses  environs.  Dressé,  par  A. 
H.  Dufour.  Gravé  par  MUe  M.  Du  four.  Ecrit  par  Langevin.  Spa  et 
ses  environs,  par  Ad.  Joanne.  L.  Hachette  et  O.  Paris.  Avec  une 
échelle.  Cette  carte  s'étend  jusqu'à  Slavelot,  Pepinster,  Tilfî,  Fer- 
rières ,  etc. 

Larg.  0">20,  haut.  0ra145.. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Spa  et  ses  environs.  Itinéraire 
descriptif  et  historique  par  Ad.  Joanne.  Paris.  Hachette.  1855.  1 
vol.  in-12.  Pag.  114. 

1856. 

N°  102  bis.  Carte  sans  titre  de  la  province  de  Liège.  Cette  carte 
est  entourée  des  diverses  productions  de  la  province  :  la  liste  de 
ses  hommes  célèbres  se  trouve  à  côté.  Elle  est  assez  petite,  les 
chemins  de  fer  n'y  sont  pas  indiqués. 


—  208  — 

Larg.  Omll  haut.  0m06. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Analyse* géographique  des  pro- 
vinces de  la  Belgique.  1858.  Cet  ouvrage  est  autographié  :  il  a  été 
composé  et  exécuté  par  le  major  du  génie  Demarteau. 

4859. 

N°  103  bis.  Carte  intitulée  :  Province  de  Liège.  Établissement 
géographique  L.  Mois  Marchai,  rue  SK-Jean,  48.  Bruxelles. Avec  les 
armoiries  de  la  province,  une  échelle  et  une  explication  des 
signes  conventionnels. 

Larg.  0ra31,  haut.  0m22o. 

1859. 

N°  103  ter.  Carte  intitulée  :  Liège.  Établissement  géographique 

de  L.  Mois  Marchai,  rue  SK-Jean,  48.  Déposé.  Avec  les  armoiries 

de  la  province  de  Liège,  une  échelle,  et  une  explication  des  signes 

conventionnels. 

Larg.  0m18,  haut  0m14. 

Se  trouve  dans  l'atlas  intitulé  :  Atlas  de  poche  de  la  Belgique  di- 
visée en  provinces,  arrondissements,  etc.,  etc.  Dressé  d'après  les 
documents  les  plus  officiels  par  Louis  Mois  Marchai.  Bruxelles.  1  vol. 
in-12. 

Et  dans  celui  intitulé  :  Nouvel  atlas  géographique  de  la  Belgique 
à  V usage  de  renseignement,  etc.  Dressé  d'après  les  documents  les 
plus  récents  par  L.Mols  Marchai  géographe.  Bruxelles.  1  vol.  in-12, 
oblong. 

1859. 

N°  103  quater.  Carte  intitulée  :  Liège.  Lith.  de  C.  Callewaert 
frères.  Bruxelles.  Déposée.  Avec  les  armoiries  de  la  province  de 
Liège,  une  échelle,  une  explication  des  signes  conventionnels  et 
une  note  des  produits  de  la  province. 

Larg.  0m15,  haut.  0m115. 

Se  trouve  dans  l'atlas  intitulé  :  Guide  des  voyageurs  sur  tous  les 
chemins  de  fer  delà  Belgique  :  avec  le  même  titre  en  anglais  et  en- 
allemand. Bruxelles.  Callewaert.  1  vol.  in-12. 


DEUXIÈME   PARTIE. 


PLANS     OOAVES. 


1568. 

N°2fo's.  Vue  intitulée  :  Liège,  avec  l'inscription  suivante  : 
Magnanimus  miles  Leodinœ  finibus  orce 
Castra  tenet  Scotus  ,  invidit  sed  Maurus  ad  arma 
Provocat  Me  memor  veteris  virtulis  in  hostem 
bruit,  haie  superest  dubiœ  fugœ  sola  saluti. 
On   voit  sur  le  premier  plan,  la  défaite  de  l'armée  du  prince 
d'Orange  par  les  Espagnols  le  5  novembre  1568.  Dans  le  fond  est 
représentée  la  ville  de  Liège,  mais  d'une  manière  très  inexacte  : 
entre  autre  le  Pont  des  Arches  y  figure  avec  seize  arches  au  lieu 
de  sept. 

Larg.  0m155,  haut.  0m125. 

Celte  vue  se  trouve  au  Musée  archéologique  de  Liège. 

1615. 

N°  5  bis.  Vue  de  la  ville  de  Liège  assez  insignifiante  et  donnant 
peu  de  détails. 

Larg.  0m20,  haut    0m12. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Le  petit.  Nederlandsche  repu- 
blycke.  1615.  Amsterdam.  Un  volume  in-4  oblong. 

1618. 
N°  5  ter.  Vue  de  la  ville  de  Liège  :  Aegidius  Marischal  pictor 
Leodii  delin.  1618.  Johan  Veenen  fec.  Gerrardus  Alzenbach  exe. 
Cette  vue  est  très  grande.  Elle  a  été  publiée  à  Strasbourg  et  a 
quatre  feuilles. 


—  210  - 

Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Bodel  Nyenhuis,  à  Leide. 

1625. 

N°  5  quater.  Vue  intitulée  :  Vue  de  dessus  le  petit  pont  de  la  ville 
de  Liège.  Gravée  par  Le  Meunier. 
Fait  partie  de  la  collection  de  M.  Bodel-Nyenhuis,  à  Leyde. 

d649. 

N°  8  bis.  Plan  intitulé  :  Leodhm  nobilissima  inferiores  Germa- 
niœ  Eburonum  et  tolius  celeberrima  civitas.  Andréas  Zeidler  cap. 
lient,  delineavit.  Lôffterfer  fecit.  Avec  une  notice  en  allemand  du 
siège  de  la  ville  en  1649,  par  Ferdinand  de  Bavière,  sous  les  ordres 
du  comte  de  Spaar.  A  la  partie  supérieure  sont  les  armoiries  de 
Liège,  Bouillon,  Bavière,  Franchimont  et  Looz,  et  à  la  partie  infé- 
rieure, au-dessus  de  la  notice,  celles  du  comte  de  Spaar.  11  y  a  en 
outre  une  vue  du  palais  et  une  carte  des  environs  de  la  ville.  La 
ville  est  attaquée  de  tous  les  côtés,  excepté  vers  la  citadelle.  Le  fau- 
bourg Ste-Marguerile  est  en  feu  ainsi  que  le  faubourg  St-Laurent. 
Les  assiégeants  sont  postés  sur  les  hauteurs  de  St-Gilles,  une 
bombe  tombe  sur  l'abbaye  de  St-Laurent,  une  autre  dans  la  rue 
sur  la  Fontaine,  il  y  a  aussi  combat  dans  la  rue  Ste-Véronique.  Le 
faubourg  d'Amercœur  est  en  feu.  La  Chartreuse  est  occupée  par 
les  assiégeants.  On  tire  de  la  porte  St-Léonard.  Le  pont  desArches 
est  tombé  :  il  y  a  un  pont  de.  bateaux  vis-à-vis  delà  rue  Si-Jean. 
Des  chiffres  renvoyent  à  une  légende,  En  deux  feuilles. 

Larg.  0*81,  haut.  0m38. 

Ce  plan  se  trouve  aux  Archives  de  l'Etat  à  Bruxelles. 

1691. 

N°  \$bis.  Plan  intitulé  :  Liège,  ville  forte  et  considérable  ,  capi- 
tale de  Vévêché  et  seigneurie  de  Liège  ,  enclavée  dans  les  Pais-Bas 
et  du  cercle  de  Wcstphalie  située  sur  la  Meuse  entre  Mastric  et  Na- 
mur,  a  50  degrez  41  min.  de  latitude  et  27  degrez  de  longelude. 
H.  van  Loon  fecit.  A  Paris,   chez  le  Sr  de  Fer  dans  l'isle  du  Palais 


—  au  — 

sur  le  Quay  de  VOrloge  à  la  sphère  royalle.  Avec  privilège  du  Roy. 
1691.  G'est  une  copie  du  précédent  à  une  échelle  un  peu  plus 
grande. 

Larg.  0m245,  haut.  0m18. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Les  forces  de  l'Europe  ,  etc. 
Un  volume  in-4  oblong. 

1700. 

N°  20  bis.  Plan  intitulé  :  Luick.  Avec  une  rose  des  vents.  11  n'y 
a  rien  d'exact  dans  ce  plan.  D'un  côté  de  la  Meuse  on  voit  sur  une 
hauteur  la  Citadella,  de  l'autre  la  Chartreuse.  Les  deux  rives  sont 
occupées  par  des  habitations. 

Larg.  0m115,  haut.  0m07. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Nieuiue  méthode  om  de  géo- 
graphie te  leer  en,  etc.  1  vol.  in-4,  oblong. 

1840. 

N°  53  bis.  Plan  intitule  :  Plan  de  la  ville  de  Liège.  1840.  Guide 
pittoresque  et  artistique  du  voyageur  en  Belgique,  à  Bruxelles  chez 
H  aima  n  et  O,  libraire,  rue  du  Nord,  N°  8.  C'est  une  copie  du  pré- 
cédent :  le  nouveau  pont  y  est  indiqué. 

Larg.  0m185,  haut.  0ra135. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  La  Belgique.  Guide  pittores- 
que et  artistique  du  voyageur  par  A.  Février.  4e  édition.  Bruxelles. 
Hauman  1842.  1  vol.  in-12.  Pag.  253. 

1838  à  1840. 

N°  53  ter.  Vue  intitulée  :  Liège.  W.  H.  Bartlett.  A.  H.  Payne. 
London  Geo  Virtue.  36.  Iry  Lane.  Cette  vue  est  prise  du  haut  de  la 
rue  Pierreuse,  près  de  la  Citadelle.  On  dislingue  l'église  St.-Paul. 
Gravure  sur  acier. 

Larg.  0m15,  haut.  0m10. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Vues  de  la  Hollande  et  de  la 
Belgique  dessinées  par  W.  H.  Bartlett,  esq.  et  accompagnées  d'ob- 


—  212  — 

servations  historiques  et  topographiques,  par  le  professeur  N.  G. 
Van  Kampen,  d'Amsterdam.  Londres.  Geo  Virlue.  1  vol.  in-8. 
Page.  186. 

1840. 

N°  54  bis.  Plan  intitulé  :  Plan  of  Liège.  Published  by  Eug. 
Landoy ,  Longue  rue  Neuve,  67,  Brussels.  Indispensable  guide  for 
travellers.  Avec  une  légende  de  A  à  Z  et  de  aa  à  ce  pour  les  monu- 
ments et  établissements  publics  et  une  de  63  numéros  pour  les 
rues  et  places.  C'est  une  copie  du  plan  précédent  :  les  légendes 
sont  aussi  les  mêmes. 

Larg.  0*23,   haut,  0m175. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  The  indispensable  guide  for 
travellers  on  the  railroads  of  Belgium,  etc.,  par  Duplcssis  et  Eug. 
Landoy.  Bruxelles.  1  vol.  in-12.  Pag. 

4841. 

N"  55  bis.  Vue  intitulée  :  Vue  de  Liège.  Cette  vue  est  prise  du 
pont  de  la  Boverie  ;  on  voit  les  quais,  le  Pont-des-Arches,  etc. 
Larg.  0^07,  haut.  0m015. 

Se  trouve  dans  les  petites  vues  qui  entourent  la  carte  intitulée  : 
Carte  pittoresque  des  chemins  de  fer  de  la  Belgique. 

1843. 

N°  59  bis.  Plan  intitulé  :  Embouchure  de  l'Ourthe.  Échelle  de 
1  à  37,500.  Ce  plan  ne  donne  que  la  rive  droite  de  la  Meuse  depuis 
le  pont  du  Val-Benoit  jusqu'au  Barbou,  avec  toutes  les  branches  de 
l'Ourthe. 

Larg.  0mll,  haut.  0m07. 

Se  trouve  sur  la  carte  intitulée  :  Bassin  de  l'Ourthe.  (Nû92  bis) 
jointe  au  mémoire  de  H.  Guillery,  imprimé  dans  les  Annales  des 
travaux  publics  de  Belgique ,  etc.  Bruxelles.  1847.  Tom.  5. 
Pag.  97. 

1845. 

N°  62  bis.  Plan  intitulé  :  Liège.  Avec  une  liste  de  renvois  de  15 


—  213  - 

numéros.  Le  ponl  de  la  Bovcrie  et  la  rue  Grélry  s'y  trouveul  :  la 
slation  du  chemin  de  fer  de  Namur  n'y  est  pas  encore  :  la  rue 
Notger  n'est  pas  encore  percée. 

Larg.  0ra17,  haut.  0«>I9  et  0m10. 
Se  trouve  sur  la  carie  intitulée  :  Nouvelle  carte  générale  de  la 
Belgique  à  Véchelle  de  1  à  200,000.  Établissement  géographique  de 
Bruxelles  fondé  par  Pli.  Vàndermaelen . 

1854. 

N°  72  bis.  Pian  intitulé  :  Chemin  de  fer  de  Liég:,  à  Ulrecht.  Plan 
de  la  traverse  et  de  la  station  intérieure  de  Liège.  Etabl1.  de  E.  No- 
blet,  éditeur  à  Liège.  Echelle  del  à  5000.  Ce  plan  ne  comprend  que 
la  partie  de  la  ville  qui  serait  parcourue  par  ce  chemin  de  fer, 
allant  d'abord  de  la  station  des  Guillemins  à  la  caserne  St. -Lau- 
rent, en  dessous  de  laquelle  il  y  aurait  un  tunnel;  de  là,  à  la  porte 
Ste. -Marguerite,  aux  Anglais,  et  aux  Frères  Célites  ;  passant 
ensuite  en  dessous  de  Pierreuse  par  un  tunnel ,  puis  derrière 
St. -Antoine,  les  Rédemptorisles  et  les  Carmélites  où  serait  la  sla- 
tion, puis  continuant  à  gauche  du  faubourg  Vivegnis  jusqu'à  la 
commune  de  Yottem. 

Larg.  0*945,  haut.  0m42. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Chemin  de  fer  hollando-belge 
de  Liège  à  Utrecht  par  Maestricht  et  Bois-le- Duc.  Section  de  Liège 
àMaestricht  demandée  en  concession.  Mémoire.  Daté  d'Amay,  Dé- 
cembre 4853,  et  signé  L.  Rome.  Liège,  Desoer.  1854.  Une  bro- 
chure in-4. 

1854. 

N°72  ter. Plan  intitulé:  Liège.  Gravé  par  Avril  Fes.  Imp.  Kaep- 
pelin,  Quai  Voltaire,  47.  Paris.  Librairie  de  L.  Hachette  et  O  à 
Paris.  Avec  une  rose  des  vents  et  une  légende  de  numéros.  Le 
plan  est  partagé  en  carrés  avec  des  lettres  correspondantes  dans  la 
légende. 

Larg.  0m215,  haut.  0m17. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Guide  pittoresque  du  voyageur- 


-  214  - 

en  Belgique.  Itinéraire  artistique,  industriel  et  manufacturier ,  etc.: 
par  Richard.  7me  édition.  Paris.  1854.  Un  volume  in-12.  Pag. 

1855. 

N877  bis.  Vue  intitulée  :  Liège.  Cette  vue  est  prise  de  la  cita- 
delle comme  le  n°  69  dont  elle  parait  être  une  copie. 
Larg.  0m105,  haut.  0m0G. 
Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Guide  sur  les  bords  du  Rhin. 
Paris.  1855.  Un  volume  in-12.  Page  61.  Et  dans  le  suivant  qui 
lait  partie  de  la  même  collection  :  Guide  de  la  ligne  du  Nord,  Lon- 
dres, Cologne,  Aix-la-Chapelle.  Paris.  1855.  Un  volume  in-12. 
Page  79. 

1856. 

N°  79  bis.  Vue  intitulée  :  Liège.  Celle  vue  est  prise  des  plans 
inclinés  :  elle  est  pelile  et  insignifiante. 

Larg.  0m075,  haut.  0-025. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Guide  Ph.  Hen.  La  Belgique. 
Guidepittoresque,  monumental,  artistique,  historique,  géographique, 
politique  et  commercial.  Etc.  Bruxelles,  Ph.  Hen,  éditeur.  1856. 
Un  volume  in-12.  Page  47. 

1857. 

N°  84  bis.  Plan  intitulé  :  Ville  de  Liège.  Etablissement  de  lasta- 
tion  centrale.  Raccordement  des  diverses  stations  entr'elles,  et  indi- 
cation du  tracé  pour  la  traversée  de  la  ville  du  projet  de  chemin  de 
fer  Liégeois-Limbourgeois  et  Hollando-Belge.  [Etablissement  géogra- 
phique de  Bruxelles.  Échelle  du  plan  terrier  1  à  10,000  (un  centi- 
mètre pour  100  mètres).  Échelles  des  profils  0mOl  pour  100  mètres 
pour  les  longueurs,  0m01,  id.  20  mètres,  id.  hauteurs.  Ce  plan  va  de 
la  station  des  Guillemins  jusqu'à  l'église  de  Herslal  ;  il  ne  donne 
que  les  rues  voisines  'du  chemin  de  fer  projeté.  Ce  chemin  partdela 
station  des  Guillemins,  aux  deux  extrémités,  par  deux  courbes  qui 
se  réunissent  près  de  la  rue  Paradis  vers  le  quai  d'Avroy  :  il  tra- 
verse l'Ile  de  Commerce  dans  sa  longueur,  où  il  y  a  une  station 


—  215  — 

centrale.  Il  va  de  là  à  la  station  de  Longdoz  ;  de  celle-ci  il  passe  au 
pied  de  la  montagne  de  la  Chartreuse  et  vient  traverser  la  dériva- 
lion  de  la  Meuse,  le  Barbon  et  la  Meuse  elle-même  au  delà  du  pont 
Maghin  puis  vient  passer  derrière  l'usine  de  la  Vieille-Montagne,  où 
il  va  une  station.  Il  traverse  ensuite  la  commune  de  Voltem  et  la 
commune  de  Herstal,  où  il  y  a  une  station  près  de  la  place,  derrière 
le  château  de  Herstal.  Ce  plan  est  accompagné  de  profils. 

Larg.  0m87,  haut.  0m23. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Rapport  de  la  commission  spé- 
ciale pour  V examen  des  projets  de  chemin  de  fer  aboutissant  à  Liège 
et  des  projets  de  station  intérieure.  Liège.  1857. 1  vol.  in-8. 

1857. 

N°  84  ter.  Vue  intitulée  :  Liège.  Rouargue  frères  del.  et  se.  Imp. 
F.  Chardon  aîné,  30,  r.  Haute-Feuille.  Paris.  Cette  vue  est  prise 
du  saillant  du  glacis  vis-à-vis  du  bastion  5  de  la  Citadelle.  On  dis- 
tingue particulièrement  le  dôme  de  St.-André,  l'église  St.-Paul,  la 
salle  de  spectacle.  Gravure  sur  acier. 

Larg.  0m165,  haut.  0m115. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Voyage  pittoresque  en  Hol- 
lande et  en  Belgique  par  Edmond  Texier.  Paris.  Morizot.  1857.  1 
vol.  in-8.  Pag.  382. 

1859. 

N°  90  bis.  Plan  intitulé  :  Liège .  To  face.  p.  294.  Avec  une  légende 
de  4  numéros. 

Larg.  0m18,  haut.  0m14. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Weale's  handbooks  for  tourist. 
Belgium,  Aix-la-Chapelle  et  Cologne,  etc.  par  W.  H.  James  Weale 
London.  1859.  1  vol.  in-12.  Pag.  294. 

1859. 

N°  91  bis:  Plan  intitulé  :  Ville  de  Liège.  Théâtre  royal.  Plan  in- 
diquant les  abords  du  théâtre  royal.  Établissement  de  E.  Noblet, 
éditeur.   Echelle  de  1  à  500.  Avec  l'indication  du  nord  vrai  et  du 


—  216  — 

nord  magnétique.  Ce  plan  ne  donne  que  la  place  du  Spectacle  et 
l'entrée  des  rues  qui  y  aboutissent. 

Larg.  0m43,  haut.  0m52. 
Fait  partie'  d'uue  collection  de  10  feuilles  de  dessin  publiée  à 
l'occasion  de  la  demande  de   projet  d'agrandissement  pour   ce 
théâtre. 

1860. 

N°  98  bis.  Plan  intitulé  :  Liège.  Dressé  par  A.  H.  Du  four.  Gravé 
par  F.  Lefèire.  Ecrit  par  Langevin.  Itinéraire  delà  Belgique  par 
A.  J .  Du  Pays.  L.  Hachette  et  de  éditeurs  Paris.  Avec  une  rose 
des  vents  et  une  Iégeiidede24  numéros  et  de  a  â  6. Le  planesl par- 
tagé en  carrés  avec  des  lettres  correspondantes  dans  la  légende. 
Ce  plan  est  assez  étendu  :  il  comprend  la  Chartreuse,  la  Fonderie  de 
Canons,  la  Citadelle,  les  bâtiments  de  St-Laurent,  etc.  Gravure  sur 
acier. 

Larg.  0ml5o,  haut.  0,n14. 

Se  trouve  duns  l'ouvrage  iniiiulé  :  Collection  des  guides  Joanne. 
Itinéraire  descriptif,  historique  ,  artistique  et  industriel  de  la  Bel- 
gique par  A.  J.  Du  Pays.  Paris.  Hachette.  1860.  Un  volume  in-12. 

1800. 

N°  99  bis.  Plan  intitulé  :  Ville  de  Liège.  Travaux  piddics.  Egout 
latéral.  Plan  indiquant  la  nouvelle  direction  a  donner  à  l'égout 
latéral  aux  abords  du  canal  de  Liège  à  Maestricht,  ainsi  que  le 
syphon  à  établir  sous  ce  canal  pour  faire  déboucher  l'égout  latéral 
dans  la  Meuse. 

Annexé  au  rapport  du  soussigné  en  date  de  ce  jour. 

Liège,  le  8  décembre  1800. 

L'ingénieur  directeur, 

G.  Blo>den. 
Établ1  de  E.  Noblet ,  éditeur.  Échelle  de  1  à  1,000.  Ce  plan 
donne  la  partie  du  la  ville  depuis  la  fonderie  de  canons  jus- 
qu'au delà  de  l'écluse  de  garde.  On  y  a  indiqué  la  direction  de 
l'égout  d'iiprès  le  projet  du  30  juin  1858,  et  la  nouvelle  direction 
proposée  ainsi  que  le  siphon. 


Larg.  0mou2,  haut.  0m335. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Ville  de  Liège.  Travaux  pu- 
blics. Egoul  latéral.  Rapport  de  M.  Blonden,  ingénieur-directeur 
des  travaux  de  la  ville,  concernant  le  projet  d'un  siphon  à  établir 
sous  le  canal  de  LiégekMaesiricht,  en  aval  de  récluse  de  garde, près 
de  la  fonderie  de  canons.  Liège.  Redouté.  1861.  Une  brochure 
in-8. 

1860. 

N°  90  ter.  Plan  intitulé  :  Ville  de  Liage.  Travaux  publics.  Plan 
indiquant:  1°  les  emplacements  proposés  pour  le  pont  que  MM. 
Claes  et  Flcchel  demandent  à  construire  sur  la  Meuse  à  Si-Léonard  ; 
2"  l'emplacement  du  pont  sur  le  Barbon;  5°  le  pi-ojet  de  quai  delà 
rive  droite  de  la  Meuse  depuis  le  Ponl-des- Arches  jusqu'à  l'extrémité 
aval  de  l'iledu  Dos-Fanchon  ;  4°  le  projet  de  quai  le  long  du  Barbon 
sur  l'île  du  Dos;  5°  h  projet  de  communications  dans  les  prés  St.- 
De.nis. 

Joint  aux  divers  rapports  du  soussigné  sur  les  projets  susmen- 
tionnés. 

Liège,  décembre  18G0. 

L' ingénieur-directeur , 

G.  BLO^nEN. 

Lilh.  de  J.  Coune.  Liège.  Echelle  de  1à  9000.  Avec  une  rose  des 
vents.  Ce  plan  donne  la  partie  de  la  ville  comprise  entre  le  pont  des 
Arches,  les  quais  de  la  rive  gauche  depuis  ce  pont  jusque  vis-à-vis 
du  champ  de  manœuvre,  le  champ  de  manœuvre,  le  Barbon  et  le 
canal  de  dérivation  jusqu'au  pontd'Amercœur,  la  rue  Entre-deux- 
Pont,  la  rue  Puits-en-Sock  et  la  Chaussée-des-Prés  jusqu'au  pont 
des  Arches. 

Larg.  Om69o,  haut.  0m5S. 

Se  trouve  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Ville  de  Liège.  Travaux  pu- 
blics. Pont  sur  la  Meuse  en  face  de  l'ancienne  porte  Si-Léonard. 
Vont  sur  le  Barbon  à  l'extrémité  aval  du  Dos-Fanchon.  Quai  delà 

10 


—  218  — 

rive  droite  de  la  Meuse  depuis  le  Ponl-des-Ârches  jusqu'à  la  même 
limite  du  Dos-Fanchon.  Communication  dans  les  prés  Si-Denis. 

Projet.  Délibérations.  Observations.  Oppositions. 

Hapports  et  plan  de  M.  Blonden,  ingénieur-directeur  des  travaux 
de  la  ville.  Liège.  Redouté,  18GI.  Une  brochure  in-8. 


COMPLÉMENT  DU  PREMIER  RAPPORT 


DU 


PRÉSIDENT    d'OtRETPE    DE    BoUVETTE 
A     SES     COLLÈGUES , 

Sur  la  réorganisation  du  Musée  et  les  ressources 
financières  ('). 


Dans  un  précédent  exposé  dont  vous  avez  décidé  l'im- 
pression (Pe  livraison  du  tome  V  de  vos  Annales),  votre 
président  a  déroulé  votre  passé  et  résumé  vos  travaux 
accomplis  pendant  une  période  de  plus  de  onze  années  ; 
mais  il  a  réservé ,  pour  un  rapport  spécial  ultérieur , 
deux  sujets  d'une  extrême  importance  ,  savoir  :  1°  la 
réorganisation  du  Musée  et,  2°  la  nécessité  d'obtenir  des 
fonds  ou  de  se  créer  des  ressources  pour  accomplir  une 
œuvre  de  patriotisme,  de  dévouement  à  la  science  et  aux 
intérêts  historiques  de  la  province . 

Aujourd'hui ,  reprenant  cette  réserve  et  comblant  cette 
lacune ,  nous  venons  vous  entretenir  de  ces  deux  sujets 
et  satisfaire  ainsi  à  un  double  engagement. 

(i)  L'Institut,  après  avoir  reçu  communication  du  présent  rapport,  en 
a  ordonné  l'impression  dans  ses  annales  afin  d'expliquer,  par  les  faits 
qu'il  expose,  les  entraves  apportées  à  ses  efforts. 

20 


—  220  — 

DE    LA    RÉORGANISATION    DU    MUSÉE. 

Dans  notre  précédent  exposé  (  »  ) ,  nous  avons  dit  combien 
avait  été  lourde,  écrasante  ou  délicate  la  charge  du  trans- 
port des  objets  ou  pondércux  ou  fragiles  de  notre  Musée 
de  l'ancien  local  cédé  dans  deux  chambres  de  refuge. 
Cependant  cette  œuvre  laborieuse  et  parfois  destructive , 
s'était  accomplie,  et  nos  collections,  si  péniblement  ob- 
tenues ,  se  trouvaient  sauvées.  Mais  nos  travaux  anté- 
rieurs, les  frais  d'appropriation  de  l'ancien  local  ,  perdus 
à  toujours,  devront  nous  faire  obtenir  de  larges  compensa- 
tions dans  l'avenir.  Dès  le  déménagement  opéré  et  nos 
richesses  archéologiques  confinées  et  dérobées  aux  regards, 
les  travaux  de  reconstruction  du  vieux  palais  s'annoncèrent 
avec  éclat  sous  la  savante  direction  de  M.  l'architecte 
Delsaux  ;  la  galerie  qui  tombait  en  ruines  fut  relevée  ,  la 
voûte  refaite  en  partie,  une  porte  nouvelle  pratiquée  dans 
les  murs  d'enceinte ,  un  escalier ,  malheureusement  trop 
étroit  et  plus  que  défectueux,  permirent  d'arriver  à  la 
galerie  supérieure  que  séparaient  trois  cloisons ,  dont 
la  première  était  la  limite  assignée  au  Musée  nou- 
veau par  l'architecte ,  plus  disposé  à  servir  d'autres 
intérêts  que  les  nôtres.  Mais  l'Institut,  dont  l'œuvre 
grandiose  était  compromise  par  cette  division  et  le  retrait 
de  la  majeure  partie  du  local,  en  appela  à  M.  le  Ministre 
de  l'Intérieur  et  à  la  Commission  royale  des  monuments. 
M.  Rogier,  l'ami  des  sciences ,  voué  au  culte  des  arts , 
comprit   nos  plaintes  et  sanctionna  les  propositions  de 

(  i  )  Voyez  le  1er  rapport  inséré  à  la  ir0  liv.  du  5œe  vol.  des  Annales,  page 
GO. 


—  221  — 

la  Commission  royale  arrêtées  d'un  commun  accord 
entre  M.  le  gouverneur  de  la  province ,  le  président  de 
l'Institut  et  même  acceptées  par  M.  Delsaux,  de  faire 
disparaître  les  trois  cloisons  et  d'assurer  au  Musée  pro- 
chain toute  la  galerie  supérieure,  ainsi  que  les  pièces  en 
haut,  moins  deux  chambres  réservées.  —  Ces  mesures 
convenues,  arrêtées,  les  travaux  devaient  être  repris  et 
continués  dans  ce  plan  de  décision  et  d'ordonnance,  et 
bientôt  le  local  achevé  devait  être  livré  à  l'Institut  pour 
y  replacer  ses  collections.  —  77  rien  fut  rien  !  M.  l'archi- 
tecte retint  les  clefs  des  chambres  en  haut,  refusa  d'abattre 
la  dernière  cloison  de  la  galerie  et  céda,  à  titre  de  loge- 
ment et  pour  y  établir  un  ménage,  la  fin  de  cette  galerie  à 
un  employé  sans  y  être  autorisé,  et  l'y  maintint  en  dépit 
des  ordres  contraires  de  M.  le  gouverneur;  enfin,  des 
injonctions  ministérielles  firent  rentrer  chacun  dans  son 
devoir.  Les  clefs  retenues  ,  bien  que ,  dès  septembre,  la 
remise  à  l'Institut  en  était  annoncée  à  M.  le  gouverneur, 
les  clefs,  sur  un  reçu,  exigé  du  président ,  ne  furent  dépo- 
sées que  le  11  décembre  1861,  la  cloison  renversée  et  la 
retraite  de  l'employé  résidant  obtenue  seulement  le  15, 
mesures  définitives  lentement  exécutées  qui  rendirent 
alors  libre  tout  le  local  concédé  au  Musée  de  la  pro- 
vince . 

Dès  le  lendemain  16,  le  président  commença  le  démé- 
nagement ,  aidé  dans  cette  œuvre  fatigante  par  ses  col- 
lègues MM.  S .  Bormans,  Hock  et  F  abri  pour  les  livres  et  les 
archives,  et  pour  tous  les  objets  matériels,  pondéreux  et 
fragiles,  par  un  membre  associé,  M.  Alexandre  ,  docteur 
en  médecine,  dont  le  dévouement  et  l'obligeance  méritent 
bien  d'être  consignés  dans  nos  Annales.  Depuis,  il  n'a 
cessé  de  montrer  le  même  zèle  et  la  même  activité  dans 
l'accomplissement  de  notre  laborieuse  tâche  ,   dont  nous 


—  222  — 

allons  indiquer  sommairement  les  résultats  à  titre  de  sou- 
venir, et  pour  servir  d'élément  à  l'histoire  de  nos  travaux 
et  surtout  pour  expliquer  des  lenteurs,  des  retards  et 
peut-être  même  un  mauvais  vouloir  qui  ne  sauraient  nous 
être  imputés.  D'ailleurs,  qu'on  le  sache  bien,  s'il  nous  en 
coûte  de  nous  plaindre  et  même  d'accuser,  ce  n'est  que 
pour  échapper  aux  reproches  et  nous  affranchir  d'une  res- 
ponsabilité qui  doit  peser  sur  qui  de  droit. 

Mis  en  possession  des  salles  du  nouveau  Musée,  nues 
et  inachevées,  nous  devions  commencer  notre  déménage- 
ment, œuvre  difficile  et  délicate  pour  ne  rien  briser,  pour 
ne  rien  confondre,  et  déjà,  aidés  par  quelques  collègues, 
notamment  l'infatigable  docteur  Alexandre,  nous  mar- 
chons avec  lenteur,  mais  avec  sûreté,  dans  cette  voie  pru- 
dente de  conservation  et  de  souvenirs  quant  aux  origines 
et  aux  lieux  de  provenance.  Mais,  disons-le  à  regret,  cette 
lenteur  n'allait  pas  aux  allures  impérieuses  et  brusques 
de  M.  l'architecte  Delsaux,  et,  dans  son  impatience  pour 
reconquérir  les  trois  pièces  affectées  à  nos  dépôts  archéo- 
logiques qu'il  avait  été,  bien  malgré  lui,  forcé  de  nous  con- 
céder, il  mit,  un  matin,  avant  l'arrivée  du  président,  les 
nombreux  ouvriers  de  M.  l'entrepreneur  Lhonneux  à 
l'œuvre  pour  évacuer  tous  les  objets  et  les  jeter,  confon- 
dus et  pêle-mêle,  dans  la  galerie,  en  haut  et  partout  ;  de 
là,  une  horrible  confusion,  et  bien  des  objets  brisés,  per- 
dus et  même  peut-être  dérobés. 

Arrivé  sur  le  théâtre  du  désordre,  qu'on  juge  de  la 
douloureuse  surprise  du  président  !  Mais  que  faire  ? 
Dénoncer,  gémir,  se  plaindre?  Il  fit  mieux.  Il  recher- 
cha les  morceaux  épars  d'objets  séparés  et  dispersés, 
et ,  après  ces  rapprochements  et  ces  reconstitutions 
difficiles  et  fatigantes,  il  commença,  toujours  aidé  par 
ses   collègues ,    à  classer  et   à  réorganiser.    Ainsi  ,  les 


—  223  — 

livres  mis  en  ordre  pour  former  la  bibliothèque  ;  puis 
toutes  les  sculptures  et  les  statuettes  réunies  pour  cons- 
tituer un  noyau  de  Musée  spécial  de  sculptures  ;  après, 
les  armes ,  toutes  également  sa  propriété ,  rangées  en 
faisceaux,  attachées  aux  murs,  formées  en  panoplies, 
pour  offrir  un  sjjécimen  de  musée  d'armes  anciennes  ; 
et  enfin ,  les  objets  divers  tirés  de  toutes  parts  ,  de 
l'Inde ,  de  l'Egypte ,  de  la  Grèce ,  de  Rome  et  du 
moyen-âge,  objets  peu  nombreux,  mais  classés,  rap- 
prochés et  présentés  comme  noyau  d'un  Musée  ethno- 
graphique. Ainsi,  quatre  pièces  à  l'étage  supérieur,  déjà 
occupées  et  remplies,  témoignent  de  notre  zèle,  de  notre 
ardeur  pour  l'accomplissement  de  notre  œuvre. 

Nous  sommes  moins  avancés  à  l'extérieur,  dans  la 
galerie  des  arcades,  et  pourquoi  ?  parce  que  M.  l'archi- 
tecte, bien  qu'interpellé  par  des  nombreuses  lettres,  se 
refuse  d'indiquer  les  lieux  où  nos  colonnes,  nos  pierres 
sépulcrales,  et  en  général  les  matières  pondéreuses  pour- 
raient être  posées  ou  assises  sans  compromettre  la  sûreté 
de  l'édifice.  Il  en  est  de  même  pour  la  longue  galerie  au 
premier  étage.  Jusqu'à  ce  jour,  faute  d'achèvement  du 
plafond  et  des  murs  de  cette  vaste  salle,  nous  n'avons  pu 
que  relever  le  monument  de  Velbruck  et  rétablir  la  belle 
cheminée  d'Erard  de  la  Marck;  de  plus,  asseoir  un  hôtel 
votif  romain  et  exposer  la  gracieuse  vierge  de  dom  Rupert, 
provenant  de  l'abbaye  de  St. -Laurent.  — Mais,  lorsque 
les  travaux  seront  repris,  que  deviendront  les  nombreux 
bahuts  d'un  travail  curieux  déposés  au  fond  de  la  salle 
par  le  président  ?  Les  fines  sculptures,  les  ornements 
échapperont-ils  à  des  mains  rapaces  et  l'infidélité  qui  a 
déjà  crocheté  des  armoires  et  dérobé  des  médailles,  n'ira-t- 
elle  pas  se  reproduire?  —  Cette  crainte,  il  faut  la  mani- 
fester, pour  nous  abriter  contre  le  reproche  de  n'avoir  su 


—  224  — 

ni  sauver  ni  conserver.  Bien  des  objets  sont  déjà  égarés 
ou  perdus  ;  la  responsabilité  ne  saurait  peser  sur  l'Institut, 
dont  le  zèle  désintéressé  et  le  dévouement  à  la  science  ne 
seront  compris  que  lorsque  les  fondateurs  ne  serout  plus. 
C'est  sur  la  tombe  seulement  que  s'inscrivent  les  titres  à 
la  reconnaissance.  N'importe,  l'Institut  saura  attendre, 
satisfait  d'avoir  rempli  une  œuvre  de  patriotisme  et  sans 
demander  à  ses  contemporains  le  prix  de  ses  labeurs.  Se 
dévouer  à  son  pays,  au  progrès  des  arts,  à  l'avancement 
des   sciences  historiques...  voilà  son  mérite  et  sa  gloire. 

%  2. 

RESSOURCES    FINANCIERES.    COMPTABILITÉ. 

Nos  ressources  financières  sont  très-bornées  ;  elles  s'a- 
limentent en  général  par  des  subsides  dont  le  taux  annuel 
varie  et  toujours  elles  sont  d'une  minime  importance  et 
inférieures  à  nos  besoins. 

Ainsi  l'État  daigne  nous  accorder,  à  titre  d'encourage- 
ment, deux  à  quatre  cents  francs  ;  la  province  a  élevé  son 
subside  à  ce  dernier  cliifire  ,  et  la  ville  ,  après  une  longue 
interruption  dans  ses  générosités ,  porte  maintenant  an- 
nuellement deux  cents  francs  à  son  budget  pour  en 
gratifier  notre  Musée. 

Or  ,  nous  le  demandons  ,  est-ce  avec  6  ou  800  francs 
annuellement  que  nous  pouvons  faire  de  nombreux  achats, 
pratiquer  des  fouilles  en  grand  et  publier  de  fréquentes 
Annales?  Non,  certainement.  Voyons  cependant  si  d'autres 
ressources  ne  nous  sont  pas  assurées. 

Oui ,  nous  pouvons  nous  imposer  et  lever  des  tributs  ; 
oui,  nous  pouvons  solliciter  des  dons;  oui,  encore,  nous 


—  325  — 

pouvons  vendre  nos  Bulletins,  et,  à  la  faveur  de  ces  trois 
moyens,  obtenir  des  fonds,  nous  créer  des  richesses. 

Sans  doute,  nous  aurions  pu  prétendre  à  ces  avantages, 
si,  dès  notre  fondation,  le  4  avril  1850,  nous  avions  été 
solidement  assis,  mis  en  possession  d'un  local  convenable 
et  définitif  pour  asseoir  nos  collections  ,  et  par  là  nous 
donner  des  gages  de  longévité  et  d'avenir.  Il  n'en  a  pas 
été  ainsi  ,  et  nous  avons  démontré  que  notre  existence 
précaire,  toujours  menacée,  a  jeté  le  découragement  parmi 
nous  et  fait  suspendre  le  recouvrement  des  annates.  D'un 
autre  côté,  l'appel  à  la  générosité  eut  été  intempestif,  et, 
par  conséquent ,  aucun  don  pécuniaire  ne  pouvait  nous 
arriver,  et  enfin  Impopularité ,  qui  fait  vivre  les  Sociétés , 
\&  popularité  de  notre  Institut  faisant  défaut  jusqu'à  certain 
point,  parce  que  les  éléments  pour  l'obtenir  manquaient, 
un  Musée  ou  ver!  au.  public,  nous  ne  pouvions  obtenir 
qu'un  revenu  assez  modeste  de  la  vente  de  nos  Bulletins. 

Telles  sont  les  causes  qui  ont  empoché  nos  ressources 
de  s'accroître ,  en  même  temps  qu'elles  enrayaient  notre 
marche  et  empêchaient  nos  succès. 

Mais  enfin,  voyons  notre  bilan  d'après  le  compte  apuré 
de  votre  trésorier. 

Voici  donc  les  chiffres  qui  résument  sa  comptabilité  , 
non  pour  les  années  écoulées  depuis  votre  fondation  ,  ce 
qui  a  été  fait  après  chaque  exercice  ,  mais  pour  l'année 
1861-1862. 

Après  les  comptes  apurés  et  les  états  fournis  par  MM.  les 
trésoriers  Davreux  et  le  capitaine  Hock,  il  restait  en  caisse, 
au  1er  janvier  1S60  ,  une  somme  de  870  fr.  86  cent.  ; 
mais  le  coûtseul  de  nos  Bulletins  s'est  élevé  à  1,233-54. 

En  1S61 ,  alors  que  nous  supportions  de  grands  frais 
pour  le  déplacement  de  notre  Musée  ,  nous  ne  recevions 
aucun  subside  de  l'État  et  nous  étions  réduits  à  la  seule 


—  220  — 

perception  de  600  fr. ,  tributs  annuels  de  400  ou  de  200  fr. 
par  la  province  et  la  ville ,  et ,  sur  cette  somme  minime  , 
nous  devions  acquitter  le  montant  des  frais  d'impression 
de  notre  Bulletin  portant  509  fr.  92  cent.,  et  cependant, 
malgré  toutes  ces  dépenses  ,  trouvant  quelques  ressources 
dans  la  générosité  d'un  de  nos  collègues  ,  nous  sommes 
arrivés  au  1er  janvier  1862,  toutes  dettes  payées,  avec  un 
fond  de  caisse  de  82  fr.  70  cent.,  ainsi  qu'il  appert  d'un 
compte  détaillé  transmis  en  double  expédition  ,  l'un  à 
M.  le  Ministre  de  l'intérieur  et  l'autre  à  M.  le  Gouverneur 
de  la  province. 

Cette  bonne  situation  financière  ne  doit-elle  pas  étonner 
et  nous  réjouir,  alors  qu'on  sait  que  les  frais  d'impressions 
de  nos  Bulletins ,  ont  porté  à  des  sommes  très-considé- 
rables. 

Aujourd'hui  ,  nos  ressources  vont  s'accroître  par  le 
montant  des  annates  mises  en  recouvrement  et  acquittées 
par  nos  titulaires  et  nos  associés  avec  un  empressement 
qui  témoigne  de  leur  vive  sympathie  pour  vos  travaux,  au 
point,  nous  le  disons  avec  bonheur,  avec  reconnaissance  que 
des  membres  purement  honoraires,  dès  lors  affranchis  de 
toute  contribution,  ont  voulu  se  soumettre  à  la  redevance, 
ainsi  MM.  le  baron  de  Macar,  gouverneur  de  la  province  ; 
de  Rossius-Orban  ,  président  du  Conseil  provincial  ;  J. 
Neuville,  bourgmestre;  de  Wandre,  président  de  la  Société 
d'Emulation,  etc.,  etc.,  tous  dignitaires,  et  à  ce  titre, 
affranchis  du  tribut,  ont  voulu  verser  leurs  10  francs 
d'annates  dans  la  caisse  sociale.  Il  est  vrai,  et  nous  devons 
le  dire  à  regret,  qu'à  côté  de  ces  nombreux  actes  de  géné- 
rosité et  de  noble  désintéressement,  se  placent  quelques 
refus  qui  pourraient  affliger  ceux  qui  en  ont  eu  le  triste 
courage  si  leurs  noms  étaient  révélés.  —  Au  surplus, 
ces  actes  de  parcimonie  seront  effacés  ou  couverts  par 


—   v>fi>7    — 


d'éclatantes  générosités,  lorsque  nous  ferons  appel, 
comme  à  M.  le  comte  de  Mercy-Argenteau,  à  plusieurs 
de  nos  membres  honoraires  qui  tous  sont  aussi  riches  de 
sentiments  et  de  gloire  que  de  noblesse  et  de  fortune. 
Notre  avenir  est  donc  assuré,  et  des  succès  prochains  et 
un  triomphe  qui  ne  pourra  plus  manquer  à  votre  dévoue- 
ment et  à  votre  patriotisme,  vous  feront  oublier  vos  souf- 
frances, vos  tribulations  et  vos  disgrâces. 

Désormais  des  fonds  recueillis ,  comment  voulez- 
vous-en  régler  l'emploi?  Vous  vous  êtes  prononcé  à  cet 
égard.  Vous  entendez  que  le  montant  des  subsides  soit 
appliqué  exclusivement  à  l'entretien  et  à  l'accroissement 
du  Musée,  et  que  le  produit  des  annates  et  les  bénéfices 
par  la  vente  des  Bulletins  soient  divisés  en  deux  parts, 
l'une  destinée  à  pratiquer  des  fouilles  archéologiques  et 
l'autre  à  couvrir  nos  frais  d'impression. 

Enfin,  lorsque  les  travaux,  aujourd'hui  suspendus, 
seront  repris  et  achevés;  lorsque  les  débris  entassés  dans 
la  cour  et  qui  gênent  l'accès  du  Musée  seront  enlevés,  qui 
vous  empêcherait,  dans  ce  beau  jardin  et  sous  votre  belle 
galerie,  d'ouvrir  une  exposition  de  fleurs  ou  d'organiser 
un  concert?  La  foule  ne  ferait  pas  défaut  et  une  légère 
rétribution  à  l'entrée  irait  grossir  votre  avoir,  mais  il  y 
aurait  par  là  mieux  encore  que  le  son  métallique,  le  bruit 
des  instruments  et  le  parfum  des  fleurs,  il  y  aurait  l'avan- 
tage de  faire  connaître  votre  Musée  et  de  provoquer  aux 
dons  pour  en  augmenter  les  richesses  et  la  valeur.  —  Ici, 
vient,  par  une  transition  naturelle,  le  chapitre  des  dona- 
tions globales  ou  de  l'abandon,  à  titre  gratuit,  de  collec- 
tions complètes,  d'objets  d'arts  et  d'antiquités. 


24 


—  2-28  — 

S  3. 

Le  Président  possède  une  de  ces  collections.  Il  en  a  fait 
l'offre  gratuite  à  qui  veut  l'accepter,  savoir  :  à  l'État,  à  la 
province,  à  la  commune;  il  ne  peut  que  réitérer  cette  offre 
désintéressée  faite  dans  l'intérêt  des  arts  et  des  sciences 
historiques  et,  ne  voulant  pas  se  répéter,  il  renvoie  aux 
différents  passages  de  ses  anciens  écrits. 

Alb.  d'Oïreppe  de  Bouvette. 


DES  MUSEES  D'ANTIQUITÉS, 

ET  EN  PARTICULIER  DU  MUSÉE  PROVINCIAL  A  LIÉCE. 


«  Quelques  dél>ris  étudiés  avec  sagacité  nous 
»  en  apprennent  pins  sur  les  mœurs,  la  vie  intima 
»   de  l'histoire  vraie  du  peuple  ,  que  des  diction- 

»  naires  entiers » 

K.  ReCLL'3.  Revue  des  deux  Mondes,  février  1862. 


L'homme,  cet  être  éphémère  qui  passe  si  peu  de  jours 
sur  la  terre,  sent  néanmoins  en  lui-même  un  principe 
d'immortalité  qui  le  fait  aspirer  à  étendre  ,  au  moins  par 
la  pensée  ,  les  limites  de  son  existence  ici-bas. 

Borné  du  côté  de  l'avenir,  que  dérobe  à  ses  yeux  un 
voile  impénétrable  ,  il  tourne  les  regards  vers  le  passé  et 
s'efforce  de  dissiper  les  ombres  dont  les  siècles  se  couvrent 
en  s'écoulant. 

Nulle  distance  n'est  assez  grande  pour  arrêter  son  avide 
recherche  ,  nul  climat  assez  âpre  ou  assez  brûlant  pour 
rebuter  une  passion  qui  exerce  sur  lui  un  si  puissant 
empire  et  qui  croît  dans  la  mesure  de  sa  civilisation. 

Ainsi  l'on  voit  l'Européen  rechercher  la  trace  du  passé 
parmi  les  ruines  de  Ninive  ou  de  Babylone ,  de  Thèbes  ou 
de  Mcmphis  ;  il  explore  les  restes  de  ces  villes  demeu- 
rées sans  nom  dans  les  solitudes  du  Nouveau-Monde  , 
il  exhume  les  cités  ensevelies  sous  les  laves  des  volcans  , 
il  déblaye  d'antiques  nécropoles,  pénètre  dans  les  cavités 
des   Pyramides ,  descend  dans  les  catacombes  ,  cherche 


—  230 

jusques  dans  les  profondeurs  des  lacs  les  vestiges  des  tra- 
vaux de  l'homme  primitif  (1),  et  partout  il  s'attache  à  re- 
cueillir des  reliefs  du  passé.  Tout  sert  d'aliment  à  son 
ardente  curiosité  :  dieux,  sphinx,  momies,  inscriptions, 
urnes,  armures,  il  les  rassemble  et  transporte  d'un  continent 
à  l'autre  jusqu'à  ces  gigantesques  monolithes  dont  la 
masse  pesante  gissait  depuis  des  siècles  dans  le  sable  des 
déserts.  Ces  reliques,  qu'a  marquées  le  sceau  du  temps, 
deviennent  le  sujet  de  ses  profondes  méditations  :  elles 
ressuscitent  dans  son  esprit  les  générations  qui  ont  passé 
sur  la  terre  et  lui  semblent  assez  précieuses  pour  orner 
ses  places  publiques  ou  pour  être  conservées  dans  les  palais 
les  plus  somptueux  des  Rois. 

C'est  de  là  qu'ont  pris  naissance  tant  de  Musées  fameux 
dont  s'enorgueillissent  la  plupart  des  capitales.  Bientôt 
après  ,  imitant  cet  exemple  ,  nombre  d'autres  villes  d'un 
ordre  inférieur  se  sont  appliquées  à  réunir  au  moins  des 
collections  de  leurs  antiquités  nationales. 

Il  doit  nous  être  permis  de  dire  ici ,  sans  que  l'on 
puisse  nous  taxer  d'un  excès  d'amour  propre  ,  qu'il  n'est 
point  de  contrée  qui  ait,  plus  que  la  province  de  Liège,  le 
droit  d'être  fière  de  son  passé  et  plus  de  motifs  d'en  re- 
cueillir les  glorieux  souvenirs. 

Dès  avant  l'ère  vulgaire  nous  voyons  cette  contrée 
habitée  par  ces  héroïques  Eburons  que  César  eût  peine  à 
vaincre  et  dont  il  immortalisa  la  vaillance  par  ses  com- 
mentaires delà  guerre  des  Gaules  (a). 


(  i  )  Voir  dans  la  Revue  des  deux  Mondes,  février  18(i2  ,  un  article  tlu 
plus  haut  intérêt  sur  les  restes  des  Cités  lacustres  découverts  aux  lacs  de 
Zurich,  de  Constance,  dans  ceux  de  la  haute  Italie  et  ailleurs. 

(2)  Nous  sommes  hien  près  de  loucher  à  la  question  de  l'Atluaca,  l'At- 
tuatuca,  qui  fait  aujourd'hui  tant  de  bruit  parmi  les  Archéologues  ;  heu- 
reusement nous  pouvons  éviter  cet  écueil,  n'ayant  pas  à  déterminer  le  lieu 


—   931    — 


Soumis  enfin  à  ce  peuple  dont,  suivant  l'expression  du 
poëte,  le  destin  était  de  régir  le  monde,  notre  sol  garde 
l'empreinte  de  cette  vaste  domination  romaine.  Ici  les 
routes  militaires  de  ce  peuple  guerrier  le  sillonnent 
encore  ;  là,  comme  des  jalons  dans  les  plaines  de  la  Hes- 
baye,  se  montrent  les  tombelles  des  Celtes  et  des  Romains. 

Plus  tard  ,  aux  premiers  bruits  précurseurs  de  l'affais- 
sement de  l'empire  de  Rome,  les  peuples  du  nord,  sortant 
de  leurs  forêts  et  de  leurs  plaines  marécageuses,  s'avan- 
cent et  se  répandent  sur  toute  la  Belgique. 

Les  aigles  romaines  reculent  alors  devant  la  tramée 
et  la  francisque  des  barbares  (1),  et  ,  sous  les  descen- 
dants chevelus  de  Mérovée,  les  Maires  du  palais,  ces 
célèbres  Pépins  distingués  encore  par  des  surnoms  tirés 
des  localités  de  notre  sol,  se  fixent  dans  les  environs  de 
Liège  et  en  font  le  berceau,  sinon  de  Charlemagne  (2),  du 
moins  de  la  dynastie  carlovingienne  et  de  l'empire  d'oc- 
cident. 

Nous  n'aborderons  point  les  fastes  de  ce  pays  de 
Liège,  érigé  en  principauté  particulière.  —  Si  son  histoire 
depuis  la  fondation  des  grandes  monarchies  qui  se  par- 
tagent encore  l'Europe,  eût  moins  de  retentissement  aux 
dehors,  elle  n'est  pas  moins  émouvante  par  le  récit  de  ces 
mémorables,  opiniâtres  et  glorieuses  luttes  d'où  sortirent 

précis  de  ce  refuge  des  Eburons,  il  nous  suffit  qu'il  ait  pu  être  àTongres, 
à  Visé,  au  mont  Falhise  ou  mieux  à  Embourg,  comme  M.  Justin  le  démontre 
du  fond  de  sa  baignoire  à  Cbaufonlaine. 

( 1  )  Il  y  a  quelques  années  nombre  des  tombes  Franques  ont  été  décou- 
vertes à  Seraing,  près  Liège.  Désarmes,  des  anneaux,  etc.,  y  ont  été  trouvés 
et  décrits  dans  une  livraison  des  Annales  de  l'Institut  par  M  Haguemans. 

(  ■  )  Ce  n'est  point  ici  le  lieu  de  discuter  la  controverse  surgie  a  l'occa- 
sion du  lieu  de  naissance  de  ce  grand  monarque,  nous  croyons  du  reste 
cette  question  résolue  autant  qu'elle  peut  l'être  historiquement  par  la 
Savante  notice  de  M.  V.  Henaux  sur  ce  sujet. 


—  232  - 

notre  paix  de  Fexhe  et  nos  franchises  si  vaillamment  dé- 
fendues durant  plusieurs  siècles. 

Aussi  c'est  avec  une  vive  satisfaction  que  nous  avons  été 
récemment  témoin  de  la  prise  de  possession  du  Musée  pro- 
vincial d'antiquités  dans  cet  ancien  palais  d'Erard  de  la 
Marck  tout  plein  de  souvenirs  liégeois. 

Cette  satisfaction  naissait  encore  à  la  pensée  de  l'utilité 
d'un  tel  Musée  dans  une  cité  où  se  remarque  un  haut  de- 
gré de  culture  intellectuelle  et  un  développement  prodigieux 
d'industrie. 

Qui  ne  sent  en  effet  que  ces  restes,  ces  débris  du  passé 
sont  plus  propres  que  toute  description  possible  à  nous 
donner  l'intelligence  d'une  foule  de  faits  historiques  et  la 
connaissance  exacte  des  mœurs,  des  usages,  de  la  civili- 
sation de  nos  ancêtres  ! 

Peut-être  un  célèbre  romancier  de  ce  siècle  n'aurait  point 
mérité  l'éloge  que  lui  décerne  Augustin  Thierry  (Lettres 
sur  l'histoire  de  France,  lettre  6),  d'avoir  été  plus  vrai 
que  tous  les  historiens  ses  devanciers,  si  ses  heureuses 
fictions  n'avaient  été  inspirées  par  les  remarquables  col- 
lections d'antiquités  réunies  à  son  manoir  d'Abbotsfort  (  '  )  • 

Que  de  fois  aussi  des  doutes  chronologiques  sont 
éclaircis  par  l'examen  des  restes  des  anciens  âges  !  Et 
quels  utiles  enseignements  ne  peut-on  point  tirer  des 
collections  qui  nous  déroulent  le  tableau  de  l'origine,  du 
progrès  et  la  décadence  des  arts  et  de  l'industrie  parmi 
les  générations  passées  !  Quel  sujet  de  réflexions,  lors- 
qu'on rattache  ces  phases  diverses  à  l'état  correspondant 
des  mœurs  et  des  institutions  des  peuples! 

f  i  )  Que  <lc  révélations  sur  l'état  d'un  peuple  contient  un  simplo  collier, 

d<  peint  par  Walter  Scott  et  portant  celle  inscription  :  Gurlh,  /ils  de 

•'/  ■,     .  f  de  '■"■'■<  n  i)  .'  ;  [vanhoe  )  cl  l'Angleterre  était  alors 

sous  la  domination  normande,  trois  races  d'bommcs  ennemies  sur  le  même 

sol, 


—  233  — 

Combien  encore  de  fécondes  comparaisons  surgissent  à 
l'aspect  de  tant  d'objets  appartenant  à  des  âges  divers  et 
manifestant  la  pensée,  les  aspirations,  les  croyances  de  nos 
ancêtres  ! 

Que  de  modèles  précieux,  d'une  infinie  variété  de  des- 
sin et  d'une  admirable  pureté  de  goût  qui  peuvent  être 
un  objet  d'étude  pour  les  artistes  de  notre  époque,  toute 
nère  qu'elle  se  montre  de  sa  civilisation  et  de  ses  progrès 
dans  les  sciences  ! 

Aussi,  en  parlant  du  nouveau  Musée  installé  au  Palais, 
nous  croirions  faire  acte  d'ingratitude  envers  l'honorable 
président  de  l'Institut  Archéologique,  si  nous  n'avions 
pour  cet  ardent  promoteur  du  Musée  un  mot  de  remer- 
ciment  et  si  nous  passions  sous  un  silence  complet  les 
services  signalés  dont  cette  institution  lui  est  redevable. 
Non-seulement  M.  Albert  d'Otreppe  de  Bouvette  a  doté  le 
Musée  de  presque  tout  ce  qu'il  contient,  mais  le  premier 
il  a  formé  le  projet,  d'abord  froidement  accueilli,  de  fonder 
ce  Musée. 

Se  faisant  en  quelque  sorte  l'apôtre  de  cette  idée ,  il  ne 
cessa  de  la  propager  dans  les  esprits  par  la  parole  et  par 
une  foule  d'écrits  libéralement  distribués.  Entièrement 
dévoué  à  cette  œuvre,  nulle  fatigue,  nulle  déception  ne  le 
rebuta.  Partout  on  le  vit  allant,  voyageant ,  recueillant, 
sollicitant  en  faveur  du  Musée  et  déployant  dans  un  Age 
avancé  une  surprenante  activité  physique  et  intellectuelle, 
comme  si  le  temps  avait  respecté  en  lui  des  forces  dont  il 
faisait  un  usage  si  vaillant  et  si  désintéressé  (  '  ). 

Toutefois  sachons  reconnaître  que  le  temps  est  un  des 


(  i  )  Lecture  reçue  de  ce  passage  ,  l'Institut  déclare  s'associer  complète- 
ment à  ce  témoignage  d'estime  donné  à  son  président  (Extrait  du  procès- 
verbal  île  la  séance). 


—  234  — 

éléments  nécessaires  au  développement  d'un  Musée  d'an- 
tiquités. Ces  Musées  ne  s'improvisent  pas,  et  avouons  que 
celui  de  Liège  ne  peut ,  dès  sa  naissance  ,  être  mis  en 
parallèle  avec  bien  d'autres  que  l'on  rencontre  môme  dans 
quelques  villes  moins  importantes  :  mais  le  plus  difficile 
est  fait,  un  magnifique  local  définitif  est  trouvé,  possédé, 
et  deux  sections  de  ce  Musée  ,  o'ffrent  déjà  un  haut 
intérêt. 

L'une  est  la  section  de  nos  antiquités  nationales,  trou- 
vées dans  la  province  ,  car  ainsi  que  le  dit  avec  raison  un 
grand  historien,  »  l'histoire  de  la  contrée,  de  la  province, 
»  de  la  ville  natale,  est  la  seule  où  notre  cœur  s'attache 
«  par  un  intérêt  patriotique. . .  Les  autres  ne  nous  touchent 
«  point  également-  » 

L'autre  section  comprend  la  collection  d'armures,  et  il 
n'est  pas  besoin  de  démontrer  son  haut  intérêt  dans  une 
cité  déjà  célèbre  dès  le  moyen-âge  par  sa  fabrication 
d'armes  ,  industrie  qui ,  jusqu'à  nos  jours,  n'a  cessé  de 
grandir. 

Nous  ne  sommes  d'ailleurs  point  inquiets  de  l'accrois- 
sement futur  du  Musée  liégeois.  Il  suffit  qu'il  soit  stable 
et  que  la  conservation  des  collections  soit  assurée  pour 
que,  stimulés  par  l'amour  propre  national  ,  par  le  désir 
d'être  utile,  les  dons  lui  arrivent  avec  abondance. 

Non  ,  la  Cité  de  Liège ,  qui  se  distingue  en  général  par 
son  initiative,  ne  se  laissera  point  plus  longtemps  devancer 
dans  une  voie  où  sont  entrés  avec  ardeur  tous  les  peuples 
civilisés.  Elle  rivalisera  de  zèle  avec  eux  pour  recueillir 
et  rassembler  les  restes  de  l'antiquité  qui  ravivent  le  culte 
pieux  des  ancêtres  et  le  patriotisme ,  ces  reliefs  des  âges 
qui  «  arrachés  aux  ruines,  rétirés  de  la  tombe,  sauvés  de 
'/  la  destruction,  presque  repris  au  néant  servent  àrecons- 


—  23o 


»  truire  le  passé,  à  rendre  à  la  lumière  et  comme  palpables 
"  les  temps  qui  ne  sont  plus  (  '  ).  « 

Cependant  pour  organiser  d'une  manière  complète  l'ad- 
ministration du  Musée  ,  il  serait  utile,  à  notre  avis,  que 
le  gouvernement,  la  province ,  la  ville  eussent  des  délé- 
gués chargés  du  contrôle  du  Musée  dont  la  direction 
doit  rester  à  l'Institut  fondateur. 

Il  est  un  autre  point  d'une  absolue  nécessité  si  l'on  veut 
que  ce  Musée  produise  le  fruit  que  l'on  est  en  droit  d'en 
attendre  :  Ce  point  capital  est  la  libre  admission  du  pu- 
blic à  visiter  les  collections. 

L'utilité  l'exige ,  l'équité  le  veut  puisque  ces  collec- 
tions appartenant  au  gouvernement,  à  la  province  et  à  la 
ville  sont  une  propriété  commune. 

Mais  de  là  dérive  aussi  la  nécessité  d'établir  une  sur- 
veillance assidue  et  celle-ci  ne  peut  être  exercée  que  par 
des  employés  salariés. 

Les  ressources  pécuniaires  manquant  totalement  à  l'Ins- 
titut, il  conviendrait  qu'il  recourût  au  gouvernement  qui 
a  fourni  le  local,  à  la  province  et  à  la  ville  qui  retirent 
principalement  l'utilité  du  Musée  et  l'on  est  en  droit  d'es- 
pérer que  ces  administrations,  qui  lui  ont  déjà  donné  tant 
de  preuves  de  sollicitude,  le  mettront,  par  un  subside  con- 
venable, en  état  d'atteindre  le  but  utile  qui  est  l'objet  de 
ses  vœux. 

A.    CîtALLE. 

Liège,  16  mars  1SC2. 
(M  Causeries  d'un  antiquaire,  par  M.  Alb.  de  Bouvette. 


O.) 


T^ 


Cuill 


ère  en  cuivre 


S *C2  n^O 


Cm  Kèrc  en  ivoire 


»ANv.     ;ïïi|lilii,|l||l|t 


'/s     de   la   ffraucUi-tr,  a  vec    coupe 


V:\ses  efustensile-S    tnilo-llomatris  ,  et  uneTomte   a  Laucem-ord' 
oi>ei    «e.    JJaeieri;   .Hecou.verTs  en  AouT    ]  86l    . 


/3    do  la    grandeur,  avet  coufj* 


Vases  Gallo-Romains,  d'unTuimifus  à  Heusy  nws  <wVei*vie« 

découverts     «11  Mars     1865.. 


DÉCOUVERTES  ARCHÉOLOGIQUES 


A    HEUSY. 


M.  Renier,  peintre  et  archéologue  à  Verviers,  trans- 
met au  Président  de  l'Institut  une  lettre  sur  la  décou- 
verte récente  faite  à  Heusy,  de  quelques  vases  romains, 
découverte  qui  rappelle  celle  de  l'an  dernier,  faite  à 
Lancemont ,  au-delà  de  Baelen,  de  poteries  de  même 
nature,  ce  qui  constate  surtout',  avec  le  produit  de  nos 
fouilles  à  Juslenville  (1851)  ,  le  séjour  des  Romains  sur 
les  bords  de  la  Vesdre  et  de  la  Hogne  vers  Spa. 

En  voici  le  contenu  principal  : 


1°  Dans  la  prairie  où  M.  Grégoire  Laoureux  fils  fait  éle- 
ver une  villa  ,  se  trouvait  une  éminence  de  trois  à  quatre 
mètres  de  saillie;  après  l'avoir  dénudée  d'une  couche  de  terre 
végétale  de  cinquante  centimètres,  l'on  trouva  ce  tertre  com- 
posé de  moellons  de  grés  entre  lesquels,  en  plusieurs  endroits, 
existaient  des  traces  de  ciment. 

Les  pierres  enlevées  montrèrent  une  excavation  de  1  mètre 
de  profondeur  sur  quatre  de  diamètre  et  d'où  on  les  avait 
extraites  ;  ce  qui  se  trouva  être  la  tête  d'une  carrière  ,  seul 
exemple  du  genre  en  cette  localité. 

Au  centre  du  creux  que  les  pierres  amoncelées  avaient  peul- 


-  238  — 

être  surmonté  en  voûte  ,  il  ne  fut  rencontré  nul  objet ,  mais 
dès  que  les  travailleurs  eurent  atteint  la  circonférence  exté- 
térieure  du  monceau  et  seulement  sur  l'arc  regardant  Heusy  , 
chaque  coup  de  pioche  amena  des  débris  de  poteries. 

Malheureusement  une  vingtaine  de  vases  de  formes  diverses 
furent  réduits  en  menus  morceaux,  vu  la  difficulté  d'extraction  à 
cause  de  leur  enchâssement  dans  la  pleine  terre.  Cependant  six 
tasses  en  terre  sigillée  rouge,  deux  plateaux  ou  soucoupes  ,  plus 
une  petite  cruche  sortirent  sans  trop  d'avaries  de  leur  tombeau. 

Les  tasses  de  huit  à  douze  centimètres  de  diamètre  offrent  en 
profil ,  le  cône  renversé ,  l'arc  de  cercle,  le  talon  ou  deux  lignes 
convexes.  Elles  sont  de  même  nature  que  celles  rencontrées  à 
Juslenville  ,  grâce  aux  soins  éclairés  de  Monsieur  le  Président 
et  conservées  au  Musée  Liégeois. 

L'un  des  nôtres  porte  une  empreinte  indéchiffrable  ,  mais  qui 
semble  être  la  même  que  le  cachet  très-bien  conservé  de  l'un  des 
grands  plateaux,  de  belle  fabrication  en  terre  gris-ardoise,  recou- 
verte d'un  vernis  rouge  épais  très-solide ,  dans  lequel  le  nom 
d'auteur  est  imprimé  comme  dans  de  la  cire  et  placé  au  centre 
intérieur  et  bombé  du  dit  objet.  Ce  nom  le  voici  : 

VARilDOPEC. 

Un  seul  trait  y  semble  altéré  ou  incomplet  entre  l'r  et  Fi  ,  toui 
porte  à  croire  à  un  second  i. 

Quant  à.  la  cruche,  de  forme  gracieuse,  elle  est  en  terre  jaune 
ordinaire  et  offre  cette  particularité  de  s'emboiter  parfaitement 
dans  la  soucoupe  qui  lui  sert  de  base,  laquelle  en  terre  jaune 
aussi  ,   fut  peinte  en  noir,  avec  quelques  balafres  d'ocre  jaune. 

M.  G.  Laoureux  a  bien  voulu  faire  don  de  ces  divers  objets 
à  la  collection  de  Verviers. 

2°  Une  découverte  du  même  genre  fut  faite  à  Verviers,  il  y  a 
une  douzaine  d'années,  à  l'extrémité  de  Somineleville  ,  à  l'ouest 
d'un  chemin  conduisant  à  l'emplacement  d'un  pont  dit  Uomain  , 
que  la  garnison  de  Linibourg  détruisit  en  1514. 

Les  vases  y  retrouvés  furent  offerts  en  partie  à  la  collection  du 
séminaire  de  St-Troad  et  il    n'existe  ici  ,  à  ma  connaissance,  de 


-  239  — 

cette  trouvaille,  qu'une  seule  tasse  rouge,  semblable  aux.  préci- 
tées. 

3"  A  l'est  du  village  d'Andrimont,  au  point  dit  le  Tombeu, 
existèrent  deux  monticules  ayant  l'aspect  de  Tombelles  ,  l'un 
petit,  en  partie  encore  sur  le  terrain  et  le  second  élevé  de  2U  mètres 
suivant  les  uns,  de  25  mètres  selon  d'autres  témoins  oculaires. 

Il  y  a  vingt-cinq  années  que  cette  masse  fut  démolie  ,  pour 
donner  un  jardin  à  la  maison  dite  du  maréchal ,  actuellement  la 
dernière  à  droite  au  sortir  d'Andrimont,  sur  la  route  nouvelle 
vers  Bois-les-Dames. 

Le  vieillard  propriétaire  m'assure  que  le  tertre  disparu  se  com- 
posait de  minerais  et  de  sable  ,  matières  qui  se  partagent  le  sol 
en  cet  endroit. 

Les  habitants  considérèrent  toujours  cette  éminence  comme  le 
vrai  tombeau  et  M.  Maquinay  ,  autre  vieillard  qui  toujours 
habita  cette  localité,  affirme  avoir  vu  une  épée  rouillée,  mais 
solide,  que  l'on  retira  des  déblais. 

Detrooz  t.  1,  p.  25,  attribue  ce  monument  à  un  combat  livré 
en  956  ,  entre  des  troupes  étrangères  indisciplinées  et  Baldric, 
second  marquis  de  Franchimont. 

Les  trouvailles  qui  précèdent  confirmèrent  une  tradition  cons- 
tante que  la  route  romaine  ,  descendant  de  la  Fagne  ,  traversait 
Polleur  ,  Heusy ,  Verviers  ,  Andrimont  pour  rejoindre,  par  les 
Plenesses  ,  Hervé  et  Liège. 

J.-S.   Renier. 
Verviers  ,  avril  1862. 


EXPOSÉ 
FOUILLES   A  CHÈVREMONT. 


Le  Président  a  ses  collègues, 

Messieurs  , 

Plusieurs  d'entre  vous  expriment  le  désir  formel  de  la 
reprise  des  fouilles,  depuis  longtemps  interrompues,  à 
Chèvremont.  J'adhère  à  ce  vœu,  et  pour  vous  engager  à 
le  réaliser,  voici  le  résumé  des  recherches  antérieures  que 
déjà  l'oubli  couvre,  et  dont  il  importe  de  réveiller  le  sou- 
venir, avant  de  reprendre  ces  travaux.  Ainsi  j'ai  déjà  dit  : 
recommençons  ces  fouilles,  mais  cette  fois  pratiquées  en 
grand,  sur  la  cîme  du  mont ,  que  sanctifie  une  Madone 
vénérée,  but  de  promenades  incessantes  pour  les  beautés 
du  site,  et  de  pèlerinages  pour  les  âmes  pieuses. 

Mais  comment  obtenir  de  l'argent  pour  faire  de  larges 
tranchées,  creuser  et  percer  le  célèbre  mont? — Comment  ! 
Au  moyen  de  souscriptions.  Déjà  lors  de  nos  premiers 
travaux,  j'avais  obtenu  quelques  pièces  de  5  francs,  pour 
faire  face  aux  premières  dépenses  ,  et ,  au  moyen  de  ces 
dons,  j'étais  parvenus  à  découvrir  la  base  des  murs  d'en- 
ceinte avec  les  saillies  des  tours,  et  à  lever  le  plan  extérieur 
de  l'ancienne  forteresse. 

Pour  vous  épargner  des  recherches  à  cet  égard,  je  vais 


242  — 

reproduire  l'exposé  et  le  résultat  de  nos  premiers  travaux, 
eu  rempruntant  à  la  6e  livraison  de  Y  Essai  de  Tablettes 
liégeoises.  (Voyez  le  plan  y  annexe). 

«  Nous  n'avons  pas  à  retracer  l'historique  de  Chèvremont  ;  nos 
collègues  Polain  et  Ferd.  Henaux  ont  accompli  cette  tâche. 

»  La  notre  ,  plus  facile  et  plus  modeste  ,  se  borne  à  indiquer 
quelques  travaux  de  recherches  et  à  en  demander  la  continuation. 

»  Qu'on  veuille  d'abord  nous  suivre  à  travers  les  broussailles 
pour  découvrir  ,  avec  nous  ,  les  débris  de  tours  et  les  murs  d'en- 
ceinte de  l'antique  forteresse  de  Chèvremont. 

»  C'est  sous  l'obligeante  direction  de  M.  Beghin,  propriétaire  de 
la  montagne,  que  nous  suivons,  presque  sans  interruption  ,  les 
aspérités  (naguère  encore  recouvertes  de  plantes  grimpantes  ou 
sarmenteuses)  des  murs  renversés,  murs  qui  aujourd'hui  creusés 
à  la  base,  s'élèvent  encore,  vers  le  Midi,  à  plus  de  deux  mètres  de 
hauteur. 

»  Il  faut  d'abord  gravir  la  montagne  ,  bien  qu'un  débris  de  mur 
se  trouve  encore  à  demi-côte  :  parvenu  à  la  cime,  on  découvre  dans 
la  route  même  tracée  aux  pèlerins  ,  les  fondations  de  deux  murs 
rapprochés,  dont  le  plus  extérieur  se  retrouve  ,  par  intervalle  ,  et 
descend  dans  la  vallée,  tandis  que  l'autre  tourne  le  mamelon  et  va 
rencontrer  le  cercle  parfaitement  tracé  de  trois  tours  dont  nous 
vous  proposons  de  creuser  l'enceinte  ;  ce  mur  continue  et  longe 
toute  ht  corniche  vers  le  Sud-Ouest  ;  au-delà,  le  terrain  s'affaise,  et 
de  ce  côté ,  à  l'Est,  devait  être  rentrée  du  château.  En  cet  endroit , 
dans  un  coin  cultivé  ,  on  a  découvert,  il  y  a  déjà  quelque  temps  , 
un^e  masse  énorme  de  cailloux  cimentés.  Ces  débris  très-curieux; 
sont  là,  gisants  ;  j'en  ai  recommandé  la  conservation. 

»  Continuant  mes  investigations  (toujours  accompagné  de  M. Be- 
ghin), j'ai  été  frappé  de  la  hauteur  des  murs  ,  déjà  signalés  au 
Midi  ,  dominant  la  vallée;  vallée  connue  sous  le  nom  trivial  de 
Casemàtrouille  ,  appellation  que  je  livre  aux  élymologistcs  et  que 
je  décompose  en  casemate  ,  mot  qui  se  rattache  à  un  système  de 
fortifications,  et  en  Trouille,  le  même  nom  que  celui  (l'un  ruisseau 
qui,  avec  la  Haine  (d'où  Hainaul),  traverse  les  murs  de  Mons.  Que 
signifie  donc  en  ancien  langage  ce  mol  Trouille!  J'adresse  cetle 
question  aux  linguistes  et  aux  érudils.  Quant  à  moi  ,  je  poursuis 


—  243  — 

ma  course  et  je  m'arrête  sur  la  rampe  qui  domine  l'étroite  et  riante 
vallée  que  je  viens  d'indiquer  ,  et  là  encore,  se  dessine,  se  projette 
en  angle  aigu  facile  à  découvrir  à  l'œil  ,  la  base  d'une  des  tours  du 
château  féodal,  et,  bientôt  après,  ayant  suivi  ce  long  circuit,  je  suis 
ramené  au  point  de  départ. 

»  Le  cercle  que  nous  venons  de  parcourir  a  une  étendue  consi- 
dérable. Des  mesures  exactes  ,  prises  par  MM.  les  ingénieurs  , 
viennent  de  nous  en  être  données.  Le  plan  (réduction  sur  une  plus 
petite  échelle  du  plan  primitif),  nous  fournira  un  moyeu  d'évaluer 
le  nombre  d'habitants  que  pouvait  contenir  l'enceinte  décrite;  puis 
nous  pourrons  rechercher  quelles  constructions  s'y  élevaient  ;  si 
des  fouilles  régulières  doivent  y  être  pratiquées  ,  et  si  enfin,  nous 
avons  chances  pour  y  faire  d'importantes  découvertes. 

»  En  attendant  ,  demandons-nous  si  le  hasard  ou  nos  premières 
investigations  nous  ont  mis  sur  la  voie  de  quelque  précieux  trésor? 
Pas  encore  :  seulement  un  fait  et  une  tradition  vulgaire. 

Il  y  a  environ  deux  ans,  nous  a  dit  M.  Beghin,des  ouvriers  creu- 
sant le  sol  ,  à  peu  de  dislance  de  la  chapelle  ,  pour  y  arracher  des 
pierres  ,  ont  mis  au  jour  une  grande  dalle  qu'ils  ont  soulevée  et 
sous  laquelle  reposait  un  immense  squelette  ,  mais  qui  touché,  est 
tombé  en  poussière. 

»  Puis  revient,  au  sujet  de  toutes  les  ruines  séculaires,  la  vieille 
légende  de  la  Chèvre  d'or. 

»  Sous  la  chapelle  consacrée  à  la  madone  de  Chèvremont  est  un 
puits,  et  dans  ce  puits  est  un  Irésor.  Heureux  celui  qui  saura  l'ar- 
racher aux  entrailles  de  la  terre  et  tromper  la  vigilance  de  la  chèvre 
qui  veille! 

»  Maintenant  demandons-nous  de  quel  côté  nous  devons  porter 
nos  fouilles. 

»  Après  avoir  fait  creuser  légèrement ,  au  pied  des  murs  exté- 
rieurs ,  afin  de  les  dénuder  et  d'en  arracher  les  buissons  qui  les 
recouvraient,  j'ai  désiré  que  les  travaux  de  recherches  se  bornassent 
d'abord  à  fouiller  dans  l'emplacement  des  tours  signalées,  et  surtout 
dans  l'endroit  où  des  masses  cimentées  ont  été  découvertes. 

»  Après  ,  il  y  aura  lieu  de  rechercher  remplacement  du  puits  , 
que  la  tradition  prétend  avoir  été  comblé  p.ir  les  corps  et  les  ar- 
mures qu'on  y  aurait  jeté  lors  de  la  prise  et  de  la  destruction  du 
château  par  l'évêque  Nolger  en  972. 

»  On  sait  d'ailleurs  que  nos  premiers  travaux  de  reconnaissance 

23 


-  244  — 

ont  été  commencés  avec  le  produit  d'une  souscription  faite  entre 
Jes  voisins.  Mais  si  le  succès  est  promis  à  nos  efforts  ,  l'Institut 
archéologique  devra  intervenir  d'une  manière  plus  active  et  plus 
prononcée  pour  couvrir  les  frais  d'exploration  et  faire  face  aux 
dépenses  de  fouilles  alors  enlreprises  sur  une  plus  grande  échelle; 
et  c'est ,  chers  collègues  ,  ce  qu'on  vous  propose  de  faire  d'après 
des  mesures  à  prendre,  afin  que  le  public  averti,  puisse  s'associer  à 
votre  œuvre.  » 

Après  la  lecture  de  cet  exposé,  l'Institut  décide  que  des  fouilles 
nouvelles  seront  immédiatement  organisées  et  surveillées  par  les 
anciens  délégués  à  cet  effet,  et  d'après  un  plan  qui  sera  ultérieu- 
rement arrêté. 


LA  CHEVALERIE  HESBIGNONNE  AU  XIV°  SIECLE. 


Le  hasard  me  fit  rencontrer  il  y  a  quelque  temps  un 
manuscrit  généalogique  du  XIVe  siècle.  C'était  un  petit 
in-folio  de  106  pp.  à  2  col.  et  relié  en  vélin.  Il  se  conten- 
tait de  donner  les  noms  des  chevaliers  ,  la  description  de 
leurs  blasons  et  leurs  cris  de  guerre.  Néanmoins  un 
Armoriai  de  cette  époque  est  chose  tellement  rare,  que  je 
me  mis  avidement  à  le  compulser.  Après  un  examen 
attentif,  je  pus  me  convaincre  qu'il  avait  été  composé 
vers  1363,  à  Valenciennes,  ou  du  moins  dans  le  Hainaut 
français.  La  France,  l'Ecosse,  la  Savoie,  l'Allemagne  et 
l'Espagne  occupent  le  commencement  du  recueil  ;  puis 
viennent  la  Flandre  ,  le  Hainaut ,  le  Luxembourg  ,  la 
Hollande  et  enfin  une  liste  des  chevaliers  hesbignons  qui 
florissaient  alors. 

Cette  liste  est  un  des  plus  anciens  documents  de  ce 
genre  que  nous  ayons  pour  l'ancien  pays  de  Liège.  Aussi 
ai -je  pensé  qu'elle  méritait  les  honneurs  de  l'impression. 

Les  armoiries  qu'elle  indique  diffèrent  quelquefois  de 
celles  qu'on  rencontre  dans  le  Miroir  des  Nobles.  Mais  il 
importe  de  ne  pas  perdre  de  vue  que  dans  ces  temps 
reculés  les  diverses  branches  d'une  famille  ,  et  souvent 
aussi  les  membres  d'une  môme  branche  prenaient  pour 
se  distinguer  des  armes  différentes  ,  soit  brisant  ou  char- 


—  246  — 

géant  celles  de  leur  père  ,  soit  même  adoptant  celles  de 
leur  mère.  Il  en  résulte  que  notre  MS.  peut  se  trouver 
en  désaccord  avec  Salbray  ou  Jalheau  sans  que  pour  cela 
il  puisse  être  accusé  d'inexactitude. 

Je  dis  :  Salbray  et  Jalheau.  En  effet  ,  il  faut  bien 
remarquer  que  les  plus  anciens  MSS.  connus  d'Hemricourt 
ne  contiennent  pas  d'armoiries.  Souvent  il  les  annonce 
dans  son  texte  et  alors  il  a  été  facile  de  les  ajouter  dans 
les  copies  postérieures.  Mais  souvent  aussi  il  ne  les  a  pas 
rapportées  ,  ce  qui  força  Salbray  et  Jalheau  à  les  recher- 
cher dans  d'autres  documents.  Le  premier  l'avoue  dans 
sa  préface.  :  »  Toutes  les  armes  des  familles  dont  il  est 
fait  mention  dans  ce  livre  et  qu'on  a  pu  recouvrer  y  sont 
imprimées  en  taille-douce.  »  Les  armoiries  qui  ornent 
Hemricourt  sont  donc  fréquemment  l'œuvre  de  ses  édi- 
teurs et  il  serait  maintes  fois  inexact  d'alléguer  pour  con- 
tredire notre  MS.  l'autorité  de  l'auteur  du  Miroir  des 
Nobles. 

On  peut  aller  plus  loin  et  affirmer  que  les  armes  indi- 
quées par  Hemricourt  lui-même  sont  quelquefois  fautives. 
"  Sans  prétendre,  dit  Ernst  ( !  ),  déprimer  le  mérite  d'Hem- 
ricourt, on  peut  dire  qu'il  a  pris  quelquefois  le  change  sur 
les  blasons  des  familles  dont  il  parle,  témoin,  par  exemple, 
celui  de  Gronsfeld,  etc.  »  Villenfagne  a  démontré  aussi 
dans  ses  Recherches ,  que  le  texte  d'Hemricourt  a  été  in- 
terpolé en  beaucoup  d'endroits  par  des  mains  étrangères. 
Il  me  semble  donc  qu'en  cas  de  désaccord  entre  cet 
auteur  et  notre  MS.,  il  faut  en  bonne  justice  se  rallier  à 
l'opinion  du  second. 

Notre  Armoriai  indique  les   cris  de  guerre  de  la  plu- 
part des  chevaliers  ,  ce  qui   fait  reconnaître  l'origine  et 

(  '  )  Notice  sur  les  seigneurs  d'Argenteau  ,   p.  XIV. 


—  247  — 

la  connexité   des    familles  ,  et  sous  ce  rapport  ,   il  est 
d'une  haute  importance. 

Voici  le  texte  de  cette  liste.  Nous  en  avons  scrupuleu- 
sement respecté  l'orthographe. 

Hasebignons  a  banière. 

1 .  Li  comtez  de  Namur ,   de  Flandres  au  baston  de  geule  et 
couroné  de  geule  et  crie  Mandiez. 

Guillaume  I,  né  en  1524,  fut  comte  de  Namur  de  1537  à  1391.  11  était 
fils  de  Jean  I,  et  petit-fils  de  Gui  de  Dampierre.  comte  de  Flandre. 
Il  portait  d'or  au  lion  de  sable  lampassé  et  armé  de  gueules,  au 
bâton  de  gueules  mis  en  bande  et  brochant  sur  le  tout. 

2.  Mons.  R.  de  Namur  tels  armes. 

Robert  de  Namur,  frère  du  précodent  chevalier  Banneret,  sire  de 
Beaufort-sur-Meuse  ,  Balaslre,  Renais  et  Chièvres,  mort  en  1391. 

3.  Mons.  Loeys  de  Namur  tels  aimes. 

Louis  de  Namur  ,  frère  des  deux  précédents,  chevalier  Banneret, 
sgr.  de  Peteghem  et  Bailleuil. 

4.  Li  si.  de  Rochefort  d'or  a  l'aigle  de  geule  menbrée  et  crie 
se  non. 

J.  58.229.  (') 

5.  Li  sr.  de  Sieiain  d'asui  semet  de  fleuis  de  lis  d'aigët  et  crie 
D  ômar  tin. 

Thierry  Tabareau,  second  fils  d'Eustache  de  Haneffe  et  lcrseigneur  de 
Seraing,  vivait  en  1312.  J.  60. 

6.  Li  sr.  de  Hanefne  tels  armes  au  quartier  de  Fagneule  et  crie 
Dômartin. 

Thierry  de  ilaneffe,  qui  vivait  au  commencement  du  XIVe  siècle  et 
mourut  en  1357,  fut  le  premier  qui  brisa  ainsi  les  armes  de  sa 
famille.  J.  G5  —  L.  XIU. 


(')  Tour  abréger  nous  désignerons  chaque  auteur  cité  par  sa  lettre  ini- 
tiale. Ainsi  ,1  signifie  Jalheau;  S.  Salbray;  B.  Butkens;  C.  Çarpentier. 
Hisl.  généalog.  des  Pays-Bas  ;  L.  1rs  M  S  i  de  Lefort  conservés  aux  archives 
de  Liège. 


248 


7.  Li  sr.  de  Fagneulles.  d'or  au  trechon  vert  double  floreté  au 
sautoir  de  geule  crie  Rumegny. 

Les  sires  de  Fagneulles  descendent  de  la  maison  de  Rumigny  dont  ils 
portent  ici  les  armes.  J.  64.  —  C.  975. 

8.  Li  sr.  d'Oupel  d'argent  semet  de  fleurs  de  lis  de  geule  et 
crie  Dômartiii. 

Dammarlin  de  Warfusée  dit  d'Oupeye.  J.  55. 

9.  Li  sr.  de  Hardenmont  tels  armes  au  labiel  d'asur. 

Les  sires  de  Harduemont,  pour  se  distinguer  des  sires  d'Oupeye, 
issus  comme  eux  des  Warfusée.  ajoutèrent  vers  1270  à  ces  der- 
nières armes  un  lambel  d'azur.  J.  55. 

10.  Li  sr.  d'Auwans  vairiet  contre  vairiet  d'argent  et  d'asur 
et  crie  Dômartin. 

J.  p.  25,  donne  pour  armes  aux  Awans  vairé  d'argent  et  d'azur. 
Le  MS.  au  contraire  indique  vairé  conlre-vairé  et  répète  les  mêmes 
termes  pour  le  sire  de  Bernalmont,  n"  92,  qui  descendait  des 
Awans. 

ll.Cheli  de  Orcliimont  de  sable  a  le  bëde  d'argent  a  II  fresialx 
(cotices)  d'argent  et  crie  Orcliimont. 

J.  p.  84,  parle  de  celte  famille  sans  en  donner  les  armes. 

12.  Cheli  de  Moncornet  d'iermine  à  III  peus  (pals)  de  geule 
et  crie  se  non. 

C.  622. 

13.  Li  voe  de  Huy  d'or  a  la  bende  a  II  fresiaulx  de  geule  et 
crie  Bialfort. 

Les  Beaufort  étaient  voués  héréditaires  de  Uuy.  J.  p.  83  leur  donne 
pour  armes  d'or  a  la  bende  de  gueules  accompagnée  de  deux 
cotices  de  même. 

14.  Les  armes  de  Hufalise  d'asur  a  le  crois  d'or  a  croisettez 
d'or  recroisetez  crie  se  non. 

15.  Li  sr.  d'Argentiel  tels  armes  a  V  coquilles  de  geule  et  crie 
Hufalise. 

On  n'est  pas  d'accord  sur  les  armoiries  portées  à  cette  époque  par  les 
Houffalize  et  les  Argenteau.   Diverses  opinions  ont  été  émises  à  ce 


—  249  — 

sujel  par  Ernst  dans  sa  notice,  B.  II ,  222  ;  et  J.  69.  Le  MS.  semble 
donner  raison  à  ce  dernier. 

16.  Les  armes  de  le  cointet  de  Lost  faisiet  de  X  pieches  d'or 
et  de  geule  et  crie  Lost. 

L.  XIII.  288. 

17.  Li  sr.  d'Aigimont  tels  armes  et  crie  Lost. 
L.  X1H,  B.  I,  577,  J.  192. 

18.  Li  sr.  de  Sconevost  d'argent  a  tourtialx  de  geule  et  crie 
Dômartin. 

Raes  Maxheré,  deuxième  fils  de  Heyneman  d'Aix  dit  Schoenvorst,  fut 
le  premier  qui  porta  ces  armes.  J.  241. 

19.  Les  armes  de  le  comte  de  Chiny  de  geule  a  II  bars  d'or 
a  croisettes  d'or  recroisetées  au  long  piet. 

L.  XIII. 

20.  Li  sr.  de   Rumines  et  contes  de  Chiny  d'argent  au  lion 
noir  et  crie  Genef. 

Les  sires  de  Rummen  étaient  une  brandie  des  Montferant  d'Orey. 
Ces  deux  familles  descendaient  des  Dammartin  de  Geneffe  et  en 
portaient  les  armes.  J.  67  et  205. 

21.  Les  armes  de  Tuim  d'asur  au  lion  d'argent  couronné  d'or. 
La  ville  de  Thuin  porte  d'azur  au  lion  d'argent  billeté  de  même  et 

lampassé  de  gueules.  C.  1058. 

22.  Li  sr.   de   Moriame   vairiet   contre   vairiet   en  keveron 
d'argent  et  d'asur  a  II  keverons  de  geule  et  crie  se  non. 

L.  XV, 259. —C.  811. 

23.  Li  sr.  de  Landry  de  geule  au  lion  d'or  billeté  d'or  et  crie 
Warout. 

Jean  de  Langdris,  qui  vivait  à  la  fin  du  XIIIe  siècle,  prit  le  premier 
ces  armes.  «J.  185. 

24.  Cheli  de  Hasebaing  de  geule  a...  d'argent  en  quartier 
d'or  a  martiaulx  noirs. 

25.  Li  sr.  de  Horpalle  de  Lost. 


—  2o0  — 

S6.   Li  sr.  de  Stinvcrt  de  Lost. 

Sleinvort  porte  de  Looz  au  canton  dcxtrc  d'argent  a  une  étoile  a 
6  rais  de  sable.  L.  XIII. 

27.  Li  sr.  de  Duras  noir  semet  de  fleurs  de  lis  d'or  et  crie... 

Duras  portail  primitivement  de  gueules  a  une  aigle  d'argent  et  criait 
Duras  Jean  de  Dammartin  de  Warfusée,  dit  de  Neufchateau,  qui 
vivait  en  1316,  épousa  Alix  héritière  de  Duras.  11  conserva  ses 
armes  et  son  cri  de  Dommartin.  J.  38. 

28.  Li  sr.  de  Flemalle  d'argent  au    sautoir  de  geule  et  crie 
Hosemont. 

Guillaume  de  Flémalle,  mort  en  1280,  est  le  premier  qui  porta  ces 
armes.  J.  137. 

29.  Li  sr.  d'Eure  tels  armes  a  l'escuchon  de  Duras. 

J.  175,  et  L.  Xlll,  n'avaient  pas  indiqué  les  émaux  des  d'Heur. 

30.  Li  sr.  de  Baugnies  faisiet  d'or  et  de  sable  et  crie  Combien. 
Ce  sont  les  armes  des  Combien. 

31.  Cheli  de  Villers  d'asur  a  la  faise  d'or  et  crie  se  non. 
D'après  J.  83,  Villers  sur  Lesie  porte  de  sable  à  la  fasce  d'or.  L.  XIII, 

dit  qu'une  branche  de  celte  famille  porte  d'azur  à  la  fasce  d'or. 

32.  Cheli.... 

33.  Li  sr.  de  Momalle  de  geule  semet  de  fleurs  de  lis  d'argent 

et  crie  Dômartin. 

Wathieu,  2e  fds  d'Otto  de  Warfusée.est  le  1er  sire  de  Momalle.  Le  MS. 
attribue  à  ce  nom  les  armes  pleines  de  Warfusée.  tandis  que  J.  9, 
les  charge  d'un  lambcl  d'azur. 

34.  Cheli  de  Bierlo  d'argent  a  II  faises  de  geule  crie  se  non. 
J.  87,  leur  donne  pour  armes  d'or  à  deux  fasecs  de  gueules. 

35.  Cheli  dou  Mainil  les  armes  d'Auwâs  au  lion  de  gculle  pas- 
sant couroné  d'or  crie  Dômartin. 

Eustache,  2e  fils  d'Euslache  le  vieux  de  Dammartin  de  llognoul,  est  le 
premier  seigneur  dit  ;  du  Map  y.  J.  32,  lui  donne  les  armes  d'Awans 
au  lambcl  d'or. 


—  251  — 

36.  Cheli  don  Chierf  d'" or  frété  de  sable  au  cliief  de  geule  et  crie 
Tiënes. 

Les  de  Cerf  portent  ici  les  armes  de  Thynes  dont  ils  descendent. 
J.  257. 

37.  Cheli  dou  chierf . 

3S.  Cheli  de  Chielles  d'argent  a  le  bende  a  II  fresiaulx  de  geule 
et  crie  Biaulfort. 

Beaufort  de  Celles  porte  d'après  J.  82,  d'hermine  à  la  bande  de 
gueules  accompagnée  de  deux  cotices  de  même. 

37.  Li  sr.  de  Mongardin  d'argent  a  le  faise  noire  crie  se  non. 
J.  206. 

40.  Cheli  de  Lehee   tels  armes  a  III  fiers  de  keval  de  geule 
et  sont  fiers  à  planke  ensi  Q  et  crie  Mongardin. 

Voyez  sur  la  famille  de  la  Haye  qui  parait  d'après  le  MS  descendre 
des  Monjardin  C.  674. 

41.  Cheli  de  Spontin,  de  Palais  a  III  kokilles  d'or  sur  le  bende. 
Ces  trois  coquilles  sont  effectivement  la  seule  différence  entre  les 

Beaufort  de  Fallais  et  ceux  de  Spontin.  J,  84. 

42.  G.  Pincart  d'argent  a  II  f aises  de  geule. 

Godefroid,  dit  Pinchart  de  Berlo,  vivait  encore  en  1572;  le  MS.  lui 
attribue  les  mêmes  armes  qu'aux  Berlo.  J.  88  lui  donne  des  armoi- 
ries différentes. 

43.  Li  castellains  de  Môtegni  de  geule  a  le  bende  d'argent  et 
crie  se  non  de  Montegni. 

L.  XIII,  leur  donne  les  mêmes  armes.  C.  807,  dit  :  Monligny-Chas- 
telain  porte  de  gueules  a  la  bande  d'argent. 

44.  Li  sr.  Daules  de  geule  a  le  bende  d'argët  et  crie  Daules. 
Warnier  de  Dave,  fils  de  Thibaut  d'Elzée  sgr.  de  Dave,  et  de  Juwcttc 

de  Hemricourt,  prit  le  premier  les  armes  de  llemricourt  elle  cri  de 
Dave.  J.  127.  -  C.  495. 

45.  Cheli  de  Hamericourt  de  geule  a  le  bende  d'argent  crie 
se  non. 

J.  165. 

24 


—  252  — 

46.  Clieli  de  Blehain  tels  armes  a  III  manches  d'or  et  crie 
Ham encourt  et  toutes  les  bendes  don  pays. 

J.  98,  leur  donne  par  erreur  des  émaux  différents  ;  car  plus  loin,  p. 
164,  il  assigne  à  la  branche  d'Heraricourt  dont  les  Blehcn  avaient 
adopté  les  armes,  les  émaux  indiqués  par  le  MS. 

47.  Clieli  de  Selles  noir  à  le  beude  d' argent  a  \  I  merlaites 
d'arget  sans  bordure  crie  se  non. 

J.  245. 

48.  Clieli  de  Rissamsart  de  geule  a  III  estriers  d'argent  a 
coroies  d'asur  estoffées  d'or  et  clawes  et  crie  Housedam  et  tout 
l'iestrier  dou  pays. 

LesRixensart,  descendant  des  Ilosden,  en  portent  ici  les  armes. 

49.  Clieli  de  Semalle  d'or  a  le  crois  verte  denté  et  crie  Hase- 
dalle. 

J.  248,  donne  aux  Smaël  des  émaux  différents. 

50.  Cheli  de  Loncang  d'argent  au  cliief  de  geule  denté  de  III 
dens  crie  se  non. 

Warnier  sr.  de  Lonchamps,  mort  en  1285,  fils  de  Thibaut  d'Elzée, 
sr.  de  Davc  et  de  Longchamps,  conserva  les  armes  de  son  père 
tandis  que  la  branche  des  sires  de  Davc  prit  les  armes  maternelles 
d'Hemricourt.  J.  126. 

51.  Cheli  de  Vim  d'arget  au  keveron  de  geule  a  III  merlaites 
noires. 

S.  2G7,  cite  une  famille  de  Wyne,  mais  lui  donne  des  armes  différentes 

52.  Cheli  d'Aute  (?)  noir  au  labiel  d'arget. 

53.  Cheli  dou  Vivier  d'argent  au  labiel  d'azur. 
S.  cite  celte  famille  sans  en  donner  les  armes. 

54.  Cheli  de  Wasebecli  d'or  à  l'escuchon  vert  au  baston 
d'argent. 

I.  XIII  -  C.  648. 

55.  Li  voe  de  Hasebain  de  geule  au  lion  d'argent  a  le  keue 
stinkiée  eouronet  d'or. 

Ce  sont  les  armes  de  YYassembcrg.  Aiuould  de  Limbourg  dit  de  Was- 


—  253  - 

seraberg  Chev  Bauneret  sire  d'Aigremont,  haut  voué  héréditaire  de 
Hesbaye,  vivait  en  1327.  J.  193,  —  B.  I,  437. 

56.  Cheli  d'Axtin  les  armes  d'Oupel  au  quartier  d'asur. 

57.  Cheli  de  Youramont,  d'Yuans  au  quartier  de  geule. 
Ce  sont  les  armes  des  Dammarlin  de  Waroux. 

58.  Clieli  de  Dode  (?)   esquartelet  d'or  a  la   faisse  de  geule 
bretessée  et  de  noir  au  labiel  d'argent. 

59.  Li  sr.  de  Liliière  (?)  tels  armes  a III  fleurs  de  lis  d'argent. 

60.  Cheli  de  Surlait  d'or  au  sautoir  de  geule. 

Louis  Stirlet,  bourgmestre  de  Liège  en  1231,  épousa  Marguerite  de 
Rulant  de  Hozémont.  Ses  enfants  prirent  les  armes  de  leur  mère. 
J.  231. 

61.  Monsr.  Loys  Marcbiaulx  d'asur  a  fleurs  de  lis  d'or  semet, 
au  quartier  de  Surlait  et  crie  Dômartin. 

Dammarlin  dit  Marteau  de  Mirmotte,  porte  d'azur  à  Qeurs  de  lis  d'or. 
Louis  Marteau,  sgr  de  la  Neuville,  était  grand  bailli  de  Hesbaye 
en  15ii. 

62.  Hustins  Baret  d'argent  au  luppart  de  geule  passant  couroné 
d'or  et  crie  Yelleroux. 

Hubin  Barcde  Velroux,  dit  de  la  Gange,  vivait  en  1338.  J.  77. 

63.  Cheli  de  Jemaipe,  de  Momalle  à  l'escuchon  de  Tille. 

Jean  de  Warfusée  épousa  vers  1300  Juwette  de  Gemeppe  sur  Meuse, 
unique  héritière  du  nom.  Raes  son  fils  dit  de  Gemeppe  conserva  les 
armes  paternelles.  L.  XIII. 

64.  Cheli  de  Ville  d'or  a  le  faise  de  geule  a  II  coustices  de 
geules  et  crie  Ville. 

J.  99.  —  S.  212. 

65.  Li  sr.  de  Blehem  d'or  a  le  faise  de  geule  et  crie  Ville. 

Le  MS  donne  ici  aux  Blehen  de  Ville  des  armes  analogues  à  celles  de 
Ville.  J.  99  leur  en  donne  de  différentes. 

66.  Cheli  de  Huppain  de  geule  à  III  iosengez  d'argent  et 
crie  se  non. 

.1.  178. 


-  254  — 

67.  Li  sr  de  Senzeiles  vairiet  contre  vairiet  d'argent  et  d'asur 
en  keveron  a  I  keveron  de  geule, 

J.  245. 

68.  Cheli  de  Levene  (?)  d'argent  a  III  aniaus  de  geule. 

69.  Cheli  de  Wallecourt,  de  Rocefort  au  labiel  d'asur. 
J.  229. 

70.  Li  sr  de  Melin  de  geule  a  III  peus  vairies  crie  Fonta». 
C.  781.—  B.  I.  4GI540. 

71.  Cheli  de  Hasebain  de  geule  a  l'anée  d'or. 

72.  Cheli  de  Tongre  vairiet  cent  vairiet  d'argent  et  d'asur  a 
le  faise  de  geule  et  crie  se  non. 

J.  leur  donne  une  fasce  d'or. 

73.  Li  sr  de  Varselle  vert  aie  faise  d'iermine  crie  Boubais. 
Armes  des  sires  de   Warsage.  Bombaye  porte  de  sinople  à  la  fasce 

d'argent. 

74.  Cheli  de  Harne  burlé  d'argent  et  de  geule  a  III  merlaites 
vertes. 

J.  161. 

75.  Cheli  de  St.  Lup.  (?)  de  geule  a  le  crois  d'argent. 

76.  Li  sr.  d'Orelle  d'argent  au  lion  noir. 
Montferant  d'Orey.  J.  205. 

77.  Cheli  de  Harville  de  sable  a  fleurs  de  lis  d'argent  semez. 
Les  Warfusccd'llermalle  portent  ces  armes. 

78.  Cheli  de  Tuilli  les  armes  d'Oupel  au  quartier  de  geule. 

Godefroid  de  Thilice,  5e  fils  de  Lambert  Badout  de  Warfusée,  sr.  de 
Harduemont  et  qui  vivait  vers  1500,  fut  le  premier  qui  porta  ces 
armes.  J.  55. 

79.  Li  sr.  de  Rost  de  sable  a  le  crois  d'argët. 
L.  XIII  donne  les  mêmes  armes. 

80.  Li  sr  d'Ablens ,  de  Fagneules  a  V  kokilles  d'argent. 

81.  Li  sr  d'Ive  vairiet  a  III  peus  de  geule. 
J.  234. 


—  255  - 

82.  Lisr  de  Her  d'or  au  lion  de  geule  crie  Lieues. 
J.  ICI. 

83.  Li  sr  de  Warous  de  geulcs  au  lion  d'or  crie  se  non. 
J.  12. 

84.  Cheli  de  Montenach  de  geule  a  le  bëde  d'argent. 
J.  206. 

85.  Li  sr  de  Molbais  d'argent  a  III  estriers  de  geulc  a  corroies 
d'or  au  quartier  de  Montenach. 

Les  Molembais,  descendants  desLinsmeau,  portent  ici  leurs  armes.  Ils 
ne  durent  porter  que  plus  tard  celles  indiquées  par  J.  200. 

85.  Li  sr  de  le  G  rage  noir  a  le  faise  d'or. 

87.  Cheli  de  le  Roche  d'argét  a  le  bende  de  geule  billeté  de 
geule. 

J.  228  donne  d'autres  armes.  Voyez  aussi  C.  952. 

88.  Cheli...    d'or  au  lion   noir  a  le  tieste  de  geule  couronét 
d'or. 

Le  nom  est  resté  en  blanc  dans  le  MS. 

89.  Li  sr.  de  Vielcastiel  d'or  a  l'escuchon  de  geule. 

90.  M.  de  Lost  au  quartier  de  geule. 

91.  Le  maieur  Dais  faisiet  de  noir  et  d'or. 
Ce  sont  les  armes  de  la  famille  de  Oiest. 

92.  Li  sr.  de  Bernaumôt  vairiet  cont  vairiet  d'argent  et  d'asur 
au  chief  de  geule  au  demi-lion  d'or. 

Humbert  de   Bernalmont  qui  vivait  vers  1500,  prit  le  premier  les 
armes  d'Awans  entières  qui  sont  vairé  contre  vairé  d'argent  et 
d'azur   et  non  comme  le  dit   Jalhcau   vairé  d'argent  et   d'azur. 
'     J.  25  à  28. 

93.  Cheli  de  Simcroy  (?)  d'or  au  chief  d'asur   a  le    bende 
estichetée  d'argtt  et  de  geule. 

94.  Cheli  d'Agrinart  (  ?  )  d'argot  a  une  corne  de  chierf  de  geule. 

95.  Cheli  Desgardins  d'argent  aie  faise  de  geule  a  III  fiers  de 
keval  a  planke  tels  a  et  sont  d'asur. 

Voyez  nJ  39  et  49. 


—  25(>    - 

96.  Cheli  de  Lonnv,  de  Moncornet  au  baston  d'or. 

97.  Cheli  dou  Casteller  de  Môcornet  au  baston  d'or. 

J,  1 1 5  e t  d'autres  ailleurs  donnent  aux  Cliasteler  des  armes  entière- 
ment différentes.  Peut-être  s'agit-il  ici  d'une  autre  famille  de 
même  nom. 

98.  Li  sr  de  Wierwes  d'asur  a  III  lions  d'or  couronés  de  geule. 
J.  donne  les  mêmes  armes. 

99.  Li  sr.  de  Elorsies  d'argent  a  le  faise  de  gueule  a  III  rustes 
de  geule  et  crie... 

100.  Clieli   de  Biaufort  d'argent  aie  bëde  de  geule  a  III  fré- 
siaulx  de  geule  et  crie  se  non. 

J.  82,  donne  des  armoiries  différentes. 

101.  Cheli  de  Cavësy,  de  Lost  au  labiel  d'asur. 

Ce  sont  les  armes  des  sires  de  Chavency  issus  des  comtes  de  Looz. 

102.  Cheli  de Baresis  (?)  d'argent  à  l'aigle  de  geule. 
Peut-être  Barche? 

103.  Cheli  de  Hametines  de  geule  a  III  estriers  d'argent. 
J.  donne  les  mêmes  armes,  mais  en  y  ajoutant  un  canton  à  dexlr 

104.  Cheli  deHousedam  d'argent  a  III  estriers  de  gueule. 

L.  XIII,  donne  pour  armes  aux  Hosden  de  gcules  a  3  étriers  d'argent. 
Sans  doute  une  branche  de  cette  famille  changea  d'émaux  pour  se 
distinguer. 

105.  Cheli  de  Hanutd'or  a  III  forches  de  geule. 
J.  160. 


Les  termes  impropres  employés  souvent  par  l'auteur 
de  ce  travail,  attestent  qu'au  XIVe  siècle  la  langue  héral- 
dique n'était  pas  définitivement  formée.  Ces  imperfections 
sont  du  reste  le  caractère  distinctif  des  MSS.  généalogiques 
de  cette  époque  et  la  preuve  de  leur  ancienneté.  Hemri- 
court  lui-même  nous  en  offre  encore  de  nombreux  vestiges. 


25" 


On  remarque  dans  cette  liste  une  dizaine  de  noms 
d'origine  étrangère.  Sans  doute  ces  chevaliers  étaient  atta- 
chés à  la  Hesbaye  par  des  liens  de  parenté  ou  peut-être 
relevaient-ils  certains  fiefs  de  l'évêché  de  Liège.  En  outre 
quelques  noms  ont  été  défigurés  avec  tant  de  succès  qu'il 
nous  a  été  impossible  de  soulever  leur  masque. 

Le  MS.  du  généalogiste  Van  den  Berch,  conservé  i 
l'Université  de  Liège  sous  le  n°  188,  contient,  fol.  673  à 
693,  la  description  d'armoiries  de  familles  nobles  de  dif- 
férents pays  entre  autres  de  la  Hesbaye,  le  tout  extrait  en 
1634  par  Van  den  Berch  d'un  MS.  ayant  appartenu  à 
M.  Paul  de  Halmale  d'Anvers.  Celui-ci  devait  lui-même 
être  une  compilation  de  divers  MSS.,  entre  autres  de  celui 
dont  nous  venons  de  parler.  C'était  sans  doute  l'œuvre 
d'un  copiste  peu  intelligent,  car  les  parties  où  il  a  con- 
sulté notre  MS.,  présentent  de  nombreuses  lacunes  et  de 
fréquentes  erreurs.  Aussi  Van  den  Berch,  tout  en  copiant 
à  son  tour  ce  travail,  a-t-il  eu  raison  de  dire  :  «  Diverses 
armes  sont  blasonnées  fort  obscurément  et  impossibles  à 
mon  advis  à  entendre.  » 

M.  de  Stein  dans  son  »  Annuaire  de  la  noblesse  de 
Belgique  »  1852,  p.  332,  donne  aussi  une  liste  de  la  che- 
valerie hesbignonne  de  1364  à  1378,  extraite  du  registre 
aux  reliefs  de  la  salle  de  Curenge. 

Enfin  M  Douet  d'Arcq  a  publié  l'an  dernier  à  Paris, 
d'après  un  MS.  de  la  bibliothèque  impériale  ,  un  travail 
analogue  à  celui-ci  intitulé  :  Armoriai  de  France  delà  pi 
du  XIVe  siècle.  Il  ne  comprend  par  rapport  à  la  Belgique 
que  la  Flandre  et  le  Hainaut.  M.  Douet  d'Arcq  rapporte 
ce  MS.  à  l'an  1396.  »  Nous  regardons  ,  dit-il,  cet  Armo- 
riai comme  l'un  des  plus  anciens.  »  Celui  dont  nous  venons 
de  parler  doit,  comme   on  le  voit,  obtenir  la  préférence. 

X.  de  Theux. 


LETTRE  A  MONSIEUR  STANISLAS  BOMIANS, 

CONSERVATEUR  ADJOINT*  DES    ARCHIVES    DEl/ÉTAT,    A  LlÉfiE  , 
sur  l'existence  d'un  dixième  livre  des  chavires  de  Si. -Lambert. 


Grâce  à  l'impulsion  donnée  en  Belgique  aux  sciences  histo- 
riques, d'importantes  découvertes  ont  été  depuis  quelques  années 
signalées  dans  ce  domaine. 

De  nombreux  travailleurs  dépouillent  avec  ardeur  et  intelligence 
les  archives,  qui,  primitivement  éparses,  ou  dispersées  à  la  suite 
des  révolutions,  sont  peu  à  peu  rassemblées  parles  soins  du  Gou- 
vernement dans  nos  dépôts  publics,  ou  livrées  à  l'impression  dans 
de  grandes  collections  nationales  ou  étrangères.  Chaque  année, 
chaque  jour,  pour  ainsi  dire,  est  marqué  par  l'apparition  d'un 
document  perdu  dans  la  poussière  des  siècles,  et  bientôt,  espé- 
rons-le, il  sera  possible  de  dresser  un  inventaire  à  peu  près  complet 
des  richesses  historiques  qui  concernent  la  Belgique. 

Pour  ne  parler  que  du  Pays  de  Liège,  il  y  a  dix  ans  à  peine,  le 
fameux  cartulaire  de  St. -Lambert,  cette  pierre  angulaire  de  notre 
édifice  historique,  paraissait  à  tous  une  perte  que  l'on  serait  réduit 
à  déplorer  toujours.  Mais  depuis,  le  premier  volume  a  été  décou- 
vert et  les  quatre  suivants,  analysés  dans  un  manuscrit,  dont  vous 
avez  fait  connaître  l'importance  et  donné  la  description  ,  ont 
rendu  moins  sensible  l'absence  des  originaux  (*). 

Toutefois  il  reste   des  lacunes  à  combler.    Car  enfin  le  liber 

(  '  )  Voyez  le  Compte-rendu  des  séances  de  la  Commission  royale  d'histoire f 
2°  série,  1859,  t.  XII,  pp.  510  et  suiv. 

25 


—  260  — 

supernumemrms,  que  vous  mentionnez,  ne  semble  pas  se  confondre 
avec  un  des  livres  précédents;  et  vous  doutiez  vous-même  du 
nombre  de  ces  volumes,  quand  vous  écriviez  : 

»  Combien  de  livres  de  chartes  y  avait-il  donc  ?  jusqu'ici  on  n'en 
h  citait  que  quatre;  il  paraîtrait  qu'il  y  en  avait  davantage.  Je 
»  trouve  même  tout  à  la  fin  du  troisième  livre  l'indication  suivante  : 
»  Domitii  liaient  litteras  de  data  1391,  XI  octobris,  in  2(1°  libro 
a  chartarum,  seu  Novorelparvo  chartario,  ?z0442,  capsa  24,  etc.  « 

Dans  le  fait,  vos  doutes  étaient  fondés  et  je  vais  tâcher  de  vous 
en  convaincre.  Laissez-moi  d'abord  vous  rappeler  qu'un  jour  je 
vous  montrai  dans  un  des  volumes  de  Le  Fort  la  mention  d'un 
liber  nonus.  On  pouvait,  il  est  vrai,  y  soupçonner  une  faute  de 
copiste  pour  liber  novus  et  puis  c'était  là  une  donnée  bien  laco- 
nique. Cependant  cette  indication  devait  être  exacte,  puisque  je 
vous  envoie  ci-joint  la  révélation  d'un  dixième  volume  de  chartes 
avec  le  répertoire  de  son  contenu. 

Je  puise  dans  un  manuscrit  que  les  chanoines  prémontrés  de 
l'abbaye  d'Averboden  ont  mis  à  ma  disposition  avec  une  obli- 
geance, dont  un  autre  visiteur  de  ce  célèbre  monastère  a  rendu 
un  juste  témoignage.  Ce  manuscrit  fait  partie  d'une  série  de 
volumes  dûs  à  la  plume  de  l'infatigable  compilateur  Gilles  Die 
Voecht  dont  une  notice  insérée  dans  le  Bulletin  de  la  Commission 
royale  d'histoire  (  '  )  vous  a  fait  connaître  les  travaux. 

A  la  page  253  verso  du  onzième  volume  de  Die  Voecht  se  lit 
un  article  qui  piqua  vivement  ma  curiosité  ;  il  est  intitulé  : 
Repertorium  privilegiorum  seu  chartarum  ecclesiœ  Leodiensis  collec- 
tumper  R^mL  D.  0  E  L.  Ces  lettres  plus  ou  moins  hiéroglyphique* 
ne  m'apprirent  point  quel  avait  été  l'auteur  du  repertorium.  Je 
soupçonnai  pourtant  Charles  Langius,  en  son  vivant  grand  collec- 
teur de  chartres  ;  et  cette  supposition  ne  tarda  pas  à  se  vérifier. 
La  présence  d'une  note(2),  qui  suit  l'intitulé  susdit,  établit  en 
effet  que  le  document  transcrit  par  Die  Voecht,  n'est  autre  qu'une 
copie  du  n°  3475  de  la  bibliothèque  du  baron   de  Crassier,  ven- 

(1)  Tome  VIII,  2e  série,  p.  i-2 i . 

(-)  In  margine  nolalas  esse  capsulas,  etc.  Voirie  texte  ci-après. 


—  261  — 

due  en  1755  ;  car  ce  n°  est  décrit  comme  suit  :  Repertorwm  char- 
tarum ecclesiœ  Leodiemu  quondam  collectv/m  opéra  Caroli  Langii 
ejusdem  ecclesiœ  canonici. 

N.  B.  In  margine  notât  as  esse  capsulas  in  quièm  càarlœ  conti- 
nentur  et  ciphra  notatum  esse  loctim  in  quo  libro  chartarum  reperiri 
possunt  privilégia,  etc. 

Le  manuscrit  du  baron  de  Crassier  comprenait  11  pages  in-f° 
et  fut  vendu  2  fl.  10  s.  Qu'est-il  devenu?  Peut-être  a-t-il  partagé 
le  sort  d'un  autre  manuscrit  de  Langius,  mieux  connu,  la  Colleclio 
variorum  diplomat/nii,  qui  de  la  bibliothèque  du  célèbre  antiquaire 
passa  dans  celles  du  chanoine  David,  de  MM.  de  Villenfagne,  de 
Lantremange,  et  enfin  dans  celle  de  M.  Edouard  Lavalleye. 

En  attendant  l'occasion  de  vérifier  ce  point,  je  crus  prudent  de 
transcrire  le  document.  Il  consiste  d'abord  en  une  énumération  de 
trente-quatre  séries  de  Chartres  disposées  par  ordre  de  matières, 
séries  qui  correspondent  sans  doute  au  même  nombre  de  capsœ  ou 
layettes  dans  lesquelles  ces  chartres  étaient  serrées.  Comme  la 
plupart  des  documents  de  la  cathédrale  portent  l'indication  d'une 
eapsa,  il  serait  intéressant  de  s'assurer  si  ce  chiffre  correspond  à 
celui  de  Languis.  Vous  remarquerez  d'ailleurs  l'ordre  et  la  méthode 
qui  ont  présidé  à  ce  classement. 

La  seconde  partie  du  Repertorium  était  indiquée  comme  suit  : 
Sequitur  index  eorum  quce  sunt  in  decimo  libro  chartarum  ecclesiœ 
Leodiensis.  Je  pouvais  à  peine  en  croire  mes  yeux  ! . . . .  Mais  le 
doute  n'était  pas  permis  ;  le  mot  decimo  écrit  nettement  et  en 
toutes  lettres  rejetait  impitoyablement  toute  autre  interprétation. 

Je  parcourus  d'un  œil  avide  le  contenu  de  mon  dixième  livre, 
lorsque  je  reconnus  avec  une  surprise  mêlée  de  quelque  dépit, 
que  plusieurs  des  chartres  analysées  ici  avaient  été  publiées  par 
Chapeaville  comme  tirées  du  premier  livre  (notamment  les  nos  1 , 
3,  4,  1  G,  20)  ;  et  enfin  que  les  21  documents  du  dixième  livre 
n'étaient  que  la  répétition  des  21  premiers  documents  du  Liber 
primus.  De  plus,  le  liber  officiorum  est  transcrit  dans  l'un  comme 
dans  l'autre. 

Si  j'avais  eu  sous  les  yeux  un  manuscrit  moins  authentique, 
j'aurais  cru  à  une  méprise,  par  laquelle  le   mot  decimo  se  serait 


—  262  — 

glissé  au  lieu  de  primo.  Mais  comment  supposer  que  des  savants 
tels  que  Langius  et  Die  Voecht,  bien  mieux  informés  que  nous 
des  libri  chartarum  et  de  leur  nombre,  eussent  pu  commettre  une 
bévue  de  l'espèce,  admissible  tout  au  plus  chez  un  écolier. 

Au  surplus,  il  existe  entre  le  Liber  decimm  etle  premier  volume 
du  cartulaire  des  différences  qui  permettent  de  constater  leur 
dualité  :  la  mention  des  layettes  contenant  les  chartes  originales, 
ainsi  que  les  formules  des  serments,  reproduites  dans  le  dixième 
livre,  font  défaut  dans  le  premier. 

J'abandonne  à  votre  sagacité,  le  soin  de  déterminer  la  valeur 
ou  l'importance  de  cette  petite  découverte  ;  mais  je  crois  que  dès 
à  présent  on  peut  affirmer  l'existence  matérielle  d'un  neuvième, 
d'un  dixième  et  par  conséquent  d'un  6e,  7e  et  8e  livre  du  cartulaire 
de  St. -Lambert.  En  admettant  même,  ce  qui  ne  me  semble  pas 
prouvé,  que  le  dixième  livre  n'ait  été  que  la  reproduction  du 
premier,  doit-on  conclure  que  les  quatre  autres  volumes  étaient 
aussi  tenus  en  double  ? 

Quand  cela  serait,  je  n'y  verrais  qu'une  chance  de  plus  de 
recouvrer  enfin  dans  leur  intégrité  les  fameux  libri  chartarum, 
objets  de  nos  convoitises. 

Schalkhoven  ,  le  1er  Juin  1SG2. 

Cam.  de  Borman. 


Repertorhim  privilegiorum  sett  chartarum,  Ecclesia  Leodiensis, 
collectum  per  i2dum  L  D.  OEL. 


Libri  chartarum  insignis  ecclesise  Leodiensis  instituti  sunt  tem- 
pore  Radulphi  episcopi  Leodiensis  quoniam  templum  S.  Lamberti 
cum  adjacentibus  claustris  concrematum  fuit  circa  annum  Dni 
1185  ipso  die  translationis  S,  Lamberti. 


—  263  — 

Nota.  In  margine  notatas  esse  capsulas  in  quibus  cliartse  con- 
tinentur  et  ciplira  notatum  esse  locum  in  quo  libro  chartarum 
reperiri  possunt. 

Cap.  la.  Privilégia  et  confîrmationes  générales  Romanorum 
pontificum,  imperatorum  et  regum  et  aliorum  super  diversis 
castris,  villis,  possessionibus,  libertatibus  et  aliis  juribus. 

2.  De  statutis  ecclesise  et  de  iis  quse  pertinent  ad  statuta. 

3.  De  prepositura,  decauatu,  archidiaconatibus,  custodia, 
scholasteria,  cantoria  et  de  liis  quse  pertinent  ad  lurninarc, 
fabricam  et  eleemosinam  ecclesise. 

4.  De  jurisdictione  capituli  et  archidiaconorum. 

5.  De  abbatibus  secularibus  et  preposituris  Leodiensis,  Huyen- 
sis  et  Fossensis  ecclesiarum  et  earum  annexionibus,  et  de  abbatiis 
regubribus  et  earurn  subjectionibus  nec  non  et  defalcationibus 
ecclesiarum  parocliialium  et  visitationibus. 

6.  De  cappellanis  imperialibus  et  episcopalibus ,  canonicis 
S.  Materni  et  parvse  mensse;  de  altaribus  ecclesise  et  eorum  fun- 
dationibus,  nec  non  de  hospitalibus  et  domibus  leprosorum. 

7.  De  confraternitatibus  ecclesiarum  et  de  unionibus  et  con- 
ventionibus  inter  eas  habitis,  et  liis  quse  acta  sunt  inter  episcopum 
et  capitukim  et  cives  leodienses  et  bouas  villas  super  diversis 
ordinationibus,  tangentibus  communem  statum  ecclesiarum  et 
patrise  et  episcopum  et  capitulum  inter  se. 

9.  (sic).  De  libertate  ecclesise  et  ministerialium  et  familiarum 
canoni  eorum. 

10.  De  firmitate  et  assisia  et  bis  quse  acta  sunt  super  bis. 

11.  De  Limburgensi  et  Brabantise  ducibus  et  de  eorum  homa- 
giis  et  dehis  quse  acta  sunt  cumiisdem. 

12.  De  comitibus  Hannonise  et  Lossensibus  et  eorum  comita- 
tibus  et  feudis  et  de  his  quse  acta  sunt  cum  iisdem . 

13.  Homagia  sive  feuda  comitum  Flandrise,  Geldria  ,  Luxem- 
burgi,  Namurcensis,  Juliacensis,  Regestensis  (?)  et  dominorum 
de  Hinsberge  et  de  Paulcomont  et  aliorum  comitum  et  baronum, 
et  de  liis  quse  acta  sunt  cum  iisdem. 

11.   De  militibus  cum  eorum  fendis. 


—  264  — 

15.  De  possessionibus  et  hereditatibus  quas  ecclesiœ  liabel  in 
Leodio  et  in  eius  suburbiis. 

16.  Dionantuin  cum  eius  confiniis  et  quse  in  vallibus  Mosse 
sunt  usque  Huyum,  Amanum,  et  quse  in  vallibus  Mosse  sunt  usque 
Leodium  et  eius  suburbia. 

17.  Traiectum  cum  eius  suburbiis,  Nivella,  Ilermal,  Harstal- 
lum,  et  cetera  a  Traiecto  usque  suburbium  Leodii. 

18.  Meclilinia.  Item  S.  Trudo. 

19.  De  Buillone  et  eius  confiniis  et  de  lus  quse  acta  sunt  inter 
archiepiscopum  Rhcnensemet  episcopum  Leodiensem. 

20.  Tungris,  Alken,  Hurle,  Brusthem  et  de  his  quse  acta  sunt 
in  comitatu  Lossensi. 

21.  Covinum,  Thudinum,  Fossis  et  de  bis  quse  in  connu 
confiniis  sunt. 

22.  Franchimont  etTectis  cum  suis  confiniis.  Itemque  Mouha 
cum  Waleve  et  suis  pertinentes. 

23.  Hasbania  et  de  bonis  quse  in   Hasbania  sunt. 

24.  Brabantia  et  de  bonis  quse  in  Brabantia  sunt. 

25.  Cennacum,  Rivonia,  Hallois,  Havelange,  Asche,  Perwc/,. 

26.  Pondreloux,  Marcenelles,  Easinelles,  Flerus,  Flaninues 
(sic)  Praels,  Haneffc  et  de  bonis  quas  in  terra  Namurcensi  sunt. 

27.  Cornelii  Mons,  Jupilia,  Visetum,  Tif,  Fetines,  Assenoir 
cum  corum  confiniis  et  quse  in  ducatu  Limburgensi  sunt. 

28.  Ittre,  Eyck,  Litte  et  de  his  qiue  liabet  ccclcsia  in  partibus, 
a  Traiecto  usque  ad  finem. 

29.  De  lus  quse  habet  ecclesia  seu  habere  débet  in  partibus 
Rheni. 

30.  De  his  quse  sunt  in  aliis  chartis,  quse  communem  titulum 
propter  causam  convenientiae  habere  non  possunt.  De  acquisitionc 
castri  Clermont  et  Awans. 

31.  Item  de  his  quse  ex  venditionc  Mcchliniae  sunt  acquisita  et 
quse  acta  sunt  cum  comité  Flandrise  occasione  venditionis  pre- 
dictsc. 

32.  De  informationibus  et  rationibus  Papam  moventibus  et 
cardinales  quod  divisionem  episcopatns  Leodiensis  per  ducem 
Brabantise  pretensam  decreveril  non  esse  faciendam. 


-  2(55  — 

33.  De  quitationibus  literis  cl  [nstrumentis  obligatiomim  red 
ditis. 

34.  Litterœ  duplicata  aliquorum,  quœ  in  aliis  capsulis  cou 
tinentur. 


aowa»   — 


LE  COMTÉ  DE  HASPINGA. 


Nitard,  évêque  de  Liège,  se  rendit  en  1040  à  Ulm  auprès  de 
Henri  III,  roi  de  Germanie,  pour  le  prier  de  donner  à  l'église 
de  Liège  le  comté  d'Arnould,  nommé  Haspinga  et  situé  dans  le 
pagus  de  la  Hesbaye  :  comitatum  Arnoldi  comitis,  nomine  Has- 
pinga in  pago  Hispangowl  situm.  Sur  les  recommandations  de 
Brunon,  évêque  de  Wurzbourg  et  de  Thierry,  évêque  de  Metz,  le 
roi  donna  le  comté  de  Haspinga  à  l'église  de  Liège,  pour  récom- 
penser Nitard  des  services  qu'il  lui  avait  rendus  ainsi  qu'à  son 
père  l'empereur  Conrard.  Il  le  donna  avec  tous  les  droits  et 
toute  la  juridiction  que  lui  et  son  père  y  avaient  eus,  droits  de 
battre  monnaie,  de  lever  des  impôts  et  tous  les  autres  avantages 
qui  peuvent  revenir  à  un  seigneur  :  cum  talijure  talique  districto 
quale  parens  noster  aut  nos  hactenus  in  illo  visi  sumus  habere  in 
monetâ  vel  telonio ,  imo  cum  omni  utilitate  quœ  scribi  aut  excogi- 

tari  potest ed  lege...  ut  hanc proprietatem,  quam  hactenus  in 

illo  habuimus,  prœfatus  episcopus  Nitardus  suique  successores  ab 
hinc  potestative  habeant.  «  Le  diplôme  est  daté  du  24  janvier 
1040.  V.  Mirœus,  I,  264;  Gallia  Christ.  III,  151;  Chape auville , 
I,  279;  Robyns,  16. 

Quel  était  ce  comté  de  Haspinga?  qui  était  ce  comte  Arnould? 
l'église  de  Liège  entra-t-elle  immédiatement  en  possession  de 
son  comté?  Ces  questions  ont  été  résolues  différemment  par  les 
historiens  du  pays  de  Liège;  ils  ont  interprété  le  diplôme  de 
Henri  III  de  différentes  manières.   Nous  exposerons  d'abord  les 

26 


-  208  — 

• 

différentes  interprétations  qui  y  ont  été  données  ;  nous  donnerons 
ensuite  la  solution  que  nous  croyons  la  mieux  fondée. 

Première  interprétation.  Le  comté  de  Haspinga  n'est  autre  que 
celui  de  Looz;  Arnould  l'avait  déjà  légué  à  l'église  de  Liège  l'an 
1014,  et  c'est  pour  cette  raison  qu'il  est  appelé  comté  d' Arnould 
dans  le  diplôme  de  l'an  1010.  Nitard  demanda  la  confirmation 
du  legs  au  roi  Henri  III,  on  ignore  pour  quelle  raison,  peut-être 
parce  que  quelque  puissant  seigneur  voisin  formait  des  préten- 
tions sur  le  comté,  peut-être  aussi  parce  qu'une  charte  de  dona- 
tion n'avait  pas  été  faite  l'an  1014  ou  qu'elle  était  perdue  ; 
quoiqu'il  en  soit,  cette  confirmation  ne  fut  pas  la  première,  car 
l'évêque  Baldric  II,  immédiatement  après  la  mort  d' Arnould, 
s'empressa  d'aller  à  Metz,  où  était  le  chef  de  l'empire,  pour  lui 
faire  hommage  du  comté  qui  venait  d'être  légué  à  l'église  de 
Liège  et  qui  était  un  fief  de  l'empire.  Haspinga  était  l'ancien 
nom  du  comté,  et  il  n'a  porté  celui  de  Looz  que  depuis  l'époque 
où  les  comtes  ont  bâti  un  chàteau-fort  et  établi  leur  résidence 
dans  la  ville  de  ce  nom.  V.  Mirœus  notitia  eccles.,  cap.  87; 
Bouille  I,  95  ;   Louvrex  IV,  25  et  alii. 

Betixième  interprétation.  Le  comte  Arnould ,  dont  il  est  ques- 
tion dans  le  diplôme  de  Henri  ni,  mourut  l'an  1014  sans  laisser 
de  postérité  et  ne  légua  à  l'église  de  Liège  que  des  alleux  ; 
quant  à  son  comté  de  Looz,  il  n'en  disposa  point,  et  il  n'eut  pas 
pu  en  disposer  ,  parce  que  c'était  un  fief  immédiat  de  l'empire. 
L'empereur  ne  disposa  pas  immédiatement  du  comté  d' Arnould  , 
et  l'évêque  de  Liège  en  confia  l'administration  provisoire  à  son 
propre  frère  Gislebert  ;  ce  ne  fut  qu'en  1040  que  l'empereur 
Henri  III  le  donna  à  l'église  de  Liège.  Celle-ci  le  donna  en  fief  à 
un  noble,  qui  prit  le  titre  de  comte  de  Looz,  avec  la  clause  de  réver- 
sion, si  lui  ou  un  de  ses  successeurs  mourut  sans  laisser  d'hoirs 
mâles.  V.  Raikem.  Discours  de  3  854. 

Troisième  interprétation.  L'an  1040,  le  comté  de  Looz  n'était 
pas  un  fief  immédiat  de  l'empire,  mais  il  relevait  du  comté  de 
Hesbaye.  Le  seigneur  de  ce  dernier  comté  nommé  Arnould  étant 
mort,  l'empereur  Henri  III  donna  tout  le  comté  de  Hesbaye  à 
l'église  de  Liège   en  1 040  ;  celle-ci  succédant   aux  comtes  de 


—  269  — 

Hesbaye  est  donc  devenue  suzeraine  des  comtes  de  Looz  ;  c'est 
à  ce  titre  de  suzeraine  que  l'église  de  Liège  a  réclamé  le  comté 
de  Looz,  lorsque  la  famille  de  ses  seigneurs  s'est  éteinte  an  133G. 
V.  Hocsem,  II.  447. 

Quatrième  interprétation.  Le  comté  de  Haspinga  est  différent 
de  celui  de  Looz;  celui-ci  a  été  légué  à  l'église  de  Liège  en  1014; 
l'évêque  Baldric  II,  après  avoir  fait  confirmer  le  legs  par  l'em- 
pereur Henri  II,  donna  le  comté  en  fief  à  son  propre  frère 
Arnould  à  charge  de  réversion  à  cette  église  au  défaut  d'hoirs 
mâles.  Il  s'agit  donc  d'un  autre  comté  dans  le  diplôme  de  Henri 
III  daté  de  1040.  Dans  ce  dernier,  il  est  dit  que  Nitard  se  rendit 
auprès  de  l'empereur  pour  lui  demander  en  faveur  de  son  église 
le  comté  d' Arnould  nommé  Haspinga  et  situé  en  Hesbaye  ;  l'em- 
pereur le  lui  accorda  en  vue  des  fidèles  services  qu'il  lui  avait 
rendus  ainsi  qu'à  son  père.  Or  ,  l'église  de  Liège  possédait  déjà 
alors  le  comté  de  Looz ,  il  n'y  avait  donc  plus  lieu  de  le  demander 
à  l'empereur,  tandis  que  le  texte  du  diplôme  donne  à  entendre 
qu'elle  ne  possédait  pas  encore  celui  de  Haspinga  que  Nitard  alla 
demander.  L'historien  Anselme  parle  de  la  donation  de  1040  , 
lorsqu'il  dit  que  Nitard  magnum  ornatum,  quem  apud  nos  fas  est 
cernere,  nostrœ  addidit  Basilicœ;  or,  ce  viagnus  ornatus  n'est  autre 
que  le  comté  de  Haspinga  acquis  à  l'église  de  Liège  ,  depuis  l'an 
1040;  l'église  de  Liège  l'a  possédé  immédiatement,  carie  même 
historien  ajoute  quem  apud  nos  fas  est  cernere.  Ces  indications  ne 
conviennent  point  au  comté  de  Looz ,  qui  avait  été  concédé  en 
fief  à  Arnould  et  à  ses  successeurs ,  et  que  l'église  de  Liège  n'a 
possédé  immédiatement  qu'au  milieu  du  XIVe  siècle.  Le  comté  de 
Haspinga  formait  une  partie  considérable  de  la  Hesbaye  et  s'éten- 
dait depuis  les  environs  de  la  ville  de  S.  Trond  jusqu'aux  portes 
de  la  ville  de  Liège.  Ce  comté  étant  tombé  vacant  soit  par  la  des- 
titution soit  par  le  décès  d' Arnould  ,  Nitard  le  demanda  à  l'empe- 
reur et  l'obtint  en  1040.  V.  de  Villenfagne,  liecherches  I.  82. 

Aucune  de  ces  interprétations  ne  nous  satisfait  complètement. 

Le  pagus  Hasbanise  était  assez  étendu  ,  mais  les  limites  ne 
nous  sont  pas  exactement  connues. 

Dans   des  chartes  de    623,  Pépin  est  appelé  dux  Hasham<r, 


—  270   - 

Vers  Tau  735  Charles  Martel  mit  S.  Euchère  exilé  en  Hesbaye, 
sous  la  surveillance  de  Rotbert  duc  de  ce  pagus  (Sœcul.  Bened. 
III.  554)  ;  c'est  parce  que  ce  pagus  était  gouverné  par  un  duc 
qu'il  se  trouve  désigné  sous  le  nom  de  ducatus  Hasbaniensis  dans 
la  vie  de  S.  Bavon,  écrite  avant  le  IXe  siècle  (actasanct.  Belg. 
II.  439).  Tout  le  pagus  resta  sous  le  gouvernement  d'un  seul 
jusqu'à  ce  qu'il  fut  divisé  en  comtés.  Nous  ignorons,  à  quelle 
époque  précise  cette  division  eut  lieu.  La  plus  ancienne  mention, 
que  nous  en  connaissions,  se  trouve  dans  l'acte  par  lequel  Louis  le 
germanique  et  Charles  le  chauve  se  partagèrent  en  870  le 
royaume  de  Lorraine  après  la  mort  de  leur  neveu  Lothaire  LT,  roi 
de  ce  pays.  On  y  trouve  cités  quatre  comtés  en  Hesbaye ,  in  Has- 
banio  comitatus  IV,  sans  autre  désignation  (Mireus,  I.  31).  On 
voit  dans  cet  acte  de  partage,  que  plusieurs  pagi  de  la  Lorraine 
n'avaient  encore  subi  aucune  division  en  comtés.  Louis  le  germa- 
nique eut  dans  sa  part  le  comté  de  Testrebant ,  les  parties  du 
Masau  inférieur  et  du  Masau  supérieur,  situées  sur  la  rive  droite 
de  la  Meuse  ,  la  partie  du  pagus  Liugas  qui  est  sur  la  rive  droite 
de  la  Meuse  ,  le  district  d'Aix-la-Chapelle ,  celui  de  Theux ,  cinq 
comtés  en  Eipuarie  ,  la  partie  du  pagus  des  Ardennes  qui  est  sur 
la  rive  droite  de  l'Ourte.  Charles  le  chauve  eut  dans  sa  part 
Tongres,  l'abbaye  de  S.  Servais  à  Maestricht,  Eick,  le  pagus  de 
Taxandrie  (comitatum  Texandrum),  quatre  comtés  au  Brabant, 
le  pagus  de  Hainaut ,  celui  de  Lommes ,  quatre  comtés  en  Hes- 
baye, les  parties  du  Masau  inférieur  et  du  Masau  supérieur  qui 
sont  sur  la  rive  gauche  de  la  Meuse ,  la  partie  du  pagus  Liugas 
qui  est  sur  la  rive  gauche  de  la  Meuse  ,  le  pagus  du  Condroz,  la 
partie  du  pagus  des  Ardennes  qui  est  sur  la  rive  gauche  de 
l'Ourte. 

Il  n'est  pas  facile  de  déterminer  à  quelle  époque  les  pagi  ont 
eommencé  à  être  divisés  en  comtés.  Les  chartes,  dans  lesquelles 
sont  citées  les  localités  situées  dans  un  pagus,  nous  donnent  ce- 
pendant quelque  indication;  dans  les  chartes  antérieures  à  la 
division,  on  ne  rencontre  que  la  désignation  simple  :  telle  localité 
située  dans  tel  pagus;  dans  les  chartes  postérieures  à  la  division^ 
on  rencontre  ordinairement  la  désignation  plus  développée  :  telle 
localité  située  dans  tel  pagus,  dans  le  comté  d'un  tel. 


—  271   - 

Il  y  a  eu  des  pagi  qui  n'ont  pas  été  divisés  en  comtés  et  qui  por- 
tèrent indifféremment  les  noms  de  pagus  et  de  comté. 

Ces  deux  noms  sont  devenus  comme  synonymes ,  surtout  depuis 
l'époque  où  disparut  l'ancienne  division  politique  et  administra- 
tive des  pagi.  Nous  allons  en  citer  quelques  exemples  : 

898  Abbatia  S.  Servatii  in  pago  moselant  vocabulo  Trajecta. 

Mïrœus  I.  252. 
898  Abbatia  S.  Servatii  in  pago  hasbaniense  juxtà  mosam  et 

in  comitatu  maselant.  Mïrœus  1.  252. 
908  Monetam    de  Trajecto   nostrà   donatione   cum   consensu 

Albuini  eo  tempore  illius  comitis    concessam.    Gallia 

christ.  III.  146. 
919  Abbatiam  S.  Servatii  quse  est  constructa  in  Trajecto  in 

comitatu  maselant.  Mirants  I.  255. 
919.   Abbatiam   S.    Servatii  in  Trajecto  in   comitatu    hasba- 

censi. 
949  In   comitatu  scilicet  Lomacensi  atque  Darnuensi  villam 

videlicet  Gemelaus  cum  omnibus  ad  eam  pertinentibus, 

in  eodem  quoque  pago  villam  Bufiols  dictam.  Mïrœus 

I.  139. 

La  fonction  de  gouverneur  d'un  pagus  ou  d'un  comté  était  un 
fief  amovible ,  elle  n'est  devenue  un  fief  héréditaire  dans  nos 
contrées  qu'à  la  fin  du  Xe  siècle  avec  tous  les  autres  fiefs. 

L'hérédité  des  fiefs  fut  amenée  par  plusieurs  causes  qu'il  n'est 
pas  nécessaire  de  développer  ici.  Les  fiefs  importants,  qui  étaient 
restés  dans  les  mêmes  familles  pendant  plus  d'une  génération,  ne 
pouvaient  guère  leur  être  ôtés  facilement;  la  plupart  de  ces  fa- 
milles avaient  acquis  de  grandes  propriétés  territoriales  et  étaient 
en  état  de  se  maintenir  dans  la  possession  de  leurs  fiefs.  Ce  qui 
est  vrai  surtout  des  familles  qui  avaient  exercé  longtemps  les  fonc- 
tions de  gouverneur  d'un  pagus  ou  d'un  comté.  Les  suzerains 
étaient  obligés  de  ménager  ces  puissantes  familles  et  ils  finirent 
par  rendre  leurs  fiefs  héréditaires. 

La  Constitution  du  20  sept.  998  ,  adressée  par  Otton  III  aux 
italiens,  suppose  que  les  fiefs  ne  sont  pas  encore  héréditaires;  il  y 


272 


statue  que  les  biens  des  églises  ne  peuvent  être  engagés  ou  aliénés 
en  aucune  manière  pour  un  ternie  plus  long  que  la  vie  du  titulaire, 
puis  il  continue  en  ces  termes  :  Nam  cnm  regibus  et  imperatoribns 
ea,  quœ  regni  et  imperii  sunt,  nisi  se  viventibus ,  dare  non  liceret, 
exceptis  ecelesiis ,  qnomodo  abbatibus  et  episcopis  res  ccclesiarum  per 
t empota  suorv.m  successorum  distribuera  liceat?  Pertz  mon.  leg. 
II.  37. 

La  Constitution  de  Conrard  II,  sur  les  fiefs  en  date  28  mai 
1037,  suppose  qu'ils  sont  déjà  héréditaires,  car  il  statue  : 
Prœc'ipimus  etlam  ut,  cum  aliguis  miles  s'tve  de  majoribus  sive  de 
minoribus  de  hoc  sœculo  migraverit ,  fil/us  ejus  beneficium  haheat ;  si 
vero  filium  non  habuerit  et  abiaiieum  ex  masculo  ftlio  reliquerit , 
pari  modo  beneficium  haheat ,  servato  nsu  majorum  walrassorum  in 
dandis  equis  et  armis  suis  Senioribus;  si  forte  abiaticum  ex  filio  non 
reliquerit  et  fratrem  legit/mum  ex  parte  patris  habuerit,  si  Senio- 
rem  offensum  habuit  et  sïbi  vult  satisfacere  et  miles  ejus  effici  , 
beneficium,  quod  patris  sui  fuit ,  haheat.  Insuper  etlam  omnibus 
modis  prohihemus ,  ut  nullus  Senior  de  beneficio  suorum  militum 
camhium  aut  precariam  aut  libellum  sine  eorum  consensu  faceie 
prœsumat.  «  Pertz  mon.  leg.  II.  39. 

A  mesure  que  les  possessions  territoriales  se  concentrèrent  dans 
les  familles  puissantes  et  que  les  fiefs  devinrent  héréditaires ,  la 
jurisdiction  judiciaire,  de  même  que  le  pouvoir  civil,  devinrent  un 
attribut  de  la  propriété  ;  tout  propriétaire  soit  de  grands  fiefs  soit 
de  grands  alleux  y  exerça  la  juridiction  judiciaire  et  civile  par  l'in- 
termédiaire des  échevins  qu'il  avait  le  droit  de  nommer. 

Cet  ordre  de  choses  a  amené  le  fractionnement  du  territoire  en 
un  grand  nombre  de  comtés,  de  districts  et  de  seigneuries  et  le 
déplacement  fréquent  de  leurs  limites;  de  sorte  que  le  même 
comté  comprenait  souvent  plusieurs  parties  de  différents  pagi  ; 
le  comté  de  Looz,  par  exemple,  comprenait  une  partie  du  pagus  de 
la  Hesbaye  et  une  partie  de  celui  de  la  Taxandrie. 

Dans  le  principe,  il  n'était  pas  permis  à  tout  vassal  ou  à  tout 
propriétaire  de  construire  des  forteresses  dans  ses  fiefs  ou  ses 
alleux;  il  fallait,  à  cet  effet,  l'autorisation  du  souverain.  Les  em- 
pereurs Othon  n'accordèrent  que  difficilement  de  semblables  au- 


—  273  — 

torisations.  Cependant  les  causes  qui  amenèrent  l'hérédité  des 
fiefs  et  la  concentration  des  propriétés  dans  les  familles  puissantes, 
les  affranchirent  bientôt  aussi  de  la  nécessité  de  demander  cette 
autorisation.  Ce  fut  vers  la  fin  du  Xe  et  au  commencement  du 
XIe  siècle  que  les  puissants  seigneurs  commencèrent  à  bâtir  des 
forteresses  dans  leurs  domaines  de  leur  propre  autorité. 

Il  en  est  résulté  que  ces  seigneurs  ont  pris  les  noms  de  leurs 
forteresses  ,  principalement  de  celle  où  ils  avaient  leur  résidence 
habituelle,  et  le  nom  de  cette  forteresse  a  passé  à  leur  comté,  à 
leur  district  ou  à  leur  seigneurie.  A  partir  de  cette  époque ,  les 
localités  sont  ordinairement  désignées  dans  les  chartes  de  la  ma- 
nière suivante  :  telle  localité  située  dans  tel  pagus,  dans  le  comté 
de  telle  forteresse.  A  l'époque  de  transition,  on  trouve  quelquefois 
la  triple  indication  :  telle  localité  située  dans  tel  pagus  ,  dans  le 
comté  d'un  tel,  nommé  du  nom  de  telle  forteresse. 

Pour  prouver  toutes  ces  assertions,  nous  allons  donner  quelques 
extraits  de  chartes  en  suivant  l'ordre  chronologique. 

Avant  le  milieu  du  IXe  siècle ,  on  ne  trouve  guère  les  pagi 
divisés  en  comtés. 

714  Mansionile  Suestra  situm  in  pago  mosariorum.   Mirœus 

III.  286. 

746  In  pago  hasbaniensi  locum  quendam  qui  dicitur  Dungo. 

Mirœus  I.  493. 
779#  Ut  sunt  Harimalla  in  pago  hasbaniense.  Mirœtis  I.  496. 
832  Res  nostras  sitas  in  pago  alsbanio  in  villa  nuncupato  Li- 

nhco.  Martène  coll.  I.  88. 

837  Cortem  nostram  Hildinam  in  Hasbanio.  Mirœus  I.  19. 

838  Hasnoch  super  fluvio  Merbate  in  pago  hasbaniensi  sive 

diostensi.  Mirœus  I.  499. 
844  Herimalla  in  pago  hasbaniensi.  In  pago  hasbaniense  Awan- 
lia  et  Imburcio.  Mirœus  I.  337. 

A  partir  du  milieu  du  IXe  siècle,  on  trouve  des  pagi  divisés  en 
comtés  ,  et  les  comtés  désignés  par  les  noms  des  gouverneurs  : 

870  In  Bracbanto  comitatus  quatuor.  In  Hasbanio  comitatus 

IV.  Mirœus  I.  31. 


—  274  — 

902    In  pago  Leuchia,  in  comitatu  Sigarhardi  ,  in  villa  vocata 

Wandria.  Emst  VI.  90. 
907  Abbatiam  Fosses  nominatam  in  pago  Lominse  in  comitatu 

Bercngarii.  Emst  VI.  91. 
915  Tectis  in  pago  Luviensi  atque  in  comitatu  Sichardi.  Emst 

I.  316. 
944  Eicke  super  fluvium  Votra  constructum  ,  situm  in  pago 

Husce  (Hasbanige?)  in  comitatu  Rodulphi.  Mirœus  I. 

258. 
9(33  In  comitatu  Gisilberti  comitis,  in  pago  Arduennse  villam 

quse  dicitur  Viulna.  Mirœus  I.  142. 
966   Galmina  situm  in  pago  Haspenguwe  in  comitatu  Weren- 

harii...  In  pago  Luihgowi  in  comitatu  Richerii  Turon  , 

Curcella.  Emst  VI.  96. 
966  Casallo   sito   in   pago    Moselano  in  comitatu  Rudolphi. 

Wolters,  Thorn  129. 
1005  Yillas  quoque  Soron  et  Solmaniam  in  pago  Lewa,   in 

comitatu Emst  VI.  99. 

A  partir  du  XIe  siècle,  on  commence  à  désigner  les  comtés  et 
et  les  comtes  par  les  noms  de  leurs  forteresses  : 

100 S  In  comitatu  vero  Gozilonis  comitis  qui  Antwerf  dicitur. 
Mirœus  I.  53. 

1015  Per  manum  Gisleberti  fratris  mei  comitis  de  Lo*s.  Bul- 

letin de  la  Soc.  du  Limbourg  IV.  52. 

1016  Gisleberto  comité  de  Los.  Mirœus  III.  297. 

1018  Curte  Eiuti  sita  in  pago  Haspengowe  in  comitatu  vero 

Gisilberti  comitis.   Wolters.  25. 
1034  Comitis  Gisleberti ex  comité  lossensi.  Martène  col. 

IV.  1169. 
1036  Brombais  ,  quse  sunt  sitse  in  comitatu  Dungleberc  ,   et 

Holtam  qusc  est  in  comitatu  Steppes  et  Wolmereis  quae 

jacet  in  comitatu  Brunengurt.  Mirœus  I.  264. 
1024  Prpedium  quod  kajbebat  in  minori  Avernas  in  comitatu 

de  Steps.  Mirœus  J.  276. 


—  275  — 

Circa  1030  Quidquid  habemus  in  Harches  à  comité  de  Musai 

Alberto.  Chron.  True!.  I.  12. 
1010  Comitatum  Arnoldi  comitis  nomine   Haspinga  in  pago 

Haspengow  situm. 

Il  résulte  assez  clairement  de  ce  que  nous  venons  de  dire ,  que 
Haspinga  était  une  forteresse,  résidence  d'un  comte  et  capitale 
d'un  comté  auxquels  elle  donna  son  nom  ;  de  la  même  manière 
que  Los  fut  à  la  même  époque  la  forteresse ,  résidence  du  comte 
et  capitale  du  comté  auxquels  elle  donna  également  son  nom. 
Qu'on  n'objecte  point  que  le  même  comté  portait  les  noms  de  Has- 
pinga et  de  Los;  car  à  partir  de  l'an  1015,  le  comté  de  Looz  n'est 
désigné  dans  les  chartes  que  par  les  mots  comitatus  de  Los-,  il  n'y 
avait  pas  d'autre  désignation  en  usage  au  diocèse  de  Liège,  comme 
le  prouvent  les  extraits  de  cliartes  que  nous  venons  de  donner. 
Le  diplôme  de  1010,  par  lequel  le  roi  Henri  III  donna  à  l'église 
de  Liège  le  comté  de  Haspinga,  a  été  rédigé  à  Ulm  très  probable- 
ment par  l'évêque  Nitard  lui-même  ,  ou  du  moins  sur  les  indica- 
tions qu'il  a  fournies  au  secrétaire  rédacteur;  car  le  chancelier 
Thierry  n'a  fait  que  reconnaître  l'exactitude  de  la  rédaction  : 
Theodoricus  cancellarius ,  vice  Burdonis  arc/d  capellani,  recognovit. 
Or,  il  n'est  aucunement  probable  que  par  le  mot  Haspinga  l'évêque 
Nitard  ait  désigné  le  comté  de  Looz,  qui  ne  portait  pas  ce  nom 
et  qui,  au  moins  depuis  l'an  1015  ,  n'est  désigné  que  par  les 
mots  comitatus  de  Los. 

H  nous  est  impossible  de  déterminer  quelle  partie  de  la  Hesbaye 
formait  le  comté  de  Haspinga  ;  les  limites  exactes  du  pagus  Has- 
banise  ne  nous  sont  pas  même  connues;  on  trouve  cités  comme 
appartenant  à  ce  pagus  ,  Donck  ,  Hermalle  ,  Liniaco  (Lens) ,  Hil- 
dina,  Hasnoch  (Halen),  Awanlia  (Awans),  Imburcio ,  Jaminne, 
Rutten,  Hermée.  (Mirœus  I.  140).  Waemont  (iàid.)  On  a  pré- 
tendu que  les  anciennes  divisions  archidiaconales  répondaient 
exactement  aux  pagi  compris  dans  les  diocèses.  Le  diocèse  de 
Liège  était  divisé  en  8  arcliidiaconés  ;  nous  ignorons  à  quelle 
époque  précise  cette  division  a  été  faite.  La  plus  ancienne  mention, 
que  nous  en  connaissions,  est  de  l'an  931  ;  quo  comperto  Adelhel- 

27 


27G 


mus  tune  fcemporis  archidiaconus,  vir  moriuu  nobilitate  pruden- 
tissimus,  (hœc  si  quidem  agebantur  sub  archidiaconio  ejus)  ex 
cœnobio  S.  Foilliani  raptim  procedit  obvius.  Vita  S.  Gerardi 
Sac.  Bened.  Y.  260.  Parmi  les  huit  archidiaconés  se  trouvait 
celui  delà  Hesbaye  ;  nous  ignorons  si  sa  circonscription  a  subi 
des  modifications  avant  le  XVIe  siècle  ;  mais  voici  les  extrêmes 
limites  de  cet  archidiaconé  d'après  un  pouillé  de  Tan  1477  :  Zon- 
hoven,  Genck,  Zueteridael,  Lanaken,  Itteren,  Limmel,  Fauque- 
mont ,  Schin  sur  Geul ,  Wilre ,  Simpelvelt,  Kerkrade,  Rolduc, 
Aix-la-Chapelle  ,  Moresnet ,  Montzen  ,  Clermont ,  Chaineux  , 
Hervé,  Melen  ,  Cerexhe ,  Mortier  ,  Cheratte  ,  S'-Remy ,  Oupeye  , 
Vottem,  Alleur,  Kemexhe,  Fies,  Lens-sur-Geer  ,  Lantremange  , 
Waremme  ,  Hollogne-sur-Geer  ,  Darion  ,  Omal ,  Waleffe-le- 
Chateau  ,  Tourinne  ,  Lens-Sk-Reiny  ,  Haimut ,  Bertree  ,  Cras- 
Avernas  ,  Montenaken ,  "Wezeren ,  Houtain-l'Evêque  ,  Walsbets  , 
Gingelom  ,  Velm  ,  Halmsel ,  S'-Trond  ,  Schurhoven  ,  Duras  , 
Gorsum,  Runkelen,  Enramen,  Herck-la- ville,  Zonhoven.  Il  n'est 
guère  probable  que  le  pagus  de  la  Hesbaye  se  soit  étendu  sur  la 
rive  droite  de  la  Meuse  ;  et  d'un  autre  côté ,  il  y  a  plusieurs 
villages  que  les  anciennes  chartes  placent  dans  le  pagus  Hasbaniœ, 
tels  que  Donck,  Awans,  Waemont,  et  qui  ne  furent  point  compris 
dans  l' archidiaconé  de  la  Hesbaie. 

La  forteresse  et  le  comté  de  Haspinga  ne  sont  plus  mentionnés 
dans  l'histoire;  nous  sommes  portés  à  en  conclure  que  la  forteresse 
fut  démolie  bientôt  et  que  le  comté,  incorporé  à  la  principauté  de 
Liège,  perdit  son  nom  de  Haspinga.  Cependant  cette  incorporation 
n'est  point  prouvée  par  ce  passage  du  chanoine  Anselme  qui  dit 
de  Ni  tard,  magnum  ornatum  quem  apud  nos  fas  est  cernere, 
nostrse  addidit  basilicse  ,  car  il  s'agit  évidemment  ici  d'une 
construction  remarquable  ajoutée  à  la  cathédrale. 

Nous  émettrions  encore  volontiers  l'hypothèse  que  le  territoire 
de  ce  comté  prit,  après  son  incorporation  dans  la  principauté,  le 
nom  générique  de  Hesbaye  et  qu'il  fut  placé  sous  la  protection 
d'un  avoué,  qui  a  porté  depuis  le  nom  d'avoué  de  Hesbaye.  Nous 
reviendrons  un  jour  sur  cette  hypothèse. 

Le  texte  du  diplôme  de  1040  suppose  que  le  comté  de  Haspinga 


—  277  ~ 

est  vacant;  Nitard  va  le  demander  à  l'empereur  évidemment  ponr 
l'incorporer  à  sa  principauté ,  comme  celui  de  Huy  et  d'autres 
villes  et  districts  l'avaient  déjà  été.  Or,  ces  détails  ne  conviennent 
point  au  comté  de  Looz  ,  car  on  ne  peut  pas  dire  qu'il  soit  resté 
vacant  depuis  1014 ,  et  qu'il  n'a  eu  jusqu'en  1040  qu'un  admi- 
nistrateur provisoire;  nous  avons  prouvé  dans  le  Bulletin  de  la 
Société  du  Limbourg ,  IV,  37  ,  que  Gislebert  paraît  comme  véri- 
table comte  de  Looz  depuis  1015-1034  ;  et  puis  le  comté  de  Looz 
n'a  été  incorporé  à  la  principauté  de  Liège  qu'au  milieu  du 
XIVe  siècle. 

Le  comte  Gislebert  mourut  entre  les  années  1034  et  1046.  A 
cette  dernière  année ,  on  trouve  cités  Emmon  et  Otton  ,  comtes 
de  Looz  ;  plusieurs  écrivains  soutiennent  qu'ils  étaient  les  fils  de 
Gislebert,  mais  nous  ne  connaissons  aucune  preuve  certaine  de 
cette  assertion.  Toutefois  ,  cette  assertion  nous  paraît  très-pro- 
bable ;  et  la  probabilité  est  fondée  sur  l'hérédité  des  fiefs  et  sur  la 
succession  des  comtes  de  Looz  dans  l'avouerie  de  l'abbaye  de 
S4- Jacques  à  Liège,  que  Gislebert  a  possédée  en  premier  lieu  avec 
pouvoir  de  la  transmettre  à  ses  héritiers.  Or ,  c'est  un  fait  incon- 
testable que  les  comtes  de  Looz  ont  été  les  avoués  de  l'abbaye. 
{Mirœus,m,  297). 

Nous  n'avons  pas  trouvé  la  moindre  trace  dans  les  documents 
historiques  antérieurs  à  la  fin  du  XIIe  siècle,  que  le  comté  de 
Looz  fut  un  fief  de  l'église  de  Liège  ;  cependant  l'occasion  natu- 
relle de  mentionner  ce  fief  et  de  traiter  les  comtes  de  Looz 
comme  leurs  vassaux,  s'est  présentée  bien  souvent  aux  princes- 
évêques.  Cet  argument,  quoique  négatif,  est  de  nature  à  corro- 
borer les  preuves  que  nous  avons  exposées. 

Le  roi  Conrard  se  trouva  à  Liège  le  2  octobre  1024  ;  l'évêque 
le  pria  défaire  restituera  l'église  de  Liège  la  terre  de  Herward, 
située  au  comté  de  Hare  sur  la  rivière  de  Was,  que  l'empereur 
Otton  III  avait  donnée  à  cette  église  et  que  l'empereur  Henri 
avait  reprise.  Conrard  accéda  au  désir  de  l'évêque.  (Chapeauville 
1.  263).  Si  le  comté  de  Looz  avait  été  légué  à  l'église  de  Liège 
en  1014  et  que  le  legs  n'eût  pas  encore  été  confirmé ,  nul  doute 
que  l'évêque  Durand  n'eut  demandé  cette  confirmation  à  Conrard. 


278 


L'an  1070  ,  le  roi  Hemï  IV  confirma  à  Aix-la-Chapelle  les 
possessions  de  l'église  de  Liège  à  la  demande  de  l'évêque  ;  parmi 
ces  possessions  ne  se  trouve  point  énuméré  le  comté  de  Looz. 
Toutefois  cette  omission  ne  prouve  pas  grand' chose  ,  parce  qu'on 
n'y  trouve  énumérés  que  les  villes,  les  territoires  et  les  abbayes 
dont  l'église  de  Liège  était  réellement  en  possession  ;  et  puis 
l'énumération  n'est  pas  complète.  (V.  Chape  auville ,  11.  14.) 

Les  guerres  privées  désolant  le  diocèse  de  Liège,  l'évêque  Henri 
voulut  y  porter  remède  ;  il  convoqua  en  assemblée  générale  tous 
les  comtes,  dont  les  comtés  étaient  situés  dans  son  diocèse  et  le 
27  mars  1082  il  proclama  avec  leur  consentement  la  célèbre  loi 
de  paix.  Gilles  d'Orval  les  appelle  principes  terrœ  et  il  en  fait 
l'énumération  :  «  hi  autem  sunt  principes  :  Cornes  Namurcensis, 
et  frater  jus  Henricus ,  Cornes  Palatinus  Marchio ,  Cornes  Con- 
rardus,  Cornes  Henricus  de  Lemburch,  Cornes  Henricus  de  Lâche, 
Cornes  Arnulphus  de  Los  ,  Cornes  de  Loviniaco ,  Cornes  Cono  de 
Horr.  "  Ce  furent  Albert  III  ,  comte  de  Namur  et  son  frère 
Henri,  Herman,  comte  palatin  du  Rhin,  Godefroid  de  Bouillon, 
marquis  d'Anvers  ,  Conrard  ,  comte  de  Luxembourg ,  Henri , 
comte  de  Limbourg ,  Henri ,  comte  du  Lac ,  Arnould  ,  comte  de 
Looz,  Henri  III,  comte  de  Louvain,  Conon,  comte  de  Horr.  (?)  Il 
est  indubitable  que  les  seigneurs  de  la  principauté  de  Liège 
assistèrent  également  à  l'assemblée  ,  mais  Gilles  d'Orval  n'énu- 
mère  que  ceux,  qui  en  étaient  indépendants  sous  le  rapport  tem- 
porel, parmi  lesquels  nous  voyons  figurer  Arnould,  comte  de  Looz. 

Gislebert  I,  comte  de  Duras,  sous-avoué  de  l'abbaye  de  St.- 
Trond,  l'opprimait  au  lieu  de  la  protéger.  Le  duc  de  Limbourg, 
avoué,  et  Etienne,  évêquede  Metz,  seigneur  de  l'abbaye,  privèrent 
Gislebert  de  la  sous-avouerie.  En  même  temps  ,  sur  les  instances 
de  l'évêque  Alexandre  (1129) ,  il  fut  privé  par  le  jugement  de  ses 
pairs  du  comté  et  du  fief  qu'il  tenait  de  l'évêché  de  Liège  :  «  abju- 
dicatus  est  tandem  legitimo  judicio  ab  advocatia  et  quia  erat 
homo  pertinacis  animi  et  non  multi  consilii ,  contigit  ei  sub 
eisdem  diebus  ,  culpis  suis  exigentibus,  ut  comitatus  et  benefi- 
cium,  quœ  habebat  de  Leodiensi  episcopatu,  proclamante  episcopo 
Alexandre),  à  paribus  ci   abjudicaretur.  (Chron.   Trud.  XII.   7 .) 


—  279  — 

La  même  chronique  mentionne  à  l'année  1136  que  Duras  était 
un  fort  de  St. -Lambert  :  Durachium  erat  castellum  St.-Lamberti 
(XII.  14.)  Cette  partie  de  la  chronique  a  été  écrite  entre  les  années 
1136-1138. 

Depuis  quelle  époque  et  à  quel  titre  le  comté  de  Duras  était-il 
un  fief  de  l'église  de  Liège  ? 

Nous  ne  connaissons  pas  de  solution  certaine  à  cette  question. 

Dans  un  diplôme  de  l' évêque  Wazon  de  1046  figurent  comme 
témoins  comités  de  Los,  Emmo  et  Otto.  V.  Mirœus  III.  303. 

Dans  une  charte  d'Emmon,  comte  de  Looz,  du  28  juin  1060, 
figure  comme  témoin  Otto  cornes  Duracii  frater  meus.  V.  Bulletin 
de  la  Soc.  du  limb.  V.  159. 

Cette  charte  d'Emmon  est  citée  par  Butkens  et  rapportée  par 
Le  Fort,  VII,  266  ;  mais  il  nous  paraît  que  le  texte  a  subi  des 
altérations;  au  lieu  de  Aruoldi  comiiis  de  Steijo,  il  faut  Àrnoldi 
domini  de  Steijo  ;  au  lieu  de  Theodorici  comitis  de  Horn,  il  faut 
Theodorici  domini  de  Horn  et  au  lieu  de  Otto  cornes  Dnracii 
frater  meus,  il  faut  tout  simplement  Otto  frater  meus  ;  car  nous 
ne  pouvons  admettre  qu'il  y  eut  en  1060  un  comte  de  Steijen  et 
un  comte  de  Horn  ;  quant  à  Otton,  comte  de  Duras,  il  figure 
encore  comme  Otto  de  Los  dans  une  charte  de  Frédéric,  duc  de 
la  Basse-Lorraine  de  l'an  1067.  V.  Bertholet.  III.  XXX. 

Dans  la  généalogie  de  St.-Arnoul,  évêque  de  Soissons,  il  est 
dit  qu'Albert,  comte  de  Namur,  eut  pour  fille  Lutgarde,  que 
Lutgarde  est  la  mère  d'Emmon  et  d'Otton,  qu'Emmon  est  le 
père  d'Arnoul,  comte  de  Los,  et  qu'Otton  est  le  père  de  Gislebert, 
comte  de  Duras.  D'après  Mantelius,  cette  généalogie  fut  écrite 
l'an  1120.  Pag.  50. 

Nous  sommes  très-porté  à  croire  qu'Otton  de  Los  fut  sous-avoué 
de  l'abbaye  de  St.-Trond  depuis  1060-1090.  Dans  une  charte  de 
Thierry,  évêque  de  Metz,  datée  de  St.-Trond  l'an  1060,  figure 
comme  témoin  le  sous-avoué  comte  Otton,  et  dans  une  charte 
d'Albéron,  son  successeur,  datée  de  l'an  1065,  est  mentionné  le 
même  sous-avoué  Otton.  La  chronique  de  St.-Trond  mentionne 
encore  un  sous-avoué  Otton  vers  l'an  1090,  qui  est  très-probable- 
ment le  même  que  le  précédent.  V.  Citron.   Triai.  IX.  9.  7 A'.  31. 


—  280  — 

Cependant  nous  n'avons  point  trouvé  cet  Otton  avec  le  titre  de 
comte  de  Duras,  ni  clans  les  diplômes  des  évêques  de  Metz,  ni 
dans  la  chronique  de  St.-Trond. 

Le  sous-avoué  Otton  était  le  père  de  Gislebert,  qui  fut  privé 
de  la  sous-avouerie  de  F  abbaye  et  du  comté  de  Duras  en  1129. 

Ce  Gislebert  de  Duras,  au  rapport  du  chroniqueur  de  St.-Trond 
X.  &,  était  proche  parent  d'Arnoul  II  deLooz,  petit-fils  d'Emmon, 
car  il  dit  de  ce  Gislebert  et  de  son  fils  Otton  II':  tamen  postea 
invadi  passi  sunt  à  nepote  stio  comité  Arnulpho  de  Los.  Gislebert 
I  de  Duras  mourut  vers  Tan  1138. 

A  la  première  vue,  on  croirait  toucher  ici  à  une  solution  et  on 
serait  tenté  de  dire  que  le  comté  de  Looz  était  un  fief  de  l'église 
de  Liège,  que  le  prince-évêque  en  sa  qualité  de  suzerain  en  a 
démembré  le  district  de  Duras  pour  l'ériger  en  comté  et  le  donner 
à  Otton  qui  le  tiendrait  aussi  en  fief;  mais  dans  ce  cas  le  comté 
de  Duras  aurait  été  un  fief  immédiat  du  comté  de  Looz  et  par 
conséquent  le  comte  de  Duras  n'aurait  dû  foi  et  hommage  qu'au 
comte  de  Looz,  et  ce  n'est  que  pour  cause  de  félonie  envers  celui- 
ci  qu'il  aurait  pu  en  être  privé,  et  cette  privation  n'aurait  pu  être 
prononcée  que  parla  suprême  cour  féodale  du  comté  de  Looz.  Or 
le  texte  delà  chronique  de  St.-Trond  (XII.  7)  indique  clairement 
que  le  comté  de  Duras  était  un  fief  immédiat  de  l'église  de  Liège, 
et  que  Gislebert  en  a  été  privé  sur  la  demande  de  l'évêque  Alexandre 
par  la  cour  féodale  de  Liège.  Cependant  cette  sentence  de  priva- 
tion ne  fut  point  exécutée,  et  le  comté  de  Duras  passa  à  Otton 
II,  fils  de  Gislebert.  Dans  une  charte  de  l'an  1154,  l'évêque  Henri 
dit  qu'il  a  fait  pour  son  église  l'acquisition  de  plusieurs  propriétés 
parmi  lesquelles  le  château  de  Duras,  ce  qui  semble  indiquer  que 
les  droits  antérieurs  de  son  église  sur  ce  château  n'étaient  pas 
incontestables.  «  Castrum  quoque  de  Duraz  acquisivi  eu  in  omni- 
bus attinentiis,  munitionibus  et  necessariis.  " 

L'an  1154  l'empereur  Frédéric  confirma,  à  la  demande  de 
l'évêque  Henri,  toutes  les  possessions  de  l'église  de  Liège  ;  il  en 
fait  une  longue  énumération  ;  viennent  en  premier  lieu  vingt  et 
une  abbayes,  en  second  lieu  les  comtés  et  les  forts;  les  comtés 
sont  au  nombre  de  trois,  savoir  :  ecux  du  Hainaut,  de  Huy  et  il;' 


281 


Hougarde;  il  n'y  est  pas  fait  mention  de  celui  de  Looz;  les  forts 
qui  y  sont  énumérés,  sont  au  nombre  de  vingt  huit;  mais  parmi 
eux  ne  se  trouve  aucun,  qui  soit  situé  au  comté  de  Looz;  on  n'y 
trouve  point  les  forts  de  Los,  de  Colmont,  de  Brustem,  de  Mon- 
tenaken,  de  Rurnmen,  de  Hallut,  de  Curenge  ;  le  Castrum  Cal- 
vum  Montem  qui  y  est  mentionné  n'est  pas  Colmont  au  comté  de 
Looz,  mais  soit  Chaumont  en  Brabant  soit  Calmont  près  de  Tir- 
lemont  ;  on  y  trouve  cependant  citées  des  terres  enclavées  dans 
le  comté  de  Looz  comme  Alken,  Repen,  Diepenbeck,  Sussen.  Le 
silence  que  la  charte  garde  sur  le  comté  de  Los  et  ses  forts  forme 
une  forte  présomption  qu'ils  n'appartenaient  point  à  l'église  de 
Liège.  V.  Bulletin  III,  11. 

On  objecte,  il  est  vrai,  que  l'énumération  n'est  pas  complète 
et  que  par  conséquent  l'argument  tiré  du  silence  de  la  charte  ne 
prouve  rien;  mais  complétons  l'énumération  par  d'autres  chartes 
et  nous  ne  parviendrons  pas  à  y  trouver  le  comté  de  Looz. 

La  même  année  1154  l'évêque  Henri  demanda  au  pape  Adrien 
la  confirmation  de  tous  les  biens  de  son  église;  dans  le  bref  pon- 
tifical se  trouvent  énumérés  les  mêmes  biens  que  dans  la  charte 
de  Frédéric  et  de  plus  les  biens  suivants  :  Castrum  de  Burne, 
Mirewalt,  Lovierval,  Argenteal,  Casselin,  Curtes,  Frères.  (V. 
C/iapeauvilleïï,  105.)  En  1143,  le  chapitre  de  la  cathédrale 
s'était  adressé  au  pape  Innocent  II  pour  mettre  l'église  de  Liège 
et  ses  biens  sous  la  protection  de  S.  Pierre  ;  le  pape  accède  à  son 
désir  et  énumère  les  biens  suivants  dans  son  bref  :  in  episcopatu 
Leodiensi  Pondrelues  cum  omnibus  appendiciis  et  banno,  Maslines 
cum  omnibus  appendiciis  suis  et  banno,  Praellam,  Floenam,  Se- 
hendremale  cum  appendiciis  suis,  Aionis  curtem,  Iteram,  atque 
aliam  Iteram,  quse  dicitur  nova  ab  omni  advocatione  liberam, 
Anth,  Vuisatum  cum  foro,  ponte,  thelonio.  tectis,  coeterisque 
justitiis  suis. 

In  episcopatu  Trajectensi  Paisnardes  et  Solekein  cum  appen- 
diciis eorum,  in  episcopatu  Tullensi  Maideres  cum  appendiciis 
suis,  in  episcopatu  Wormatiensi  Bokehem  cum  appendiciis  suis. 

Le  pape  Clément  III  donna  un  bref  semblable  au  chapitre  en 
1188  :  in  episcopatu  Leodiensi  Otlonis  curtem,   Landines,  Sken- 


—  282  - 

ûremale  cum  appendiciis  suis,  dccimain  quoque  de  Skendremale, 
quam  tempore  Alexandri  preepositi  ad  usus  et  dispositionem 
fratruin  acquisivit  ecclesia  cum  appendiciis  suis,  ecclesiam  simi- 
liter  de  Landines  iu  usus  et  dispositioneru  fratrum  acquisitam 
cum  appendiciis. 

In  episcopatu  Tullensi  Maidieres  cum  appendiciis  suis,  cum 
foro  et  ponte  ;  in  episcopatu  AYormatiensi  Bokekem  cum  appen- 
diciis suis. 

Nous  avouons,  que  nous  ne  connaissons  pas  de  localités  im- 
portantes, qui  aient  appartenu  à  la  principauté  de  Liège,  avant  le 
milieu  du  XIe  siècle  et  qui  ne  se  trouvent  citées  ni  dans  la  charte 
de  Henri  IV  de  1070,  ni  dans  celle  de  Frédéric  de  1154,  ni  dans 
celle  de  l'évêque  Henri  de  1154,  ni  dans  le  bref  du  Pape  Inno- 
cent II  de  1148. 

L'an  1180  éclata  une  guerre  entre  Gérard  comte  de  Looz  et 
Raoul  évêque  de  Liège;  c'est  la  première,  à  notre  connaissance, 
qui  ait  eu  lieu  entre  un  comte  de  Looz  et  un  évêque  de  Liège. 
Gérard  avait  commis  des  dépradations  sur  le  territoire  de  l'évêque 
et  s'était  emparé  de  dîmes  appartenant  à  la  mense  épiscopale  et 
au  chapitre;  Raoul  lui  en  fit  des  menaces,  même  celle  de  l'excom- 
munication ;  mais  Gérard  n'en  tint  aucun  compte.  Si  le  comté 
de  Looz  avait  été  un  fief  de  l'église  de  Liège,  Eaoul  aurait  pu  agir 
envers  Gérard,  comme  son  prédécesseur  l'avait  fait  en  1129 
envers  Gislebert  comte  de  Duras  c'est-à-dire  le  citer  devant  la 
grande  Cour  féodale  et  le  faire  priver  de  son  fief  par  ses  pairs. 
Le  prince-évêque  ne  fit  rien  de  ce  genre  ;  il  s'allia  avec  les  Sain- 
tronnaires  et  alla  dévaster  tout  le  comté  au  mois  d'août;  les  troupes 
alliées  détruisirent  Brusthem,  Montenacken,  Los,  Bilsen  et  tous 
les  autres  forts  du  comté;  plus  de  seize  villages  avec  leurs  églises 
devinrent  la  proie  des  flammes.  Le  prince-évêque  assiégeait  Col- 
mont,  lorsque  la  paix  fut  conclue,  grâce  à  la  médiation  des  comtes 
de  Namur  et  de  Bergh;  au  rapport  de  la  chronique  de  S.  Trond, 
la  condition  de  la  paix  fut  que  le  comte  de  Looz  remit  à  l' évêque 
toutes  les  dévastations  et  toutes  les  destructions  qu'il  avait  com- 
mises dans  son  comté  et  qu'il  ne  s'en  vengerait  jamais.  Cette  con- 
dition semble  indiquer  que  le  comte  était  indépendant  de  l'évêque, 


-  283  — 

car  elle  lie  convient  guère  à  un  vassal  vis-à-vis  de  son  suzerain  ; 
voici  le  texte  de  la  chronique  :  quod  tali  conditione  actum  est  ut 
quidquid  episcopus  ei  fecerat  irritum  esset,  nichilque  ei  injuria- 
rum  pro  hoc  deinceps  irrogare  deberet,  (II,  IV,  29.)  Cette  partie 
de  la  chronique  fut  écrite  par  un  contemporain  quelque  temps 
après  l'an  1183.  Son  récit  mérite  par  conséquent  la  plus  grande 
confiance. 

L'an  1190  le  duc  de  Brabant,  le  comte  de  Flandre  et  Gisle- 
bert,  chancelier  du  comte  de  Hainaut  Bauduin  V  et  Gérard, 
comte  de  Looz,  se  rendirent  à  la  Cour  du  Roi,  à  Halle,  en 
Souabe;  le  duc  de  Brabant  y  manifesta  en  assemblée  générale, 
des  prétentions  sur  le  comté  de  Looz ,  parce  qu'il  y  avait 
droit  de  passage  pour  se  rendre  à  la  Meuse,  mais  Gérard  lui 
répondit  hardiment  :  je  tiens  le  comté  de  Looz  de  mon  Seigneur 
l'évêque  de  Liège  ;  le  droit  de  passage  que  vous  avez  à  travers 
mon  comté ,  vous  a  été  accordé  par  mon  prédécesseur  qui  avait 
tué  votre  prédécesseur  :  il  vous  a  fait  cette  concession  dans  le 
traité  de  paix  qui  a  été  conclu  à  ce  sujet.  Domine  dux,  ego 
comitatum  de  Los  a  Domino  episcopo  Leodiensi  teneo.  Quod 
autem  conductum  per  terram  meam  habetis ,  hoc  ex  eo  habetis 
quod  antecessor  meus  antecessorem  vestrum  occidit  et  in  con- 
cordiâ  factâ  conductum  per  terram  suam  ei  concessit.  "  Cest  le 
chancelier  Gislebert  présent  à  l'assemblée  qui  rapporte  ce  fait 
dans  sa  Chronique,  n°  280.  Ce  témoignage  nous  paraît  irrécu- 
sable, car  l'auteur  montre  la  plus  grande  exactitude  dans  toute 
sa  Chronique. 

Toutefois  les  comtes  de  Looz  avaient  conservé  la  pleine  pro- 
priété de  plusieurs  forts  du  comté,  car  ce  n'est  qu'en  1203 
que  Louis  II,  en  guerre  avec  le  duc  de  Brabant  et  pressé  par 
ce  puissant  adversaire,  donna  à  l'église  de  Liège  quatre  forts, 
qui  étaient  restés  ses  alleux,  pour  obtenir  le  secours  du  prince- 
évêque;  il  mit  cependant  à  cette  donation  la  condition  qu'il 
tiendrait  ces  quatre  forts  en  fief  de  l'église  de  Liège.  Dans 
le  préambule  de  l'acte ,  le  comte  Louis  porte  le  titre  à' homme- 
lige  du  prince-évêque ,  cujus  ipse  erat  homo  ligius ,  indubita* 
blement  à  raison  de  son  comté.   Les  cinq  alleux  que  Louis  II 

28 


—  284  — 

donna  à  l'église   de  Liège  pour  les  recevoir  d'elle   en  fief,  sont 
les  quatre  forts  de  Montenaken ,  Brustern ,   Hallut  et  Lumrnen 
avec  leur  territoire  et  l'alleu    de  Tessenderlo.    Ces    forts  sont 
situés  sur  les  confins  du  Brabant  et  devaient  servir  de  boule- 
vard à  la  principauté  de  Liège.  Dans  la  charte  de  1203  (Mirœus. 
IV,    387J,    il  n'est  pas  question  du  comté  de  Looz  ni    de  la 
condition  que  ces  fiefs  feraient  retour  à  l'église ,  si   le  comte 
ou  un    de  ses  descendants    venait   à    décéder   sans    laisser   de 
fils.  Reinier,  moine  de   S1  Jacques,  qui  écrivit  à  cette  époque, 
comprend  dans  la  donation  de  Louis,   tous  les  alleux  qu'il  pos- 
sédait encore  ou   peut-être  même  tout   son  comté,  car  après 
avoir  énuméré  les  forts   de   Montenaken ,  Brustem  et  Hallut, 
il  continue  ainsi  :  et  omnem  terram  suam,  quam  libère  tenebat, 
S:  Lamberto  tradidit,  et  un  peu  plus  loin  il  semble  dire  que  ce 
n'est  qu'en  1203  que  le  comte  de  Looz  est   devenu  vassal  du 
prince-évêque ,  cornes  vero   de  Los  ad  episcopum ,  cujus  nuper 
homo  factus  fuerat,  accessit,  auxilium  petiit   (Martène,  V,  25, 
ad  an.  1203J.  Gilles  d'Orval,  qui  écrivit  dans  la  lre  moitié  du 
XIIIe  siècle,  reproduit  textuellement  le  récit  de  Reinier.  Jean  de 
Warant,  qui  écrivit  au  XIVe  siècle,  à  l'époque  des  controverses 
sur  la  succession  au  comté  de  Looz,  amplifie  le  récit  de  Reinier 
de  tout  ce  qu'on  alléguait  de  son  temps  pour  justifier  les  préten- 
tions du  chapitre,  savoir  que  le  comte  Louis  avait  donné  en  1203 
tout  son  comté  à  l'église  de  Liège  pour  le  tenir  d'elle  en  fief,  que 
l'évèque  le  lui  a  rendu  en  fief  à  la  condition  que,  si  lui  ou  un  de  ses 
descendants  mourut  sans  laisser  d'enfant  mâle  ,    le  comté   ferait 
retour  à  l'église  ,  que  l'évèque  et  le  chapitre  ont  fait  confirmer  ce 
contrat  par  le  roi  d'Allemagne,  et  que  le  chapitre  conservait  encore 
le  diplôme  de  confirmation  scellé   d'un  sceau^d'or.  {Chapeav.rïlh> 
11,437). 

La  vérité  est  que  le  cartulaire  de  St. -Lambert  ne  renferme  que 
la  charte  de  1203  et  que  l'écolàtre  Ilocsem,  qui  a  pris  une  si 
grande  part  à  la  controverse  sur  la  succession  au  comté  au  milieu 
du  XIV''  siècle,  n'a  pas  produit  le  document  si  important  de  la 
donation  du  comté  de  Looz  à  l'église  de  Liège,  pour  la  raison 
bien  simple  qu'il   n'existait   plus  aux   archives.    A  son  époque, 


—  285  — 

le  chapitre  se  fondait  principalement  sur  la  loi  ou  la  coutume 
générale  qu'un  fief  tombé  vacant  par  défaut  d'héritier  en  ligne 
directe  faisait  retour  au  suzerain  immédiat  ;  c'est  sur  cette  loi  ou 
cette  coutume  que  le  chapitre  s'était  déjà  fondé  en  1245  et  124(1 
pour  réclamer  le  comté  de  Hainaut  tombé  vacant  par  la  mort  de 
Baudouin  VI,  le  5  décembre  1344. 

En  adoptant  le  témoignage  de  Gislebert  de  Mons ,  on  doit 
dire  que  le  comté  de  Looz  est  devenu  un  fief  de  l'église  de  Liège 
avant  l'an  1190  et  que  la  charte  de  donation  a  péri  probable- 
ment dans  l'incendie  de  la  cathédrale  arrivé  en  1185.  Mais  il 
reste  toujours  à  résoudre  la  question  la  plus  difficile,  quand  et 
comment  ce  comté  a  été  donné  à  l'église  de  Liège.  D'après  nos 
convictions,  ce  n'a  été  ni  en  1014  comme  nous  avons  essayé 
de  le  prouver  ailleurs,  ni  en  1040,  comme  nous  croyons  l'avoir 
établi  en  ce  travail.  Nous  ne  connaissons  point  de  documents 
historiques,  qui  donnent  des  éclaircissements  suffisants  sur  la 
question,  nous  la  laisserons  par  conséquent  sans  solution. 

X. 


APPENDICE.    (') 

16  MAI  1143. 

Innoccntius  11  confirmât  possessiones  ecclesiœ  cathedralis. 

Innocentius  episcopus  servus  servorum  Dei  dilectis  filiis  cano- 
nicis  Leodiensis  ecclesiœ  tam  prœsentibus  quam  futuris  canouicè 
subslituendis  in  perpetuum.  jEquitatis  et  justitiae  ratio  persuadet 

(i)  Nous  ajoutons  à  noire  travail  ces  trois  pièces  que  nous  croyons 
inédites. 


—  286  — 

nos  ecclesiis  perpetuam  rerum  suarum  firmilatem  et  vigoris 
inconcussi  munimenta  conferre  ;  non  enim  decet  clericos  in  sortem 
Domini  evocatos  perversis  malorum  hominum  inolestiis  agitari 
et  temerariis  quornmlibet  vexationibus  fatigari,  simililer  et  prœdia 
usibus  secretorum  cœlestium  dedicata  nullas  potentum  anga- 
rias,  nihil  debent  extraordinarium  sustinere.  Ea  propler,  dilecti 
in  Domino  filii,  vestris  justis  poslulalionibus  clementer  annuimus 
et  prœfatam  ecclesiam,  in  qua  divino  mancipati  eslis  obsequio, 
sub  beati  Pelri  et  nostra  protectione  suscipimus  et  praesentis 
scripti  privilegio  communimus,  statuentes  ut,  quascumque  pos- 
sessiones  ,  quaecumque  bona  in  praesentiaruni  juste  et  canonice 
possidetisaut  in  futurum  concessione  pontificum,  iargitione  regum 
vel  principum,  oblalione  iidelium  seu  aliis  justis  inodis  Deo  pro- 
pitio  poterilis  adipisci  firraa  vobis  veslrisque  successoribus  et 
illibata  permaneant,  in  quibus  hœc  propiis  duximus  exprimenda 
vocabulis  :  in  episcopatu  Leodiensi  Pondrelues  cuin  omnibus 
appendiliis  et  banno,  Maslines  cum  omnibus  appendiciis  suis  et 
banno,  Praellam,  Floenam,  Sekendremale  cum  appendiciis  suis, 
Aionis  curtem,  Itérant,  atque  aliam  Iteram  qiue  dicitur  nova,  ab 
omni  advocatione  liberam,  Anth,Vuisatum  cum  foro,  ponte,  Ihelo- 
nio,  tectis  ,  cœterisque  justiciis  suis  ;  in  episcopatu  Trajectensi, 
Paisnardes  et  Solekein  cum  appendiciis  eorum  ;  in  episcopatu 
Tulliensi,  Maideres  cum  appendiciis  suis;  in  episcopatu  Worma- 
tiensi,  Bokehem  cum  appendiciis  suis  ;  libertatemque  quam 
Leodiensis  ecclesia  episcoportim  et  regum  concessione  antiquitus 
habuisse  dignoscitur,  auctoritate  apostolicà  confirmamus,  sicut 
Henrici  V  imperatoris  scripto  rationabili  providentia  confirmala 
est.  Decernimus  igitnr  ut  nuili  omnino  hominum  liceat  prtcfatam 
ecclesiam  temere  perturbare  aut  ejus  possessiones  auferre  vel 
ablatas  retinere  ,  minuere  seu  aliquibus  vexationibus  fatigare, 
sed  omnia  intégra  conserventur  eorum,  pro  quorum  gubernalione 
et  sustentatione  concessa  sunt ,  usibus  omnimodis  profulura, 
salvâ  diœcesani  episcopi  canonica  justitiâ.  Si  qua  igitur  in  futu- 
rum ecclesiaslica  secularisve  persona  hujus  nostrae  constitutionis 
paginam  sciens  contra  eam  temerè  venire  temptaverit ,  secundo 
tertiovère  commonita,  se  non  satisfactione  congrua  emendaverit, 
poleslatis  honorisque  sui  dignitate  careat  ,  reamque  se  divino 
judicio  existere  de  perpetrata  iniquitate  cognoscat  et  à  Sacratis- 
simo  corpore  et  sanguine  Dei  et  Domini  redemptoris  nostri  Jesu 


-    287  — 

Christi  aliéna  fiât  atque  in  exlremo  examine  districtè  ultloni  sub- 
jaceal.  Cunctis  autem  eidem  loco  jusla  servanlibus  sitpax  Domini 
nostri  Jesu-Chrisli  et  hic  fructum  bonœ  actionis  pcrcipiant  et  apud 
districtum  judieem  prœmia  œternœ  pacis  inveniant.  Amen. 

Ego  Innocentius  catholicae  ecclesiœ  episcopus. 

Ego  Courardus  sabinensis  ecclesiœ  episcopus. 

Ego  Otto  diac.  card.  S.  Georgii  ad  vélum  aureum. 

Ego  Gregorius  diac.  card.  SS.  Sergii  et  Bachi. 

Ego  Stephanus  preneslrinus  episcopus. 

Ego  Hugo  albanensis  episcopus. 

Ego  Gregorius  presbyter  cardinalis  S.  Oalixli. 

Ego  Petrus  diac.  card.  S.  Mariœ  in  porlicu. 

Ego  Guido  S,  Romanœ  ecclesiœ  indignussacerdos. 

Ego  Octavianus  diac.  card.  S.  Nicolai  in  carcere  ïulliano. 

Datum  Laterane  per  manum  Gerardi  S.  Rom.  ecclesiœ  presby- 
teri  cardinalis  acbiblioihecarii  XV!Ï  cal.  junii  indictione  Vllncarn. 
Dominicœ  anno  M.  C.  XLHI  pontiûcalus  vero  Domini  Innocentii 
secundi  anno  XIHI. 


1154. 

Henricus  multa  ecclesiœ  snœ  acquisivit  castra  inter  quœ 
Duraz,  Repen,  Diepenbeke,  etc. 

In  nomine  sanctœ  et  individuœ  Trinitatis.  Henricus  divina 
fa  vente  Clementià  secundus  Leodiensis  episcopus  omnibus  in  per- 
petuum.  Ad  pontificis  spectat  propositum ,  res  ecclesiasticas 
colligere,  conservare  et  augere;  hujus  igitur  voti  semper  memor 
etconscius,  non  solum  de  colligendis  vel  conservandis  ,  verùm 
etiam  de  augendis  et  multiplicandis  rébus  ecclesiœ  sollicitus  fui, 
sciens  etiam  quod  periculose  suscipitur  talentum,  nisi  reddatur 
multiplicatum.  Hœcergo  sunt,  quœ  sequuntur,  quœ,  Deo  juvante, 
propriis  laboribus  et  expensis  et  diligentia  acquisivi  ecclesiœ  sanctœ 
Mariœ  Sanctique  Lamberti,  quœ  est  in  Leodio  et  in  quibus  digni- 
tatem  ipsius  sublimavi,  ampliavi  honorem,  potenliam  auxi  et  dila- 
tavi  :  castnm  de  Rolwde  et  allodium  et  honor  cum  omni  intregri- 


-  288  — 

latc  suà  tàm  in  ecclesiasticis  quàm  in  saecularibus  tam  in  familiis 
quàm  in  aliis  terris  scilicet  cultis  et  incultis, sylvis,  aquis,  aquar- 
rumque  dccursibus  et  in  reliquis  omnibus,  quocumque  modo  vel 
génère  ad  ipsum  pertinentibus,  vel  qirne  possunt  vel  qua?  debent 
pertinere  ;  et  simili  per  omnia  modo  et  pleniludine  acquisivi 
castrum  de  Belmont  et  allodia  de  Astenoit,  eodem  quoque  modo  et 
indifferenli  per  omnia  ratione  et  integritate  acquisivi  tria  allodia, 
quaB  apud  nos  sunt,  cujusdam  viri  nobilis  Cononis  nomine,  haec 
autem  allodia  sic  vocantar  Repe,  Tliiedenbecke,  Scanz,  et  Castellare 

quod  in nolissimum  esse  volumus  quod  haec  tria  allodia 

ad  mensam  nos  tram  et  episcoporum,  qui  post  me  futuri  sunl, 
devenient  post  obitum  prsedicti  Cononis  et  conjugis  suœ  Alberœ, 
castrum  quoque  de  Duraz  acquisivi  cum  omnibus  allinentiis, 
munitionibus  et  necessariis;  eodem  ac  simili  modo  acquisivi 
castra  et  munitiones  quorum  nomina  sequunlur  castrum  de 
Fontaines,  castrum  de  Borne,  castrum  de  Revonia,  castrum  de 
Esmeirville,  securitatem  quoque  castri  de  Walecurt  acquisivi; 
praedicta  autem  allodia  et  castra  quàm  necessaria  et  utilia  sunt 
non  solùm  civitali  nostrae,  verùm  etiam  universo  episcopalui  me- 
lius  apud  nos  experlum  est  et  amplius  scitur,  quàm  scripto  brevi 
possit  exponi;  actaet  paracta  sunt  haec  anno  Incarnalionis  Domi- 
niez M.  G.  LIIIl.  ïîujus  rei  testes  sunt  Alexander  praepositus 
majoris  ecclesiœ  arcb.;  Elberlus  arcb.;  Reinerus  arcb.;  Amalricus 
arch.;  Magister  Philippus  arcb..;  Rruno  arch.;  Hugbertus  decanus. 


1188. 

Clemens  ///,    confirmât  possessione.s  ecclesiœ  Cathedralis 
Leodiensis. 

Clemens  episcopus  servus  servorum  Dei,  dilectis  filiis  Alberto 
prseposito  et  capitulo  Leodiensis  ecclesia?  làm  praesentibus  quàm 
futuris  canonicesubstiluendis  in  perpetuum.  ^Equitalis  ratio  per- 
suadet  nos  ecclcsiis  perpetuam  rerum  suarum  firmitatem  et  vigoris 
inconcussi  munimenla  conferre;  non  enim  decet  clericos  in  sortem 
Domini  vocalos  perversis  malorum  hominum  molestiis  agilari  et 


—  289  — 

lemerariis  quorumlibet  vexalionibus  fatigari.  Similiter  et  prsedia 
usibus  secretorum  cœlestium  declicata  nullas  polenlum  angarias, 
nihil  debenl  exlraordinarium  suslinere.  Eapropter,  dilecti  in 
Domino  filii,  vestris  justis  postulalionibus  clementer  annuimus  et 
prœfatam  ecclesiam,  in  qua  divino  mancipati  estis  obsequio,  ad 
exemplar  felicis  recordationis  Innocentîi  prœdecessoris  nostri  snb 
beati  Pétri  et  nostrà  protectione  suscipimus  et  prœsentis  scripli 
privilegio  communimus,  slatuentes  ut,  quascumque  possessiones, 
qusecumque  bona  in  preesentiarum  juste  et  canonice  possidetis  aut 
in  futurum  concessione  pontificum,  largitione  regum  vel  princi- 
pum,  oblaiione  fidelium  seu  aliis  justis  modis  Deo  propitio  pote- 
ritis  adipisci  ,  fîrma  vobis  vestrisque  successoribus  et  iltibata 
permaneant,  in  quibus  hae  propriis  duximus  exprimenda  vocabu- 
lis  :  in  episcopatu  Leodiensi,  Oltonis  curtem,Landines,  Skendremale 
cum  appendiciis  suis,  décimant  quoque  de  Skendremale  quam  tem- 
pore  Alexandri  preepositi  ad  usus  et  dispositioneni  frafrum  œqui- 
sivit  ecclesia  cum  appendiciis  suis,  ecclesiam  similiter  de  Landines 
in  usus  et  disposilionem  fratrum  aquisitam  cum  appendiciis  ;  in 
episcopatu  Tullensi,  Maidieres  cum  appendiciis  suis,  cum  foro  et 
ponte;  in  episcopatu  Wormasiensi,  Bokelem  cum  appendiciis  suis. 
Libertatem  quoque  et  prœrogalivam  Leodiensis  ecclesiœ  de  obse- 
quio septem  ecclesia  rum  canonicarum  in  eadem  civitate  et  stalio- 
nibus  ad  malrem  ecclesiam  in  Nalali,  in  Purificatîone  Beatnc  Marias, 
in  Ramis  pal  m  arum,  in  Pasclïa,  in  Ascensione,  in  Penthecoste,  et 
aliis  solemnitatibus,  sicut  centum  annis  et  amplius  fecerunt  et 
hodiè  incunctanter  faciunt,  et  de  canonicis  non  nisi  libérée  con- 
ditionis  ibidem  inslituendis,  vel  de  libéra  ejusdem  ecclesiœ  familià 
sicut  hactenùs  justis  modis  observatum  est,  et  aucloritate  apostolicà 
confirmamus.  Decernimus  ergo  ut  nulli  omnino  hominum  liceat 
prœfatam  ecclesiam  temere  perturbare ,  aut  ejus  possessiones 
auferre  vel  ablata  retinere  minuere  seu  aliquibus  vexationibus 
fatigare  sed  omnia  integra^conserventur  eorum.  pro  quorum  gu- 
bernatione  et  sustentatione  concessa  sunt,  usibus  omnimodis 
profutura,  salva  Sedis  apostolicœ  auctoritate  et  cliœcesani  episcopi 
canon ica  justitià.  Si  qua  igilur  in  futurumecclesiastica  sœcularisve 
persona  banc  nostrse  eonstitulionis  paginam  sciens  contra 
eam  temere  venire  temptaverit,  secundo  tertiove  commonita,  nisi 
reatum  suumcondignasatisfactionecorrexerit,potestatishonorisque 
sui  careat  dignitate,  reamque  se  divino  judicio  exislere  de  perpe- 


—  290  - 

trata  iniquitale  cognoscat  et  a  sacralissimo  corpore  et  sanguine 
Dei  ac  Domini  redemptoris  nostri  Jesu-Christi  aliéna  fiât  alque  in 
oxlremo  examine  dislriclœ  subjaceat  ultioni.  Cunclis  aulem  eidem 
loco  sua  jura  servantibus  sit  pax  Domini  nostri  Jesu-Christi 
quatenùs  et  hic  truc  tu  m  bonœ  actionis  percipiant  et  apud  distric- 
tum  judicem  prœmia  œternœ  pacis  invenianl.  Amen. 

Ego  Clemens  cath.  eccles.  episcopus. 

Ego  Laborans  presbyt.  card.  S.  Mariae  tuscy  Calixti. 

Ego  Pand.  XII  apostolorum  presb.  card. 

Ego  Albs.  s.  crucis  in  Jérusalem  presb.  card. 

Ego  Bob.  s.  Anastasiœ  presb.  card. 

Ego  Petrus  presb.  card.  s.  Laurenlii  in  Damaso. 

Ego  Jacobus  diac.  card.  s.  Mariœ  in  Cosmydin. 

Ego  Gratianus  s.  Adriani  diac.  card. 

Ego  Octavianus  s.  Sergii  el  Bachi  diac.  card. 

Ego  Sofi'redus  s.  Mariœ  in  via  lala  diac.  card. 

Ego  Johannes  Félix  diac.  card.  s.  Euslachii  juxla  templum 
Agrippe. 

Ego  Bernardus  s.  Mariœ  novœ  diac.  card. 

Ego  Gregorius  s.  Mariœ  in  Aquiro  diac.  card. 

Datum  Laterane  per  manum  Moisi  s.  Rom.  ecclesiœ  Subdia- 
coni  vicem  agentis  Cancellarii  XVIII  cal.  maii  indiclione  VII  In- 
car.  Domin.  Anno  M.  C.  LXXXYIII  ponlif.  vero  Dni  Clem.  III 
anno  secundo. 


DE  QUELQUES  ANCIENS  NOMS  DE  LIEUX, 

RÉPONSE  A  MONSIEUR  Ch.  GRANDGAGNAGE. 


Les  oeuvres  légères  volent  en  tous  lieux  et  trouvent  de  nombreux 
lecteurs  ;  les  œuvres  sérieuses,  les  recherches  archéologiques  sont 
consignées  dans  des  recueils  académiques  ,  dans  de  majestueux 
in-folio  qui  sont  les  pierres  angulaires  des  bibliothèques,  auxquelles 
par  conséquent  on  se  garde  bien  de  toucher,  et  \eprofanum  vulgus 
les  ignore  complètement.  C'est  ce  qui  explique  notre  long  silence 
sur  le  mémoire  de  M.  Ch.  Grandgagnage  sur  les  anciens  noms  de 
lieux  inséré  en  185o  dans  les  mémoires  de  l'académie  royale  et 
dont  nous  ne  devons  la  connaissance  ,  dans  ces  derniers  temps  , 
qu'à  l'aimable  obligeance  de  son  savant  auteur  ('). 

Nous  ne  partagerons  pas  toujours  les  opinions  de  Mr.  G...,  mais 
nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  reconnaître  que  ce  travail  est 
le  fruit  de  longues  et  sérieuses  recherches  et  de  connaissances  ap- 
profondies de  paléographie. 

Nous  ne  suivrons  pas  cet  auteur  sur  le  terrain  linguistique,  nous 
fuyons  ces  luttes  nuageuses  et  nous  n'avons  plus  ces  doux  loisirs 
qui  nous  faisaient  rechercher  les  charmes  de  ces  joutes  littéraires  ; 
nous  nous  bornerons  à  la  réfutation  historico-topographique  du 
mémoire  et  cela  vaudra  peut-être  autant,  car  rien  n'est  bref,  rien 
n'est  certain,  rien  n'est  brutal  comme  un  chiffre,  un  fait,  une  po- 
sition de  lieu. 

Pour  mettre  un  peu  d'ordre  dans  ce  cahos  du  moyen-âge,  nous 
diviserons  notre  article  en  deux  parties  :  l'examen  du  diplôme  de 
fondation  de  l'abbaye  de  Malmedy,  et  une  revue  par  ordre  alphabé- 

(•)  Mémoire  sur  les  anciens  noms  de  lieux,  par  Ch.  Grandgagnage 
Tome  XXVI  des  mémoires  de  l'Académie  royale. 

29 


—  292  — 

tique  de  tous  les  noms  de  l'ancien  pays  de  Stavelot,  que  l'ingénieux 
scalpel  de  M.  G.  a  disséqués. 

§  I.  Examen  du  diplôme  de  l'an  C66. 

Donnons  la  version  de  l'auteur  : 

Nous  lisons  à  la  page  14  du  mémoire  : 

«  (66G).  La  pièce  qui  va  suivre  est  la  plus  importantedu  cartulaire; 
c'est  le  prœceptum  du  roi  Childéric,  dans  lequel  il  fixe  les  limites 
du  territoire  accordé  aux  abbayes.  Les  variantes  insérées  entre 
parenthèses  ,  sont  celles  des  diplômes  eonfirmatifs  délivrés  par 
Louis-le-Pieux  (col.  23  sq.,  an.  814)  et  Olhon  Ier  (col.  43  sq.,  an. 
9b0).  » 

Ea  tamen  conditione  sic  petierunt  ipsi  servi  Dei,  ut  versus  curtes 
nostras  ,  id  esl  Amblavam  ,  Charancho,  Lethernacho,  de,  ipsis  men- 
suris  XîImiUibus  dexlrorsum  saltibus  sex  millia  sub  trahere  debe- 
remus  ,  pro  stabilitate  operis  ,  quod  admodum  per  nostram  ordina- 
tionem  sic  factum  est.  Unde  jussimus  pro  hac  re  domno  et  patri 
noslro  Theodardo  episcopo  vel  illttstri  viro  Hodoni  domestico  ,  cum 
forestariis  nostris  et  œternalc  cum  paribus  suis  ipsa  loca  mensurare 
et  designare  per  loca  denominata  ,  quorum  vocabula  sunt  :  de  mo- 
nasterio  Malmundario  usque  Sicco-campo  (dipl.  L.  Siccum-campum). 
de  Sicco-campo  per  viam  Munsueriscam  (dipl  L.  Ansuariscam,  dipl. 
Ot.  Mansuvariscam)  utque  ubiWarchirina  (dipl.L.  Warginna, dipl^ 
Ot.  Warchina)  transversal,  de  ipsa  Warchinna  (dipl.  L.  Waryinna, 
dipl.  Ot.  Warchina) ,  usque  ubi  Stag7iebaclnts  (dipl.  L.  Steimbach, 
diple  Ot.  Stembach)  consvrr/it,  deinde  peripsum  Slagnebachum  (les 
deux  diplômes  ,  comme  ci-dessus)  usque  in  Amblavam,  deinde  per 
Amblavam  versus  aquam  per  illam  forestem  de  Vulfeberto  (cod. 
Malm.  Vulfebergo ,  dipl.  L.  et  Ot.  Vulfberg)  usque  Rarobacco  (dipl. 
L.  et  Ot.  Saurbach),  ubi  ipse  consurgit,  deinde  Diddiloni-rivus  con- 
surgit  (dipl.  L.  deinde  ubi  rivulus  Dedilones  consurgit:  dans  le  dipl. 
d'Ot.  le  nom  du  ruisseau  est  Didolones),  deinde  per  ipsum  rivum 
usque  in  Restant  (dipl.  Ot.  Retham)  et  de  Resta  (dipl.  Ot.  Retha)  per 
illam  forestem  quae  séparât  H elmini  (cod.  Malm.  llelmin,  dipl.  Ot. 
Chelmino) ,  Rovoritum  (cod.  Malm.  Roboretum,  dipl.  L.  Roboritum) 
et  Audusle-villare  (sic  dipl.  Ot.  ;  dipl.  L.  Andastvillare),  per  ipsam 
mediam  forestem  usque  J ocunda-fania  (dipl.  l^Joconda-fania),  de 
Jocunda-fania  per  illam  Alscnam  quae  propinqua  est  Monasterio  , 


-  293  — 

deinde  per  illam  Alsenam  usque  ubi  in  Glanem  (dipl.  L.  et  OL  in 
Glanum  rivulum)  ingredilur,  deinde  transversa  Glane  (dipl.  L.  et 
Ot.  ultra  Glanum) ,  usque  ad  Albam- font an am  (dipl.  L.  Album- 
fontem,  dipl.  01.  fontem  Albam),  de  ipsa  Alba-foniana  (dipl.  L.  de 
Albo-fonie ,  dipl.  0t.  de  Alba-fonté)  «  in  Alblavam  summa  Siggino 
Aviaco  ubi  Garelaicus  vennam  habuit  »  (dipl .  L.  usque  ad  Amblavam 
juxla  locum  quem  dicunt  Sicgiinno  Aviaco ,  ubi  G erlacus  vennam 
habuit;  dipl.  0t.  usque  ad  Amblavam  juxta  locum  Sitgino  Aniao, 
ubi  Gerelacus  vennam  habuit).  Inde  per  ipsam  Amblavam  ubi  Dul- 
nosus  in  ipsa  ingrcditur ,  deinde  per  Dulnosum  usque  in  Fanias 
(dipl.  01.  Sanias),  deinde  per  mediam  forestem  de  ipsas  Fanias 
(dipl.  0t.  Saniis)  usque  viam  Transveriscam  (cod.  Malm.  Mansue- 
rïscam,  dipl.  L.  Mansuariscam,  dipl.  0t.  Mansuvarisaim),  deinde 
per  ipsam  viam  usque  Sicco-campo  (dipl.  L.  Siecumcampum). 

Le  Dulnosus  est  encore  mentionné  dans  le  passage  suivant  (col. 
25,  an.  827),  qui  achève  de  déterminer  sa  position  :  Dicens  quan- 
dam  contenlionem  inter  se  et  Albricum  actorem  fisci  nostri,  qui 
Tectis  nuncupatur,  exortam  esse,  de  quadam  scilicet  silva  quae  in 
loco  nuncupnnte  Astaetum,  inter  duos  rivulos  Tailernion  et  Dul- 
nosum esse  vidctur. 

Lors  de  la  publication  de  son  mémoire,  M.  G...  n'avait  pas  con- 
naissance de  la  célèbre  dissertation  de  Roderique  (')  ;  delà  pro- 
viennent plusieurs  erreurs  qu'il  a  rectifiées  dans  son  dictionnaire. 
Roderique  a  soumis  ce  diplôme  à  une  critique  sérieuse,  il  a  par- 
couru tous  ces  lieux  avec  un  géomètre  ,  et  il  a  dressé  la  carte  de 
cette  première  fondation.  Son  autorité  est  ici  d'autant  plus  considé- 
rable que  Roderique,  comme  historien,  comme  publiciste,  comme 
littérateur,  était  une  des  capacités  de  l'époque.  Commençons: 

M.  G...,  traduit  comme  nous  Amblava,  par  Amel  ou  Ambleveet 
Lethernaco,  par  Lierneux,  mais  il  veut  que  Gharancho  soit  Cherain 
et  nous  exposerons  plus  bas  les  motifs  qui  doivent  faire  rejeter 
cette  traduction. 

Siccus  campus,  dit-il,  est  peut-être  Champagne  ;  Roderique  le 
traduit  par  Croix-le-Prieur,  et  nous  avons  suivi  cetteversion  parce 
que  cet  endroit  porte  encore  de  nos  jours  sur  les  cartes  cadastrales 
et  dans  les  transactions  ,  le  nom  de  fonds  de  Sdchamps  qui  s'ex- 

(')  Ignatii  Roderique  disceptationesde  abbatibus,  origine,  et  conslilu- 
tione  abbatiarum  Malmundariensis  et  Stabulcnsis. 


—  294  — 

plique  en  effet  par  la  hauteur  et  la  sécheresse  de  celle  région  qui 
forme  la  limite  des  royaumes  belge  et  prussien. 

Quant  à  la  voie  Mansuerisca,  ce  nom  reste  indéchiffrable  ;  nous 
lui  donnerions  volontiers  le  nom  de  Transveriscam  (transversam) 
parla  raison  qu'il  existe  encore  des  vestiges  d'une  ancienne  route 
qui  traversait  les  fanges  dans  cette  direction. 

Warchinna  est  bien  la  Warchenne,  \eStagnebachus  est  Steinbach 
et  non  pas  Stembach  ,  altéré  par  des  fautes  d'impression  ;  ainsi 
tombent  les  suppositions  de  stemmen  et  de  rivus  stagnans  et  se 
confirme  l'opinion  de  M.  Fôrslemann  qui  regarde  Stagn  comme  la 
forme  primitive  de  Stein.  Tous  les  documents  officiels  portent 
Steinbach.  Ce  ruisseau  a  du  reste  un  cours  limpide. 

Wulfberg  est  le  Wolfsburg  ; 

Rarobacum  Samrbach  est  le  ruisseau  de  la  Borne  qui  s'appelait 
Rôhrbach.  Resta  est  la  Recht. 

Helmini  roboretum,  le  chêne  ou  le  bois  d'IIelmen,  est  aujourd'hui 
Houveignez  que  Roderique,  en  veine  d'étymologie,  fait  dériver  de 
Helm  casque,  d'où  le  mot  français  Heaulme,  ensuite  Heaume,  et  de 
eigne  Eiche  chêne.  Le  chêne  de  Helm,  nom  d'homme.  C'est  ingé- 
nieux, mais  voilà  tout.  Du  reste  l'endroit  désigné  est  actuellement 
Houveignez. 

Andaste  Y  illare  est  la  ferme  de  Ma  fats.  Roderique  renonce  à 
son  étymologie. 

Jocunda  Fanîaque  «  M.  de  Noue,  dit  M.  G...,  traduit  par  Joyeuse 
fagne  est-ce  un  nom  ou  bien  une  traduction.?  «Roderique  lui  a  déjà 
répondu  que  c'était  un  nom  conservé  jusque  dans  ces  derniers 
temps. 

Alsena  est  l'Enâle  que  l'on  nomme  aussi  Moulsoye. 

Glanis  est  l'Albe,  du  ludesque  Glanz,  qu'on  appelle  aussi  Glain 
et  qui  prend  à  son  embouchure  le  nom  d'Eau  de  Salm.Ace  sujet, 
Roderique  nous  dit  encore  :  Nâle  rivus  in  fluvium  devolvitur,  cui 
hodie  YAlbe  vel  Albo  fluvio  nomen  est,  hic  vero  idem  est  atque 
Glanis  vel  Glans  in  Childerici  diplomate  quod  ex  étymologiâ  primo 
didici.  Nam  quemadmodum  blanc  quod  Gallis  album  significat,  à 
germanicâ  voce  blincken  latine  lucere  vel  splendere ,  derivatur, 
quod  pleraque,  quae  splendent,  fere  alba  sint,  ila  Glans  lucens  vel 
splcndor  a  voce  glàntzen,  quœ  germanicae  ilem  est  originis  ,  deri- 
vata  album  significabit,  atque  proinde  perinde  erit  an  fluvium  al- 
bum an  vero  Glanent  fluvium  dicam.  Hœc,  inquam,  significationum 


—  393  - 

analogia  in  tribus  bis  vocibus,  Glans,  blanc  elalbus  me  primo  docuit 
fluvium  Glanera,  eundem  esse  atque  eum  fluvium  qui  hoclie 
YAlbe  audit. 

Alba  fontana  est  Àlbefontaine,  Blanche-fontaine  et  non  Arbre- 
fontaine. 

Dans  le  diplôme  de  1105  (mémoire  pag.  431),  Alba  fontana 
pourrait  être  Arbrefontaine.  Mais  il  suffit  de  jeter  un  coup  d'œil 
sur  une  carte  quelconque  pour  être  convaincu  de  l'erreur  de  M.  G. 
qui,  du  reste,  avoue  lui-même  que  ce  village  est  situé  un  peu  plus 
au  sud  qu'on  ne  s'y  attendrait. 

Siggino  aviaco  est  La  venue. 

Le  Dulnosus  n'est  pas  précisément  le  Roannai,  mais  un  tout 
petit  ruisseau  sans  nom  qui  a  la  même  embouchure  dans  l'Amblève 
que  le  Roannai,  de  sorte  qu'on  peut  lui  maintenir  ce  nom,  ce  que 
fait  aussi  Roderique. 

Tectis  est  le  bourg  de  Theux. 

Astanetum  est  ici  Astenet  ou  Staneux. 

Nous  ne  différons  donc  avec  M.  G.  que  sur  les  noms  (VAlba 
fontana,  Charanco,  Siccus  campus,  Helminiroboretum. 

Mais  M.  G.  continue  : 

«  Le  lecteur  aura  remarqué  combien  l'élément  latin  prédomine 
dans  le  tracé  de  cette  circonférence,  qui  comprend  une  partie  du 
pays  allemand  limitrophe.  Pour  le  rendre  plus  évident,  nous  allons 
répéter  tous  les  noms  ,  en  mettant  en  italiques  ceux  d'entre  eux 
qui  paraissent  appartenir  à  celte  langue  en  totalité  ou  en  partie  : 
M&\mundarium,Siccus-campus,  Mansuarisca,  War'cina,  Stagnans- 
rivus  ,  Amblava,  Vulfenberg,  Rarobaccus  (peut-être  altération  et 
demi-traduction  de  Rarus-rivus,  comme  Stagnebachus  paraît  l'être 
de  Stagnams-rivus),  Diddiloni-n'm,  Resta,  Helmini  ,  Roboretum , 
Au  das  te- Vï//are  ,  Jocunda-hnia. ,  Alsena  ,  Glanis  ,  Alba-fontana  , 
Siggino-aviaco  ,  Dulnosî/s.  Sur  34  radicaux  ou  suffixes  ,  15  ou  17 
appartiennent  donc  au  latin  (latin  vulgaire,  ou  celto-latin).  Dans 
l'autre  moitié,  nous  ne  pouvons  désigner  avec  vraisemblance  comme 
allemands  que*  Amblam,  Vuifeberg,  Rarobac  (?),  Resta,  Jocunda- 
fania,  donc  5  ou  7.  Les  12  vocables  restants,  nous  paraissent  les 
uns  obscurs,  les  autres  sujets  à  discussion.  » 

Nous  sommes  ici  d'une  opinion  diamétralement  opposée  et  nous 
en  appelons  au  jugement  de  nos  pairs,  les  membres  de  l'Institut. 

Nous  trouvons  que  les  mots  suivants  sonttudesquesou  celtiques, 


296 


mais,  clans  tous  les  cas,  qu'ils  ne  sont  pas  d'origine  latine.  (On  com- 
prend que  nous  laissons  de  côté  les  désinences,  ajoulées  par  le 
rédacteur  du  diplôme  pour  latiuiser  ces  noms  étrangers,  en  ne 
nous  attachant  qu'aux  radicaux  qui  doivent  seuls  décider  la  ques- 
tion) :  Amblavam,  Cliaranco,Lelhernaco,Malmundarium,"Warchina 
(et  ici  même  le  suffixe  Warice  W-.irïchen,  petite  Warche,  par  la 
raison  qu'en  allemand  le  diminutif  se  forme  en  ajoutant  à  un 
substantif  quelconque  la  terminaison  chen).  Stagnebaeho,  Wulf- 
berg,  Barobacho  ou  Saurbach,  Uesta,  Helmini,  Andaste,  Fania, 
Alsenam,  Glanem,  Siggino,  Aviaco,  Oulnosus;  bref  tous  les  noms 
mentionnés  au  diplôme  sauf  Alba  fontana  et  Siccus  campus  sont 
étrangers  à  la  langue  latine  et  nous  verrons  plus  bas  l'explication 
de  ces  deux  radicaux  latins  et  des  quatre  noms  communs  rivus, 
roboretum,  villare  eljoconda. 

Rien  n'est  plus  dangereux  dans  les  travaux  historiques  que  de 
procéder  avec  un  système  préconçu  qui  égare  les  esprits  les  plus 
judicieux,  mais  cette  préoccupation  est  surtout  dangereuse  dans 
les  assauts  étymologiques.  C'est  ainsi,  que  pour  tout  faire  plier 
dans  ses  recherches  à  ses  travaux  sur  l'origine  des  wallons,  M.  G. 
malgré  son  incontestable  érudition,  latinise  des  mots  allemands 
qui  n'ont  de  latin  qu'une  désinence  apposée  par  le  rédacteur  du 
diplôme. 
Dominé  par  cette  tyrannique  idée  ,  M.  Grangagnage  poursuit  : 
«  On  peut  donc  dire  que  l'élément  latin  prédominait  dans  le  ter- 
ritoire de  Malmédy  en  l'an  666.  Or,  le  monastère  ayant  été  fondé 
seulement  dix-huit  ans  plus  tôt ,  on  voit  que  l'introduction  de  cet 
idiome  ne  peut  être  attribuée  à  l'influence  des  moines  ,  comme  le 
pensent  certains  auteurs,  et  qu'elle  doit  dater  de  l'époque  romaine. 
Mais  l'existence  de  la  langue  latine,  à  celte  époque,  suppose  l'exis- 
tence d'une  population  romaine  ou  romanisée.  Dès  lors  ,  c'est  au 
culte  de  cette  race  qu'il  faut  rapporter  les  monuments  religieux 
trouvés  parSaint-Remacle,  lorsqu'il  vint  à  Malmédy  :  Repperit  ibi 
inditia,  loca  illa  idolatriœ  quondam  mancipata,  lapides  Dianœ  et 
portentuosis  nominibus  efjigiatos ,  fontes  kominum  *quidem  usibvs 
aptos  ,  sed  gmtilium  errore  pollulos  (Hérigère  ,  I.  Sup.  I.).  Celte 
indication  corrobore  en  même  temps  la  précédente,  et  prouve  que 
ces  lieux  vastee  solitudinis,  comme  s'exprime  le  diplôme  de  Sigebert 
(col.  6.  circo  an.  651),  ne  laissaient  pas  que  d'être  colonisés  en 
partie.  » 


—  297  — 

Oserions-nous  nous  permettre  de  constater  qu'il  y  a  là  autant 
d'erreurs  que  de  phrases? 

On  ne  peut  d'abord  conclure  des  noms  du  diplôme  que  l'élément 
latin  prédominait  dans  ces  lieux,  car  il  paraît  évident,  pour  tout 
littérateur  sans  idée  préconçue,  que  partout  où  l'auteur  du  diplôme 
rencontre  sur  son  passage  un  nom  existant,  ce  nom  est  d'origine 
ludesque  ou  celtique  et  que  ce  n'est  que  dans  les  lieux  seulement 
où  sa  ligne  de  circonvallalion  ne  heurte  pas  de  nom  déjà  connu 
qu'il  est  obligé  d'en  forger  un,  de  baptiser  le  terrain  ;  c'est  ce  qui 
a  lieu  pour  Alba  fontana  et  Siccus  campus.  Quant  aux  noms 
communs  rivus,  roboretum,  villare  etjoconda,  ce  ne  sont  que  trois 
substantifs  communs  et  un  adjectif  que  nous  lirions  en  grec,  si  le 
diplomatiste  se  fût  servi  de  celte  langue  au  lieu  de  la  langue  latine. 
Quant  aux  désinences,  il  fallait  bien,  dans  l'usage  de  ces  temps, 
donner  à  ces  noms  une  finale  latine  :  cela  nous  paraît  hors  de  dis- 
cussion. 

Cependant,  objectera  notre  savant  pr.léographe,  nous  avouons 
que  les  noms  primitifs  étaient  germains,  mais  ils  ont  été  latinisés 
par  une  population  romane  intermédiaire.  Cela  serait  vrai  si  ces 
noms  avaient  des  formes  latines,  mais  nous  ne  trouvons  qu'un 
seul  nom  avec  un  suffixe  vraiment  latin,  c'est  aviaco  ;  dans  les 
autres  noms  nous  ne  voyons  que  des  désinences  latines  apposées 
là  pour  la  première  fois  à  des  radicaux  qui  sont  d'origine  germaine, 
celtique  ou  cymrique,  selon  le  système  que  l'on  adopte  par  rapport 
à  la  prédominence  générale  de  l'un  de  ces  deux  derniers  dialectes. 
Qu'on  lise  les  commentaires  de  César  et  les  auteurs  latins  et  l'on 
trouvera  que  les  noms  de  lieux  sont  tout  autrement  transformés 
et  refondus  dans  le  creuset  romain. 

Nous  ne  voulons  pas  entamer  avec  notre  trop  éruditcontradicteur 
la  querelle  de  l'origine  des  wallons  qu'il  a  si  bien  traitée,  nous  le 
proclamons  notre  maître  dans  celle  matière.  Nous  dirons  seulement 
qu'après  avoir  comparé  tous  les  passages  de  César,  Tacite,  Strabon 
et  St-Jérôme  cites,  commentés  et  pressurés  dans  les  savantes  dis- 
sertations des  Raoux,  Desroches,  Schayes,  Dieffenbach,  Ernst, 
Roulez,  Grandgagnage,  nous  sommes  arrivé  à  la  triste  conclusion 
que  celte  question  ressemble  à  s'y  méprendre  à  celle  de  la  qua- 
drature du  cercle. 

Cependant  nous  sommes  l'un  et  peut-être  le  premier  de  ces 
certains  auteurs  qui  attribuent,  dans  certaines  régions,  l'introduc- 


—  298  — 

lion  du  wallon  à  l'influence  des  monastères  et  qui  essaient  d'ex- 
pliquer ainsi  la  question,  sans  cela  insoluble,  de  la  démarcation 
des  rayons  où  l'on  parle  et  où  s'arrête  subilement  la  langue  wal- 
lonne. 

Notre  raisonnement  est  simple.  Lorsque  les  moines  venaient 
s'établir  dans  un  pays  habité,  tel  que  Trêves,  Cologne,  Aix-la- 
Chapelle  ou  leurs  environs,  il  est  tout  clair  que  leur  installation, 
au  milieu  d'une  population  formée  et  qui  avait  son  langage  propre 
n'exerçai  aucune  influence,  mais  il  est,  d'un  autre  côté,  très-pro- 
bable que,  lorsque  ces  moines,  qui  parlaient  latin,  venaient  planter 
la  croix  in  loco  vastœ  solitudinis  comme  à  Malmedy,  que  la  popu- 
lation, qui,  au  fur  et  à  mesure  des  défrichements  et  successivement, 
venait  s'établir  et  rayonner  autour  du  monastère,  il  est  très-pro- 
bable que  les  premiers  habitants,  qui  n'étaient  que  des  servie), des 
employés,  des  vassaux  du  monastère  ne  dussent  se  servir  de  la 
même  langue  latine  en  la  corrompant,  surtout  lorsque  dans  les 
régions  voisines  cette  langue  était  la  langue  vulgaire  ;  ainsi  s'ex- 
pliquent alors  naturellement  les  enclaves  de  la  langue  wallonne  dans 
les  pays  allemands.  Mais  précisons  le  fait  en  raisonnant  d'une 
manière  concrète. 

Dans  le  Gau  de  Franchimont  on  parlait  latin  ou  roman;  dans 
les  vastes  solitudes  du  Gau  des  Ardennes,  et  plus  particulière- 
ment à  Malmedy ,  ainsi  que  le  dit  lui-même  M.  G.,  l'antique  langue 
du  pays  était  germanique  et  elle  l'est  encore  aux  frontières  mêmes 
de  l'ancien  pays  de  Stavelot.  St-Remacle  descend  en  ces  lieux  soli- 
taires où  les  noms  connus  par  les  foreslariis  étaient  allemands;  il 
y  fonde  sa  colonie  qui  devient  Principauté,  il  s'arrondit  dans  le 
pays  allemand  et  sans  aucune  démarcation  naturelle  de  rivières,  ni 
de  montagnes,  là  où  s'arrête  la  frontière  du  pays  de  Stavelot,  là 
s'arrête  le  wallon,  et  là  commence  immédiatement  l'allemand.  En 
effet,  les  villages  se  forment  successivement  à  l'ombre  du  monas- 
tère, par  des  habitants  dépendant  d'eux  la  plupart,  souvent  même 
appelés  par  les  moines  ;  ces  habitants  adoptent  la  langue  du  monas- 
tère et  implantent,  sur  le  sol  allemand  jusque  là ,  la  langue  romane. 
Cette  implantation  exclusive  et  sans  mélange  s'explique  tout  nalu- 

(  '  )  En  effet  le  diplôme  même  défend  à  toutes  personnes  autres  que 
les  moines  de  bâtir  dans  le  circuit  de  la  forêt.  Nisi  tantummodo  illi  servi 
Dei  qui  hœc  tuguriola  oinni  tempore  ,  nostro  concessu  ,  ex  colère  videtur. 


—  299  — 

Tellement  par  ce  seul  fait  historique,  qu'aux  premiers  siècles  du 
moyen-âge,  c'est-à-dire,  à  l'époque  de  la  transformation  des 
langues,  il  était  défendu  aUx  colons  d'épouser  des  femmes  ex 
extraneà  familià  (O  sans  le  consentement  du  seigneur  qui  ne  l'ac- 
cordait jamais  qu'en  imposant  une  redevance  au  nouvel  hostis. 

D'un  autre  côté ,  il  serait  vraiment  surprenant  que  ces  puissants 
monastères,  aux  droits  régaliens,  s'établissent  dans  des  contrées 
désertes,  et  n'exercent  aucune  espèce  d'influence  sur  le  langage  des 
lieux  soumis  à  leur  crosse  abbatiale,  à  leur  autorité  immédiate, 
surtout  dans  les  premiers  temps  des  défrichements  où  les  moines 
se  mêlaient  aux  travailleurs.  Mais  il  faudrait  encore  aller  plus  loin 
dans  le  cas  présent,  il  faudrait  prétendre  que  les  rois  fondateurs 
auraient  restreint  la  première  donation,  en  lui  donnant  pour  limites 
le  pays  latin  ou  romanisé  jusqu'à  la  frontière  tudesque;  pourquoi 
préciser  alors  ces  limites?  Un  seul  mot  suffisait  pour  les  fixer 
Cette  supposition  s'écroule  du  reste  sous  les  termes  mêmes  du 
diplôme,  car  les  premières  limites  assignées  s'étendaient  jusque 
dans  les  environs  d'Ainel;  or,  ce  pays  était  aussi  tudesque  et  il 
l'est  resté  jusqu'à  nos  jours.  Il  y  a  plus  :  le  village  de  Rechl  était 
aussi  nécessairement  compris  dans  la  première  donation,  il  en  a 
été  retranché  dans  la  seconde  et  Recht  est  resté  allemand,  tandis 
que  dans  les  villages  de  Pont  et  Ligneuville,  appartenant  à  la  Prin- 
cipauté de  Stavelot ,  et  qui  cependant  sont  en  partie  situés  de  l'autre 
côté  de  l'Amblève,  et  qui,  sans  aucunes  limifes  naturelles,  sont 
contigus  à  Recht,  on  a  toujours  parlé  et  on  parle  encore  le  wallon. 
Que  l'on  nous  explique  donc,  d'une  autre  manière  cette  anomalie? 
Cette  marée  montante  qui  s'avance  sans  motifs  dans  les  terres  et 
s'arrête  subitement  sans  autres  limites  que  la  ligne  confine  tracée 

(  '  )  Quand  ils  se  muèrent,  ou  quand  ils  se  marient  en  franques  femmes, 
quanques  ils  ont  [tout  ce  qu'ils  possèdent)  esquiet  à  lor  seigneurs,  muebles 
et  héritages  ;  car  cil  qui  se  formarient,  il  convient  qu'il  finent  à  le  volenté 
de  lorsigneurs  (Beaumanoirenl283,  chap.  XLV,  §31).  Ce  droit  existait  au 
pays  de  Stavelot  (Epistola  403  Wibaldi  apud  Martene  Amplissima  collectio 
Tom.  II,pag.  370,  Nullus  uxorem  ducat  de  aliéna  familià  nisi  per  licentiam 
censuarii,  etc.,  etc.  C'est  le  droit  seigneurial  connu  sous  le  nom  de  Forma- 
riage  Forismaritagium).  Ducange  à  ce  mot  et  verbo  Lex.  Wibald  ajoute 
plus  bas  :  hanc  fuisse  parenlum  et  progenitorum  suorum  legem,  et  ad  ec- 
clesiam  respectum. 

30 


—  300  — 

arbitrairement  dans  les  diplômes?  Que  l'on  nous  explique  comment 
il  en  est  de  même  sur  toute  la  frontière  allemande  de  l'ancien  pays 
de  Stavelot?  Pour  nous,  dans  les  discussions,  nous  aimons  à  nous 
rattacher  à  des  faits  patents,  constants,  surtout  lorsqu'ils  sont  la 
seule  explication  possible  d'une  question. 

Mais,  dira-t-on,  cette  statue  de  Diane  que  rencontre  St-Remacle 
est  la  preuve  de  l'existence  d'une  population  romane.  En  admet- 
tant que  ce  fait,  consigné  dans  la  vie  de  St-Remacle,  ne  soit  pas 
une  amplification  du  légendaire,  nous  y  avons  déjà  répondu  ('). 

«  Les  Germains  ne  connaissaient  ni  les  Druides  ni  les  sacrifices 
sanglants  des  Gaulois.  Ils  se  prosternaient  aux  pieds  de  la  nature, 
et  offraient  leurs  adorations  au  Soleil,  à  la  Lune  et  au  Feu  dont  ils 
ressentaient  la  bienfaisante  influence.  Après  l'invasion  romaine,  la 
Lune  devint  la  Diane  païenne,  et  le  Panthéon  éleva  des  autels  à  la 
Diane  de  l'Ardenne  C2).  On  vit  aussi  ses  statues  à  Arlon,  à  Dînant, 
à  Trêves,  et  S'-Remacle  la  jeta  à  terre  à  Malmédy.  » 

Nous  ajoutons  :  (3j 

«  Il  est  vrai  que  le  système  municipal,  c'est-à-dire  celte  agglomé- 
ration des  populations  sur  un  point ,  dans  les  villes  ,  procura  aux 
Ardennes  ces  admirables  routes  qui  la  sillonnèrent  en  tous  sens  et 
dont  le  principal  but  était  d'unir  entre  elles  Tongres  ,  Cologne  , 
Trêves  et  Ivoix  :  elles  servirent  aussi  à  faciliter  la  chasse  des  bri- 
gands (').  Les  camps  et  les  châteaux-forts  dont  on  découvre  encore 
ça  et  là  des  ruines,  furent  élevés  par  Drusus,  et  trois  siècles  plus 
tard  par  Valenlinien  ,  pour  arrêter  celte  gigantesque  invasion  des 
peuples  germains  ,  dont  l'àme  ,  dit  l'historien  Joseph  ,  était  plus 
grande  encore  que  la  haute  stature  {5).  Les  digues,  les  aqueducs, 
les  canaux  ,  furent  entrepris  par  les  généraux  ,  pour  occuper  les 
armées  romaines  campées  sur  les  bords  du  Rhin  ,  et  maintenir 
l'ordre  et  l'habitude  des  fatigues.  Mais  nous  cherchons  vainement 
des  défrichements;  l'Ardenne  ne  sortira  de  sa  léthargie  que  lorsque 
des  principes  plus  vivifiants  auront  civilisé  ses  mâles  habitants. 

[1)  Etudes  historiques,  page  5. 

(2)  Caesar,  cornai.  VI. 

fs)  Etudes  historiques,  pages  16  cl  17. 
(*)  Strab.  Georg.  IV. 

(»)  Jos.  de  hist.  Jud.  H.  10.  —  Renastein,  dans  le  pays  de  Stavelot, 
est,  selon  quelques  auteurs,  une  de  ces  ruines. 


—  30!  — 

Nous  n'apercevons  dans  sa  vaste  enceinle  qu'une  Curie ,  qui  nous 
parait  plus  que  suspecte  (  t  )  ;  l'Ardenne  devra  donc  ses  villes ,  ses 
bourgades  et  ses  villages  à  la  bienfaisante  influence  de  la  religion  , 
et  bientôt  on  les  verra  s'élever  à  l'ombre  protectrice  de  quelques 
puissants  monastères.  » 

«  Les  Romains  ne  furent  du  reste  jamais  les  vrais  possesseurs  de 
l'Ardenne.  Le  flot  des  Barbares  qui  se  pressait  au  Rhin  monlait 
souvent  au-dessus  de  cette  digue,  et  venait  déborder  sur  ces  déserts, 
où  il  laissait  toujours  dans  son  reflux  de  nobles  débris.  » 

Avant  de  passer  à  la  seconde  partie  de  notre  travail  et  à  celte 
longue  nomenclature  de  noms  anciens,  il  est  nécessaire  de  rectifier, 
pour  la  seconde  fois  la  liste  des  biens  du  monastère  dressé  par 
Wilbald  et  insérée  dans  les  œuvres  de  Le  Mire.  Ce  dernier  avait 
copié  cette  liste  sur  des  manuscrits,  M.  Gachard  l'a  rectifiée  sur 
un  manuscrit  de  Dusseldorf  (2);  nous  allons  la  redresser  d'après 
une  version  plus  exacte  encore. 

En  effet,  la  plaque  de  vermeil  sur  laquelle  figurait  cette  liste  a 
été  conservée  à  Slavelot  jusqu'aux  jours  de  la  grande  révolution 
française,  et  Gérard  de  Potestat  ce  Prieur  qui  figure  sur  nos  listes 
avec  l'honorable  surnom  de  Claustri  consiliique  clecus,  et  qui  rem- 
plit ces  fonctions  de  1727  à  1742,  a  recueilli  dans  son  manus- 
crit (3)  et  a  pris  copie  sur  la  plaque  même  des  noms  qu'elle 
contenait.  Voici  ce  qu'il  dit  : 

In  tabula  argenteà  supra  feretrum  B.  Baboloni  in  supremo 
angelorum  choro  ibidemsculpto  habemus  hsec  verba  : 

«  Hoc  opus  fecit  abbas  Wibaldus,  in  quo  sunt  argenti  meri  L.  X. 
marcœ  in  deaurata  sunt  auri  meri  iiii  marcœ ,  etc. 

Copia  nominum ,  oppîdorum  et  villagiorum  ibidem  descrip- 
torum. 


(')  Vicus  annexus  ,  Amburletum,  ubi  in  Eccleiiœ  turri,  Saxum  litteris 
Romanis  incisum  :  Curiae  Arduennœ.  Brov.  ann.  Trev.  I. 

(2)  Notice  historique  des  Archives  de  l'abbaye  de  Slavelot,  Cette  notice, 
bien  qu'émanant  d'un  savant  avec  lequel  nous  avons  avons  eu  des  rapports 
très-agréables  au  sujet  des  travaux  de  la  Commission  Royale  des  lois  et 
ordonnances,  nous  est  encore  inconnue  jusqu'à  ce  jour. 

(3)  Paratitla  prœcipuorum  jurium,  Privilegiorum  ac  Prœrog.Principalis, 
Libéra;  Exemptae  S.  Rom.  Imp.  abbatiœ  Slabulaus.  ad  usum  T.  Gerardi 
de  Potestat. 


—  302  — 
VERSIONS. 


LE     MIRE. 

GACHARD. 

POTESTAT. 

Stabulaus. 

It. 

Stabulaus. 

Rona. 

It. 

Rona. 

Consines. 

Osnes. 

Osnes. 

Josses. 

Fosses. 

Fosses. 

Ledernau. 

H, 

Ledernau. 

Baldou. 

It. 

Baldou. 

Rahir. 

Rahieres. 

Rahiers. 

Kevuruns. 

It.  (écrit  par  erreur 
Kewruns.) 

(Kevuruns  manque) 

Consdaignes. 

Oldanges. 

Oldanges. 

Louveigneis. 

Lovingeis. 

Lovingeis. 

Horrion. 

Horion. 

Horion. 

Tourinnes. 

Turnines. 

Turiwnes. 

Mudrescheidt. 

Muderscheidt. 

MuHderschci'dt. 

Rhorices. 

Scorices. 

Scorices. 

Causeis. 

It. 

Canseis. 

Fielon. 

It. 

Fielon. 

Ferieres, 

It. 

Ferieres. 

Castellum  Longia. 

Castellum  Longie. 

Castellum.  Longiœ. 

Sprimont. 

It. 

Sprimont. 

Conson. 

Oson. 

Osois. 

Fieziennes. 

Fiezma. 

Fiezma. 

Genuerez. 

Gênerez. 

Generet. 

Herpha. 

It. 

Herpha. 

Conkieres. 

Okeres. 

Ocfteres. 

Scallin. 

Sealentin. 

Sealentin. 

Leignon. 

Lengion. 

Lmgnion. 

Feraiges. 

Ferarga. 

Ferarea. 

Fieneval. 

Fineval. 

Fineval. 

Wellin. 

It. 

Wellin. 

Silvestreeourt. 

Silvestricourt. 

Sylveslricourt. 

Doroit. 

It. 

Doroi*. 

Palisul. 

It. 

PalisouZ. 

Consfait. 

Olfait. 

OlfaiU 

Calcum. 

It. 

Calcum. 

Bovingeis. 

It. 

Bovingeis. 

Germineiz. 

Germineis. 

Germineis. 

Kerbou. 

It. 

Charbon. 

Doma. 

It. 

Doma. 

Wakendorph. 

Wakenedorlï. 

Wakendorff. 

Lukcsenges. 

It. 

Lukesengcts. 

Malmundarium 

It. 

Malmundarium. 

Waymes. 

Waimes. 

Waimes. 

—  303  — 


LE    MIRE. 

GACHARD. 

POTESTAT. 

Francorcliamps. 
Nova-Villa. 

Francorcamp. 
It. 

Francorchamps. 
Nonavilla. 

Amblavia. 

II. 

Amblavia. 

lîoscenlaer. 

Hascenlar. 

Hascenlar. 

Basenheim. 

It. 

Basenheim. 

Dalehem. 

It. 

Dalehem. 

Bacenga. 
Lorenzeis. 

It. 
It. 

Bacenges. 
Lorezeis. 

Scheniaces. 

Scuniaces. 

Sceeinaces. 

Fairon. 

It. 

Fairon. 

Combien. 

IL 

Combien. 

Pressoir. 

Pressoer. 

Pressier. 

Walevia. 

Walavia. 

Walavia. 

Sclacin. 

It. 

Sclancin. 

Linsceis. 

It. 

Linsceis. 

Landermenges. 
Boccholtz. 

It. 
Bocholt. 

Landermenges. 
Bocholt. 

Wellines. 

IL 

Wellines. 

Travant, 

It 

Travant. 

Grimesburg. 

Griraesbura. 

Grimesbura. 

Lunestorph. 

Ludenestorf. 

Ludeneslorff. 

D'  Ars.  De  NOUE. 


Malraedy,  en  juin  «865. 


ALMANACH  ET  PROGN0ST1CATI0N 


DE  L  AN  DE  NOSTRE  SEIGNEUR  JESU  CHRIST 


MDLII. 


Tel  est  le  titre  d'un  almanach  inconnu  aux  biblio- 
graphes et  que  nous  venons  de  découvrir.  Il  est  divisé  en 
7  colonnes  et  imprimé  en  rouge  et  noir,  d'un  seul  coté,  sur 
une  feuille  in -piano.  Les  six  premières  colonnes  com- 
prennent les  douze  mois  avec  l'indication  des  principaux 
saints,  des  têtes  ,  des  variations  de  la  lune  ,  et  des  signes 
du  zodiaque.  En  haut  de  la  septième,  l'auteur  dans  une 
»  Déclaration  de  cest  almanach  «  après  avoir  énuméré  le 
nombre  d'or,  le  circle  solaire,  etc. ,  indique  les  signes  placés 
dans  le  calendrier  pour  reconnaître  les  jours  où  il  est  bon 
de  saigner,  de  se  baigner,  de  prendre  médecine  laxative. 
Et  ajoute-t-il  «  fault  noter  que  quât  vous  trouvères  ceste 
lettre  v  après  l'entier  où  demye  crois  il  se  faut  garder  de 
ne  touchier  a  la  veine  du  pied  "  En  dessous  de  cette  dé- 
claration se  trouve  rénumération  des  douze  signes  du 
zodiaque  et  une  petite  vignette  qui  les  représente. 

Cet  almanach  se  trouvait  enfoui  dans  la  reliure  des 
</  Statut  a  co?isistorialia  h  imprimés  à  Maestricht  en  1553. 
Aussi  la  feuille  était-elle  coupée  en  quatre  morceaux  et 
quelques  mots  importants  avaient  été  mutilés.  Malgré  cela 


-   306  — 

on  voit  clairement  qu'il  fut  calculé  sur  le  méridien  de 
Liège  ,  par  maître  Thomas  Montis ,  docteur  en  médecine 
de  la  dite  cité ,  qu'il  fut  l'objet  d'un  privilège  de  Mgr. 
Georges  d'Autriche  ,  évêque  de  Liège  et  que  son  appari- 
tion eut  lieu  le  7  novembre  J  551. 

L'Annuaire  de  la  bibliothèque  royale  1843  ,  p.  15  et 
M.  Warzée  dans  ses  »  Recherches  sur  les  almanachs 
belges  "  font  mention  d'une  Prognostication,  in-4°,  en  4 
feuillets  du  même  auteur  pour  l'an  1546  et  imprimé  à 
Anvers  en  la  Lycorne  d'or,  par  Martin  Nuyts.  Dans  le 
nôtre  ,  au  contraire  ,  il  n'y  a  rien  de  semblable.  L'indica- 
tion du  lieu  d'impression  et  de  l'imprimeur  fait  totalement 
défaut. 

Mais  il  n'en  est  pas  de  même  du  libraire.  Au  bas  de  la 
feuille  se  trouve  l'indication  suivante.  »  On  le  vend  à 
Liège,  par  Jordain  Gravioule,  libraire.  »  Cet  almanach 
a  donc  le  mérite  de  nous  découvrir  le  nom  d'un  libraire 
liégeois  inconnu  jusqu'ici. 

Il  a  été  de  mode  dans  ces  derniers  temps  de  se  livrer  à 
des  mystifications  peu  spirituelles  au  sujet  des  imprimeurs 
ou  libraires  liégeois.  Aussi,  sommes-nous  obligés  d'af- 
firmer en  finissant  que  cet  article  est  de  tout  point  véri- 
dique  et  que  le  nom  de  Jordain  Gravioule  n'est  pas  le 
fruit  de  notre  imagination. 

X.  de  Theux. 


TRADUCTION  ROMANE  D'UNE  HOMÉLIE 

ET  DM  ÉP1TRE  DE  MRÉGOIRE-LE-GRAND. 


U  A  a*  1»  O  R  T 

^  l'Institut   archéologique    liégeois  sur  un  fragment    manuscrit 
du  XJ  Ie  siècle. 


Messieurs  ! 

Il  y  a  environ  un  an  que  notre  honoré  confrère,  M- 
F.  Hock,  fit  don  à  l'Institut  d'un  livre  intitulé  :  Placart 
et  ordonnance  de  Serm&  Ferdinand,  duc  de  Bavière,  électeur 
de  Cologne,  êvêque  et  prince  de  Liège,  etc.,  fait  sur  les 
cours  des  monnoyes  d'or  et  d'argent  désormais  permis  en 
ses  pays  et  principautés  de  Liège.  Liège,  chez  Christian 
Ouwerx,  1616,  in-4°.  (N°  109  du  catalogue). 

Ce  manuel  ,  rempli  de  représentations  d'anciennes 
monnaies  ,  témoignait,  par  l'aspect  de  sa  couverture  de 
parchemin,  du  fréquent  usage  qu'en  avait  fait  le  changeur 
ouïe  receveur  auquel  il  avait  autrefois  appartenu,  et  il 
fallait  toute  la  sagacité  de  notre  bibliothécaire,  M.  F  abri  - 
Rossius,  pour  deviner  que,  sous  la  crasse  dont  elle  était 
enduite,  il  pouvait  se  cacher  quelque  vieille  écriture. 

Il  vous  a  raconté  lui-même  avec  quelle  joie,  après  avoir 
détaché  cette  enveloppe,  il  distingua  au  milieu  du  revers, 

31 


—  308  - 

demeuré  plus  ou  moins  propre,  ces  mots  écrits  en  encre 
rouge  :  Li  epistle  /Saint  Gregore  al  eveskc  de  Tarente. 

Ce  titre,  suivi  immédiatement  de  la  formule  d'envoi  : 
Al  très  honorable  et  tressaintisme  frère  lesveske  Secondin, 
Greçories  li  sers  des  sers  Deu,  dut  naturellement  faire 
supposer  à  notre  confrère  qu'il  avait  sous  les  yeux  une 
page  d'une  ancienne  traduction  romane  des  lettres  de 
St-Grégoire-le-Grand,  et  il  ne  lui  restait  plus  qu'à  vérifier 
la  chose  par  la  collation  du  texte. 

Nous  possédons  de  ce  saint  Docteur  XIV  livresde  lettres, 
toutes  écrites  pendant  son  pontificat  qui  s'étendit  de  590 
à  604,  et,  quoique  l'épitre  à  Secondin  appartienne  aussi 
à  cette  époque,  comme  le  prouve  la  formule  H  sers  des  sers 
Deu,  qu'il  n'adopta  qu'étant  pape,  et  dont  il  se  servit  le 
premier,  notre  infatigable  confrère  eut  beau  tourner  et 
retourner  les  pages  de  ce  grand  recueil,  il  lui  fut  im- 
possible de  découvrir  cette  épître.  L'original  du  reste 
de  la  vieille  feuille,  dont  la  partie  la  plus  lisible  avait 
aussi  été  transcrite  par  notre  confrère,  et  qui,  par  l'absence 
de  toute  rubrique  était  d'une  investigation  bien  plus  diffi- 
cile, ne  put  également  pas  être  découvert. 

Ce  résultat ,  tout  négatif  qu'il  était  ,  avait  cependant 
ceci  d'avantageux,  que  les  recherches  se  trouvaient  doré- 
navant plus  circonscrites.  Je  ne  dois  pas  oublier  d'ajouter 
que  M.Fabri,  habitué  à  porter  son  attention  sur  tous  les 
détails  d'une  question ,  s'était  en  même  temps  assuré  qu'à 
l'époque  à  laquelle  la  lettre  se  rapportait,  aucun  évêque 
du  nom  de  Secondin  n'avait  siégé  à  Tarente. 

Tel  était,  pour  m'ex primer  ainsi,  le  point  d'avancement 
de  la  question,  quand,  sur  la  proposition  de  notre  confrère 
lui-même  ,  vous  me  chargeâtes  de  la  continuation  de 
cet  examen  et  de  la  rédaction  d'un  rapport  qui  serait  in- 
séré dans  notre  Bulletin. 


—  309  — 

Toute  ingrate  qu'était  la  tûebc  ,  je  n'ai  pas  voulu  me 
refuser  à  vos  désirs  ,  et  je  viens  aujourd'hui  vous  rendre 
compte  plutôt  des  efforts  que  j'ai  faits  pour  y  répondre  , 
que  du  succès  que  jai  obtenu. 

Pour  procéder  avec  ordre  ,  j'avais  avant  tout  à  com- 
pléter autant  que  possible  la  transcription  du  texte  ,  qui 
seul  pouvait  me  fournir  quelques  indications. 

Le  feuillet  ,  haut  de  28  centimètres  et  large  de  18  ,  est 
écrit  sur  deux  colonnes  de  47  lignes  chacune.  L'écriture  , 
tracée  d'une  main  ferme  ,  affecte  la  forme  ronde  générale- 
ment en  usage  au  XIIe  siècle,  avec  ce  caractère  particulier 
d'antiquité  que,  pas  seulement  la  tige  allongée  des /et  des 
b  se  termine  en  haut  par  un  double  trait  ou  une  espèce  de 
crochet,  mais  encore  le  premier  jambage  de  Y  m  et  de  Yn 
au  commencement  d'un  mot,  et  ceux  de  Yu  et  de  Yi,  surtout 
après  une  voyelle.  L7  ne  porte  aucune  forme  de  point  ou 
d'apex.  Le  k  et  le  q  {qu)  alternent  devant  eet  i,  et  Yu  et 
le  v  se  remplacent  également  en  certains  endroits.  Les 
abréviations  sont  en  petit  nombre  et  peu  compliquées.  La 
conjonction  et  est  représentée  par  une  espèce  de  note 
tironienne  en  forme  de  z,  mais  sans  la  barre  qui  la  traverse 
souvent  plus  tard.  En  somme,  les  difficultés  paléogra- 
phiques n'étaient  pas  extraordinaires,  et  sauf  trois  lignes 
du  milieu  du  verso  du  feuillet  qui  se  sont  trouvées 
dans  le  pli  du  dos  et  ont  été  en  partie  emportées  avec 
les  attaches  ,  tout  ce  côté  se  laisse  lire  sans  trop  de  peine. 
Quant  au  recto  (j'appelle  ainsi  le  côté  extérieur  de  la 
couverture,  parce  qu'il  avait  réellement  fait  la  page  de 
droite  dans  le  livre  d'où  le  fragment  provient),  quoique 
j'eusse  trempé  et  lavé  le  feuillet  avec  le  plus  grand 
soin  ,  je  reconnus  bientôt  qu'il  fallait  renoncer  à  l'espoir 
de  le  déchiffrer  en  entier.  En  plusieurs  endroits  le  fond 
du  parchemin  était  devenu  plus  noir  que  l'encre  ,  dans 


—  310  — 

d'autres ,  qui  paraissaient  plus  clairs  ,  le  frottement 
avait  enlevé  toute  trace  d'écriture  et  usé  le  fond  même. 
Enfin  des  taches  produites  par  un  acide,  des  trous,  ache- 
vaient de  le  rendre  en  grande  partie  illisible. 

Lorsque,  au  moyen  de  réactifs  et  par  des  examens 
répétés  à  toute  exposition  de  lumière  ,  je  fus  parvenu  à 
lire  et  à  transcrire  péniblement  une  cinquantaine  de  lignes 
plus  ou  moins  entières,  je  restai  persuadé  que  cette  page, 
de  même  que  tout  ce  qui  ,  au  verso  ,  précède  l'épître  à 
l'évêque  Secondin  ,  avait  appartenu  à  une  traduction 
d'homélies  sur  les  Evangiles. 

Nous  avons  de  Saint  Grégoire,  outre  XIV  livres  de 
lettres  et  d'autres  écrits  qu'il  est  inutile  de  rappeler  ici , 
vingt-deux  homélies  sur  Ezéchiel  et  quarante  sur  les 
Evangiles,  distribuées  les  unes  et  les  autres  en  deux  livres. 

La  lettre  à  Secondin  ne  parlant  que  des  quarante  leçons 
ou  expositions  sur  les  Evangiles ,  mon  attention  dut  né- 
cessairement se  porter  d'abord  sur  cette  partie  des  ses 
œuvres  ,  et  je  n'eus  pas  plutôt  ouvert  le  volume  ,  que 
sous  le  titre  de  Prœfatio  ad  Secundinum  Tauromenitanum 
episcopum  ,  je  reconnus  l'original  latin  de  notre  épître 
française.  La  comparaison  des  deux  textes  me  permit  de 
constater  en  outre  qu'il  ne  manque  à  notre  traduction, 
pour  être  complète  ,  qu'une  ou  tout  au  plus  deux  lignes, 
qui  ont  dû  se  trouver  sur  le  feuillet  suivant.  Quant  à  la 
difficulté  ,  mentionnée  plus  haut ,  relativement  au  titre 
d'évêque  de  Tarente  donné  à  Secondin,  il  devenait  évident 
que  le  traducteur  avait  lu  ou  cru  lire  ,  dans  l'exemplaire 
qu'il  avait  eu  devant  lui,  Tarentinum  ou  Tarenlinorum 
episcopum  au  lieu  de  Tauromenitanum ,  et  mis  Tarenle  pour 
Taormine  ou  Tauromine.  Ce  n'est  pas  ,  dans  tous  les  cas, 
une  faute  à  mettre  sur  le  compte  du  dernier  copiste. 

Le  texte  latin  de  l'Epître  étant  ainsi  trouvé  ,  j'avais 


—  311  — 

tout  lieu  de  croire  qu'il  me  serait  facile  de  découvrir  aussi 
celui  du  reste  de  notre  feuillet,  qui,  ainsi  que  je  viens 
de  le  déclarer,  m'avait  tout  d'abord  paru  provenir  d'un 
recueil  d'homélies.  Quelles  pouvaient  être  ces  homélies 
sinon  celles  de  St-Grégoire  même?  J'ai  déjà  dit  que  nous 
avons  de  lui  quatre  livres  de  ces  conférences  ,  deux  sur 
Ezéchiel  et  deux  sur  les  Evangiles  ,  et  que  c'est  à  ces  der- 
nières que  se  rapporte  l'épître  àSecondin.  Mais  dans  le 
texte  latin  imprimé,  cette  épître,  sous  le  nom  de  Prœfatio, 
occupe  sa  place  naturelle  en  tête  des  homélies  qu'elle  a 
dû  accompagner,  et  sur  notre  feuillet  elle  termine  la  der- 
nière colonne  du  verso,  sans  être  elle-même  entièrement 
achevée,  de  sorte  qu'il  ne  vient  plus  rien  après  elle  et 
qu'au  contraire  les  fragments  des  homélies  présumées  la 
précèdent. 

Il  n'était  donc  guère  probable  que  ceux-ci  appartinssent 
aux  leçons  sur  les  Evangiles  ,  à  moins  que  le  traducteur 
ou  ses  copistes  n'eussent  interverti  l'ordre  et  la  disposition 
de  ces  écrits  ,  et  je  ne  tardai  pas  à  me  convaincre  ,  qu'en 
effet,  aucune  des  quarante  homélies  sur  les  Evangiles  ne 
répondait  à  notre  traduction. 

Il  me  restait  l'espoir  de  rencontrer  l'original  que  je 
cherchais  ,  parmi  les  homélies  sur  Ezéchiel  ,  et  cet  espoir 
paraissait  d'autant  mieux  fondé  ,  qu'il  reposait  à  la  fois 
sur  la  présomption  que  notre  fragment  ne  pouvait  appar- 
tenir qu'à  St-Grégoire ,  et  sur  la  distribution  ordinaire 
de  ses  écrits  ;  car  dans  les  éditions  qu'on  a  faites  de  ses 
œuvres  ,  aussi  bien  que  dans  la  plupart  des  manuscrits  , 
les  homélies  sur  Ezéchiel  précèdent  immédiatement  celles 
sur  les  Evangiles  ou,  pour  mieux  dire,  l'épître-préface  à 
Secondin,  disposition  qui  semblait  aussi  être  celle  de  nos 
fragments. 

Je  fus promptement détrompé,  Messieurs;  je  n'eus  pas 


-  312  - 

plutôt  jeté  les  yeux  sur  la  fin  de  la  vingt-deuxième  et  der- 
nière homélie  sur  Ezéchiel,  à  laquelle  je  m'adressai  en  pre- 
mier lieu  comme  devant  plus  particulièrement  répondre  à 
notre  traduction,  que  je  m'aperçus  qu'il  n'y  avait  rien  de 
commun  entre  elles,  et  j'eus  beau  examiner  ensuite  toutes 
les  autres  ,  l'original  que  je  cherchais  ne  s'y  trouvait  pas. 

C'est  ici  le  lieu  de  dire  que  les  trois  premières  colonnes 
de  notre  fragment ,  que  j'ai  considérées  jusqu'ici  comme 
représentant  une  traduction  d'homélies  ,  semblent  ne  pas 
traiter  d'un  bout  à  l'autre  le  même  sujet.  La  première 
partie  qui  est  remplie  de  citations  tirées  du  septième  cha- 
pitre de  l'épitre  de  St-Paul  aux  Corinthiens ,  roule  tout 
entière  sur  la  chasteté  et  la  continence  ,  particulièrement 
dans  le  mariage.  La  seconde  partie  parle  en  général  de  la 
justice  et  de  la  perfection  et  cite  St-Luc  ,  St-Marc  et  sur- 
tout St-Mathieu.  Comment  passe-t-on  d'un  sujet  à  l'autre? 
C'est  ce  que  le  mauvais  état  de  tout  le  milieu  de 
la  deuxième  colonne  ne  m'a  pas  permis  de  reconnaître  : 
toutefois,  je  crois  pouvoir  assurer  que  dans  cette  trentaine 
de  lignes  que  j'ai  dû  renoncer  à  déchiffrer ,  il  n'apparaît 
aucune  trace  d'un   nouveau  titre  écrit  à  l'encre  rouge. 

Comme  la  manière  dont  St-Grégoire  procède  dans  ses 
homélies  ne  diffère  pas  essentiellement  de  la  marche  qu'il 
suit  dans  ses  trente-cinq  livres  de  Morales  sur  Job,  et  que 
de  part  et  d'autre  c'est  la  même  abondance  de  citations  de 
l'Ecriture  Sainte ,  je  ne  pouvais ,  dans  mon  incertitude , 
négliger  de  parcourir  aussi  ce  dernier  ouvrage,  en  portant 
surtout  mon  attention  sur  les  textes  cités  ;  mais  c'est  tout 
au  plus  si  j'ai  rencontré  parci-parlà  une  ou  deux  lignes 
qui  rappelassent  notre  traduction.  Je  ne  m'étais  du  reste 
pas  attendu  à  plus  de  succès ,  parce  que  nos  fragments 
s  annoncent  aussi  peu  comme  la  conclusion  que  comme 
une  partie  détachée  du  milieu  d'un  ouvrage  fort  étendu. 


—  313  — 

J'ai  jugé  inutile  de  me  donner  la  même  peine  par  rap- 
port aux  autres  écrits  qu'on  a  conservés  de  S t- Grégoire , 
tels  que  le  Pastoral,  les  Dialogues,  le  Sacramentaire  et 
l'Antiphonaire ,  dont  les  titres  seuls  indiquent  suffisam- 
ment que  notre  traduction  n'a  rien  de  commun  avec  eux. 

Qu'est-ce  donc  que  ces  fragments  et  à  quel  original  fau- 
dra-t-il  les  rapporter? 

S'il  est  vrai,  comme  dom  Cellier  le  dit  en  plus  d'un 
endroit  de  sou  Histoire  des  auteurs  sacrés,  que  chez  Paul 
Diacre  et  Jean  Diacre  écrivains,  l'un  du  VIIIe,  l'autre  du 
Xe  siècle,  et  dans  le  Décret  de  Gratien  ,  qui  ne  date  que 
de  1151 ,  il  y  a  des  extraits  d'écrits  de  St-Grégoire  qui  ne 
nous  sont  pas  autrement  connus,  et  que,  partant  de  là,  on 
voulût  admettre  qu'au  XIIe  siècle  (je  pourrais  dire  au 
XIe,  car  notre  feuillet  n'est  probablement  pas  la  première 
copie  de  cette  version  dont  la  langue  révèle  une  plus  haute 
antiquité  que  l'écriture),  il  existait  encore  certains  écrits 
de  ce  pape  qui  se  seraient  perdus  depuis ,  l'épître  à 
Secondin,  qui  est  certainement  de  lui,  pourrait  nous  auto- 
risera considérer  l'original  du  fragment  qui  l'accompagne, 
comme  étant  de  ce  nombre.  Notre  trouvaille  n'y  perdrait 
pas  en  valeur,  sans  doute  ;  mais  je  n'oserais  aller  jusque  là. 

Voici  une  autre  supposition  ,  que  je  me  contente  égale- 
ment d'énoncer.  L'ouvrage  de  Gratien  cité  plus  haut 
comme  à  peu  près  contemporain  de  nos  fragments  ,  n'est 
qu'un  composé  d'extraits  d'une  foule  d'écrits  différents  , 
et  l'on  sait  que  ces  sortes  de  compilations  occupent  une 
grande  place  dans  l'histoire  littéraire  de  cette  époque. 
Qu'est-ce  qui  empêcherait  de  regarder  notre  feuillet 
comme  un  débris  de  quelque  recueil  semblable  ,  dans  le- 
quel le  traducteur  se  serait  plu  à  réunir  un  choix  de 
lettres  ,  d'instructions  et  d'autres  pièces  de  moindre  éten- 
due, qu'il  avait  particulièrement  distinguées  dans  ses  lec- 


—  314  — 

tures  ou  qui  répondaient  le  mieux  au  but  qu'il  se  propo- 
sait en  les  translatant  en  langue  vulgaire?  Si  l'on  admettait 
cette  supposition  ,  il  resterait  à  continuer  nos  recherches 
et  à  les  étendre  aux  autres  Docteurs  de  l'église  latine,  en 
commençant  par  les  sermons  de  St-Bernard,  contemporain 
ou  peu  s'en  faut  de  notre  traducteur  et  qui  lui-même  non- 
seulement  prêcha,  mais  aurait  même  écrit,  selon  quelques 
savants,  en  langue  romane. 

La  littérature  française  n'est  pas  riche  en  monuments 
de  cet  âge  reculé.  Après  la  célèbre  formule  de  serment  de 
842,  la  chanson  de  Sie  Eulalie  et  la  paraphrase  semi-latine 
de  Valenciennes,  qui  sont  les  plus  anciens  de  tous,  et 
dont  les  deux  derniers,  quoique  sans  date  précise, 
paraissent  bien  aussi  être  du  IXe  siècle,  on  ne  cite  comme 
remontant  certainement  encore  au  XIIe,  que  la  traduc- 
tion des  Dialogues  de  S'.  Grégoire  et  de  ses  Morales  sur 
Job  et  celle  des  quatre  livres  des  Rois.  Quelques  savants, 
Barbazan  entre  autres,  faisant  une  distinction,  facile  à 
admettre,  entre  l'âge  du  manuscrit  et  l'âge  du  texte, 
placent  celui-ci  dans  le  XIe  siècle.  Les  écrivains  de  Y  His- 
toire littéraire  de  la  France  doutent  même  s'il  n'est  pas  du 
Xe,  et  Genin  se  fondant  sur  l'allusion  que  le  traducteur 
du  livre  des  Rois  paraît  faire  au  Champ  de  mai,  le  fait 
hardiment  écrire  «  en  plein  Xe  siècle,  si  ce  n'est  plus  tôt.  « 
Mais  Génin,  dans  sa  préoccupation  en  faveur  de  la  Chan- 
son de  Roland  dont  il  était  l'éditeur  et  à  laquelle  il 
croyait  pouvoir  attribuer  la  même  antiquité,  s'est  exagéré 
la  portée  de  l'addition  explicative,  ço  est  en  mai,  qui  n'est 
qu'une  glose  ordinaire.  Il  règne  encore  bien  de  l'obscu- 
rité et  bien  de  l'incertitude  dans  cette  partie  de  la  philo- 
logie française,  que  le  même  écrivain  appelle  avec  raison 
une  espèce  de  sable  mouvant.  Je  suis  heureux  de  n'avoir  pas 
à  me    risquer  sur  ce  terrain  ni  à  me  prononcer  sur  des 


—  315  - 

questions  que  ceux  mômes  qui  disposaient  de  toutes  les 
ressources  nécessaires  à  la  critique,  ne  sont  pas  parvenus 
à  résoudre  d'une  manière  satisfaisante.  Il  me  suffit  de 
pouvoir  établir  que,  quel  que  soit  l'âge  de  ces  écrits  et 
particulièrement  de  la  version  des  Dialogues  et  des  Morales 
de  St.  Grégoire,  notre  feuillet  et  son  contenu  doivent  se 
rapporter  à  une  époque  non  moins  ancienne. 

Comme  les  moyens  de  comparer  les  manuscrits  entre 
eux  nous  manquent,  je  ne  puis  qu'affirmer  de  nouveau 
que  l'écriture  de  notre  fragment  porte  tous  les  caractères 
du  XIIe  siècle.  Pour  l'appréciation  du  langage,  nous 
sommes  plus  à  notre  aise.  Nous  ne  sommes  pas  réduits  à 
considérer  seulement  celui  de  notre  document  en  lui 
même,  mais  grâce  à  quelques  extraits  du  manuscrit  de 
Paris  qu'on  trouve  clans  Y  Histoire  littéraire  de  la  France, 
il  nous  est  aussi  permis  de  comparer  les  textes  l'un  avec 
l'autre  (').  Le  nôtre  va  être  mis  sous  vos  yeux  si  pas  dans 
son  intégralité,  puisqu'il  est  en  partie  indéchiffrable,  du 
moins  avec  toute  l'exactitude  qu'il  était  possible  d'y 
apporter.  Les  abréviations  que  j'ai  suppléées  sont  repré- 
sentées en  italique;  les  lettres,  les  syllabes  ou  les  mots 
qui  avaient  disparu  et  qui  se  laissaient  rétablir  avec  cer- 
titude, sont  en  outre  placés  entre  parenthèses;  les  crochets 
marquent  les  restitutions  douteuses.  Des  difficultés  typo- 
graphiques n'ayant  pas  permis  de  reproduire  notre  ma- 
nuscrit ligne  pour  ligne,  j'ai  employé  le  trait  vertical  pour 
indiquer  chaque  fois  la  fin  d'une  ligne  et  le  commence- 
ment d'une  autre. 

En  examinant  ces  pages,  vous  remarquerez  une  quantité 
de  mots  et  de  locutions  appartenant  encore  visiblement  à 
la  première  formation  de  la  langue  :  altre,  apostle,  ivre- 

(')  Il  existe,  paraît-il,  des  Livres  des  Rois  ui;e  édilion  faite  en  1837;  je 
n'ai  pu  la  voir. 

32 


—  31G  — 

ronge,  laiz  (laqueus) ,  en  vertut,  desperer,  la  spaze,  alteir 
(autel) ,  exceptée  (recueillie) ,  semblanz  (semblable) ,  défie 
(dictée)  ,  apoinssent  (affixerunt),  excejjtor  (celui  qui  re- 
cueille par  écrit  ce  qu'un  autre  dit  ;  mot  purement  latin), 
entendue  (appliquée,  attentive,  lat.  intenta),  ateri.es  (dis- 
posées ,  rangées),  sont  remises  a  amender  (ont  été  différées, 
omises  en  ce  qui  concerne  la  correction) ,  etc.  ;  d'autres 
qui  ne  se  sont  encore  qu'incomplètement  dégagés  de  leur 
terminaison  latine  :  Gregories  (Gregorius)  ,  notarié  (nota- 
rius),  evangelie  (evangelium)  ;  surtout  les  troisièmes  per- 
sonnes du  singulier  des  verbes  de  la  première  conjugaison, 
dont  le  t  final  n'est  pas  toujours  euphonique  :  il  parolet, 
il  otroiet,  ne  boiset  mie  li  uns  l'altre,  nat,  arat,  dirai, 
comprenderat,  letifiet  (lœstificat),  incitet  (incitât),  rendet 
(reddat)  ;  et  les  participes  passés  :  qui  chargiet  estez,  ne 
soient  mie  apeseit ,  renovelet ,  expo  set ,  ne  avoi  parlet,  etc. 
Quant  à  la  flexion,  vous  verrez  à  côté  de  la  casteez , 
(chasteté)  au  nominatif,  casteeit,  comme  régime  d'un 
verbe  ou  d'uue  préposition ,  avec  la  diversité  ou  plutôt 
l'inconstance  orthographique  chasteçit  ,  casteit ,  casteet, 
tâtonnement  ou  bégaiement,  comme  on  voudra,  d'une 
langue  dans  son  enfance. 

Après  ces  exemples  qui  prouvent  suffisamment  la  haute 
antiquité  de  notre  fragment,  la  comparaison  avec  les  plus 
anciens  textes  conservés  à  Paris  ,  me  semble  presque 
derenir  inutile.  Comme  je  n'ai  déjà  été  que  trop  long 
peut-être  ,  c'est  une  raison  de  plus  pour  que  ,  laissant  de 
côté  le  livre  des  Rois  et  les  Dialogues  de  St-Grégoirc  ,  je 
me  contente  de  transcrire  simplement  ici  un  petit  nombre 
de  lignes  des  Morales  sur  Job,  dont  la  conformité  avec  le 
langage  du  fragment  liégeois  ne  saurait  vous  échapper.  Je 
les  emprunte  à  X Histoire  littéraire  de  la  France  ,  tome 
XIII,  }).  S  et   suivantes  :  »  De  ce  est  ke   li  bieneurous 


—  3t'7  - 

Job  de  lui-mimes  et  si  dist  :  je  sui  frères  des  dragons  et 
eompains  des  ostraces  {Hist.  litt.  de  la  France,  T.  XIII, 
p.  8).  »  Dunkes,  porce  ke  nostre  champions  soi  devoit 
combattre  encontre  lo  deable  ,  si  recontet  alsi  corn  a  ceaz 
ki  en  la  gravelle  sunt  por  esgardeir  ,  les  reconteres  de  la 
sainte  hystoire  ,  les  spiriteiz  forces  de  cest  champion  alsi 
corn  uns  membres  de  la  pense  quant  il  dist,  etc.  (Ibid.p.  9). 
»  Et  celé  manière  de  sacrefice  ke  Job  offrit  ,  si  avoit  nom 
holocaustes  ;  holocaustes  dit  altant  corne  toz  ars  :  giers  (l) 
doneir  holocaustes  ,  ce  est  tôt  la  pense  del  fou  de  com- 
punction  espandre,  ke  li  cuers  ardet  en  l'alteir  d'amor,  et 
si  ardet  les  laidèces  des  penseirs  alsi  cum  les  péchiez  de 
sa  propre  esclate.  Mais  ce  ne  sevent  faire  ,  se  cil  n'es  ki 
bien  esgardent ,  e  trapressent  lur  deventriens  movemenz, 
ains  ke  il  eissent  fors  al  œuvre.  (Ibid.)  » 

Après  ces  trois  .passages  j'en  ajoute  un  quatrième  dans 
lequel  le  texte  de  St-Paul  (Corinth.  J.  7.  3)  :  TJxori  vir 
debitum  reddat  ,  similiter  auiem  et  uxor  viro  ,  reproduit 
aussi  dans  notre  document ,  est  traduit  dans  des  termes 
non-seulement  semblables  ,  mais  on  peut  dire  identiques. 
Ms.  de  Paris  :  »  Li  barons  rendet  la  dete  a  sa  feme  et  la 
feme  semblament  a  son  baron  ;  »  Fragment  de  Liège  :  «  La 
feme  rendet  al  baron  la  dette  et  li  barons  à  la  feme.  » 

Que  serait-ce  si  au  lieu  de  quelques  extraits  ,  nous 
pouvions  collationner  le  manuscrit  de  Paris  même  ! 

J'ai  déjà  dit  plus  haut  que  l'impression  de  notre  fragment 
en  sera,  autant  que  possible  ,  la  reproduction  exacte,  et, 
comme  disent  les  Allemands,  diplomatique.  Vous  ne  serez 
donc  pas   surpris   de  n'y  trouver   ni   accents  ni    apos- 


(  '  )  Gicrs  (donc).  Roquefort  fait  suivre  ce  mol  de  la  remarque  qu'il  est 
fréquemment  emploie  dans  les  Dialogues  de  St. -Grégoire;  notre  fragment 
écrit  giercs. 


—  318  — 

troplies  (1),  ni  d'autre  signe  de  division  entre  les  phrases, 
que  le  point,  et  ce  seulement  quand  il  était  bien  visible 
clans  le  manuscrit.  Je  n'ai  de  môme  ajouté  aucune  ma- 
juscule à  celles  du  manuscrit,  môme  dans  les  noms  pro- 
pres. 

Pour  faciliter  mes  recherches  ,  j "avais  recueilli  quel- 
ques-uns des  textes  de  la  Vulgate  traduits  dans  notre 
fragment  ;  je  les  ai  mis  en  note  au  bas  des  pages  et  j'ai 
pensé  bien  faire  en  plaçant  à  la  suite  de  l'Épitre  à  Secon- 
din  le  texte  latin  d'après  l'édition  de  Migne.  Dom  Cellier 
en  a  donné  une  paraphrase  en  français ,  tome  XVII , 
p.  176,  de  son  Histoire  des  auteurs  sacrés. 

Je  termine  en  signalant  une  particularité  paléogra- 
phique que  je  n'ai  rencontrée  nulle  part  ailleurs.  Notre 
mot  âme  est ,  comme  on  sait ,  ordinairement  écrit  arme 
dans  les  vieux  documents  ,  môme  du  pays  de  Liège  ;  il 
apparaît  aussi  deux  ou  trois  fois  sous  cette  forme  dans 
notre  fragment ,  mais  la  syllabe  ar  y  est  en  môme  temps 
surmontée  d'un  espèce  de  signe  d'abréviation  (le  tilde  des 
Espagnols).  Comme  le  trait  nettement  dessiné  couvre  un 
peu  plus  IV  que  Va  ,  et  que  dans  la  suite  IV  a  entièrement 
disparu  de  ce  mot,  a-t-on  dès  lors  voulu  marquer  la  sup- 
pression de  cette  lettre  dans  la  prononciation  ?  Dans  ce 
cas  je  regarderais  volontiers  ce  signe  comme  le  précur- 
seur de  notre  circonflexe  que  l'on  aurait  quelque  peine  , 
je  crois ,  d'expliquer  par  les  loix  de  l'analogie. 

Stanislas  Bormans. 

('  )  Celles-ci  n'auraient  du  reste  pas  été  nombreuses  ;  la  vieille  ortho- 
graphe laissait  le  plus  souvent  au  lecteur  le  soin  d'éviter  les  hiatus. 


—  319  ~ 

TEXTE  DU  FRAGMENT. 

....   Mais  li    fujaisseaz  de  élection  [celi  mal]        

uat  entre  lun  et  laltre     | oiens  ke  il  otroiet   le 

reme-  |  (de)  délie  continensce.  et  la  continence  e(nc)itet   |     .    .    . 

et  ce  est  toz  ses  sens  en  ceste  cause.  | la  cas- 

teez  soit  proposée  p<zr  la  sentence  del  |  (un)  et  del  altre  v  la  de  te 
del  mariage  soit  j  paie  comuneinent  del  un  et  del  altre.  Mais 
or  |  metons  auant  les  paroles  del  apfojstle  et  re-  |  traitons  tote 
ceste  cause  des  son  commencement.  Il  pafrojlet  as  c(or)m- 
thiens.  De  cez  choses  dont  |  uos  auez  escn't  (a)  moi.  bone  (cÂ)ose 
est  al  \\omm(e)  nient  atochier  femme  (1).  et  ia  soit  ce  kil 
[ait]  ci  |  loet  casteeit.  nun  parcant  por  ce  ke  il  ne  sem-  |  (blet) 
asalq?*#nz  défendre  le  (mariage  si  dist)  |  après.  Por  îo(rnic)  ation 
aescliiuer.  ait  chas-  [  cuns  hom  sa  (femme)  (  -).  La  feme  rendet 
al  baron  |  la  dette,  et  li  barons  a  la  feme  (3).  |  La  femme 
(nat)  |  mie  posteitde  son  cors,  mais  li  hom.  (et  lij  hom  [  nat  mie 
\>o(steit)  de  son  cors,  mais  (la  femme)  (i).  Nfi?j  boiset  mie 
(Il  uns  de  ?>)os  laltre  (3  ).  (et)  ipar  tant  |  ke  (il  ne  semblast  ke  il) 
eust  fesclose)  chasteeit  por  ce  (il)  auoit  tant  dit  \>ar  la 
parte  dess  .  .  .  {  nores.  si  di(st)  après.  Se  uos  nel  faites  donc 
|    ipar (maijs  a  tens.  (ke  uos)    fuissiet | 


ke  il  auoit por  ce    | 

eust  commandée  plus    || 


(  '  )  De  quibus  autem  scripsistis  mihi  :  Bonum  est  homini  mulierem  non 
langere.  (Corinth.,  I,  cap.  VII,  v.  1). 

(2)  Propter  fornicationem  autem  ,  unus  quisque  suam  uxorem  habeat, 
et  unaquœque  suum  virum  babeat.  [Ibid.,  v.  2). 

(3)  Uxori  vir  debitum  reddat,  similiter  autem  et  uxor  viro.  (Ibid.,x.  5). 
(*)  Mulier  sui  corporis  potestatem  non  babet,  sed  vir;  similiter  autem  et 

vir  sui  corporis  potestatem  non  babet,  sed  mulier.  (Ibid.,  v.  4). 
(:•)  Noble  fraudarc  invicem.  [Ibid.,  v.  5). 


-   320  — 

(dit  por  voire)  incontinence    (1).    Ce    dit   (solunc)  (m)dul- 

gence  nient  solunc  comman(^»)ens.  (2)  (Il  dist)  al  (ttn)s 
(si)  aprait  (il)  ke  om  doit  (faire)  |  me(r///)ation  de  casteit.  (M 
cant  il)  aront  par  |  ce(^/)es  spazes  des  tens  esqwises  les  forces 
de  [  lur  continence,  sens  péril  pu  se  pmnet(/;v  //)  [  uns  et  li 
altres.  ce  ke  li  uns  et  li  al(tres  doit)  |  garder  par  toz  iors.  (ce  ke  il 
uolt  soli)  .  .  \  (dist  il  manifestement).  Ge  uull  (toz  les  hom)  \ 
estre  si  cnm  moi  mimes  (3).  ce  est  estre  (en  permeua-)  \  ble 
casteit.  [Dene]  uois  tu  c\xm  [uoisouseme^t]  cam  [porueable- 
ment]  cum  sensoccaison  (de  mal)  |  scandle.  li  maistre  at  fermée 
la  sente(nce)  |  de  casteet.  (Se  ne  uolt  mie  si)  granit  bien  (enuo-  \ 
1er  en  la  fal[ie  del  un  soal.  cum  li  assens]  (dam-)  \  bedous  doit 
(loer)  et  confermer.  Et  [urasemewt]  ke  e,^  plus  ferme  (c^)ose 
v  plus  segure  de  j  cel(<?)  casteet  qui  est  conunencie  \)ar  la 
sent(ence  de)  j  dous.  et  est  gardée  en  (c)omm\m  del  un  et  del 
allT<?  |  et  nest  mie  li  une  partie  somonse  tant  (sole-)  |  me?/\  (de) 
soi  anz  somu«t  li  uns  \a\tre  a  la  (parseve-)  j  rance  (de)  uer(/)ut 
car  leable  chose  (est  cest)  bie{n  a)hi  cum  les  (alt)res  nient 
(solement    auoir)  com(menciet    mais  parfaire).    Si    cu?#   tu 

om |   sons  est  tomee  (en)  [rodions]  livz |  set 

mie  encliner  (en)  une doiet  igalmewt  lun  et 

(lalire) | 

LACUNE    DE    33    LIGNES    ILLISIBLES 


(J)  Nisi  forte  ex  consensu  ad  tempus,  ut  vacelis  orationi  ;  et  iterum 
revertimini  in  idipsum  ,  ne  tentel  vos  satanas  propter  inconlinentiam  ves- 
tram.  (Corinlh.,  I,  cap.  VII,  v.  5). 

(  2  )  Hocautem  dico  secundum  indulgenliam,  non  secuiulum  imperium. 
[Ibid.,  v.  G). 

(3  )  Yo!o  enim  omnes  vos  esse  sicut  me  ipsuin.  (Ibid.  v.  (>). 


—  321  — 

e]  euangele.  (si  dlst).  Venez  (li  bien)  [eoit]  |  de  mon  père  posseez  li 
règne  (qui  est  app a-)  |  re\\\(iez  a  nos  de#j](i(consfit'ucion  del  mun-)  | 
de(').  Il  (mime  uostres  sires)  dist.  (Venez  a  moi)  |  qui  laborez  et 
chargiet  estez  iv  uos  conforterai.  ( 2)  |  Prendez  mon  ivg  sor  nos 
si  aprendez  de  moi  |  cum  ge  sui  suez  et  humles  de  cuer.  et  si 
trouerez  |  repos  a  uoz  armes.  (")  car  mes  iug  est  suaues.  et  j 
mes  faiz  est  legiers  (  ').  Il  mimes  noslie  sires  dirat  j  a  ceas  qui 
serunt  a  la  senestre.  Alez  de  moi  |  maloit  el  fou  peymanable 
qui  est  appareilliez  al  j  deable  et  a  ses  angeles(5).  ne  uos  co- 
nois   ourour  de    felenie   ( Ë  ) .   la    arat  plour  et  strendor  de 

denz  ( 7  ).  Cil  se  plainderont  cil  ploront  qui  si  senuolopew/t  | 
es  cures  de  la  p/^sent  uie  ke  il  oblient  celi  [  qui  est  auenir.  les- 
q^6jlz  li  auenem<?/2z  de  nostre  [  sanior  cowprenderat  apressez 
par  le  songe  |  dignorance.  et  par  les  fluez  de  maie  segur-  j  teit. 
dont  il  dist  el  euangele.  Gardez  ke  |  nostre  cuer  ne  soient  apeseit 
en  glot<?nie  et  en  |  iureronge  et  es  cures  de  ceste  uie.  ke  ipar 
auen-  j  ture  ne  soruenget  en  uos  cil  subitans  iors  ( 8  ).  |  (car)  alsi 
cum  li  laiz  soruenrat  il  en  toz  ceas         (qui  si)ent  sor  la  face  de  la 


(i)  Venite  benedicli  Patris  mei  ,  possidete  paratum  vobis  regnum  a 
constitutione  mundi.  (S.  Math.  cap.  XXV,  v.  54). 

(-2  )  Venite  ad  me  omnes  qui  laboratis  et  onerali  estis  et  ego  reficiam  vos. 
S.  Math.  cap.  XI,  v.  28). 

(3)  Tollite  jugum  raeum  super  vos  et  discite  a  me  quia  mitis  sum  et 
humilis  corde  et  invenietis  requiem  animabus  vestris.  |ibid.  v.  29). 

(')  Jugum  enim  meum  suave  est  et  onus  raeum  levé.  (îbid.  v.  30). 

(,;)  Discedite  a  me,  maledicti,  in  ignem  eternum,  qui  paratus  est  diabolo 
et  angelis  ejus.  (S.  Math.  C.  XXV,  v.  42,  45). 

( G  )  Nescio  vos  unde  sitis ,  discidite  a  me  omnes  operarii  iniqualis.  (S.  Luc 
cap.  XIII,  v.  27). 

(-)  Ibi  erit  fletus  et  stridor  dentium.  (S.  Math.  VIII,  12;  XIII,  42,  50  ; 
XXII,  lô  ;  XXIV,  51  ;  XXV,  50  ;  S.  Luc,  XIII,  28). 

(8)  Attendite  autem  vobis  ,  ne  forte  graventur  corda  vestra  in  crapula 
et  ebrietate ,  et  curis  hujus  vitœ  ;  et  superveniat  in  vos  repenlina  dies 
illa.  (S.  Luc,  XXI,  54). 


—  322  — 

terre.  [')et  Lo  pares.  Voi-  [liez)  et  si  orez  car  nos  rie  sauez 
c.'uil  Ji  tons  |  (serai)  (").  Bieneurous  suni  qui  si  atendent  qui  si 
re-  |  [cordent)  cel  ior.  ke  il  ades  soi  aparelhent  j  (^w  n)e  soi 
blandiss<?»t  mie  de  lur  trespassee  |  instice  mais  sokmc  lapostle. 
parchascun  ior    |    seront  renouelet  en  uertut.  La  iustice  ne    | 

.   .   cel  ior  ke  .   .    .    |  félonie  .    .    .    .   j   [des  cel  ior) | 

de  sa  (felo)me.  Mimes  li  sainz  ne  doit  mie  |  (estre  s)egvas.  (tant) 
c\xm  il  e->^  el  trauail  de  ceste  (uie.  e/)\i  pechieres  ne  doit  mie 
desperer  qui  |  (pvet)  soi  faire  [histe)  en  un  ior  solunc  la  sen-  | 
tence  del  prophète  ke  nos  auons  lasus  dit.  |  Mais  (/;-)auailhe  ke 
par  tot(e  la)  spaze  de  ta  uie  |  puisses  parfaire  iustice.  si  ne  tafie 
mie  de  ta  |  tre(^#)sse  iustice  ke  tu  ne  soies  pl^-s  dissolue.  | 
M.(ais)  si  cwn  li  apostles  dist.  oblie  les  derrrie-  |  (nés)  choses,  si 
ext  (en)  toi  (a  ces)  choses  qui  da-  |  uant  stiut  et  parsieu  al  lo(?7-)ier 
de  la  souraine  j  uocation  si  saches  ke  escrit  est  ke  Dens  est  es-  | 
garderes  des  cuers  et  por  ce  (te  trau)ai\}ie  ke  |  tu  aies  tu  arme 
net(te)  de  -pec(7iiez.  P)or  ce  est  '  escrit.  Garde  tun  cuer  par 
(tôle)  garde  (3)  etlo  |  pares.  Deus  (aim)et  les  nez  cuers.  Tuit  cil 
qui  |  sunt  senz  taiche  sunt  plaisable  a  lui.  et  por  ce  |  ordine 
le  remana^t  de  ta  uie  senz  offension  f  ke  tu  puisses  seguremewt 
chanter  auec  le  pro-  |  phete.  Ge  aloi  el  innocence  dé  mon  cuer 
en-  j  mima  maison.  (4)  et  lo  pares.  Ge  entrerai  al  alteir  |  de 
deu.  a  deu  ki  letifiet  ma  iouence  (5)  car  (ne)  |  soffist  mie  auoir 
comrae^ciet  mais  iustice  est    |    auoir  parfait. 

(j)  Tanquani  laqueus  enim  supcrvcniet  in  omnes  qui  sedent  super 
faciem  omnis  terra:.  (S  Luc.  XXI,  55). 

(8)  Videte,  vigilate,  et  orate:  nescilis  euim  quando  tempus  sit.  (S.  Marc, 
XIII,  55). 

(3)  Omni  custodia  scrva  cor  tuum.  (Prov.  IV.  25). 

['•)  Perambulabam in  innoeentiacordismei,  inmediodomusmcve.  (Psalm. 
C.2). 

(■•)  Et  introibo  ad  altère  Dci  :ad  Dcum,  qui  Uetificat  juvenlutcm  meam. 
(Psalm.  XLII,  i. 


—  323  — 

Li  epistle  saint  gregore  al    j    eueske  de  tarente.    | 

(A)\  (  '  )  très  honorable  et  tressaintisme  frère  ]  lesueske  secon- 
din.  Gregories  li  sers  des   [  -sers  deu.  (i?)ntrc  les  saintes  solle;//p- 
nitez  des  messes  ai  ge  exposet  quarante  lei-  zons  des 

enangelies.    cui   om  list  par   constume  en   ceste  glise.   Et 

noirem<?ttt  la  detie  exposi-  |  tions  des  alqwantes  est  recontee  par 
lotonarie  (2)  |  dauant  lo  poble  et  lesplanation  des  arquan- 
tes aige  mimes  dite  dauant  lo  poble  et  j  ensi  com  ge  lo  dis  si 
fut  exceptée.  Mais  li  alqwant  j  frère  ardant  par  lestude  de 
sainte  parole  |  les  enportont  anzois  ke  ge  zu  ke  iv  auoi  |J  dit 
les  ausse  par  subtil  am<?;mdem<?Mt  amenées  |  a  la  manière  ke  ge 
auoi  proposet.  Ceas  dige  |  semblanz  alsi  com  les  alcpanz  familhous 
|  ki  anzois  iraient  mangier  les  uiandes.  [  ke  li  mangier  soient 
plainemewt  cuit  et  ce  |  y  escrit  est.  ïhesus  fut  miner  de  par 
lesprit  el  |  désert  pw  ke  il  fust  temptez  {del  cleable  erjjo-)  \  sai 
ge  de  premiers  uoireme^t  en  .      .    |    celé  dotance  mimes 

■dm.en((hiige) par  {clehte)  notation  et  celés 

{mimes  omelies)  |  mi  ge  en  dois  Hures  par  tel  ordene  <\ue  eles 
mn\  |  dites,  sike  les  premières  uint  qui  deties  furent  |  et  les 
dairienes  uint  qui  dites  furent  dauant  [  lo  poble  fuissent  en 
dous  Hures.  Mais  ce  |  ke  les  alq?<antes  sont  dauant  dites,  ki 
escri-  |  tes  sont  arrier  en  leuangelie.  ne  doit  mie  |  mouoir  ta 
fraterniteit.  car  alsi  co/%  ge  les  dis  j  en  diuers  tens  alsi  les 
apoinssent  es  li-  |  ures  li  exceptor.  Gieres  se  tafratmntez.  j 
ki  toz  iors  est  entendue  es  saintes  lezons  |  troeuet  lo  lin  des 
euangele  dont  ge  a-  (  uoi  parlet  ke  ge  auoi  exposet  enclotan- 
ce  v  les  omelies  nient  estre  bien  ateries    j  «aches  ke  eles  sont 


(  ')  La  lettre  initiale  A  manque  ,  et  la  place  qu'elle  devait  occuper  est 
restée  en  blanc  ;  il  en  est  de  même  de  la  lettre  E  qui  commence  la  phrase 
qui  suit  celle-ci. 

[*-)  Faute  de  copiste  ;  lisez  :  lo  notarié. 

33 


—  394  — 

remeises  a  amender,  et  |  solonc  celés  ke  ge  enuoie  parlo  ipréseni 
por-  |  teor  les  amendet  et  eles  rémanent  expo-  |  sees  el  escrin 
de  nofae  sainte  glise  ke  li  al-  |  quant  par  auenture  ki  lonz  sont 
de  ta    |    {fraterniteit  ),  etc. 

TEXTE    LATIN    DE    i/ÉPÎPEE. 

Sancti  Grerjoril  Magnl  romani  ponllftcis  XI  homiliarum 
in  evangclkt  libri  duo. 
Prœfalio . 
Ad  Secundinum  Tauromenilanum  episcopum. 

Rcverentissimo  et  sanctissimo  fratri  Secundino  episcopo ,  Gregorius 
servus  servorum  Dci. 

ïnter  sacra  missarum  solemnia,  ex  his  qua3  diebus  certis  in  bac  Ecclesia 
legi  ex  more  soient  sancti  Evangclii  quadraginla  lectioncs  exposui.  Et 
quarumdam  quidem  dielala  expositio,  assislente  plèbe,  est  per  notarinm 
recitata;  quarumdam  vero  explanalionem  coram  populo  ipse  locutus  sum, 
atque  ita  ut  loquebar  excepta  est.  Sed  quidam  fralres,  Sacri  Verbi  studio 
ferventes,  antequam  ad  propositum  modum  ea  quœ  dixeram  subtili  emen- 
datione  perduccrem  ,  transtulerunt.  Quos  recte  ego  quasi  quibusdam 
i'amelicis  similes  dixerim,  qui  prius  escas  edere  appetunt  quam  plenius 
excoquantur.  Hoc  vero  ubi  scriptum  est  :  Duclus  est  Jésus  in  dcscrlum  a 
spirilu,  ut  Icnlarelur  a  diabolo  [Mallh  :  IV,)  prius  quidem  quasi  subqua- 
dam  ambiguitate  exposui,  sed eamdcm  dubitationem  poslmodum certa  nota- 
Uonecorrexi.Easdemquoque  bomilias,  eo  quo  dicta?  sunt  ordine,  induobus 
codicibus  ponerc  curavi,  ut  et  priores  viginti,  quaî  dictatœ  sunt,  et  poste- 
riores  tolidem.quœ sub  oculis  dictce,  in  singulis  cssent  distincte  corporibus. 
Quod  vero  quœdam  antepositœ  sunt  quae  in  Evangelio  post  leguntur, 
quredam  vero  quae  ante  per  evangelistam  scriptœ  sunt  postpositœ  inve- 
niunlur,  nequaquam  movere  tuam  fraternitatem  débet,  quia  sicut  a  me 
diversis  tcmporibus  dictœ  sunt,  ita  quoque  sunt  ab  exceptoribus  in 
codicibus  aflixœ.  Tua  ita  que  fratcrnitas,  sacris  semper  lectionibus  intenta, 
si  praxlictum  locum  Evangclii  invenerit  sub  dubietate  prolatum,  vel  eas- 
dem  homilias  repererif  ita  ut  pradixi  non  esse  dispositas,  bas  inemendatas 
remansisse  cognoscat,  et  juxta  cas  quas  per  praescntcm  portitorem  mittere 
studui  corrigat,  nulloque  modo  illas  sine  emcndatione  remanere  pennittat. 
Edita)  aulem  in  scrinio  sancla;  ecclesiœ  nostrœ  retinenlur,  ut  si  qui  forte 
a  tua  fralcrnilale  longe  sunt,  (hic  invcniant  unde  in  his  quœ  emendata: 
sunt  ccrliores  fiant.) 


LE 

COMTE  PALATIN  ROLAND 

NOTICE  HISTORIQUE. 


Roland  appartient  à  la  famille  carolingienne. 

Par  sa  naissance  comme  par  ses  fonctions  ,  il  a  joué , 
auprès  de  Charlemagne ,  un  rôle  considérable  ;  mais  la 
poésie  et  la  fable  se  sont  tellement  emparés  de  lui,  qu'elles 
en  ont  fait  presque  un  être  imaginaire. 

Il  existe  cependant  des  détails  historiques  sur  cet  homme 
célèbre.  Nous  en  avons  recueilli  quelques  uns. 

Roland  était  né  en  740  (  '  ).  Il  avait  eu  pour  mère  Berte, 

{ i  )  Cette  date  nous  est.  indiquée  par  un  vers  de  l'épitaphe  de  Roland  , 
où  l'on  voit  qu'il  mourut  âgé  de  trente-huit  ans  :  Sex  qui  lustra  gerens , 
veto  bonus  insuper  annos.  Cette  épilaphe,  en  trois  distiques,  a  été,  dit-on, 
composée  par  Charlemagne.  (Fabricius  ,  Bibliolheca  latina  mediae  et  in- 
fimae  aclatis,  édit.  de  1754,  t.  I,  p.  346,  etc.)  Si  elle  n'est  pas  son  œuvre, 
elle  peut  avoir  été  faite  sous  son  inspiration ,  comme  l'épilaphe  du  pape 
Adrien  ,  qui  mourut  en  796.  [Annales  Laurcshamcnses  ,  dans  les  Monu- 
menla  Germaniae  hislorica,  t,  I,  p.  56,  etc.)  Au  surplus,  elle  est  ancienne, 
à  coup  sur  du  XIe  siècle,  puisqu'elle  est  insérée  dans  la  célèbre  Hisloria 
de  Vila  Caroli  Magni  cl  Rolandi,  c.  25,  du  pseudo-Turpin,  laquelle  fut 
publiée  vers  1090.  (Bans  Schardius ,  Germanicarum  Rerum  veiusliores 
Çhronographi,  fol.  11.) — Nous  publions  cette  épitaphe  dans  les  An- 
nexes (nn  1). 

55 


—  32G  — 

sœur  naturelle  de  Charlemagne  (  '  ).  C'est  ainsi  qu'il  était 
le  neveu  du  grand  roi  (-). 

Cette  parenté  suffit  pour  établir  la  nationalité  liégeoise 
de  Roland. 

Ses  brillantes  qualités  lui  valurent  l'amitié  de  Charle- 
magne ,  qui  l'investit  des  plus  hautes  dignités. 

En  776 ,  on  le  voit  à  Herstal ,  à  la  cour.  Il  y  porte  le 
titre  de  comte  palatin  (*),  et  figure,  comme  témoin  ,  au 
bas  d'un  diplôme  que  Charlemagne  délivre  à  son  cousin 
Gondelan,  abbé  de  Lorsch  (4). 

(  \  )  D'après  Éginard  ,  il  survécut  de  Pépin  et  de  Berte  trois  enfants  : 
Charlemagne,  Carloman  et  Gisèle,  qui  embrassa  la  vie  monastique.  (Vila 
Karoli  Magni ,  dans  les  Monumenla  Germaniae  hislorica  ,  t.  II,  p.  45.) 
Pépin,  avant  son  mariage,  avait  aimé  une  jeune  personne  dont  il  eut  deux 
filles,  Chiltrude  et  Berte.  Celle-ci,  sœur  naturelle  de  Charlemagne,  passe 
pour  la  mère  de  Roland ,  au  dire  des  vieux  chroniqueurs.  Sunt  cliam  qui 
Rolandum  Caroli  ex  sorore  nepotem  dicant,  écrivait,  vers  1450,  Acciajoli, 
Vita  Caroli  Magni.  (Dans  les  Scriplores Rerum  Gcrmanicarum  de  Mencke- 
nius,  t.  I,  p.  822.)  Berte  fit  bâtir  à  Visé  une  église,  y  vécut  recluse  et  y 
mourut  :  telle  était  dans  cette  ville,  au  moyen-àge,  la  traditionflaquelle 
est  ainsi  consignée  dans  une  Vila  Sancii  Hadelini  {  saint  Hadelin  est  le 
patron  de  Visé  )  inédite,  écrite  vers  1550  :  Ubi  Ma  sancle  memorie  Berla 
ipsius  Karoli  régis  soror  sepulla  est. 

[*)  Au  moyen-âge,  c'était  l'opinion  commune  que  Roland  épousa  Ode, 
sœur  d'Olivier,  qui,  comme  lui,  a  dû  être  aussi  un  notable  commensal  de 
la  Cour  de  Herstal.  Celte  alliance  ne  semble  point  douteuse  au  classique 
Eckhart  :  Nos  inde  percipimus  uxorcm  Rollandi  ducis  fuisse  Audam  , 
Otgerii  (1 .  Oliverii  )  sororem.  (  Commentant  de  Rébus Franciae  orien- 
lalis,  t.  I,  p.  655.  ) 

(3)  Le  comte  palatin  était  en  même  temps  conseiller  intime  et  comman- 
dant militaire.  A  certaines  époques  de  l'année,  il  allait  dans  les  provinces 
tenir  les  assises,  inspecter  les  milices,  etc.  Voir  Struvius,  Corpus  Juris 
publici  Impcrii  Gcrmanici,  édit.  de  1758,  p.  740,  etc. 

[*)  l'une  nos  una  cum  fidelibus  noslris,  id  est,  Hagino,  Rothlando, 
]Vichingo,  Frodrgario,  comilibus...  [Dans  le  Codex  Laures  hamensis 
Abbatiac  diplomalicus,  t.  I,  p.  9.  )  Nous  publions  ce  diplôme  dans  les 
Annexes  (n°  2  ). 

L'abbé  Gondelan  était  le  frère  de  Chrodegan  ,  qui  devint  évèque  de 
Metz,  <*.r  pago  hasbaniensi  oriundus,  paire  Sigrammo,  maire  Landrada  , 


—  327  — 

En  777  ,  il  est  encore  à  la  cour  de  Herstal,  et  signe , 
toujours  en  qualité  de  comte  palatin ,  un  diplôme  par 
lequel  Charlemagne  approuve  une  donation  faite  à  un 
monastère  (1). 

En  778,  il  apparaît  comme  Garde  de  la  cote  britannique  ; 
c'est-à-dire^  comme  gouverneur  des  pays  de  la  Belgique 
baignés  par  l'Océan  ('). 

Jusqu'alors,  Roland,  malgré  ses  éminentes  fonctions 
et  son  bouillant  courage ,  n'avait  joué  qu'un  rôle  se- 
condaire. 

C'est  l'expédition  d'Espagne  qui  va  le  rendre  illustre , 
c'est  le  désastre  de  Eoncevaux  qui  va  en  faire  un  héros 
légendaire. 

Voici,  en  peu  de  mots,  le  récit  de  cette  célèbre  journée. 

En  777,  Soliman  Ibn-el-Arabi  était  gouverneur  de 
Saragosse   pour  Abd-el-Rahman ,   khalife   de  Cordoue. 


Francorum  ex  génère  primae  nobililalis  progenitus.  [Gesla  Episcoporum 
Melensium  de  Paul  Diacre ,  dans  les  Monumenla  Germaniac  hist., 
t.  II,  p.  267.) 

( '  )  Signum  Karoli  (un  monogramme)  gloriosissimi  régis.  Ego  Audacrus 
jussis  el  ordinalus  a  domino  meo  Fulrado  scripsi  clsubscrîpsi.  -J-  Signum 
Tcoderici  comilis...  •}-  Signum  Rotlani  comilis...  -J-  Signum  Harihardi 
comilis...  f  Signum  Anselmi  comilis  palalii ,  etc.  Ce  diplôme  n'a  été 
publié,  pour  la  première  fois,  qu'en  1857,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École 
des  Charles  ,  4e  série  ,  t.  III,  p.  51.  Nous  en  donnons  un  extrait  dans  les 
Annexes  (n°  3). 

Dans  cet  acte,  tous  les  témoins  semblent  s'être  bornés  à  signer  en  faisant 
une  croix  auprès  de  leur  nom,  qui  avait  été  écrit  par  le  chancelier  ;  oe  qui 
toutefois  ne  veut  pas  dire  que  ce  fût  la  seule  graphie  familière  à  ces  per- 
sonnages. On  trouvait  que  c'était  plus  solennel  de  soussigner  ainsi.  Au 
XII0  siècle  encore,  à  la  Cour  de  Rome  ,  des  prélats ,  indubitablement  très 
lettrés,  n'avaient  pour  signatures  qu'une  croix,  accentuée  tantôt  d'un  ou 
de  plusieurs  points  ou  virgules  ,  tantôt  d'un  trait  simple  ou  double  ,  etc. 
(Dans  le  Liber  Carlarum  Ecclesie  Leodicnsis,  fol.  98,  99,  100,  etc.) 

(2)  C'est  ainsi,  croyons-nous,  que  l'on  doit  traduire  le  Brittannici 
limitis  praefectus  d'Éginard  [Vila  Karoli  Magni,  dans  les  Monumenla 
Germaniac  hist,  t.  Il,  p.  448.  ) 


—  328  — 

Ayant  à  se  plaindre  du  puissant  khalife ,  Soliman  vint 
offrir  à  Charlemagne  la  suzeraineté  de  Saragosse  ,  à  la 
condition  d'en  rester  le  gouverneur.  Ses  propositions 
furent  acceptées  ( * ) . 

Dans  les  derniers  jours  du  mois  d'avril  778  (■),  Char- 
lemagne pénétra  en  Espagne  avec  une  armée  nombreuse 
et  aguerrie  (z),  prit  Pampelune ,  et  ensuite  Saragosse  et 
Barcelone.  Après  avoir  tout  disposé  pour  conserver  ses 
conquêtes,  il  s'en  revint  au  pays. 

Le  mardi  16  juin  (  *  ),  l'armée  s'engagea  dans  les  gorges 
des  Pyrénées.  L'arrière-garcle ,  embarrassée  par  les  ba- 
gages, défilait  péniblement  dans  l'étroite  et  longue  vallée 
de  Roncevaux  ( B  ) .  Elle  était  commandée  par  les  comtes 
Anselme ,  Eggihard  et  Roland.  Tout  à  coup  ,  elle  est  at- 
taquée par  les   Basques,    qui   la  mettent   dans  le  plus 

(')  Venil  in  codern  (empare  (777)  ad  régis  praesentiam  de  Hispania 
Sarracenus  quidam  nomine  Ibinalarabi  cum  aliis  Sarracenis  sociis  suis, 
dedens  se  ne  civilates,  quibus  cum  rex  Sarraccnorum  praefeceral ,  etc. 
(Einhardi  Annales,  dans  les  Monum.  Germaniae  hist.,  t.  I,  p.  159.  )  Pour 
des  détails  d'après  les  sources  arabes,  voir  Dozy,  Histoire  des  Musulmans 
d'Espagne  (Leyde,  18G1  ),  t  I,  p.  570. 

(2)  Charlemagne  s'engagea  dans  les  Pyrénées  après  avoir  célébré  les 
fêtes  de  Pâques  à  Cassineuil,  en  Aquitaine  :  Idcirco  rex  pascha  vero  in 
Aquilania  apud  Cassinoillum  celebravii.  (  Einhardi  Annales,  ibid.,  t.  I , 
p.  150.  )  Les  Pâques  tombaient  cette  année  le  19  avril. 

(  *  )  Hispaniam  quant  maximo  paierai  brlli  apparalu  adgredilur.  (Ein- 
hardi Vila  Karoli  Magni,  ibid.,  t.  II,  p.  448.) 

(*)  Endem  die.  scilicel  sextodecimo  calendas  jùlii  ,  lit-on  dans  VHis- 
toria  de  Vila  Caroli  Magni  et  Rolandi,  c.  25,  du  pseudo-Turpin.  Molanus 
a  accueilli  l'indication  du  10  juin  ,  et  c'est  sous  celte  date  qu'il  place  le 
martyre  des  preux  de  Charles  dans  la  vallée  de  Roncevaux.  XVI  calendas 
julii.  In  Galliis,  nalalis  Rolandi ,  Olivcrii  et  sociorum,  qui  juxla  Pom- 
pelonem  sub  Pyrencis  monlibus  pro  Christo  pugnantes  ,  Carolo  Magno 
imper unie  occubuerunl.  { Marlyrologiwm  qvo  romana  Ecclesia  ac  per- 
mullae  aliac  utunlur,  édit.  de  Louvain  de  1573,  folio  100  V.  ) 

(  s)  Nam  cum  agmine  longo  .  ni  loci  et  angusliarum  silus  permittebat , 
porrectus  irel.  exercilus,  etc.  (Einhardi  Vila  Karoli  Magni,  ibid.  ,  t.  Il, 
p.  448.) 


—  329  — 

grand  désordre  (').  Les  Francs,  harcelés  dans  tous 
les  sens,  essayent  vainement  de  résister  (-2).  Ils  sont 
tués  jusqu'au  dernier  (r>).  Roland  fit  des  prodiges  de 
valeur.  Resté  seul,  et  tout  couvert  de  blessures,  il  s'accula 
contre  un  rocher,  et  se  défendit  longtemps  encore  avec  sa 
terrible  épée.  Au  moment  d'expirer  ,  il  saisit  son  cor  et 
en  sonna  d'une  telle  force,  qu'il  vomit  des  flots  de  sang(4). 
Charlemagne  entendit  cet  appel  de  détresse,  et  accourut 
au  secours  de  ses  palatins.  Il  ne  trouva  plus  que  des  ca- 
davres, et  vit  au  loin  l'ennemi  qui  fuyait  (3). 

(  *  )  In  cujus  summilate  Wasconcs  insidiis  conlocalis  extremum  agmen 
adorli,  loltim  exercilum  magno  lumultu  perturbant.  (Eiuhardi  Annales, 
ibid.,  t.  I.  p.  159.  ) 

( 2  )  Adjuvabal  in  hoc  facto  Wascones  et  levilas  armorum  ,  et  loci  in 
quo  res  gercbalur  silus  ;  e  contra  Francos  et  armorum  gravitas  et  loci 
iniquilas  per  omnia  Wasconibus  reddidit  impares.  (Einhardi  Vila  Karoli 
Magni,  ibid.,  t.  II,  p.  448.  ) 

(3)  Usque  ad  unum  omnes  inlcrficiunt.  In  quo  proelio  Eggihardus 
regiae  mensae  praeposilus ,  Anselmus  cornes  palatii,  et  Hruodlandus  bril- 
lannici  limilis  praefeclus,  cum  aliis  compluribus  intcrfîciuntur.  (Einhardi 
Vila  Karoli  Magni,  ibid.,  t.  H,  p.  448.)  — Ainsi,  de  tous  ceux  qui  se  dis- 
tinguèrent dans  cette  journée  mémorable,  Éginard  n'a  daigné  ci  ter  que  Eg- 
gihard,  Anselme  et  Roland.  Nous  devons  faire  remarquer  que  les  vieux 
récits  traditionnels  y  font  aussi  succomber  nombre  d'autres  braves  ,  et, 
notamment,  Olivier  ,  le  beau-frère  de  Roland.  Les  énumérer  tous  aurait 
été  probablement  alors  très  fastidieux,  leurs  noms  étant  dans  les  souvenirs 
de  tous.  C'est  ce  que  l'on  écrivait  au  siècle  suivant,  vers  840  :  Quorum  , 
quia  vulgata  sunt,  nomina  dicere  supersedi.  [Vila  Hludowici  imperaloris, 
dans  les  Monumenta  Germaniae  hist.,  t.  II,  p.  G08.  ) 

(*  )  Cette  agonie  de  Roland  n'a  point  été  racontée  par  les  historiens  du 
temps,  si  avares  de  détails  ;  mais  le  souvenir  s'en  transmit  d'une  génération 
à  l'autre,  et ,  vers  l'an  1050  ,  il  entra  dans  la  Chanson  dite  de  Roland. 
(Édition  de  Génin ,  p.  148 ,  et  édition  de  Michel ,  p.  69.  )  II  fallut  que  le 
palatin  répétât  trois  fois  ses  appels  de  détresse,  pour  que  Charles  comprit 
que  son  neveu  était  en  un  danger  suprême.  C'est  ce  que  fait  sentir  admi- 
rablement le  vieux  poëte  dans  un  de  ses  épisodes  les  plus  émus.  Voir 
dans  les  Annexes,  n°  4. 

(s)  Quia  hostis  rc  perpetrala  ita  dispersus  est.  (Einhardi  Vila  Karoli, 


—  330  — 

Après  avoir  fait  inhumer  les  restes  de  ses  héroïques 
compagnons  ,  Charlcmagnc  ramena  son  armée  sur  les 
bords  du  Rhin.  Il  ne  tarda  pas  à  la  licencier,  puis  il  revint 
à  Liège  pour  y  passer  l'hiver.  Il  célébra  les  solennités  de 
Noël  et  de  Pâques  dans  la  cathédrale  S^Lambert  (  '  ). 

On  avait  rapporté,  du  champ  de  bataille  de  Roncevaux, 
le  cor  d'ivoire  de  Roland  et  son  épée,  la  fameuse  Duran- 
dal Ç').  Ces  deux  précieuses  reliques  furent  déposées, 
en  eœ-volo)  dans  une  église  de  Liège  (5). 

ibid.,  t.  II,  p.  448.  )  El  hoslis  proplcr  noliliam  îocorum  statim  in  diversa 
dilapsus  est.  (Einhardi  Annales,  ibid.,  t.  I,  p.  159.  ) 

(i)  Ipsc  cocieris  copiis  dimissis,  Hcrislaiïium  villam,  in  qua  hiemare 
constituerai,  venil.  (  Einhardi  Annales,  ibid,  t.I,  p.  159.  )  Reversas  est  in 
Franciam  ,  celebravil  nalalc  domini  cl  pascha  in  Harislalio.  [Annales 
Tiliani,  ibid.,  p.  221.  )  —  Posl  cladem  in  Pirenaeis  acceptant,  Herislalli 
nalalcm  et  pascha  agit  Carolus,  dit  Fisen,  Historia  Ecclcsiae  Leodicnsis, 
Chronol,  t.  I,  p.  -26,  etc. 

Le  désastre  de  Roncevaux  attrista  longtemps  Chnrlemagne,  qui  y  avait 
perdu  ses  vieux  amis  ,  des  amis  d'enfance.  Soir  cœur  en  était  tellement 
blessé,  qu'il  maudissait  les  conquêtes  faites  en  Espagne.  Cujus  vulneris 
acceptio  magnam  partent  rerum  féliciter  in  Hispania  geslarum  in  corde 
régis  obnubila  rit.  (  Einhardi  Annales,  ibid.,  t.  I,  p.  159.  ) 

(2)  C'était  l'usage  alors  de  donner  une  dénomination  aux  épées  ainsi 
qu'aux  chevaux.  Durandal  était  un  présent  de  Chaiiemagne  à  Roland, 
si  l'on  en  croit  les  vieux  rimeurs  gaulois,  et  particulièrement  un  poète 
]alin  qui  florissait  en  1115.  (Dans  les  anciens  Mémoires  de  V Académie  des 
Inscriptions,  t.  XXI,  p.  141,  etc.  )  Voici  comment  celui-ci  en  parle  : 

Rutlandi  fuit  htc  (gin  lins)  mri  virtute  potentis, 

Quem  putruus  Mar/ntu  Karulus  huic  dederat. 
Et  Ilullandus  CO  semper  pugnarc  solebat, 

Millia  pagani  '„tultc  necans  populi. 

(3)  Gladius  Rolandi  Durcnda  et  tuba  ejus  eburnea,  ostenditur  juxla 
Leodium,  écrivait  en  1067  Besselius.  (  Dans  l'édition  deSchmincke  d'Égi- 
nard,  De  Vita  cl  Gcslis  Caroli  Magni,  p.  55  )  Durandal  et  l'olifant  se 
voyaient  dans  un  monastère  de  Liège,  in  coenobio  quodam  Lcodiensi, 
répétait  en  177.'i  lleerkens,  dans  sa  Vita  Caroli  Magni  d'Éginard,  p.  23. 
iNous  ignorons  quel  a  pu  être  le  monastère  qui  possédait  ces  curieuses 
reliques.  Se  trouvaient-elles  à  Liège,  dans  l'église  collégiale  de  St. -Pierre, 


—  331  — 

Partout,  le  souvenir  de  Roland  est  populaire;  mais 
nulle  part  sa  mémoire  n'a  été  en  honneur  comme  au  pays 
de  Liège  ('). 

Ferd.  HENAUX. 


ou,  en  Ardenne,  dans  l'abbaye  de  St.-Hubert ,  dans  l'église  de  laquelle  on 
conserve  encore  aujourd'hui  un  grand  olifant  qui  répond  assez  bien  aux 
descriptions  des  vieux  poètes? 

(  '  )  On  gardait  bonne  mémoire  de  Roland  dans  notre  pays  au  moyen- 
âge.  En  1213,  à  la  journée  de  Steppes,  le  comte  de  Looz  ,  à  la  tête  d'un 
corps  de  Liégeois,  repoussa  les  Brabançons;  mais  il  fut  renversé  de  cheval, 
et  tout  l'effort  des  ennemis  se  dirigea  contre  lui  pour  le  tuer  :  Set  Cornes 
non  discimilis  Rolando  el  Olivero,  se  tuebalur  clipeo  et  gladio,  dit  un  con- 
temporain. (Reineri  Annales  Leodienses,  dans  les  Monum.  Germaniae 
hisl.,t,  XVI,  p.  668.) 

Dans  tous  les  pays,  du  reste,  le  souvenir  de  Roland  était  populaire.  On 
sait  qu'en  1066,  au  commencement  de  la  bataille  d'Hastings,  pour  animer 
les  soldats  Normands ,  on  entonna  une  vieille  chanson  sur  la  vaillance  de 
Roland.  Dans  son  Roman  de  Rou  (t.  II,  p.  214),  Robert  VVace,  qui  écri- 
vait en  1140,  rapporte  ainsi  celte  particularité  : 

Taillefer  ki  mult  bien  cantait, 
Sor  un  ronein  ki  tost  alait, 
Deyant  as  sen  alait  cantant 
De  Carlemane  e  de  Rolant, 
E  d'Oliver  o  des  vassals 
Ki  montrent  en  Reochevals, 


ANNEXES. 
i 

ÉPITAPHE    DE     ROLAND  , 
Composée  par  Charlemagne. 

Tu  jpatriam  repetis,  tristi  nos  orbe  relinquis  ; 

Te  tenet  aula  nitens,  nos  lacrymosa  dies. 
Seo?  qui  lustra  gerens,  octo  bonus  insuper  annos , 

Ereptus  terrae  justus  ad  astra  redis. 
Ad  paradisiacas  epidas  te  cive  reducto  , 

TJnde  gémit  mundus,  gaudet  honore  polus. 

On  peut  traduire  ainsi  ces  trois  distiques  : 

Fuyant  notre  triste  terre,  tu  es  rentré  dans  ta  patrie.  Là  haut,  il  n'y  a 
que  des  joies,  et  ici-bas  chaque  jour  à  ses  douleurs.  A  l'âge  de  Irente-huit 
ans,  honnête  et  juste,  tu  vas  rejoindre  Dieu.  Par  ton  retour  dans  le 
paradis,  le  monde  est  plus  sombre,  et  le  ciel  plus  radieux. 

II 

PItiECEPTUM    EVINDICATOKIUM    MAGNI    CAROLI. 

776. 

Caiiolus  gratia  Dei  rex  Francorum ,  vir  illustris.  Ve- 
niens  ad  nos  Haristellio  palatio  vir  venerabilis  Gandelan- 
dus  abba  de  monasterio  Lauresham ,  ubi  sanctus  Nazarius 
martyr  in  corpore  requiescit ,  nobis  innotuit  t  eo  quod  liomo 


333 


aliquis  nomine Heimericus  de  ipso  monasterio  calumnias  gê- 
ner are  voluisset ,  dum  diceret ,  quod  suus  pater  Cancor  eum 
de  ipso  monasterio  vestitum  dimisisset,  et  ipse  Gundelandus 
praesens  astabat  ,  et  causam  in  omnibus  denegabat ,  dum 
diceret,  quod  avia  ipsius  Heimerici  nomine  Willisioinda  vel 
genitor  suus  Cancor  germano  suo  domino  Huâgango  archi- 
episcopo  tradidisset  vel  confirmasset ,  et  talem  chartam  nobis 
exinde  protulit  ad  relegendum  ;  tune  ipse  Heimericus  ante 
nos  taliter  fuit  prof essus  ,  quod  de  hac  causa  vel  de  ipso 
monasterio  superius  nominato  in  antea  nunqua?n  tempore 
debeat  calamniam  generare  ,  sed  per  festucam  ante  nos 
exinde  dixit  exitum  ,  tune  nos  unacum  fidelibus  nostris , 
idest,  Hagino,  Rothlando,  Wichingo,  Frodegario  comitibus 
nec  non  et  vassis  nostris  Theoderico  ,  Berthaldo  ,  Jlbwino, 
Frodberto  ,  Gunthmaro  taliter  visi  fuimus  judicavisse  ,  ut 
de  hac  causa  omni  tempore  ipse  abbas  habeat  evindicatum 
atque  elitigatum  et  sit  illis  in  postmodum  ex  hac  re  sublata 
causatio. 

III 

EXEMPLAR  DONATIONIS  FULRADI  AD  LOCUM  SANCTI  ALEXANDRI  QUOD 
D1CITUR  LEPRAHA  DE  VILLA  QTJyE  VOCATUR  ANSULSISHAIM. 


777. 


Ego  Foleradus  in  Dei  nomine  sacerdos  indignus , 

Hiculfi  et  Ermengardis  films  ,  dono  atque  in  perpetuum  do- 
natum  cupio  quandam  juris  mei  villam  Ansulsishaim,  cum 
omnibus  superpositis  et  ad  se  perti?ie?itibus ,  tam  in  aedificiis 
quam  in  terris  cultis  et  incultis,  aquis,  pascuis,  exitibus  et 
reditibus  universis ,  et  omni  supellectile  sua  ,  cum  servis  et 
mancipii§  utriusque  sexus ,   ad  nomen  sancti  et  gloriosi 


—  334  — 

Christ i  martyris  Alexandri,  adlocum  ipsius  quod  nominal ur 
Lepraha,  situm  in  pago  Alsacinse  infra  forestem  quae  nun- 
cupatur  Vosago 

A  et  um  publiée  Haristalio,  anno  nono  et  quarto  régnante 
Carolo  gloriosissimo  rege  Francorum  et  Langobardorum 
atquepat?'icio  Romanorum,  cum  stipulatione  subnixa. 

Signum  Karoli  (loc.  monog.)  gloriosissimi  régis. 

Ego  Audacrus  jussis  et  ordinal  us  a  domino  meo  Fuir  ado 
scripsi  et  subscripsi. 

f  Signum  Teoderici  comitis.  f  Signum  Vidferdi.  f  Si- 
gnum Baldulfi.  f  Signum  Fulradi.  f  Signum  Teodulfi. 
f  Signum  Hadtritao.  f  Signum  Chrodo?iis.  f  Signum  Hart- 
geri.  f  Signum  Hildradi  comitis.  f  Signum  Rotlani  co- 
mitis. f  Signum  Gislemari-  f  Signum  Hainrici.  f  Signum 
Harihardi  comitis.  f  Signum  Herleberti.  f  Signum  Nivonis  , 
f  Item  signum  Hildradi  comitis.  f  Signum  AnsclmÀ  comitis 
palatii.  f  Signum  Bic/tau.  f  Signum  Bichardi.  f  Signum 
Gundracri.  f  Signum  Godonis. 

IV 

BATAILLE  DE  RONCE  VAUX.   APPELS  DE  DÉTRESSE  DE  ROLAND. 

(  Extrait  de  la  Chanson  de  Roland,  écrite  vers  l'an  1050.  ) 

...Ço  dit  Rollans  :  "  Fors  est  nostre  bataille! 
«  Jo  cornerai,  si  l'orrat  li  reis  Karles...  « 

Rollans  ad  mis  l'olifan  a  sa  bûche  , 
Empeint  le  ben,  par  grant  vertut  le  sunet. 
Hait  sunt  li  pui ,  e  la  voiz  est  mult  lunge  ; 
Granz  XXX  liuues  l'oirent  il  respundre. 
Karles  l'oït  e  ses  cumpaignes  tûtes. 
Ço  dit  li  reis  :  »  Bataille  funt  nostre  hume.! ..." 


—  335  — 

Li  quens  Rollans  par  peine  et  par  ahans, 
Par  grant  dulor ,  sunet  sun  olifan  : 
Par  mi  la  bûche  en  sait  fors  li  cler  sancs  , 
De  sun  cervel  le  temple  en  est  rumpant. 
Del  corn  qu'il  tient,  l'oie  en  est  mult  grant  ! 
Karles  l'entent ,  ki  est  as  porz  passant; 
Naimes  l'oït,  si  l'escultent  li  Franc. 
Ço  clist  li  reis  :  »  Jo  oi  le  corn  Rollant  ! 
»  Une  nel  sunast ,  se  ne  f ust  en  cumbatant  ! . . . 

Li  quens  Rollans  a  la  bûche  sanglente  , 
De  sun  cervel  rumput  en  est  li  temples  : 
L' olifan  sunet,   a  dulor  e  a  peine  ! 
Karles  l'oït ,  e  ses  Franceis  l'entendent. 
Ço  dist  li  reis  :  //  Cel  corn  ad  lunge  aleine  !  " 
Respont  dux  Naimes  :  »  Baron  i  fait  la  peine  ! 
«  Bataille  i  ad  !  Par  le  men  escientre, 
»  Cil  l'at  traï  ki  vos  en  voeut  feindre  ! 
"  Adubez  vos  ,  si  criez  vostre  enseigne  , 
»  Si  sucurez  vostre  maisnee  gente  ! 
«  Asez  oez,  que  Rollans  se  dementet  !  " 

Li  empereres  ad  fait  suner  ses  cornes  ; . . . 
Es  destrers  muntent  tuit  li  baron  del  ost,  etc. 


/  Sceau  </<•/</  ville  >/<•  Loon  .  2.  Sceau  delà  canrallad/alc  de  /.<><>: .  J.  Sceau  delà 
Collégiale,  de  S.  Odulpha,  à  Loo\  .  ï  et  S  Sreaiwdcla  cour  c'c/icoinalc  de  /.<>«:  . 


HISTOIRE 


BONNE  VILLE  DE  LOOZ. 


ARCHIVES  DE  LA  VILLE. 

Les  archives  de  la  ville  ne  se  trouvent  point  dans  un  état  fort 
brillant.  La  plupart  des  documents  les  plus  intéressants  et  tous  les 
registres  antérieurs  au  XVIe  siècle  ont  été  soit  détruits,  soit 
enlevés. 

En  1461,  les  Cluppelslagers  (paysans  soulevés  par  les  exactions 
et  les  exécutions  des  procureurs  fiscaux)  entrèrent  dans  la  ville, 
saccagèrent  la  maison  du  procureur  fiscal  et  brûlèrent  au  milieu 
du  marché,  devant  le  perron,  tous  ses  registres  et  papiers  (J). 

En  1651,  le  duc  de  Lorraine  s' empara  de  la  ville;  ses  troupes 
la  pillèrent  et  enlevèrent  une  partie  notable  des  archives.  Dans  le 
traité  de  paix  conclu  à  Tirlemont,  le  17  mars  1654,  il  fut  stipulé 
que  «  les  papiers  et  actes  de  justice  et  autres  seront  restitués,  qui 
»  ont  été  enlevés  en  la  ville  de  Looz  et  ailleurs,  et  même  aux 
"  particuliers.  «  Cette  restitution  n'eut  jamais  lieu. 

{ A  )  Johannes  de  Los,  p.  9. 


-  33S  - 

Des  abus  s'étaient  glissés  dans  la  direction  et  l'administration 
de  la  Cour  de  justice  tant  interne  qu'externe  de  Looz.  Pour  y 
remédier,  le  prince-évêque,  Charles  comte  d'Oultremont,  décréta 
le  18  janvier  1770,  que  tous  les  registres  et  papiers  devaient  être 
déposés  au  greffe  de  la  cour  scabinale,  sauf  ceux  qui  concernaient 
les  affaires  courantes,  que  le  greffier  aurait  une  clef  de  l'armoire 
aux  archives,  que  deux  échevins  nommés  par  la  cour  en  auraient 
deux  autres  ,  et  que  le  greffier  ferait  un  inventaire  de  tous  les 
papiers  et  registres  de  la  justice  ,  les  paginerait  et  y  joindrait  des 
tables.  Le  greffier,  Maître-Jean,  exécuta  la  plupart  de  ces  pres- 
criptions (!). 

Il  se  trouve  aujourd'hui  aux  archives  vingt  registres  de  l'admi- 
nistration communale;  le  premier  commence  à  l'an  1533  et 
le  dernier  se  termine  avec  l'an  1795.  Cette  catégorie  de  registres 
est  fort  incomplète.  Elle  ne  renferme  plus  le  privilegienboeA,  qui 
y  était  encore  à  la  fin  du  siècle  dernier.  Des  registres  de  la  cour 
allodiale,  de  la  cour  des  échevins  et  des  cours  de  tenants  qui 
avaient  leur  siège  à  Looz,  il  y  en  a  une  cinquantaine  à  la  Maison 
de  ville,  et  une  douzaine  chez  des  bourgeois.  Le  plus  ancien  est 
de  l'an  1470  ,  le  dernier  se  termine  avec  l'an  1795.  Cette  caté- 
gorie de  registres  présente  aussi  bien  des  lacunes. 

II 

Origine  de  la  ville. 

Le  château  fort  de  Looz  existait  déjà  au  commencement  du 
XIe  siècle.  Il  était  la  résidence  habituelle  des  comtes  qui  en 
prirent  le  nom  et  le  donnèrent  au  comté.  Le  plus  ancien  comte 
connu,  qui  ait  porté  ce  nom,  est  Gislebcrt.  On  le  trouve  cité  avec 
la  qualification  de  Cornes  de  Los,  de  1015  à  1031  (2). 

La  résidence  habituelle  des  comtes  ne  put  rester  isolée.  Elle 
devint  bientôt  le  centre  d'un  certain  nombre  d'habitations.  Sous 

(  *  )  M.  Polain,  Recueil  des  ordonnances,  à  la  date  indiquée. 
(  2  )  V.  les  dissertations  que  j'ai  publiées  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
du  Limbourg,  t.  IV,  p.  37,  et  ci-dessus  p.  267. 


-  339  — 

l'épiscopat  de  Notger,  l'église  paroissiale  fut  érigée  en  collégiale 
et  cinq  canonicats  y  furent  fondés  par  un  des  comtes  ;  l'archidiacre 
Herman,  de  la  famille  des  comtes  de  Looz,  y  ajouta  sept  cano- 
nicats en  1047.  Ces  fondations  eontribuèrent  à  augmeuter  l'im- 
portance du  chef-lieu  du  comté. 

Cependant  Looz  ne  porte  encore  que  le  nom  de  villa  dans  la 
charte  du  comte  Emmon  datée  de  l'an  1080  (l).  Jusqu'au  XIVe 
siècle,  on  entendait  ordinairement  par  villa  une  grande  métairie, 
un  hameau,  un  village,  une  localité  ouverte.  Je  n'ai  jamais  trouvé 
dans  les  écrivains  de  cette  époque  le  mot  villa  employé  dans  le 
sens  de  caslrum,  château-fort,  ou  à'oppidum,  agglomération  d'ha- 
bitations ceintes  par  des  murs  et  des  fossés.  Le  religieux  bénédic- 
tin, qui  écrivit  peu  après  l'an  1183  la  seconde  continuation  de  la 
chronique  de  St-Trond,  raconte  que  dans  la  guerre  qui  éclata  en 
juillet  1171,  entre  Louis  comte  de  Looz  et  Gilles  comte  de  Duras 
assisté  des  Saintronnaires,  ces  derniers  mirent  le  comte  Louis  en 
fuite  près  de  Brusthem  et  vinrent  l'assiéger  dans  son  château- 
fort.  Il  y  mourut  le  11  août,  pendant  le  siège  et  fut  enterré  dans 
sa  villa  de  Los,  près  de  l'hôpital  :  apud  villam  suam  Los  ante  hos- 
pitale  (2). 

Dans  la  guerre  que  le  comte  Gérard  soutint  en  1180  contre  le 
prince-évêque  Raoul,  celui-ci  envahit  le  3  août  le  chef-lieu  du 
comté,  le  mit  au  pillage,  incendia  le  château-fort,  l'église  et  les 
habitations,  et  emporta  un  riche  butin.  La  crainte  de  la  mort  ou 
de  la  captivité  avait  fait  prendre  la  fuite  aux  habitants  :  JEpis- 
eoptis  cum  suis  et  nostrales  Los  caput  comitalûs  invadunt  et  habita- 
tejihis  ejus  metu  mortis  et  captivitalis  fugientilus,  incensâ  villa 
cum  monaslerio  pariterqyue  Castro,  ingentia  spolia  diripiunt  »  (  3  ) . 

On  voit  par  ce  récit  du  chroniqueur  de  St-Trond  qu'à  cette 
époque  Looz  n'était  encore  qu'une  villa.  Quand  il  parle  de  Ton- 
gres  ou  de  St-Trond,  il  ne  se  sert  que  de  l'expression  oppidum 


(  '  )  J'ai  publié  cette  charte  dans  le  Bulletin  de  la  Société  du  Limbourg, 
l.  V,  p.  159. 

(2)  V.  Chron.  Trud.  cont.  Il,  1.  IV,  n°  19. 

(3)  Ibid.  n°28. 


—  340  — 

(ville);  mais  parle-t-il  de  Looz,  de  Bilsen  ou  d'autres  localités 
ouvertes,  il  se  sert  de  l'expression  villa. 

Le  comte  Gérard  rebâtit  bientôt  son  château-fort,  castrum, 
car  S.  Christine  l'admirable  s'y  trouva  le  27  septembre  1187, 
et  révéla  au  comte  la  prise  de  Jérusalem  par  les  infidèles,  cùm 
adesset  in  Castro  Lonensi.  Le  château-fort  continua  d'être  la  rési- 
dence habituelle  du  comte  Gérard  et  de  son  fils  Louis.  Thomas 
de  Cantimpré,  qui  écrivit  la  vie  de  S.  Christine  l'admirable 
vers  l'an  1232  et  qui  s'était  rendu  à  Looz  pour  y  demander  â  la 
recluse  Jutte  des  renseignements  sur  la  sainte,  mentionne  plus 
d'une  fois  le  château-fort.  Tl  raconte  le  séjour  de  neuf  ans 
(1214-1  223)  que  la  sainte  fit  près  de  la  recluse  et  les  rapports 
qu'elle  eût  avec  le  comte  Louis,  ipsa  m  Castro  de  Loen  posita 
(n°  32)  ;  castrum  in  conilnio  Alamanniœ  quod  Loen  dicitur  expetivit 
(n°  3SJ;  il  parle  aussi  du  palais  du  comte  Louis  idem  ipse  cornes  ali- 
quando  in  palatio  suo  ap?cd  Loen  q%od  nunc  destructum  est  (n°43). 
Que  faut-il  entendre  par  ce  palais  que  l'auteur  dit  être  déjà  dé- 
truit? Etait-ce  le  château-fort?  Etait-ce  une  habitation  plus 
spacieuse  et  plus  commode  bâtie  non  loin  du  château-fort  ?  Le 
contexte  semble  indiquer  que  c'était  le  château-fort.  Toutefois  ce 
que  nous  dirons  plus  loin  du  s' grevenhuis  pourrait  autoriser  la 
seconde  hypothèse.  Le  même  auteur  écrivit  vers  l'an  1247  la  vie 
de  S.  Ludgarde  qui  avait  passé  quinze  jours  à  Looz  près  de  la 
recluse  Jutte;  en  racontant  ce  fait,  il  donne  la  qualification 
de  ville,  oppidum,  à  la  localité  :  est  oppidum  in  Ilasbaniâ  quod 
dicitur  Los ,  juxta  ecclesiam  hujus  oppidi  quadam  reclusa 
pro  vitœ  merito  familiarissima  pia  Lulgardi  Domino  serviebat 
(n°16). 

Ce  fut  donc  dans  la  première  moitié  du  XIIIe  siècle  que  Looz 
fut  ceint  de  fossés  et  fermé  de  portes  ,  car  c'étaient  là  les 
caractères  distinctifs  d'une  ville  à  cette  époque  ;  de  là  aussi  les 
expressions  thioises  poorters,  bourgeois,  poorterscliap ,  droit  de 
bourgeoisie. 

J'ignore  si  ce  fut  à  la  même  époque  que  Looz  reçut  de  son 
comte  les  droits  et  les  libertés  de  la  ville  de  Liège;  il  est  assez 
probable  que  ce  fut  alors,  car  l'an  1232  le  comte  Arnoul  accorda 


—  341  — 

ces  droits  et  ces  libertés  à  Hasselt,  qu'il  appelle  villa  mea  Jlas- 
selt.  (  l  ) 

Il  y  avait  au  chàteau-fort  de  Looz  un  châtelain,  appelé  plus 
tard  vicomte,  chargé  de  le  garder  et  de  le  défendre,  principalement 
en  l'absence  du  comte.  L'office  de  châtelain  était  un  fief  hérédi- 
taire auquel  étaient  attachés  certains  droits  et  revenus.  Le  comte 
lui-même  en  donnait  l'investiture.  La  destruction  du  chàteau-fort 
n'entraîna  point  la  suppression  du  fief  héréditaire  avec  ses  émolu- 
ments. Les  comtes  ou  la  haute  cour  féodale  en  leur  nom,  conti- 
nuèrent d'en  donner  l'investiture  jusqu'à  la  fin  du  XVIIIe  siècle. 
Voici  comment  Robert  Ernest  baron  d'Argenteau  en  prit  posses- 
sion le  25  mars  1685  :  assisté  d'Edmond  baron  de  Voordt  et 
d'Ernest  de  Mombeek  seigneur  de  Terlaemen  et  Hagebroek, 
seigneurs  et  députés  de  la  noble  salle  de  Curange,  il  se  présenta 
aux  mayeur  et  échevins  de  la  cour  de  justice  de  Looz  requérant 
d'être  mis  en  possession  du  vicomte  et  de  tous  les  droits,  privi- 
lèges et  juridictions  y  annexés,  selon  l'ancienne  coutume  et  avec 
toutes  les  solennités  requises.  Les  mayeur  et  échevins  le  condui- 
sirent sur  le  Borchgracht  (emplacement  de  l'ancien  château-fort), 
lui  livrèrent  par  les  mains  du  mayeur  terre  et  gazon  avec  toutes 
les  solennités  usitées  en  la  noble  salle  de  Curange.  Du  Borchgracht 
ils  le  conduisirent  à  la  Maison  de  ville  où  il  prêta  d'abord  le  ser- 
ment de  fidélité  au  prince-évêque  comme  comte  de  Looz,  puis 
celui  de  ne  contrevenir  ni  directement  ni  indirectement  aux  privi- 
lèges, exemptions,  franchises  et  statuts  de  la  ville,  et  de  donner 
toute  aide  et  assistance,  dès  qu'il  en  serait  requis,  tant  pour  la 
conservation  de  ces  privilèges  que  pour  la  prospérité  de  la  ville(2). 

J'ignore  l'époque  précise  à  laquelle  les  comtes  cessèrent  de  rési- 
der à  Looz.  Ce  fut  probablement  dans  la  seconde  moitié  du  XIIIe 
siècle  qu'ils  transférèrent  leur  résidence  principale  au  château  de 
Curange.  Par  le  départ  des  comtes,  de  leur  suite  et  de  la  cour 
féodale,  Looz  perdit  considérablement  de  son  importance  et  ne  fut 
plus  que  la  capitale  nominale  du  comté. 

(  «  )  V.  Wollers,  Cod.  diplom.,  n°  199. 
( i  )  Registre  des  échevins,  à  celle  date. 

35 


—  34*  — 

Depuis  Tan  1365  où  le  comté  de  Looz  fut  définitivement  uni 
à  la  principauté  de  Liège,  les  princes-évèques  devaient  venir  en 
prendre  possession  à  Looz,  s'y  faire  inaugurer,  prendre  le  titre  de 
comtes  de  Looz  et  prêter  le  serment  de  maintenir  les  droits,  les 
privilèges,  les  franchises  et  les  anciennes  coutumes  du  comté.  Le 
prince-évêque  ayant  le  vicomte  ou  châtelain  à  sa  droite  et  le  doyen 
du  chapitre  à  sa  gauche,  se  rendait  au  chœur  de  l'église.  Après  le 
chant  du  Te  Deum  le  vicomte  et  le  doyen  le  conduisaient  au  maître- 
autel  où  il  prêtait  le  serment  suivant  :  Ego  Cornes  Lossensis  juro 
Jidelitaiem  nostrae  ecclesiœ  Beati  Odulpki  oppidi  Lossensis,  decano 
et  capitula  ejusdem.  Item  juro  Jieri  meram  justitiam  militibus  et 
armigeris  communique  populo  totius  nostri  comitatûs  Lossensis.  Le 
vicomte  et  le  doyen  le  conduisaient  ensuite  au  clocher  où  ils  lui 
donnaient  en  mains  une  des  trois  cordes  de  la  cloche,  tandis  qu'ils 
tenaient  eux-mêmes  les  deux  autres.  Ils  tiraient  tous  les  trois  jus- 
qu'à ce  que  la  cloche  sonnât,  pour  signifier  que  le  prince-évêque, 
en  sa  qualité  de  comte  de  Looz,  avait  le  droit  d'appeler  sous  les 
armes  au  son  de  la  cloche  du  ban  tous  ses  vassaux  du  comté.  De 
l'église  le  prince-évêque  était  conduit  à  la  Maison  de  ville  où  il 
promettait  sous  serment  d'être  le  fidèle  défenseur  de  la  ville,  de 
maintenir  ses  privilèges  et  ses  franchises,  de  défendre  le  comté,  de 
protéger  les  chevaliers  et  les  écuyers  ,  de  rendre  la  justice  à  tous 
ses  sujets,  de  respecter  les  usages  et  les  coutumes  et  de  faire  tout 
ce  qu'un  bon  comte  est  obligé  de  faire  (1). 

L'usage  de  l'inauguration  et  de  la  prise  de  possession  fut 
encore  observé  en  15S1,  par  le  prince-évêque  Ernest  de  Bavière; 
à  partir  de  cette  époque  on  n'en  voit  plus  d'exemple. 

III 

LOOZ,    BONNE    VILLE    DU    PAYS    DE    LIEGE. 

En  1365,  le  comté  de  Looz  fut  définitivement  uni  à  la  princi- 
pauté de  Liège ,  tout  en  conservant  ses  lois,  ses  coutumes  et  son 

(  '  )  Robyns  Slalula  Losscnsia,  pag.  i-i;  De  Corswarem,  Mémoire  his- 
torique, p.  136. 


—  343  — 

organisation  judiciaire  et  administrative.  Depuis  cette  époque 
la  ville  de  Looz  fut  une  des  bonnes  villes  du  pays  de  Liège. 

En  cette  qualité  elle  avait  le  droit  de  nommer  un  membre  au 
tribunal  des  XXII.  Ce  tribunal  avait  été  érigé  en  1343  de  com- 
mun accord  par  le  prince  et  les  Etats  pour  juger  des  excès  et  des 
abus  de  pouvoir  des  fonctionnaires  publics  ;  ses  membres  étaient 
nommés  à  vie,  savoir  :  quatre  par  l'Etat  primaire ,  quatre  par 
l'Etat  noble ,  quatre  par  la  ville  de  Liège,  deux  par  chacune  des 
villes  de  Huy,  Dinant ,  Tongres  et  St.-Trond,  et  un  par  chacune 
des  villes  de  Eosses  et  de  Bouillon. 

Le  prince-évêque  Adolphe  de  la  Marck,  ne  consentit  qu'à 
regret  à  rétablissement  de  ce  tribunal.  L'année  suivante  il  le 
sujjprima  violemment  et  déchira  les  lettres  d'institution  ( 1  ). 

Le  tribunal  fut  rétabli  par  la  paix  du  2  décembre  1372,  à  la- 
quelle il  donna  son  nom. La  villede  Looz  intervint  dans  cette  paix. 
C'est  le  premier  document  connu  où  elle  apparait  comme  membre 
du  pays.  Le  tribunal  fut  rétabli  avec  les  mêmes  attributions ,  mais 
ses  membres  n'étaient  élus  que  pour  un  an.  L'élection  d'un 
membre  fut  attribuée  à  la  ville  de  Looz.  Dans  chacune  des  villes 
privilégiées,  c'était  le  conseil  communal  qui  élisait  les  membres 
du  tribunal.  Ce  mode  fut  changé  pour  la  ville  de  Liège,  par  la 
Modération  des  Statuts  du  28  oct.  1403,  qui  ordonnait  que  doré- 
navant l'élection  se  ferait  par  les  corps  de  métiers. 

Le  tribunal  fut  supprimé  par  les  vainqueurs  des  Liégeois  après 
la  bataille  d'Othée  en  1408.  Le  prince-évêque  Jean  de  Heinsberg 
le  rétablit  en  1420  et  attribua  l'élection  des  membres  aux  con- 
seils communaux  des  villes  privilégiées. 

Pendant  tout  le  cours  des  XVIIe  et  XVIIIe  siècles  ,  le  conseil 
communal  de  Looz  ne  nomma  au  tribunal  des  XXII  que  des  Lié- 
geois qui  s'engageaient  à  lui  payer  la  somme  d'environ  150 
florins.  C'étaient  ordinairement  les  procureurs  ou  les  avocats  qui 
traitaient  ses  affaires.  Il  n'y  nomma  des  Lossains  qu'à  partir  de 
l'an  1776. 

Des  sentances  portées  par  le  tribunal  des  XXII,   on  pouvait 

{«  )  V.  Hocsem  et  Zanlfliet. 


344 


appeler  aux  Etats  réviseurs  des  XXII.  Ce  tribunal  d'appel  était 
composé  de  quatorze  membres,  dont  quatre  nommés  par  l'Etat 
primaire,  quatre  par  l'Etat  noble,  et  six  par  les  bonnes  villes;  les 
villes  de  Tongres,  St.-Trond,  Looz  et  Hasselt  réunies  en  nom- 
maient un;  chacune  d'elles  n'avait  qu'un  suffrage  et  l'émettait  par 
l'organe  du  conseil  communal.  Les  fonctions  des  membres  de 
ce  tribunal  étaient  perpétuelles.  C'est  ainsi  qu'après  la  mort  de 
Scliell,  le  conseil  communal  de  Looz  donna  le  5  août  1714  son 
suffrage  au  baron  G.  E.  de  Hubens  ,  et  le  30  juin  1711  à 
son  fils  Edmond  de  Hubens. 

La  ville  de  Looz  avait  aussi  un  suffrage  au  Tiers-Etat,  et  par- 
conséquent  jouissait  du  droit  d'envoyer  des  députés  aux  Journées 
d'État.  Pendant  tout  le  cours  du  XVIIe  siècle,  ce  furent  les  sept 
corps  de  métiers  qui  élurent  les  députés  ;  au  XVIIIe,  ce  fut  le 
conseil  communal.  Le  pouvoir  des  députés  était  ordinairement 
très-restreint  ;  ils  n'étaient  envovés  que  pour  écouter  les  proposi- 
tions qui  seraient  faites  à  la  Journée  ;  ils  devaient  en  référer  au 
magistrat  avant  d'émettre  un  vote.  Dans  les  affaires  majeures  le 
magistrat  devait  consulter  les  sept  corps  de  métiers  et  transmettre 
leurs  ordres  aux  députés.  Rarement  les  députés  étaient  munis  de 
pleins  pouvoirs. 

Le  choix  des  corps  de  métiers  ou  du  conseil  communal  pour  la 
députation  aux  Journées  d'Etat  n'était  pas  restreint  aux  deux 
bourgmestres  de  la  ville  ;  ils  pouvaient  députer  qui  ils  voulaient , 
même  des  étrangers.  C'est  ainsi  que  le  28  août  1639,  ils  députent 
le  liégeois  de  Tornaco,  leur  membre  au  tribunal  des  XXII,  le  29 
novembre  1639  leur  secrétaire  Omalia,  en  1641  leur  avocat 
L)rbotte  ,  en  1646  leur  avocat  Beeckman,  à  Liège. 

A  la  Journée  d'Etat  du  mois  de  jauvier  1698,  le  prince-évêque 
enleva  aux  bonnes  villes  le  droit  de  choisir  leurs  députés  et 
exclut  de  la  Journée  ceux  qui  n'étaient  point  bourgmestres.  Cette 
exclusion  provoqua  de  vives  réclamations  de  la  part  des  villes. 
Dès  que  celle  de  Looz  l'eût  appris  ,  elle  protesta  haute- 
ment le  11  mars;  elle  déclara  vouloir  conserver  sa  liberté  intacte 
et  refusa  de  se  soumettre  à  tout  ce  qui  avait  été  ou  serait  décrété 
par  le   Tiers-Etat  sans  la  participation  des  députés  exclus.  La 


—  345  — 

plupart  des  villes  envoyèrent  une  protestation  semblable.  En 
présence  de  cette  opposition  le  prince-évêque  révoqua  son  édit  et 
le  16  mars  il  écrivit  au  Tiers-Etat  «  condescendants  à  votre 
h  instance,  nous  voulons  bien  qu'ils  continuent  dans  leurs  emplois 
h  pendant  cette  Journée-ci,  nous  entendons  pourtant  que  tout  ce 
«  qui  a  été  fait  pendant  leur  suspension,  restera  valide.  «  Cepen- 
dant il  fut  décrété  plus  tard  ,  entre  les  années  1716  et  1753,  que 
les  bourgmestres  seuls  pourraient  être  députés  aux  Journées 
d'État.  Leurs  lettres  de  députation  étaient  vidimées  et  vérifiées 
par  le  Tiers-Etats  lui-même  ;  pendant  la  vacance  du  siège,  le  cha- 
pitre convoqua  le  9  décembre  1771  les  Etats  et  ordonna  aux 
députés  de  faire  vidimer  leur  commission  par  l'écolâtre.  Plusieurs 
députés  y  consentirent,  sauf  les  droits  de  leur  corps  et  l'agréation 
de  leurs  magistrats  ;  d'autres  s'y  refusèrent.  Dans  la  lettre  de 
convocation  du  9  mai  1772,  le  prince-évêque  ordonna  aux  députés 
de  faire  vidimer  leur  commission  par  le  chancelier.  Lossin,  député 
de  Looz,  s'y  refusa,  avec  la  plupart  des  autres  ;  d'après  les  ins- 
tructions que  lui  avait  données  le  magistrat,  le  Tiers-Etat  statua 
par  son  récès  du  16  mai  1772,  que  les  commissions  ne  pouvaient 
être  vidimées  que  par  lui-même ,  que  tel  était  l'usage  et  qu'il  n'y 
avait  pas  lieu  d'innover  ;  il  renouvela  ce  récès  le  20  juillet  de  la 
même  année ,  parce  que  les  nouvelles  lettres  de  convocation  du 
prince  renfermaient  la  même  clause.  Depuis  cette  époque,  les 
magistrats  des  villes  défendirent  chaque  fois  à  leurs  députés  de 
faire  vidimer  leur  commission  par  le  chancelier.  C'est  ainsi  que  le 
magistrat  de  Looz  en  fit  la  défense  formelle  le  2  avril  1778  à  son 
député  Van  Herck. 

A  la  Journée  d'État  du  3U  janvier  1753,  le  secrétaire  de  Haime 
sollicita  en  sa  faveur  la  création  d'une  fonction  de  conseiller  per- 
pétuel die  Tiers-États  avec  voix  consultative  et  sans  rétribution.  La 
plupart  des  députés  y  consentirent,  sauf  l'agréation  du  magistrat 
de  leur  ville.  Dès  que  le  député  Van  Herck  en  eut  fait  rapport 
au  magistrat  de  Looz,  celui-ci  protesta  le  23  mars  contre  cette 
innovation. 

La  présidence  du  Tiers-État  revenait  de  droit  aux  bourgmestres 
de  Liège ,  mais  la  fonction  de  greffier  était  conférée  à  perpétuité 


-  346  - 

parles  magistrats  des  bonnes  villes.  Le  6  juin  1776,  le  magistrat 
de  Looz  promit  son  suffrage  à  l'avocat  Barhtels  pour  Fépoque  où 
la  fonction  viendrait  à  vaquer  par  la  mort  de  de  Haime.  Cette 
démarche  inconvenante  déplut  au  Tiers-Etat  ;  celui-ci  dans  lat 
Journée  du  20  avril  1778  en  exprima  son  mécontentement  et 
renouvela  le  récèsdu  20  sept.  1749  qui  conférait  aux  députés  le 
droit  de  suffrage  pour  ces  fonctions.  Ce  récès  était  resté  inconnu 
au  magistrat  de  Looz  ;  dès  que  son  député  Van  Herck  lui 
en  eût  donné  connaissance,  il  protesta  le  2  août  1778 
et  déclara  vouloir  conserver  son  droit  de  suffrage.  Le  28  mars 
]788  il  le  promit  à  P.  J.  Yroonen  avocat,  pour  la  somme  de 
70  louis  d'or. 

La  fonction  de  préposé  à  la  collecte  des  droits  de  l'Etat  était 
également  conférée  par  les  magistrats  des  villes.  Vers  Tan  1720, 
après  la  mort  de  Latour ,  le  magistrat  de  Looz  donna  son  suf- 
frage à  l'avocat  Fresnaye;  le  20  septembre  1749,  les  députés 
réunis  à  la  Journée  d'Etat  conférèrent  cette  fonction  à  Marcel 
Magnée;  celui-ci  la  résigna  en  1768  en  faveur  d'Absil,  auquel  le 
magistrat  de  Looz  donna  son  suffrage ,  et  Absil  la  résigna  en 
1785. 

Les  trois  Etats  n'exerçaient  que  le  pouvoir  législatif.  Le  pouvoir 
exécutif  était  confié  à  une  députation  appelée  la  Députation  des 
Mats.  Le  19  septembre  1608,  le  prince-évêque  statua  que  la  con- 
vocation de  la  députation  des  Etats  se  ferait  par  le  prévôt  du 
chapitre  et  par  le  chancelier  du  conseil  privé,  «  à  laquelle  assem- 
«  semblée,  continue -t-il,  seront  appelés  les  députés  de  notre 
«  vénérable  chapitre ,  savoir  :  le  dit  prévôt  et  autres  par  icelui 
«  chapitre  à  ce  dénommés  ,  les  députés  par  l'Etat  des  nobles  en 
«  nombre  de  quatre  ,  les  deux  bourgmestres  de  notre  cité  avec  les 
«  deux  de  l'an  immédiatement  précédent,  les  deux  respective- 
»  ment  députés  par  les  villes  tant  wallones  que  thioises;  item 
«  deux  des  députés  de  notre  clergé  secondaire  et  ce  quand  leur 
»  présence  sera  requise.  «  Les  villes  de  Tongres,  St.-Trond,  Looz 
et  Hasselt  réunies  nommaient  un  membre  de  la  Députation; 
chacune  d'elles  n'avait  qu'un  suffrage  et  le  donnait  par  l'organe 
du  conseil  communal.  La  fonction  était  perpétuelle  à  moins  que 


—  347  - 

les  magistrats  n'y  eussent  mis  quelque  restriction.  En  1633 
Gualterus  Puteanus  la  résigna  en  faveur  de  son  beau-fils  Nicolas 
Roscius  et  pria  le  conseil  communal  de  Looz  de  lui  donner  son 
suffrage.  Après  la  mort  de  l'avocat  Malte ,  le  conseil  donna  le 
27  juillet  1703  son  suffrage  au  baron  G.  F.  de  Hubens  sous  la 
réserve  de  révocabilité  de  trois  en  trois  ans,  mais  le  4  novembre, 
il  le  lui  donna  à  perpétuité;  le  17  mars  1741  ,  il  le  donna  à 
son  fils  Edmond  de  Hubens.  Le  23  août  1766,  les  bourgmestres 
des  douze  villes  tliioises  se  réunirent  à  Hasselt  et  convinrent  que, 
dès  qu'une  des  deux  places  à  la  Députation ,  qui  étaient  à  leur 
collation ,  tomberait  vacante  ,  elle  serait  remplie  par  les  bourg- 
mestres des  douze  villes  successivement  et  pendant  un  mois,  dans 
l'ordre  indiqué  par  le  sort.  La  mort  du  baron  de  Hubens  amena 
la  vacatuie  d'une  place  et  les  bourgmestres  de  Tongres  en  prirent 
possession  le  4  février  1767  ;  mais  dès  le  28  janvier,  sept  villes 
tliioises  avaient  révoqué  la  convention  du  23  août  et  donné  leur 
suffrage  au  baron  de  Rosen  ;  de  là  des  contestations  qui  furent 
soumises  au  Tiers-État,  et  que  les  villes  de  Tongres,  St.-Trond, 
Maeseyck,  Stockem  et  Hasselt  portèrent  à  la  Chambre  impériale 
de  Wetzlaer.  Le  28  février  1767,  le  prince  annula  la  convention 
du  23  août,  parce  qu'elle  était  contraire  à  l'édit  du  19  septembre 
1608  et  qu'elle  avait  été  portée  par  une  assemblée  irrégulière  et 
illégitime.  Depuis  cette  époque  les  conseils  communaux  des  villes 
continuèrent  de  nommer  les  membres  de  la  Députation  ;  c'est  ainsi 
que  le  magistrat  de  Looz  donna  le  25  juillet  1783  son  suffrage  à 
Ch.  E.  Graillet;  celui-ci  fut  déclaré  le  12  mai  1794  déchu  de  la 
place  de  député  des  Etats  par  un  récès  du  Tiers-Etat,  pour  avoir 
pris  une  part  active  à  la  révolution ,  et  le  18  mai  le  magistrat  de 
Looz  donna  son  suffrage  à  J.  E.  J.  Duvivier. 

Le  Conseil  ordinaire  était  un  tribunal  d'appel.  Il  était 
composé  de  neuf  membres.  Trois  étaient  nommés  par  le  prince , 
deux  par  l'Etat  primaire  ,  deux  par  l'Etat  noble  ,  un  par  la  cité 
de  Liège,  et  un  par  les  bonnes  villes.  Celles-ci  n'avaient  chacune 
qu'un  suffrage  et  le  donnaient  par  l'organe  de  leurs  conseils  com- 
munaux. La  fonction  était  conférée  à  vie.  Après  la  mort  de 
Conrard  à  Blisia,  le  magistrat  de  Looz  donna  le  8  décembre 


—  348  — 

1712,  son  suffrage  à  Henri  d'Erkenteel  ;  après  la  mort  de  l'avocat 
Daniels,  il  donna  le  20  mai  1785  son  suffrage  à  l'avocat  Geloz. 

IV 

LES    COURS    DE    LOOZ. 

Cour  féodale. 

La  haute  Cour  féodale  du,  comté  avait  son  siège  ordinaire 
à  Looz  pendant  toute  la  période  que  les  comtes  y  ont  résidé. 
Ils  y  siégeaient  armés  et  entourés  des  grands  vassaux  du  comté. 
Ils  y  jugeaient  des  fiefs  et  des  infractions  des  vassaux  à  leurs 
devoirs  féodaux.  D'après  l'ancienne  législation  féodale  ,  le  comte 
accompagné  de  ses  grands  vassaux  pouvait  se  constituer  en  cour 
féodale  dans  toutes  les  parties  de  son  comté  ;  cependant  quand 
il  s'agissait  de  simples  reliefs,  ils  étaient  reçus  à  la  résidence 
ordinaire  du  comté  par  le  greffier  de  la  Cour.  Les  comtes 
transférèrent  leur  haute  Cour  féodale  avec  leur  résidence  à 
Curange  dans  la  seconde  moitié  du  XIIIe  siècle.  Elle  y  resta 
établie  jusqu'au  21  février  1584  ,  où  elle  fat  transférée  à  Hasselt 
par  le  prince-évêque  ;  elle  conserva  néanmoins  le  nom  de 
Noble  Salle  de  Curange. 

La  ville  de  Looz  souffrit  considérablement  de  la  translation 
de  la  résidence  des  comtes  et  de  leur  Cour  féodale  à  Curange. 
Les  Lossains  demandèrent  une  compensation  aux  comtes  et  les 
prièrent  de  transférer  à  Looz  la  haute  Cour  de  Vliermael. 
Le  comte  Arnoul  en  demanda  l'autorisation  à  Adolphe  ,  roi 
de  Germanie;  celui-ci  députa  en  1297  Jean  de  Ruch  pour  y 
autoriser  le  comte  ,  s'il  trouvait  la  chose  utile  et  sans  préjudice 
pour  le  droit  d' autrui.  La  Cour  de  Vlierniael ,  est-il  dit  dans 
l'acte  de  députation,   étend  sa  juridiction   sur  72  villages. 

Je  ne  suis  pas  parvenu  à  constater  que  la  translation  ait 
eu  lieu.  En  1471  les  Lossains  s'adressèrent  au  prince-évêque 
Louis  de  Bourbon  dans  le  même  but.  Le  prince  décréta  la 
translation  de  la  Cour  de  Vliermael  à  Looz ,  et  les  échcvins 


—  349  — 

de  la  ville  l'annoncèrent  au  mois  de  septembre  à  toutes  les 
Cours  qui  en  dépendaient.  Cette  seconde  translation  resta  sans 
exécution  comme  la  première. 

Cou?-  allodlale. 

Il  y  avait  à  Looz  une  Cour  allodiale  dont  l'origine  m'est 
inconnue.  Le  plus  ancien  acte  de  cette  Cour,  que  je  con- 
naisse ,  est  de  l'an  1325.  Elle  était  composée  d'un  juge 
et  de  sept  assesseurs  ,  hommes  de  francs-alleux ,  tous  à  la 
nomination  du  comte.  A  l'époque  de  la  fondation  de  la  Cour, 
ils  siégeaient  à  la  porte  de  l'église  sous  les  tilleuls,  y  rendaient 
leurs  jugements  et  y  enregistraient  les  actes  de  mutation.  Voici 
le  préambule  d'usage  de  leurs  actes  :  Jndex  et  septem  jurati 
hommes  allodiales  nobilis  et  potentissimi  viri  domini   comitis  de 

Los coram  nobis  in  judicio  sitb  tiliis  atrii  ecclesiœ  Lossensis 

loco  ad  hoc  solemni  et  consueto  et  ubi  de  allodio  dicti  domini 
comitis  tractari  solet...  //  «  Wy  ricJiter  ende  seven  geswoeren 
mannen,  eygens  ghenoeten  eens  edelen  Heren  ende  mechtighen  Pryns- 
chen  des  Heren  des  Greven  van  Zoen....  voir  ons  onder  der  lynden 
des  kerckhoefs  van  Zoen  in  een  eerbare  stadt  ende  een  gliev)oenlyke 
jolaetze,  daer  men  van  den  eygens  gueden  des  vorscreven  Heren  des 
Greven  van  Zoen  te  tracteren pleecht // 

Ils  conservèrent  cette  formule  ,  après  qu'ils  eurent  cessé  de 
siéger  sous  les  tilleuls.  L'usage  de  siéger  en  plein  air  et  d'y 
rendre  la  justice  ,  dénote  une  haute  antiquité  ;  c'était  une 
tradition  des  peuples  francs. 

Les  biens  allodiaux  ressortissant  à  cette  Cour  ,  étaient  situés 
dans  la  partie  hesbignonne  du  comté  de  Looz.  Plusieurs  des 
actes  émanés  de  cette  Cour  pendant  les  XIVe ,  XVe  et  XVIe 
siècles  concernent  des  biens  allodiaux  situés  à  Bettincourt , 
à  Corswarem  ,  à  Brusthem  ,  à  Vliermael ,  à  Wintershoven  ,  à 
Vechtmael ,  etc.  ;  je  n'ai  pas  trouvé  un  seul  acte  concernant 
un  bien  allodial  situé  dans  la  partie  campinoise  du  comté. 
Cependant  les  biens  allodiaux  situés  dans  la  partie  hesbignonne 


—  350  — 

ne  ressortissaient  pas  tous  à  la  Cour  de  Looz  ;  la  lecture  des 
registres  de  cette  Cour  m'a  convaincu  qu'il  devait  y  avoir  un 
grand  nombre,  d'alleux  qui  n'y  ressortissaient  point.  L'ancienne 
formule  dont  elle  se  servait  ,  me  porte  à  croire  qu'il  n'y  avait 
d'autres  alleux  ,  qui  y  ressortissaient ,  que  ceux  qui  provenaient 
des  anciens  comtes  de  Looz. 

Tous  les  actes  de  mutation  et  d'hypothèque  ,  dont  ces  biens 
étaient  l'objet,  devaient  être  réalisés  par  la  Cour.  Dans  un  acte 
de  mutation ,  le  propriétaire  se  défaisait  de  la  propriété  et  la 
remettait  entre  les  mains  de  la  Cour  en  jetant  un  brin  de  paille 
à  terre,  in  manus  nostri  judicis  reportavit,  effestucavit  et  werpivit  ; 
in  ons  Richters  liant  opgliedraeghen  met  halme  eweech  werpende  ; 
la  Cour  mettait  l'acquéreur  en  possession  en  déposant  entre 
ses  mains  une  faucille,  une  motte  de  terre  et  une  branche  verte 
cum  cultello,  cespite  et  viridl  ramo  investivimus  et  adhœredavunus; 
met  mess ,  resch  ende  groene  ryse  duerin  gegicht  ende  gegoedt. 
Les  contestations  concernant  ces  biens  étaient  jugées  aussi  par  la 
Cour. 

lies  autres  cours  allodiales  du  comté,  telles  que  celles  de  Bilsen 
et  de  Stockem,  plusieurs  Cours  censales,  telles  que  celle  située 
à  Haeren  ci-devant  appelée  la  Cour  de  Momfels  ,  celle  située 
à  Herten,  appelée  la  cour  de  Graeth,  celle  de  Betgoven,  située 
à  Grand-Jaminne,  ressortissaient  en  appel  à  la  Cour  de  Looz, 
qui  était  la  suprême  Cour  allodiale  de  tout  le  comté.  Au 
XVIe  siècle  les  juges  de  cette  Cour  se  plaignirent  au  prince  , 
comte  de  Looz  ,  de  ce  que  plusieurs  biens  ressortissant  à  leur 
Cour  se  transportaient  par  devant  les  Cours  et  Justices  de 
l'endroit  où  ces  biens  étaient  situés  ;  ils  se  plaignirent  en  second 
lieu  de  ce  que  de  leurs  Cours  subalternes  on  appelait  souvent 
devant  d'autres  Cours  de  justice.  Le  prince-évêque ,  Ferdinand 
de  Bavière ,  fit  droit  à  leurs  réclamations  ;  par  un  édit  du 
10  mars  1613  ,  il  défendit  à  toutes  les  Cours  de  réaliser  des  actes 
concernant  les  biens  allodiaux  ressortissant  à  la  Cour  allodiale 
de  Looz  ;  il  défendit  en  outre  à  toutes  les  Cours  qui  y  ressor- 
tissaient en  appel ,  d'introduire  leurs  appels   devant  une  autre- 


—  351  — 

Cour.    Cet  édit  fut   confirmé  par   le    prince -évèque  Maximiïiea 
de  Bavière,  le  4  mai  1684.  («) 

Cour  des  échevins. 

Cette  cour  était  composée  d'un  mayeur,  villicus,  Schoutet,  et 
de  sept  échevins.  Son  origine  est  inconnue.  Le  mayeur  de  Looz, 
villicus  de  Los,  est  mentionné  dans  un  diplôme  du  comte  Arnoul 
de  Tan  1230.  (2) 

Le  plus  ancien  acte  connu  de  cette  cour,  est  de  l'an  1305.  En 
voici  le  préambule  :  Wilhelmus  de  Middelhem  Schultetus.  Wil- 
helmus  Pluge,  Adam  de  Grathem,  Gkiselbertus  Camerarius,  Amol- 
dus  de  Trajeclo,  Leonms,  Heuricus  Kempe  et  Johannes  dichis  de 
Hercke,  seabini  libertalis  lossensis... 

La  juridiction  de  cette  cour  s'étendait  non-seulement  sur  la 
ville  de  Looz  et  sa  banlieue,  mais  encore  sur  les  communautés  de 
Cuttecoven,  Gothem,  Hex  ,  Hendricken,  Rullecoven,  Kerniel, 
Colen  et  sur  les  hameaux  qui  en  dépendaient. 

Tous  les  biens,  à  peu  d'exceptions  près,  situés  dans  la  com- 
mune de  Looz,  soit  allodiaux,  soit  censaux,  ressortissaient  à  la 
cour  des  échevins. 

Cette  cour  jugeait  des  causes  civiles  et  des  causes  criminelles 
sans  recharge,  c'est-à-dire,  sans  être  obligée  d'en  référer  d'abord 
à  une  cour  supérieure.  Jusqu'au  XIIIe  siècle,  on  appelait  de  ses 
sentences  à  celle  de  Ylermael. 

Ceux  qui  avaient  été  condamnés  à  mort  par  la  cour  des  éche- 
vins au  moyen-âge,  étaient  exécutés  au  Hulsberg.  Ce  fait  est  men- 
tionné dans  un  acte  d'échange  passé  en  1319  entre  le  chapitre  de 
Looz  et  l'abbaye  de  Herckenrode  (5).  Nicolas  Poislevache,  doyen 
du  chapitre  de  Looz,  érigea  en  cet  endroit,  l'an  1689,  une  cha- 
pelle à  l'imitation  de  l'église  de  Notre-Dame  de  Lorrette  en  Italie. 

('jV.  Robyns,  Slaltita,  page  \  03. 

(2)  V.  Robyns,  Diplomala,  p.  23. 

(3)  «  In  territorio  siluato  inter  villara  diclam  Golhem  et  montera 
dictum  Holsberch,  ubi  supplicium  dampnatorura  in  Los  solet  exerceri.  » 


—  352  — 

Dans  le  courant  du  XIIIe  siècle,  Looz  reçut  d'un  de  ses  comtes 
des  droits,  libertés  et  franchises  semblables  à  ceux  de  la  ville  de 
Liège;  dès  lors  ses  habitants  furent  soumis  au  droit  liégeois  et 
devaient  être  jugés  d'après  ce  droit.  Depuis  cette  époque,  la  cour 
des  échevins,  siégeant,  soit  pour  juger  les  bourgeois  de  Looz,  soit 
pour  réaliser  les  actes  concernant  les  biens  situés  dans  la  commune, 
prit  le  nom  de  Cour  des  échevins  de  la  franchise  de  Looz.  Siégeait- 
elle  pour  juger  les  personnes  des  villages  voisins  ou  des  biens 
qui  y  sont  situés  d'après  le  droit  lossain ,  elle  prenait  le  nom 
de   Cour  des  échevins  de  Grathem. 

Thierry,  comte  de  Looz,  demanda  à  l'empereur  Charles  IV, 
pendant  son  séjour  à  Maestricht,  la  confirmation  de  ses  fiefs. 
L'empereur  le  confirma,  le  19  février  1357,  dans  la  possession  de 
quatre  cours  de  justice  du  comté,  savoir  :  de  celle  de  Weert, 
près  de  Montenacken,  de  celle  de  Grathem,  près  de  Looz,  de 
celle  d'Eyck,  près  de  Bocholt  etBilsen,  de  celle  de  Walderen  près 
de  Stockem,  et  de  celle  de  Yliermael.  Arnoul,  sire  de  Rummen, 
qui  avait  acheté,  le  25  janvier  1362,  les  droits  de  Godefroid  de 
Dalenbroek  au  comté  de  Looz,  demanda  au  même  empereur  l'in- 
vestiture de  plusieurs  fiefs;  celui-ci  lui  donna,  le  25  décembre 
1362,  pendant  son  séjour  à  Aix,  l'investiture  de  plusieurs  fiefs, 
entre  autres,  des  quatre  cours  que  je  viens  de  citer.  Les  habitants 
de  Montenacken,  de  Bilsen  et  de  Stockem,  étaient  soumis  au  droit 
liégeois  et  étaient  jugés  par  une  cour  interne;  cette  cour  jugeait- 
elle  les  autres  sujets  de  son  ressort  d'après  le  droit  lossain,  elle 
prenait  la  dénomination  d'un  hameau  voisin  soumis  à  ce  droit. 

De  la  cour  des  échevins  de  Grathem  on  appelait  à  celle  de 
Viermael  ;  de  la  cour  des  échevins  de  la  franchise  de  Looz,  on 
appelait  à  celle  des  échevins  de  Liège,  quand  il  s'agissait  des  bour- 
geois de  Looz,  parce  qu'ils  étaient  soumis  au  droit  liégeois,  et  à 
celle  de  "Vliermael,  quand  il  s'agissait  de  biens  situés  dans  la  com- 
mune de  Looz,  parce  que  ces  biens  étaient  régis  par  la  loi  lossaine. 

La  franchise  de  Looz,  appelée  binnehùp,  s'étendait  jusqu'au 
Graetendrics,  Gillebroek,  Terlocht  et  Nederheim. 

llobyns  pense  que  c'est  la  mutation  de  la  loi  nouvelle  du  8  oc- 
tobre 1386  qui  a  soumis  les  habitants  de  Looz  à  la  loi  de  Liège 


—  353  - 

et  par  conséquent  a  donné  lieu  à  la  division  de  la  juridiction  de 
la  cour,  en  cour  de  la  franchise  de  Looz  et  cour  extérieure  de 
Grathem.  Les  documents  que  je  viens  de  citer  prouvent  que  cette 
division  est  antérieure  à  l'an  1386.  D'ailleurs,  la  loi  précitée 
suppose  les  villes  du  comté  de  Looz  déjà  soumises  à  la  loi  de 
Liège  (1). 

Cette  division  de  la  juridiction  de  la  cour  a  été  très-probable- 
ment supprimée  depuis  la  soumisssion  des  villes  confédérées  en 
1467  jusqu'en  1177.  Charles-le-Téméraire,  duc  de  Bourgogne  et 
de  Brabant,  vainqueur  des  villes  confédérées  de  la  principauté  de 
Liège,  imposa,  le  8  novembre  1467,  à  celles  du  comté  de  Looz, 
entre  autres  conditions,  celle  de  renoncer  entre  ses  mains  à  leurs 
privilèges  et  franchises.  A  la  mort  de  Charles,  en  1477,  les  villes 
de  la  principauté  rentrèrent  dans  la  jouissance  de  leurs  privilèges, 
et  celle  de  Looz  vit  rétablir  la  double  juridiction  de  la  cour  des 
échevins;  on  lit,  en  effet,  dans  le  registre  1470-1477  :  XVI  dage 
junii  an.  LXXVII,  dativy,  schepen,  eerste  genachten  hielen  in  die 
banclc  van  Grathem.  Op  den  maendach  acht  dage  hj/r  bevoeren  is 
voor  ons  scoutet  en  schepen  van  Grathem  comen  Joncher  Jan  van 
Corteels...  » 

Le  mayeur  et  les  échevins  étaient  nommés  à  vie  par  les  comtes 
de  Looz.  Les  mêmes  mayeur  et  échevins  formaient  la  cour  allodiale, 
la  cour  des  échevins  de  la  franchise  et  la  cour  des  échevins  de 
Grathem. 

Cours  de  tenants. 

Il  y  avait  plusieurs  cours  de  tenants  ayant  leur  siège  à 
Looz.  Dans  les  registres  cités,  on  trouve  un  grand  nombre  d'actes 
réalisés  devant  les  cours  de  Hendriken,  de  Cuttecoven,  de 
Corswaremme,  de  Hoenshoven,  de  Pietershem  et  de  Neder- 
heim.  La  cour  de  tenants  de  Hendricken  appartenait  ancien- 
nement aux  comtes  de  Looz  ;  il  est  probable  qu'il  en  fut  de 
même  des  autres. 

(')  V.  Robyns,  Topograpliia,  p.  148. 


—  384  — 

Il  y  avait  en  outre  les  cours  de  tenants  de  S.  Odulphe  et  des 
Sœurs  de  Looz,  celle  du  chapitre  et  celle  de  Looz  (*). 

A  Rullingen  se  trouvait  une  cour  de  tenants  que  Levoldus 
Treuning  releva  en  1390  à  la  cour  féodale  de  Curange  du  prmce- 
évêque  de  Liège  comme  comte  de  Looz. 


HOPITAUX,  BEGUINAGES  ET  LAZARETS    DE  LOOZ. 

Le  comte  Emmon  fonda  Fan  1060  l'hôpital  dit  de  Grathem  pour 
les  pèlerins  et  les  voyageurs,  le  dota  et  le  confia  à  l'abbé  de  St.- 
Trond  à  la  condition  qu'il  le  ferait  desservir  par  des  sœurs  converses 
de  son  abbaye.  Le  comte  se  réserva  ainsi  qu'à  ses  successeurs 
l'avouerie  de  l'hôpital.  J'ignore  si  l'abbé  remplit  la  condition  ; 
je  n'ai  plus  trouvé  aucune  mention  de  sœurs  desservant  l'hôpital. 
Le  comte  Louis  affectionna  tellement  l'hôpital  qu'il  y  choisit  sa 
sépulture.  Il  y  fut  enterré  dans  la  chapelle  l'an  1171  ;  a  tombe 
s'y  voit  encore  aujourd'hui.  Sa  veuve  Agnès  dota  l'hôpital 
en  1 174  de  sa  propriété  de  Hex,  appelée  plus  tard  Miinckhof  et  le 
donna  à  l'abbaye  de  Villers  à  la  condition  que  l'abbé  y  placerait 
des  religieux  de  son  ordre.  Des  religieux  y  furent  placés,  mais  le 
concours  des  pèlerins  et  des  pauvres  voyageurs  qu'ils  devaient 
héberger  et  soigner,  fut  incompatible  avec  la  discipline  monas- 
tique et  ne  leur  permit  pas  de  s'y  fixer.  La  comtesse  ne  voulut 
point  laisser  les  religieux  retourner  à  Villers  ,  les  établit  à 
Munckhof  et  leur  donna  cette  terre  à  la  condition  qu'ils  payeraient 
annuellement  dix  solidi  aux  chanoines  de  Looz  pour  l'anniver- 
saire du  comte  Louis,  trente  solidi  au  prêtre  desservant  la 
chapelle  de  l'hôpital,  et  enfin  dix  muids  de  seigle  et  dix  muids 
d'orge  pour  l'entretien  de  l'hôpital  et  du  prêtre.  L'an  1230,  le 
comte  Arnoul  approuva  la  donation  d'Agnès  ,   mais  il  en  aug- 

(')  Y.  Do  Corswarem,  Mémoire  historique,  p.  541. 


-  355  — 

menta  les  charges  qui  ont  été  régulièrement  payées  jusqu'à  la  fin 
du  XVIIIe  siècle  (1). 

Le  comte  Arnoul  dans  son  diplôme  de  1230,  recommande  au 
proviseur  de  l'hôpital  de  n'y  héberger  que  les  pauvres  honnêtes 
et  nécessiteux  et  d'en  exclure  les  histrions,  les  ribauds  et  les 
femmes  de  mauvaise  vie.  J'ignore  jusqu'à  quelle  époque  l'abbé 
de  Villers  conserva  la  direction  de  l'hôpital.  Au  XVIe  siècle 
elle  était  entre  les  mains  des  sept  corps  de  métiers  de  la  ville,  qui 
y  placèrent  des  pauvres  de  l'endroit,  et  au  XVIIe  siècle  elle  était 
entre  celles  du  Conseil  communal  ;  l'an  1633  il  céda  l'usufruit 
de  l'hôpital  et  ses  revenus  à  Tilman  Peters  (gast-huis-meester) 
à  la  condition  de  l'entretenir,  d'y  héberger  et  d'y  soigner  à  ses 
frais  les  pèlerins  et  les  pauvres  voyageurs;  le  28  janvier  1714  il 
l'adjugea  même  aux  enchères  aux  conditions  ordinaires  ;  Jean 
Pallen  en  fut  l'adjudicataire  pour  la  somme  de  182  florins.  Cet 
état  de  choses  dura  jusque  vers  l'an  1780.  A  cette  époque  l'hô- 
pital n'était  plus  que  le  refuge  des  mendiants,  des  vagabonds  et 
des  voleurs ,  qui  s'y  rendaient  le  soir  pour  y  passer  la  nuit.  Pour 
remédier  à  ces  abus,  l'administration  communale  le  fit  fermer,  et 
en  1786  les  mambours  de  la  mense  des  pauvres  prièrent  l'ar- 
chidiacre de  la  Hesbaye  de  l'y  incorporer  ;  ce  qu'il  fit  par  un 
décret  du  21  juin  sous  la  réserve  que  les  revenus  suivraient  leur 
ancienne  destination,  savoir,  qu'ils  seraient  distribués  en  au- 
mônes aux  pauvres  voyageurs  pour  se  procurer  un  logement.  Le 
bureau  de  bienfaisance  en  possède  aujourd'hui  les  revenus;  l'an- 
cien hôpital  fut  démoli  en  1836  et  remplacé  par  une  nouvelle 
maison  qui  sert  aujourd'hui  d'habitation  aux  gendarmes. 

Près  de  l'hôpital  se  trouvait  le  béguinage  de  Grathem.  H  est 
dit  dans  la  règle  des  béguines  approuvée  en  1497,  qu'il  fut  fondé 
et  doté  par  les  comtes  de  Looz  et  placé  dès  son  origine  sous  la 
direction  et  la  protection  de  l'abbé  de  Villers.  L'époque  précise 
de  la  fondation  m'est  inconnue  ;  la  plus  ancienne  mention,  que 
j'en  connaisse,  est  de  l'année  1267.  René,  écolàtre  de  la  collé- 

(J  )  Bulletin  de  la  Société  du  Limbourg,  t.  V,  p.  17  et  159.  Robyns, 
Diplomala,  p.  21 . 


—  356  - 

giale  de  Tongres,  fit  cette  année  des  legs  aux  béguinages  de  Looz, 
de  St.-Trond,  de  Hasselt,  de  Bilsen  et  de  Maseyck  (1). 

Iil,!,  veuve  de  Libert  Fastrart  de  Looz,  fonda  vers  l'an  1425 
dans  sa  maison,  qui  comprenait  deux  habitations,  un  hôpital 
pour  les  pauvres  gens  et  les  pèlerins  et  un  béguinage.  L'habita- 
tion convertie  en  béguinage  louchant  au  nord  à  la  rue  Neclers- 
traet,  au  midi  à  la  maison  décanale  et  à  celle  de  l'écolàtre.  L'ha- 
bitation convertie  en  hôpital  était  à  l'ouest  de  la  première 
et  avait  une  sortie  dans  la  Papenstraet,  qui  devint  bientôt  une 
ruelle  et  s'appelle  encore  aujourd'hui  Gasthuisteeg.  La  pieuse 
veuve  avait  déjà  établi  neuf  lits  dans  l'hôpital  et  disposa 
qu'après  sa  mort  ce  nombre  fut  augmenté  de  quatre.  Elle 
avait  déjà  établi  aussi  sept  béguines  dans  la  seconde  habitation; 
elle  disposa  qu'à  leur  décès  ou  sortie,  elles  seraient  rem- 
placées par  des  femmes  pieuses  âgées  au  moins  de  quarante 
aûs ,  et  de  préférence  par  des  personnes  de  sa  famille  ou  de 
celle  de  son  mari.  Chaque  béguine  devait  léguer  au  bé- 
guinage la  somme  de  cinq  griffons  (grypen)  ou  une  rente  d'une 
mesure  de  seigle  ;  la  béguine,  qui  quittait  le  béguinage,  devait 
donner  le  double  ;  pour  qu'on  put  fournir  toutes  les  choses  néces- 
saires à  l'hôpital  et  au  béguinage,  la  fondatrice  légua  une  rente  de 
vingt  muids  de  seigle.  Elle  nomma  les  deux  mambours  des 
pauvres,  receveurs  et  administrateurs  de  la  double  fondation  et 
les  obligea  à  rendre  compte  chaque  année  aux  deux  bourgmes- 
tres et  au  Conseil  communal.  Elle  disposa  enfin  que,  si  l'hôpital 
et  le  béguinage  venaient  à  tomber  en  ruine  et  ne  fussent  point 
rétablis,  les  biens  légués  passeraient  à  l'hôpital  de  St. -Jean 
Baptiste  à  Liège.  Le  conseil  communal  et  les  corps  de  métiers 
agréèrent  la  double  fondation  (s). 

Il  n'est  point  dit  par  qui  l'hôpital  devait  être  desservi ,  ni  par 
qui  les  béguines  seraient  nommées;  l'ensemble  de  l'acte  me  porte  à 
croire  que  le  conseil  communal  devait  nommer  les  personnes  qui 
tiendraient  l'hôpital,  et  pourvoir  aux  places  de  béguines. 


(  '  )  Bulletin  de  la  Société  du  Limbovrg, 
[i]  Recueillir  Testament*,  fol.  M, 


—  357   — 

J'ignore  quel  fut  le  sort  de  ce  béguinage  et  jusqu'à  quelle 
époque  il  a  subsisté  :  quant  à  l'hôpital,  il  perdit  sa  destination 
primitive;  aux  XVIe  et  XVIIe  siècles  il  servit  de  demeure  à  trois 
pauvres  femmes  que  l'autorité  communale  y  plaçait  et  qui  en 
percevaient  les  revenus.  En  1646,  ce  n'était  plus  qu'une  petite 
maison  appelée  Kleinvrouwengasthuis  ;  ses  revenus  ne  montaient 
plus  qu'à  21  florins  et  22  mesures  de  seigle.  Le  25  février  1646 
le  conseil  et  les  métiers  donnèrent  le  petit  hôpital  avec 
ses  revenus  aux  pères  Brigittins  à  la  condition  qu'ils  célébre- 
raient chaque  semaine  une  messe  pour  la  fondatrice  et  les  bienfai- 
teurs. Le  prince-évêque  approuva  la  donation  le  20  février  1647. 

En  1636  une  épidémie  sévissait  dans  les  villages  voisins  ;  les 
habitants  pour  y  échapper  se  réfugièrent  dans  la  ville  de  Looz 
et  y  portèrent  la  contagion.  Le  conseil  communal  prit  aussitôt 
des  mesures  ;  le  20  juin  il  ordonna  à  tous  les  étrangers  de 
sortir  de  la  ville,  établit  des  lazarets  (pest-huiskens)  hors  ville, 
près  du  cimetière  actuel,  et  ordonna  d'y  porter  les  malades 
pauvres.  Le  3  août  il  défendit  aux  habitants  des  maisons  infec- 
tées de  se  mêler  au  public  soit  à  l'église  soit  ailleurs.  Le  fléau  en- 
leva le  curé  Goetsbloets,  le  sacristain  Cox,  l'un  des  bourgmestres, 
quatre  conseillers  communaux  et  décima  la  population.  Le  nombre 
des  morts  fut  si  considérable  que  le  conseil  craignant  les 
exhalaisons  pestilentielles  fit  exhausser  le  cimetière  par  des 
couches  de  terre  mêlée  de  chaux. 

Les  lazarets  servirent  encore  à  leur  destination  primitive  pen- 
dant les  années  1668,  1669  et  1676  où  de  nouvelles  épidémies 
désolèrent  le  pays. 

Depuis  cette  époque  les  lazarets  furent  convertis  en  hermitage. 
En  1720,  le  conseil  communal  en  donna  l'usufruit  à  Joseph 
Derwaux,  à  la  condition  d'y  construire  une  chapelle,  de  soigner 
les  malades  à  domicile,  d'ensevelir  les  morts  et  de  mettre  les 
lazarets  à  la  disposition  des  infectés  en  cas  d'épidémie.  La  cha- 
pelle fut  bâtie  en  1721.  Ce  fut  aux  mêrues  conditions  qu'on 
donna  successivement  l'hermitage  à  J.  J.  Ottens,  à  Henri  Gilen 
en  1759  et  à  Henri  Weertz  en  1786.  Aujourd'hui  il  est  la 
propriété  de  la  famille  D'Awans. 

36 


—  338  - 
VI 

LA  MENSE  DES  PAUVRES. 

La  mense  des  pauvres  est  très-ancienne;  son  origine  m'est 
inconnue.  L'an  1400 ,  date  de  son  plus  ancien  registre,  ses 
revenus  étaient  déjà  importants.  Depuis  le  XVe  siècle  au  moins 
les  sept  métiers  en  nommaient  chaque  année ,  le  dimanche 
après  la  Toussaint ,  le  receveur  (  heiligen-geestmeester ,  plus 
tard  armen-meester).  Celui-ci  rendait  chaque  année  son  compte 
au  Conseil  communal.  L'administration  ordinaire  était  entre 
les  mains  du  curé,  du  mayeur,  des  bourgmestres  et  du  Conseil 
Les  affaires  majeures,  telles  que  les  aliénations  de  biens ,  de- 
vaient être  soumises  aux  délibérations  des  sept  métiers  et  à 
l'approbation  de  l'archidiacre  de  la  Hesbaye.  C'est  ainsi  qu'en 

1570  les  métiers  délibérèrent  sur  la  location    des    biens,    en 

1571  sur  un  procès  à  intenter  et  en  1620  sur  le  mode  de  distri- 
buer les  revenus.  Cette  dernière  charge  incombait  au  curé  et  au 
receveur,  d'après  les  règles  tracées  par  le  Conseil  communal  ou 
par  les  métiers. 

En  1749,  les  bourgmestres,  Maître- Jean  et  Tercaefs,  préten- 
dirent que  le  curé  n'était  pas  un  des  mambours  des  pauvres  et 
que  ses  billets  de  distribution  devaient  être  approuvés  par  eux. 
Le  curé  leur  intenta  un  procès  devant  l' officiai  ;  ils  le  soutinrent 
sans  l'autorisation  des  métiers  et  le  perdirent  ;  lorsqu'ils  vou- 
lurent en  faire  payer  les  frais  par  la  ville,  les  métiers  s'y  oppo- 
sèrent vivement,  parce  qu'il  avait  été  soutenu  sans  leur  permis- 
sion. Parmi  les  bienfaiteurs  de  la  mense  des  pauvres,  il  faut  comp- 
ter le  chanoine  Lambert  Stapel ,  mort  en  1526  ;  son  épitaphe 
porte  qu'il  l'a  enrichie  :  tlitalor  pauperum  ;  Henri  de  Hinnisdael 
fit  aussi  un  legs  important  aux  pauvres  en  1516. 

Pendant  les  temps  calamiteux  des  XVIe  et  XVIIe  siècles  l'au- 
torité communale  aliéna  avec  l'assentiment  de  l'archidiacre  une 
partie  notable  des  biens  de  la  mense  pour  satisfaire  aux  exac- 
tions militaires  ;  il  est  vrai  que  l'autorisation  ne  fut  accordée 
que  sous  la  condition  que  la  ville  rachèterait  les  biens  aliénés,  mais 


—  359  — 

ces  rachats  n'eurent  pas  lieu,  faute  de  ressources.  C'est  ainsi  que 
pendant  les  années  réunies  de  1591,  1625,  1675-1679,  1692  et 
1695,  un  revenu  de  plus  de  trente-deux  muids  de  seigle  fut 
aliéné. 

Au  XVIIIe  siècle,  plusieurs  dépenses  communales  furent  mises 
par  l'autorité  civile  à  la  charge  de  la  mense  et  provoquèrent  de 
vives  réclamations  de  la  part  du  curé  Box  ;  mais  ses  réclama- 
tions ne  firent  pas  disparaître  l'abus.  Il  trouva  par  ses  recherches 
que  pendant  les  XVIIe  et  XVIIIe  siècles  la  mense  avait  perdu 
un  revenu  de  40  muids  de  seigle  par  l'incurie  et  les  dilapida- 
tions des  mambours. 

VII 

ÉCOLE. 

Il  y  avait  depuis  le  milieu  du  XIe  siècle  dans  la  collégiale  un 
bénéfice  appelé  Eeoldtrie,  parce  que  le  titulaire  était  obligé  de 
tenir  l'école  et  d'instruire  la  jeunesse. 

Dans  le  principe  l'école  était  fréquentée  principalement  par 
les  enfants  de  chœur  et  les  jeunes  chanoines  ou  bénéficiers  qui 
n'avaient  pas  encore  fait  leurs  études  ;  lors  de  la  cérémonie 
d'installation,  le  doyen  du  chapitre  conduisait  ceux-ci  à  l'école 
où  il  les  mettait  en  possession  d'une  place  sur  les  bancs  ;  cet 
usage  s'est  conservée  jusque  dans  les  derniers  temps,  quoi- 
que depuis  des  siècles  les  jeunes  chanoines  ou  bénéficiers  al- 
lassent faire  leurs  études  ailleurs. 

La  collation  del'écolâtrie  appartenait  au  chapitre  déjà  avant 
l'an  1225,  Une  pouvait  la  conférer  qu'à  un  chanoine. 

Les  chanoines  écolâtres  cessèrent  d'instruire  la  jeunessse  par 
eux-mêmes  (j'ignore  à  quelle  époque),  et  se  firent  remplacer 
par  un  maître  d'école  dont  la  présentation  leur  appartenait  et  que 
nommait  le  chapitre.  Cependant  l'autorité  communale  intervint 
déjà  avant  le  XVIe  siècle,  dans  la  nomination  du  maître  d'école 
parce  qu'elle  lui  payait  un  subside.  Le  2  août  1534,  le  conseil 
alloua  au  maître  d'école  Jean,   desservant  de  l'église  de  Cutte- 


-  300  - 

coven,  un  subside  annuel  de  17  florins  de  Rhin  ,  et  fixa  en 
inîme  temps  la  rétribution  annuelle  des  élèves  :  les  élèves  de 
la  première  classe  (die  lionnen  text  leeren)  paieront  un  florin, 
ceux  de  la  seconde  quinze  sous  et  les  autres  (die  honnon 
donart  of  cleyngebet  leeren)  dix  sous  ;  les  pauvres  ne  paieront 
rien. 

Les  maîtres  d'école  y  ont  enseigné  les  éléments  des  lettres 
latines  jusqu'à  la  fin  du  XVIIIe  siècle. 

VIII 

FINANCES. 

Les  ressources  de  la  ville  consistaient  dans  le  produit  de 
l'octroi ,  des  accises  ,    de  la  taxe  et  des  biens  communaux. 

Les  octrois  et  accises  furent  établis  peut-être  déjà  au  XIIIe 
siècle  ;  cependant  la  plus  ancienne  mention  que  j'en  ai  trouvée , 
est  de  l'an  1456.  C'étaient  les  sept  métiers  qui,  chaque  année 
au  Keurclag,  en  réglaient  le  taux  et  les  conditions ,  les  votaient 
pour  une  année  et  les  adjugeaient  en  détail  au  plus  offrant; 
ces  actes  n'étaient  pas  même  soumis  à  l'approbation  du  prince 
pendant  les  XVIe  et  XVIIe  siècles.  Voici  le  résumé  des  adjudi- 
cations qui  eurent  lieu  en  1533  et  en  1795  : 

1533  1795 

Den  groete  toi   (  droits    de  barrière    sur 

charrettes  et  voitures  ) 27    fi.  100 

Den  kleynen  toi  (  droit  d'entrée  sur  les 

bestiaux) ,     .     .  3y  76 

Wyn  accise  (droit  d'entrée  sur  le  vin)      .  72  131 

Brood   accise  (accise  sur  le  pain).      .       .  4  146 

Bier  accise  (  accise  sur  la  bière  )      ...  92  700 

Vlees  accise  (  accise   sur   l'abatage    et  la 

viande) 9  202 

Pontgelt  (droit  d'entrée  sur  les  matières 

pondéreuses) 7  104 

A  reporter.      .        214  1/2        1459 


—  361  — 

Report.     .      .     214  1/2       1459 

Graen  accise  (droit  d'entrée  sur  les  grains).  116 

Eeck  accise  (accise  sur  le  vinaigre).  .  100 
Koolen  en  liout  accise  (droit  d'entrée  sur 

les  houilles  et  le  bois) 131 

Twee  jaermerckten    (  droit  d'entrée   aux 

deux  foires) 338 

Waer  accise  (droit  d'entrée  sur  les  merceries)  267 

Poortgelt 63 

214  1/2  2474 

Le  Keurdag  était  un  véritable  jour  de  fête  civique.  Les 
deux  bourgmestres  et  les  quatorze  conseillers  élus  le  même 
jour  ne  manquaient  point  de  régaler  leurs  électeurs.  Les  adju- 
dicataires des  octrois  et  des  accises  payaient  leurs  pots  de 
vin  (li/hop)  et  une  partie  du  produit  de  l'adjudication  était 
consacrée  aux  frais  de  la  fête  ;  cette  partie  devint  tellement 
notable  à  la  fin  du  XVIIe  siècle ,  que  les  princes-évêques,  dans 
les  règlements  administratifs  qu'ils  donnèrent  à  la  ville , 
défendirent  d'y  consacrer  les  deniers  de  la  commune. 

Yers  Fan  1540  la  ville  possédait  environ  dix  bonniers  de 
prés  (broecken)  et  dix-sept  bonniers  de  terre  arable.  Elle 
levait  en  outre  un  impôt  appelé  Schatting  sur  le  revenu 
présumé  des  bourgeois  ;  cet  impôt  subsiste  encore  aujourd'hui 
sous  le  nom  de  taxe.  Ces  ressources  ne  suffisant  rjas ,  les  métiers 
décidèrent  en  avril  1632,  qu'un  impôt  serait  établi  sur  chaque 
bonnier  et  sur  chaque  rente  des  bourgeois,  quelle  que  fut  la  situa- 
tion du  bien  et  de  l'hypothèque  de  la  rente  ;  la  rente  de  15  florins 
ou  de  15  mesures  de  seigle  comptait  pour  un  bonnier  ; 
en  conséquence,  ils  obligèrent  tous  les  bourgeois  à  faire  sous 
serment  la  déclaration  de  leurs  biens  et  rentes  :  l'impôt  à 
établir  sur  chaque  bonnier  était  de  10  sous  et  s'appelait  bonder- 
gelt.  Quoique  décrétée  par  les  métiers ,  la  déclaration  ne  se  fit 
point  et  l'impôt  ne  fut  établi  que  quelques  années  plus  tard.  Le 
prince-évêque  par  ses  règlements  des  18  août  1695  et  13 
février  1696 ,    régla    cet  impôt  foncier   et    le    combina   avec 


—  369  — 

l'impôt  sur  le  revenu  ,  de  manière  à  ce  que  le  produit  des 
maisons  et  biens-fonds  ne  servit  pas  de  base  à  ce  dernier  ; 
il  établit  un  impôt  de  dix  sous  sur  chaque  bonnier,  chaque 
maison  et  chaque  rente  de  vingt  florins,  affectée  sur  un  bien 
situé  dans  la  commune.  La  taille  personnelle  {schalting,  taxe) 
de  chaque  habitant  de  la  commune ,  était  réglée  eu  égard 
à  son  trafic ,  à  son  commerce ,  ou  à  sa  fonction ,  par  les 
bourgmestres  et  les  sept  conseillers  perpétuels ,  qui  détermi- 
naient combien  chacun  devait  payer  à  la  taille,  lorsque  le 
bonnier  payait  dix  sous.  Tous  les  bonniers  situés  dans  la 
commune  de  Looz  étaient  sujets  à  la  taille  réelle ,  à  moins 
qu'ils  ne  fussent  cultivés  par  des  habitants  des  villages  voisins 
et  que  ceux-ci  y  payassent  déjà  la  taille  ;  depuis  son  établisse- 
ment, cet  impôt  éprouva  des  résistances  opiniâtres  de  la  part  des 
habitants  des  villages  voisins  et  donna  lieu  à  de  longs  procès  sur 
les  limites  de  la  commune  de  Looz ,  qu'ils  tendaient  à  rétrécir 
pour  soustraire  leurs  bonniers  à  la  taille  réelle. 

Ni  les  habitants  de  Looz ,  ni  ceux  des  villages  voisins, 
ne  se  pressèrent  de  faire  la  déclaration  de  leurs  biens  et 
rentes.  Le  prince  leur  écrivit  le  18  septembre  1698  «  que 
«  ceux  qui  manqueront  à  rapporter ,  aux  huit  jours  de  la  publi- 
ez cation  de  cette ,  le  nombre  de  bonniers  qu'ils  cultivent 
»  conformément  au  règlement ,  seront  atteints  d'une  amende 
«  de  trois  florins  d'or.  «  Après  bien  des  difficultés ,  l'impôt 
fut  établi.  Le  village  de  Grand-Looz,  étant  membre  du  Vroenhof 
et  un  des  onze  bancs  de  St.-Servais,  appartenait  aux  Provinces- 
Unies  ,  et  à  ce  titre  ses  habitants  refusaient  de  payer  la  taille 
réelle  de  leurs  terres  situées  dans  la  commune  de  Looz.  Le 
procès,  qui  s'en  suivit,  donna  lieu  à  la  convention  générale  qui 
fut  conclue  le  8  mai  1712  entre  le  prince-évêque  et  les  Etats- 
Généraux  ;  en  vertu  de  cet  accord  des  tailles  peuvent  être  im- 
posées par  l'autorité  du  lieu  sur  les  biens-fonds  des  sujets 
des  deux  parties  contractantes;  elles  seront  payées  au  lieu  de 
la  situation  et  par  les  propriétaires  aux  deux  tiers;  l'article 
deux  spécifie  la  qualité  des  charges  et  dettes,  dans  lesquelles 
les  afforains  possesseurs  des  biens-fonds   devront  contribuer  , 


—  363  — 

savoir  :  les  tailles  imposées  ou  accordées  par  les  Elats  du  pays, 
les  argents  de  protection,  les  contributions  et  rachats  de  four- 
ragement  et  les  rentes  et  dettes  contractées  pour  ces  causes. 
Cet  article  donna  lieu  à  de  nouvelles  difficultés  et  à  de  nou- 
veaux procès  entre  la  ville  de  Looz  et  le  village  de  Grand- 
Looz,  qui  ne  furent  terminés  que  le  1er  juillet  1745  ,  par  une 
transaction  entre  les  deux  parties.  L'impôt  foncier  fut  succes- 
sivement augmenté  et  porté  à  cinq  florins  par  bonnier  ,  pour 
subvenir  aux  charges  de  la  ville;  dans  les  temps  d'exactions 
militaires  ,  l'impôt  sur  le  revenu  fut  imposé  et  levé  jusqu'à 
quatre  et  cinq  fois  la  même  année. 

Quoique  la  principauté  fût  reconnue  pays  neutre  depuis 
l'an  1492  ,  et  que  les  troupes  étrangères  ne  pussent  y  passer 
et  s'y  procurer  des  vivres  qu'avec  l'autorisation  du  prince  et 
moyennant  payement,  cependant  ces  conditions  ne  furent  jamais 
observées  ;  en  temps  de  guerre,  les  troupes  ennemies  traver- 
saient le  pays  en  tous  sens   et  l' épuisaient  par  leurs  exactions. 

La  petite  ville  de  Looz,  faiblement  protégée  par  ses  fossés  et 
ses  portes,  ne  pouvait  se  garantir  contre  les  troupes  étrangères , 
la  garde  urbaine  n'étant  composée  que  d'une  centaine  d'hommes. 
Les  exactions  et  les  contributions  qu'elles  lui  imposèrent,  furen* 
si  fortes  et  si  nombreuses  qu'elle  dut  successivement  vendre  tous; 
ses  biens  communaux ,  élever  le  taux  des  octrois ,  des  accises  et 
de  la  taxe  et  lever  des  capitaux ,  au  point  qu'à  la  fin  du  XVIIIe 
siècle,  elle  ne  possédait  plus  ni  prés,  ni  terres,  et  se  voyait  sur- 
chargée d'une  dette  de  cent  et  trois  mille  francs.  Nous  mention- 
nerons ici  quelques-unes  de  ces  exactions  militaires. 

En  1568,  Guillaume-le-taciturne  traversa  le  comté  de  Looz 
pour  aller,  disait-il,  chasser  le  duc  d'Albe  et  délivrer  les  Pays- 
Bas  de  la  tyrannie  du  roi  d'Espagne  ;  il  campa  à  Looz ,  fit 
prêcher  l'hérésie  des  calvinistes  par  un  de  ses  ministres ,  brûla 
publiquement  les  statues  des  saints  sur  la  place,  profana  les  choses 
saintes ,  convertit  l'église  en  écurie  après  l'avoir  pillée  et  leva 
de  fortes  contributions  en  vivres  et  en  argent  sur  les  habitants. 

Le  20  sept.  1577,  deux  compagnies  du  régiment  de  Cham- 
pagny  au  service  des  Etats-généraux  des  Pays-Bas  s'emparent  par 


—  364  — 

force  de  la  ville,  tuent  le  curé  Jean  Van  Entbroeck  et  plusieurs 
bourgeois  et  en  blessent  grièvement  d'autres. 

En  1591 ,  le  général  espagnol  Emmanuel  de  Yegas  rançonne 
Looz,  emmène  les  deux  bourgmestres  prisonniers  à  Léau  et  ne 
les  relâche  que  contre  une  forte  rançon. 

En  1604,  le  capitaine  Anthony-Griets,  chef  des  altérés  ou 
mîdinés  à  Ruremonde,  pressure  la  ville  et  l'oblige  à  vendre  des 
biens  pour  satisfaire  à  ses  extorsions. 

En  1606,  les  séditieux  de  Diest  s'emparent  de  Looz,  lui 
imposent  de  fortes  contributions  et  emmènent  des  bourgeois  pri- 
sonniers qu'ils  n'élargissent  que   moyennant  rançon. 

Eu  1624,  Bergaigne,  gouverneur  militaire  de  Breda  et  La- 
mottrie,  gouverneur  de  Maestricht,  sous  le  prétexte  que  leurs 
soldats  ont  été  insultés  à  Looz  par  les  Espagnols  et  les  bourgeois 
de  la  ville  ,  exigent  plusieurs  milliers  de  florins  en  réparation  de 
l'insulte. 

En  1635,  le  baron  Jean  de  Weert  à  la  tête  de  ses  Croates 
prend  son  quartier  général  à  Looz ,  épuise  la  cité  et  cause  des 
torts  aux  habitants  pour  plus  de  vingt  mille  florins. 

En  1654,  le  duc  de  Lorraine  prit  la  ville  et  leva  une  forte  con- 
tribution militaire.  Ses  troupes  y  pillèrent  les  églises  aussi  bien  que 
les  maisons  des  particuliers  et  y  commirent  toutes  sortes  d'excès. 

De  1673  à  1679,  Looz  fut  mise  à  contribution  à  la  fois  par 
les  troupes  hollandaises ,  les  troupes  françaises  et  les  troupes 
impériales,  et  dut  leur  payer  plus  de  cinquante  mille  florins,  sans 
compter  les  dégâts  causés  aux  particuliers;  en  1675,  le  prince 
d'Orange,  commandant  des  troupes  hollandaises  à  Hasselt , 
extorqua  de  l'argent  au  conseil  et  au  chapitre  en  menaçant  d'in- 
cendier la  ville  et  l'église.  Le  commandant  des  français  à 
Maestricht,  le  commandant  des  troupes  espagnoles  au  siège  de 
Léau  et  Chavenac,  général  des  impériaux  à  Huy,  firent  de 
même  :  «  Les  Espagnols  tirant  des  fourrages  et  rations  de  la 
//  Hesbaye  et  de  tout  le  pays  de  Liège ,  dit  Dumonceau,  l'inten- 
ii  dant  des  troupes  françaises,  et  Sa  Majesté  ne  pouvant  souffrir 
//  que  le  dit  pays  de  Liège  leur  passe  ces  avantages  sans  en  tirer 
//  de  même,  il  est  ordonné  aux  habitants  de....  « 


—  365  — 

De  1692  à  1697,  Caraman,  commandant  de  la  garnison  fran- 
çaise de  Namur ,  impose  de  fortes  contributions  à  Looz  ;  comme 
elle  n'avait  plus  de  quoi  les  payer,  des  troupes  l'envahissent 
pendant  la  nuit  du  13  juin  1696  et  emmènent  prisonniers 
le  mayeur ,  les  deux  bourgmestres  et  deux  autres  bourgeois  ; 
ils  ne  furent  relâchés  qu'après  le  payement  des  contributions  et 
d'une  rançon. 

En  1702,  la  ville  et  les  bourgeois  fournirent  plus  de  15,000 
florins  en  argent,  en  vivres  et  fourrage  aux  armées  françaises, 
hollandaises  et  anglaises;  le  maréchal  de  Bouffers  y  campa  au 
mois  d'octobre. 

L'année  1703  fut  encore  plus  désastreuse;  Marlborough  enleva 
des  céréales  et  des  fourrages  pour  8,000  florins;  les  généraux 
français,  le  duc  de  Montfort ,  le  prince  de  Caraman,  tous  les 
généraux  de  l'aile  droite  des  alliés  passèrent  à  la  tête  de  leurs 
troupes  à  Looz  et  emportèrent  des  subsistances  pour  plus  de 
15,000  florins. 

En  octobre  1704,  des  corps  d'armée  des  alliés  y  campèrent, 
emportèrent  tous  les  vivres  et  toute  la  récolte  et  coupèrent 
plus  de  15,000  arbres  tant  fruitiers  que  de  haute  futaie  ;  les 
dommages  que  les  habitants  souffrirent  cette  année  furent 
évalués  à  300,000  florins. 

En  1706,  le  10  mai,  le  quartier  général  des  Anglais  et  Hollan- 
dais était  de  nouveau  à  Looz,  les  vivres  et  subsistances  furent 
de  nouveau  enlevés  et  les  habitants  réduits  à  l'indigence. 

En  1708,  se  trouvent  à  Looz  à  la  tête  de  leurs  troupes,  le 
prince  de  Hesse  et  le  général  Van  Spiegel;  en  1712  le  prince 
Lobkowitz,  en  1713  le  commandant  Elick,  et  le  prince  Dolro- 
kosky  ;  tous  mettent  la  ville  à  contribution. 

En  1746  et  1747,  elle  voit  les  troupes  des  parties  belligé- 
rantes, principalement  les  hongrois  et  les  français,  passer  par 
ses  murs  et  emporter  ses  subsistances. 

Enfin,  de  1791  jusqu'àl798,  elle  fut  continuellement  accablée, 
soit  de  logements,  soit  de  contributions  militaires. 


-  3G6  — 
IX 

LES    MÉTIERS. 

Il  y  avait  à  Looz  sept  corps  de  métiers,  savoir  :  les  forgerons, 
les  boulangers,  les  brasseurs,  les  boucliers,  les  tisserands,  le9 
cordonniers  et  les  merciers  ;  toutes  les  autres  professions  se 
rattachaient  à  l'un   ou   l'autre  de  ces   corps. 

Chacun  élisait  chaque  année  ses  deux  doyens  et  son  secrétaire. 
Personne  ne  pouvait  exercer  une  de  ces  professions  sans  être 
bourgeois  et  avoir  été  préalablement  reçu  dans  le  métier.  L'ad- 
mission se  faisait  à  la  pluralité  des  suffrages. 

Les  bourgeois  ne  pouvaient  faire  exécuter  que  par  les  gens  de 
métiers  de  la  ville,  les  ouvrages  qui  se  rapportaient  à  leur  pro- 
fession. 

X 

l'administration  communale. 

Dans  le  principe,  c'était  la  cour  des  échevins  qui  cumulait  les 
fonctions  administratives  avec  le  pouvoir  judiciaire. 

J'ignore  à  quelle  époque  précise  furent  institués  les  métiers 
comme  corps  administratifs,  avec  faculté  d'élire  deux  bourg- 
mestres et  des  conseillers  chargés  d'administrer  la  ville.  La 
plus  ancienne  mention  que  j'en  connaisse  est  de  l'an  1400;  elle 
se  trouve  dans  la  convention  par  laquelle  le  chapitre  d'un  côté, 
les  maîtres-à-temps,  les  conseillers  jurés  et  toute  la  communauté 
de  l'autre,  conviennent  de  bâtir  la  tour  de  l'église. 

La  ville  de  Looz  s'était  confédérée  avec  les  autres  bonnes  villes 
du  pays  contre  le  prince-évêque  Jean  de  Bavière.  Les  chanoines 
de  la  collégiale  ne  voulant  adhérer  ni  à  l'évêque  intrus  Thierry  de 
Perwez  ni  à  son  père  le  mambour  Henri  de  Perwez,  furent  persé- 
cutés parles  Haidroits  et  obligés  de  s'enfuir  en  1407.  Ils  se  reti- 
rèrent àDiestety  restèrent  jusqu'en  octobre  1408.  Les  troupes 
des  bonnes  villes  perdirent  la  bataille  d'Othée  le  23  septembre. 
Leurs  vainqueurs  Jean-Sans-Peur  duc  de  Bourgogne  et  Guillaume 
comte  de  Hollande,  leur  imposèrent  le  24  octobre  des  conditions 
de  paix  bien  dures  :  ils  supprimèrent  les  libertés,  les  franchises, 


—  367  — 

les  privilèges  des  bonnes  villes  ;  ils  abolirent  les  fonctions  de 
maîtres-à-temps  et  de  conseillers  jurés  et  les  assemblées  adminis- 
tratives et  électorales  des  métiers;  ils  autorisèrent  le  prince- 
évêque  à  remettre  le  pouvoir  administratif  entre  les  mains  des 
officiers  de  justice;  ils  exigèrent  enfin  que  toutes  les  lettres  de 
franchises,  privilèges  et  libertés  des  bonnes  villes,  fussent  re- 
mises le  12  novembre  1408  entre  leurs  mains  à  l'abbaye  des 
écoliers  à  Mons.  La  petite  ville  de  Looz,  faiblement  protégée  par 
ses  fossés,  avait  été  dévastée  pendant  la  guerre  civile  ;  elle  n'eut 
plus  de  lettres  de  franchises  à  porter  à  Mons,  mais  elle  vit  son 
organisation  communale  supprimée  et  ses  affaires  administrées  par 
des  officiers  de  justice. 

La  paix  du  24  octobre  1408  fut  annulée  par  l'empereur  Sigis- 
mond  le  26  mars  1417,  dans  le  but  de  soustraire  la  princi- 
pauté de  Liège  à  l'influence  française  ;  il  voulait  en  faire  un 
boulevard  de  l'Allemagne;  quoique  par  l'acte  du  26  mars 
les  bonnes  villes  rentrassent  dans  la  jouissance  de  leurs 
privilèges ,  cependant  ce  ne  fut  qu'en  1418,  sous  l'épiscopat  de 
Jean  de  Walenrode  ,  que  l'ancien  régime  communal  fut  rétabli. 

Sous  ce  régime,  les  sept  corps  de  métiers,  que  nous  avons 
cités  plus  haut ,  étaient  aussi  des  corps  administratifs  et 
politiques.  Ceux  qui  exerçaient  une  de  ces  professions  en  faisaient 
partie  de  droit;  les  autres  bourgeois  devaient  s'y  faire  inscrire 
pour  pouvoir  exercer  leurs  droits  politiques. 

Les  métiers  se  réunissaient  pour  leurs  délibérations  dans  la 
maison  du  Comte,  &'  Grevenhuis.  La  plus  ancienne  mention  de 
ce  local  que  je  connaisse,  est  de  l'an  1358;  c'était  déjà  alors 
un  local  public  appartenant  à  la  ville  ;  il  se  trouvait  sur  l'em- 
placement de  l'Hôtel-de-ville  actuel.  Le  nom  de  S' Grevenhuis, 
qu'il  a  porté  jusqu'à  la  fin  du  XVIe  siècle,  me  porte  à  croire  que 
c'était  l'ancienne  résidence  des  comtes  et  qu'ils  en  ont  fait  don  à 
la  ville,  lorsqu'ils  ont  transféré  leur  résidence  à  Curange. 

L'élection  des  deux  bourgmestres  et  des  quatorze  conseillers 
communaux ,  appartenait  aux  sept  métiers  ;  leurs  pouvoirs  n'é- 
taient que  d'un  an,  mais  les  membres  sortants  pouvaient  être 
réélus.  Le  receveur  communal,  appelé  Taymeester,  était  aussi  élu 


—  368   — 

par  les  métiers  et  seulement  pour  un  an;  il  était  également 
rééligible.  Les  métiers  faisaient  toutes  ces  élections  le  dimanche 
avant  la  fête  de  St.-Odulphe,  patron  de  la  ville  (12  juin)  ;  ce 
jour  s'appelait  Keurdag.  L'élection  des  deux  bourgmestres  se  fai- 
sait dans  chaque  métier  à  la  pluralité  des  suffrages  ;  ceux  qui 
avaient  été  élus  par  la  pluralité  des  métiers  ,  étaient  bourg- 
mestres; en  cas  de  parité  de  suffrages,  le  sort  décidait.  Le  receveur 
communal  était  élu  de  la  même  manière.  Au  Conseil  communal 
chaque  métier  était  représenté  par  deux  de  ses  membres  ,  et  ces 
membres  étaient  élus  à  la  pluralité  des  suffrages.  Le  mayeur, 
nommé  directement  par  le  prince-évêque,  était  aussi  le  chef  de 
l'administration  communale.  Le  conseil  nommait  le  secrétaire  ; 
ses  fonctions  étaient  à  vie. 

Le  pouvoir  administratif  était  entre  les  mains  des  métiers. 
Toute  affaire  importante  devait  être  soumise  à  leur  délibération 
et  à  leurs  suffrages  :  la  location  et  l'aliénation  des  biens  com- 
munaux, les  emprunts,  les  règlements  de  police,  les  travaux 
publics,  l'organisation  de  la  milice  urbaine,  la  levée  des  soldats 
pour  la  principauté,  rétablissement  d'une  communauté  religieuse, 
l'administration  des  hôpitaux  ,  et  de  la  mense  des  pauvres, 
les  accises  et  les  octrois,  leur  adjudication,  etc.  Le  3  dé- 
cembre 1643,  les  métiers  consentent  à  l'admission  des  pères 
Brigittins  aux  conditions  suivantes  :  Us  ne  pourront  faire  l'ac- 
quisition d'aucun  emplacement  en  ville  sans  le  consentement 
des  métiers,  afin  que  la  bourgeoisie  n'en  soit  point  diminuée; 
les  biens  qu'ils  acquerront  avec  le  consentement  des  métiers  dans 
la  juridiction  intérieure  seront  sujets  à  toutes  les  contributions; 
les  contributions  pourront  être  exigées  par  les  voies  ordinaires  ; 
les  gens  des  métiers  pourront  seuls  être  employés  par  les  pères 
pour  les  ouvrages  de  leur  profession  respective  à  l'exclusion  de 
tout  étranger;  par  contre,  les  pères  jouiront  des  mêmes  privilèges 
que  les  autres  bourgeois.  Au  commencement  de  l'an  1668,  les 
métiers  décrètent  la  restauration  et  l'agrandissement  du  S'Greve?i- 
htùs  ;  les  travaux  furent  suspendus,  pendant  les  années  calami- 
teuses  de  1672-1679  et  ne  furent  achevés  qu'en  1680  ;  depuis 
cette  époque,  il  porte  le  nom  de  maison  de  ville. 


-  369  — 

Le  conseil  communal  n'était  que  le  pouvoir  exécutif  des  sept 
métiers;  il  préparait  les  affaires  qui  devaient  être  soumises  à 
leurs  délibérations  et  était  chargé  d'exécuter  leurs  résolutions 
et  d'expédier  les  affairés  courantes.  Il  accordait  le  droit  de  bour- 
geoisie moyennant  une  caution  de  cent  pattacons  et  un  droit 
d'enregistrement  de  vingt-cinq  florins  ;  c'est  ainsi  que  le  1er  mars 
1456  les  bourgmestres,  le  conseil  et  les  sept  métiers  accor- 
dèrent aux  Croisiers  de  Colen ,  pour  les  services  qu'ils  en 
avaient  reçus  ,  le  droit  de  bourgeoisie ,  c'est-à-dire ,  d'être 
traités  sur  le  même  pied  que  les  bourgeois  de  Looz  pour  les 
achats,  les  ventes,  les  octrois,  les  accises,  la  taxe  personnelle  et 
de  jouir  des  mêmes  privilèges,  entre  autres ,  d'être  assistés  par 
la  ville  dans  les  cas  de  molestations  et  d'arrestations  injustes. 
Le  10  juin  1763,  le  conseil  accorda  le  droit  de  bourgeoisie 
au  chirurgien  Gilles  Barrett,  qui,  après  avoir  fait  ses  études 
de  chirurgie  et  de  pharmacie  à  Londres ,  avait  servi  en 
qualité  d'aide-major  chirurgien  dans  les  hôpitaux  de  l'armée 
française  du  Haut-Ehin;  il  venait  d'épouser  la  fille  de  Alen, 
bourgmestre  de  Hasselt  et  désirait  s'établir  à  Looz.  Le  conseil 
avait  aussi  la  faculté  d'ordonner  aux  étrangers  de  sortir  de  la 
ville.  Il  fit  usage  de  cette  faculté  principalement  dans  les 
temps  d'épidémie  comme  en  1624,  1629,  1636.  Il  exerçait 
en  outre  un  véritable  pouvoir  judiciaire  sur  les  bourgeois  ;  il 
jugeait  des  contraventions  de  simple  police,  des  contestations  et 
des  refus  relatifs  aux  octrois  et  aux  accises,  et  de  la  plupart  des 
affaires  correctionnelles. 

Les  bourgmestres  étaient  chargés  de  la  police,  et  comman- 
daient la  milice  urbaine.  Celle-ci  était  composée  de  neuf  com- 
pagnies ;  chacune  d'elles  comprenait  les  hommes  capables  de 
porter  les  armes  habitant  la  même  rue.  La  nomination  des  neuf 
caporaux  et  de  leur  capitaine  appartenait  au  conseil  communal  ; 
leurs  fonctions  étaient  à  vie. 

Sans  l'autorisation  et  l'assistance  des  deux  bourgmestres,  aucun 
fonctionnaire  soit  du  prince-évêque,  soit  d'une  Cour  de  justice 
ne  pouvait  entrer  dans  la  maison  d'un  bourgeois  pour  l'arrêter 
ou  y  faire  une  saisie  mobilière.   Le  receveur  communal  devait 


—  370  - 

rendre  chaque  année  ses  comptes  devant  le  conseil  et  les  métiers, 
11  en  était  de  même  des  deux  bourgmestres. 

Le  mode  d'élection  et  l'organisation  communale,  qui  furent  en 
vigueur  depuis  l'an  1418,  furent  modifiés  le  18  août  1G95  par 
le  prince-évêque  Joseph-Clément  de  Bavière.  Ce  mode  était  très- 
démocratique  et  avait  porté  plus  d'une  fois  aux  fonctions  de  bourg- 
mestres et  de  conseillers  des  bourgeois  qui  ne  savaient  ni  lire  ni 
écrire.  Le  renouvellement  annuel  et  intégral  du  conseil  présen- 
tait aussi  l'inconvénient  de  rendre  impossibles  des  traditions 
administratives  et  une  marche  uniforme  dans  la  gestion  des 
affaires  de  la  ville.  En  1695  quelques  notables  de  la  ville  adres- 
sèrent au  prince-évêque  des  plaintes  «  touchant  les  abus  qui  s'y 
h  étaient  glissés  tant  en  ce  qui  regarde  la  magistrature  que  les 
«  tailles  ou  taxes  et  autres  points  plus  amplement  spécifiés  dans 
»  leurs  requêtes.  «  Le  prince  porta  le  18  août  1695  un  nouveau 
règlement.  Il  laissa  subsister  les  sept  métiers  et  leurs  attributions, 
mais  il  ordonna  qu'au  lieu  de  deux  conseillers  ,  que  chaque 
métier  choisissait,  il  n'en  élirait  plus  qu'un  seul  annuelle- 
ment. Les  sept  autres  conseillers  devaient  être  perpétuels , 
afin  de  conserver  les  traditions  administratives  et  d'être  plus 
au  courant  de  l'administration.  Cependant  le  prince  ne  vou- 
lait pas  soustraire  aux  métiers  la  nomination  des  sept  conseillers 
perpétuels  ;  il  les  nomma  lui-même  pour  la  première  fois,  leur 
ordonna  de  se  faire  inscrire  chacun  dans  un  métier  différent,  si 
déjà  ils  ne  l'étaient,  et  établit  qu'au  décès  d'un  conseiller  perpé- 
tuel, son  métier  lui  nommerait  un  successeur  et  le  présen- 
terait au  prince  ou  à  son  conseil  privé  pour  obtenir  son  ap- 
probation. Sans  l'assistance  de  ces  sept  conseillers  ,  les  autres 
membres  du  conseil  ne  pouvaient  prendre  aucune  résolution 
ni  entreprendre  aucun  procès ,  ni  quoi  que  ce  soit ,  sous 
peine  de  nullité.  Pour  écarter  les  incapables  et  les  intéressés, 
le  prince  exclut  de  la  magistrature  et  du  conseil  tous  ceux 
qui  ne  savaient  ni  lire  ni  écrire,  ou  qui  participaient  au  registre 
des  pauvres,  ou  qui  étaient  en  procès  contre  la  ville ,  ou  qui 
avaient  quelque  prétention  à  sa  charge,  ou  qui  avaient  encore  des 
comptes    à  lui  rendre.    Il  ordonna  au   conseil  de  se  réunir  le 


—  371  - 

mardi  et  le  samedi  de  chaque  semaine  à  onze  heures.  Doréna- 
vant les  comptes  des  deniers  publics  devront  se  rendre  chaque 
année,  au  plus  tard  quinze  jours  après  la  rénovation  du  magis- 
trat et  cela  par  devant  les  bourgmestres  et  les  sept  conseil- 
lers perpétuels,  les  sept  métiers  étant  avertis  par  le  son  de  la 
cloche ,  comme  de  coutume.  Ce  fut  d'après  ce  règlement  que 
se  firent  les  élections  en  1695  et  1696.  Les  sept  conseillers 
nommés  par  le  prince,  ne  prirent  aucune  part  à  l'administration; 
cette  négligence  mécontenta  d'autant  plus  les  métiers  que  c'était 
pour  le  bien  de  l'administration  que  le  prince  leur  avait  enlevé 
la  nomination  annuelle   de    sept   conseillers  ;   aussi  le    9  juin 

1697,  les  métiers  choisirent  de  nouveau  chacun  deux  con- 
seillers. Le  prince  n'approuva  point  cette  violation  du  règlement 
de  1695  ;  il  obligea  les  métiers  à  s'y  tenir  ;  mais  le  18  septembre 

1698,  il  se  plaignit  aussi  de  ce  que  les  sept  hommes,  qu'il  avait 
nommés  à  la  magistrature,  ne  se  trouvaient  pas  aux  assemblées 
aux  jours  fixés,  il  leur  ordonna  bien  sérieusement  de  ne  pas 
manquer  à  leur  devoir  à  cet  égard,  et  il  recommanda  à  ses 
officiers  hauts  et  subalternes  de  tenir  la  main  à  l'exécution 
de  son  règlement. 

Cette  recommandation  n'eut  pas  d'effet.  Le  règlement  du 
18  août  1695  et  l'ajoute  du  13  février  1696  contenaient  quel- 
ques mesures  touchant  les  octrois ,  les  accises  et  les  taxes. 
Elles  ne  furent  pas  mises  non  plus  en  exécution.  Dès  que  le 
prince  «  apprit  que  le  règlement  ne  s'exécutait  pas,  que  chaque 
«  métier  choisissait  deux  conseillers,  qu'on  en  choisissait  qui  ne 
«  savaient  ni  lire  ni  écrire,  qu'on  faisait  les  affaires  de  la  ville 
»  sans  la  convocation  des  sept  conseillers,  qu'on  ne  rempla- 
«  çait  pas  les  conseillers  perpétuels  décédés  ou  impotents,  que 
*>  les  comptes  ne  se  rendaient  point,  en  un  mot  que  le  règlement 
«  n'était  exécuté  dans  presque  aucun  de  ses  points  «  il  ordonna 
de  nouveau  le  3  juin  1702  au  magistrat  d'exécuter  ponctuel- 
lement le  règlement.  Les  effets  de  cette  nouvelle  ordonnance 
ne  furent  pas  de  longue  durée.  Le  8  septembre  1708  le  mayeur, 
les  bourgmestres  et  les  sept  métiers  se  plaignirent  de  ce  que 
les  sept    conseillers  ne    se   présentaient   pas  au   conseil   après 


—  372  — 

due  convocation;  ils  décidèrent  de  supplier  le  chancelier  et  le 
conseil  impérial  pour  la  principauté,  de  leur  accorder  que  chaque 
métier  pût  élire  ses  deux  conseillers  communaux  comme  an- 
ciennement. Leur  supplique  ne  fut  point  exaucée.  De  leur  côté  les 
conseillers  perpétuels  se  plaignirent  de  ce  que  les  bourgmestres 
ne  rendaient  pas  leurs  comptes  et  que  les  règlements  sur  les 
octrois,  accises  et  taxes  n'étaient  pas  exécutés.  Le  conseil  impé- 
rial députa,  le  17  août  1711,  deux  de  ses  membres,  le  baron  de 
Eenesse  et  Jamar  de  Montfort,  pour  faire  une  enquête.  Ils  la 
firent  et  sur  leur  rapport  le  conseil  impérial  ordonna,  le  27  août, 
aux  bourgmestres  sortants  de  rendre  leurs  comptes  et  aux  bourg- 
mestres régents  de  lui  envoyer  la  liste  de  ceux  qui  ne  les  avaient 
pas  encore  rendus. 

Les  difficultés  et  les  tiraillements  entre  les  conseillers  élus  et 
les  conseillers  perpétuels  continuèrent  jusqu'au  19  juillet  1725, 
où  le  prince-évêque  Georges-Louis  de  Berg  donna  un  nouveau 
règlement  à  la  ville.  «  Nos  attentions,  dit  le  prince  dans  le 
«  préambule,  n'ayant  jusqu'à  présent  buté  qu'au  bien  de  nos 
«  sujets  et  faisant  consister  nos  soins  paternels  à  en  donner  des 
«  marques,  nous  avons  trouvé  convenable  pour  le  maintien  de 
«  nos  régaux  et  le  redressement  des  abus  glissés  dans  notre  ville 
//  de  Looz,  de  lui  donner  le  règlement  nouveau,  tel  qu'il  s'en 
/»  suit,  h  Le  prince  supprima  les  sept  conseillers  perpétuels , 
il  est  vrai,  mais  il  supprima  en  môme  temps  l'élection  des  sept 
conseillers  annuels  pour  en  confier  la  désignation  au  sort,  comme 
si  le  sort  avait  l'intelligence  de  tomber  toujours  sur  les  plus  ca- 
pables ;  voici  la  substance  de  ce  nouveau  règlement,  qui  ne  révèle 
pas  une  grande  connaissance  des  hommes  et  des  choses  dans  son 
auteur  :  les  sept  métiers  sont  maintenus,  mais  le  nombre  de  leurs 
membres  est  restreint  au  nombre  actuel  ;  à  la  mort  d'un  membre, 
le  métier  demandera  aux  bourgmestres  la  permission  de  s'assem- 
bler pour  remplacer  le  décédé  ;  sonchoix  ne  pourratomber  que  sur 
une  personne  de  même  qualité  et  profession,  née  au  pays  de  Liège 
ou  au  comté  de  Looz,  de  bonne  famille  et  réputation,  sans  re- 
proche et  de  légitime  mariage  ;  l'élection  devra  être  approuvée 
par  le  Conseil-Privé.  Les  sept  métiers  s'assembleront  le  mardi 


—  3*3  — 

après  le  premier  dimanche  du  mois  d'août  pour  procéder  à  la 
rénovation  du  conseil  communal.  Cette  rénovation  se  fera  en 
présence  de  deux  députés  du  Conseil-Privé.  Le  sort  désignera 
dans  chaque  métier  un  conseiller.  Les  sept  conseillers,  désignés 
par  le  sort ,  éliront  trois  personnes  en  dehors  de  leur  sein, 
parmi  lesquelles  le  sort  désignera  l'un  des  deux  bourgmestres» 
Les  députés  du  Conseil -Privé  éliront  aussi  trois  personnes  , 
parmi  lesquelles  le  sort  désignera  le  second  bourgmestre.  Les 
bourgmestres  sortants  seront  conseillers  de  droit  pour  l'année 
suivante  ;  pour  être  bourgmestre ,  il  faut  être  âgé  de  trente 
ans  et  notable.  Les  bourgmestres  sortants  ne  pourront  être 
désignés  de  nouveau  qu'après  un  intervalle  de  deux  ans,  et 
les  conseillers  qu'après  un  intervalle  d'un  an.  Sont  exclus 
de  la  magistrature  les  sept  échevins  de  la  ville  et  toute  per- 
sonne ayant  des  prétentions  non  liquidées  ou  des  procès  contre 
la  ville.  Toutes  les  charges  de  capitaine  et  autres  subalternes  des 
compagnies  bourgeoises  seront  à  la  collation  de  l'officier  du  prince; 
les  compagnies  d'arbalétriers  ou  autres  ne  pourront  tirer  l'oiseau 
ou  s'assembler  pour  tirer,  sans  la  permission  expresse  de  cet  offi- 
cier. Un  règlement  aussi  peu  sage,  qui  restreignait  la  liberté 
des  métiers  et  qui  confiait  au  sort  la  désignation  des  magistrats , 
ne  pouvait  plaire  aux  bourgeois.  Il  faut  avouer  toutefois  que  les 
formes  démocratiques  de  l'ancien  régime  ouvraient  la  porte  à 
toutes  les  ambitions  et  par  conséquent  ne  pouvaient  manquer  de 
faire  naître  bien  des  cabales,  des  intrigues  et  des  divisions  intes- 
tines. L'envoi  de  deux  députés  du  Conseil-Privé  pour  présider  à 
la  rénovation  du  magistrat ,  coûtait  chaque  année  à  la  ville  la 
somme  de  trois  cents  florins  ;  comme  ses  ressources  étaient 
épuisées,  elle  pria,  en  1733  ,  le  prince  de  déléguer  à  cet  effet  le 
baron  de  Mettecoven,  qui  résidait  à  Looz  ;  le  prince  le  fit  pendant 
plusieurs  années. 

Il  ne  restait  plus  d'autre  élection  directe  aux  métiers  que 
celles  du  mambour  des  pauvres  et  du  receveur  de  la  commune. 
Les  receveurs  de  la  commune  n'ayant  plus  rendu  leurs  comptes  de 
l'an  1730  à  1738  inclu,  le  prince  Georges-Louis  de  Berg  les 
obligea,  le  27  février  1740,  de  les  rendre  endéans  les  six  mois  ; 

57 


—  374  — 

il  confirma  J.-1L  Cerstelot  dans  ses  fonctions  de  receveur  pour 
quatre  ans  consécutifs  à  partir  du  11  août  1739,  à  la  condition  de 
rendre  charpie  année  ses  comptes  ;  il  nomma  J.-G.  Seclin,  Philippe 
Montfortet  Jér.  Lochtenberch ,  ses  députés  pour  recevoir,  avec 
les  bourgmestres,  les  comptes  des  anciens  receveurs  et  pour 
intervenir  à  l'examen  des  comptes  du  receveur  actuel  ;  et  comme 
des  procès  entrepris  à  la  légère  avaient  causé  des  frais  immenses 
à  la  ville,  il  déclara  que  les  bourgmestres  et  le  conseil  ne  pourraient 
plus  en  entreprendre  sans  le  consentement  de  ces  trois  députés. 
Ces  mesures  restreignaient  les  prérogatives  communales  ,  mais 
elles  étaient  impérieusement  réclamées  par  les  abus.  En  1754,  le 
prince-évêque  continua,  à  la  demande  des  deux  bourgmestres, 
Hayweghen,  dans  ses  fonctions  de  receveur  pour  trois  ans. 
Les  sept  métiers  virent  dans  cette  mesure  une  violation  de 
leurs  privilèges;  ils  décidèrent,  le  8  juin,  à  l'unanimité,  de 
poursuivre  l'affaire  jusqu'à  la  Chambre  impériale  de  AYetzlaer. 
J'ignore  si  les  poursuites  eurent  lieu.  Les  sept  échevins  ayant  été 
exclus  de  la  magistrature  par  le  règlement  du  19  juillet  1725,  et 
le  nombre  des  personnes  capables  se  trouvant  par  là  trop  réduit,  le 
prince  statua,  le  29  juillet  1743,  que  les  échevins  pourraient  être 
du  coriseil  et  de  la  magistrature,  et  qu'à  cet  effet,  ils  devaient  se 
faire  recevoir  chacun  dans  un  métier. 

Jusqu'ici  on  avait  respecté  l'existence  des  sept  métiers  comme 
corps  administratifs.  Jean  Théodore  de  Bavière  les  supprima  le 
21  juillet  1760  et  les  remplaça  par  quatre  chambres  composées 
chacune  de  dix  membres,  qu'il  nomma  lui-même  pour  la  première 
fois.  A  la  mort  d'un  membre,  la  Chambre  devait  lui  nommer  un 
successeur  de  même  qualité  et  profession,  et  le  faire  agréer  par  le 
prince. 

Le  préambule  de  ce  règlement  prouve  que  le  prince  n'était  pas 
bien  informé  de  la  manière  dont  se  faisaient  les  élections;  il  y 
suppose  en  effet  que  celle  des  bourgmestres  et  des  conseillers 
s'est  faite  jusqu'à  ce  moment  par  la  généralité  des  membres  qui 
composent  les  sept  métiers,  tandis  que  c'était  le  sort  qui  fonction- 
nait depuis  l'an  1725.  Les  deux  bourgmestres  régents,  le  che- 
valier de   Vocht  ei  Jean  Groenendaels,  et  l'ancien  bourgmestre 


^  375  — 

Langenacken,  avaient  induit  le  prince  en  erreur  et  provoqué  la 
suppression  des  métiers  ;  ils  tinrent  le  nouveau  règlement  caché 
jusqu'au  3  août,  veille  de  la  rénovation  du  magistrat,  et  prièrent 
le  curé  de  le  publier  à  la  messe  paroissiale.  Le  lendemain,  les 
métiers  et  le  conseil  protestèrent  entre  les  mains  des  deux 
députés  du  prince  ;  les  métiers  accusèrent  les  deux  bourgmestres 
d'avoir  provoqué  ce  changement ,  parce  qu'ils  avaient  trouvé 
de  l'opposition  dans  les  métiers  au  sujet  d'un  emprunt  à  con- 
tracter, et  qu'ils  espéraient  parvenir  plus  facilement  à  leur  but 
par  les  quatre  chambres,  dans  lesquelles  ils  avaient  fait  nommer 
leurs  créatures  et  les  receveurs  qui  n'avaient  pas  encore  rendu 
leurs  comptes.  Le  prince  invita  les  deux  partis  à  venir  à 
Liège  le  16  août,  pour  faire  valoir  leurs  raisons  devant  le  con- 
seiller privé  de  Chestret.  Sur  les  remontrances  des  métiers  et  le 
rapport  du  député,  le  prince  modifia  le  4  septembre  1760  1e 
règlement  du  21  juillet  :  les  sept  métiers  furent  maintenus, 
mais  classés  de  la  manière  suivante  :  le  métier  des  boulangers 
fut  le  premier,  celui  des  brasseurs  le  second,  celui  des  tailleurs 
et  meuniers  le  troisième,  celui  des  febves  le  quatrième,  celui  des 
cordonniers  le  cinquième,  celui  des  bouchers  le  sixième  et  celui 
de  tisserands  le  septième.  Les  membres  actuels  de  chaque  métier 
étaient  maintenus,  mais  au  décès  de  l'un  d'eux,  il  ne  pouvait 
être  remplacé ,  à  moins  que  le  nombre  des  membres  ne  fût 
tombé  à  onze.  Le  nouveau  membre  devra  être  de  qualité  et 
profession  requises  pour  être  de  la  magistrature  ou  du  conseil, 
être  élu  à  la  pluralité  des  suffrages,  et  agréé  par  le  prince. 
Le  nom  de  métier  fut  changé  en  celui  de  chambre.  Les  autres 
dispositions  du  règlement  de  1725  furent  maintenues.  Cette  mo- 
dification profonde  à  la  constitution  des  métiers  souleva  bien  des 
mé  conten  tements . 

Pendant  bien  des  années,  les  métiers  n'eurent  aucun  égard  au 
règlement  en  ce  qui  concerne  leur  organisation  intérieure,  et  ils 
continuèrent  à  admettre  librement  de  nouveaux  membres  en 
nombre  indéterminé.  Le  chapitre  de  l'église  cathédrale,  sur  les 
plaintes  qui  lui  en  furent  faites,  décréta,  le  10  mars  1764,  que 
ceux  qui  étaient  inscrits  dans  un  métier  et  qui  avaient  négligé 


—  316  — 

de  se  conformer  aux  prescriptions  du  règlement  du  4  septembre 
1760,  étaient  exclus  du  droit  de  suffrage  et  de  toute  participa- 
tion aux  résolutions  et  actes  à  passer  par  leur  corps  de  métier. 
L'opposition  qu' éprouva  la  réorganisation  des  métiers,  alla  si 
loin  qu'au  mois  d'août  1765  la  rénovation  du  magistrat  n'eût 
pas  lieu,  quoique  l' officiai  de  Bormans  s'y  trouva  pour  y  présider, 
les  métiers  refusant  de  s'assembler.  Le  prince-évêque  Charles 
d'Oultremont  maintint  le  règlement  du  4  septembre  1760  et 
députa  une  seconde  fois  son  officiai  le  26  septembre  pour  prési- 
der à  la  rénovation  du  magistrat  le  29.  Ce  jour,  malgré  les  exor- 
tations,  les  invitations  et  les  ordres  réitérés  du  député,  la  plu- 
part des  membres  refusèrent  de  s'assembler  et  persistèrent 
dans  leurs  protestations.  Le  1er  octobre  le  prince  délégua  une 
troisième  fois  son  officiai  avec  plein  pouvoir  de  procéder  lui- 
même  à  la  nomination  des  bourgmestres  et  des  conseillers  ;  il  se 
réserva  »  de  porter  ses  ordres  ultérieurs  pour  que  la  révolte  et 
la  résistance  des  métiers  ne  restent  impunis.  «  Ceux-ci  voyant 
que  leur  opposition  allait  être  inutile  et  punie,   s'exécutèrent  le 

3  octobre  et  procédèrent  au  tirage  des  conseillers. 
L'opposition  fut  calmée  pour  quelque  temps,  mais  non  éteinte  ; 

elle  se  montra  de  nouveau  dans  toute  son  ardeur  les  années 
suivantes  et  empêcha  la  rénovation  du  magistrat.  L'autorité 
impériale    intervint  en    1769  pour  confirmer   le   règlement  du 

4  septembre  1760  et  obliger  les  Lossains  à  s'y  conformer. 

Le  rescript  impérial  fut  aussi  impuissant  que  les  ordres  du 
prince-évêque;  celui-ci  envoya  au  mois  d'août  1769  ses  conseil- 
lers privés  le  comte  de  Borchgrave  et  le  baron  de  Stockem,  pour 
présider  à  la  rénovation  du  magistrat,  mais  les  métiers  refusèrent 
de  s'assembler  et  la  rénovation  n'eut  pas  lieu.  Le  14  décembre, 
fut  présentée  au  conseil  privé  au  nom  des  sept  métiers  une  sup- 
plique signée  Laurent  Delcour,  dans  laquelle  on  demanda  l'abro- 
gation du  règlement  du  4  septembre  1760  en  ce  qui  concerne 
l'organisation  des  métiers.  Le  prince  voulant  être  informé  de 
l'origine  de  cette  opposition  et  aviser  aux  moyens  de  la  calmer, 
ordonna,  le  1 6  décembre  1769,  que  les  sept  métiers  se  réuniraient, 
qu'on  leur  ferait,  en  langue  vulgaire,  la  lecture  du  rescript  im- 


—  377  — 

périâl,  ({ne  chaque  membre  exprimerait  son  intention  touchant 
le  règlement  du  4  septembre  1760  ,  qu'on  en  prendrait  note  ,  et 
que,  si  les  métiers  désiraient  la  rénovation  du  magistrat,  on  pour- 
rait y  procéder  de  suite  en  présence  des  députés.  Le  prince  ayant 
remarqué  que  les  métiers  craignaient  d'être  réorganisés  comme 
professions,  déclara  «  que  l'exercice  des  arts  et  métiers  a  été,  doit 
»  et  devra  toujours  être  libre  et  facultatif  dans  notre  bonne  ville 
//  de  Looz,  ainsi  que  dans  la  capitale  et  les  autres  villes  du 
«  pays,  sans  que  notre  approbation  et  confirmation  spéciales 
ti  soient  à  cet  égard  nécessaires,  parmi  se  conformant  par  tous 
«  maîtres  et  ouvriers  aux  règles  de  leurs  métiers.  «  Ce  nouvel 
ordre  du  prince  resta  sans  effet  jusqu'au  4  février  1770  ,  où  plu- 
sieurs membres  des  métiers  comparurent ,  mais  les  autres  , 
conduits  par  Laurent  Delcour,  empêchèrent,  par  leur  abstention, 
la  rénovation  magistrale.  Le  15  février,  le  prince  cita  les  oppo- 
sants devant  son  Conseil-Privé  ;  mais  ils  ne  se  soumirent  point. 
Les  bourgmestres  furent  nommés  d'officepar  les  députés  du  prince; 
il  avait  déjà  fallu  recourir  à  cet  expédient  depuis  l'an  1766  , 
pour  ne  pas  laisser  l'administration  de  la  ville  en  souffrance.  Le 
prince  avait  fait  nommer  le  chevalier  de  Vocht  et  Lossin.  La 
rénovation  se  fit  régulièrement  au  mois  d'août  1771,  malgré 
l'opposition  du  parti  Delcour.  L'année  suivante ,  elle  n'eut  pas 
lieu  ,  grâce  aux  efforts  du  même  parti  ;  cependant  à  la  fin  de 
l'année  les  sept  corps  de  métiers  firent  leur  soumission  au  prince; 
celui-ci  leur  pardonna,  le  4  janvier  1773,  et  leur  ordonna  de 
procéder  à  la  rénovation  en  présence  de  deux  membres  de  son 
Conseil-Privé  qu'il  députerait  à  cet  effet. 

La  suppression  des  métiers  comme  corps  administratifs,  leur 
remplacement  par  des  Chambres  composées  chacune  de  douze 
membres ,  la  désignation  des  conseillers  communaux  confiée  à 
l'aveugle  sort,  l'élection  des  bourgmestres  confiée  au  conseil ,  au 
prince  et  au  sort ,  avaient  mécontenté  toutes  les  classes  de  la 
bourgeoisie.  Un  régime  semblable  avait  été  introduit  dans  toutes 
les  villes  de  la  principauté  et  y  avait  produit  le  même  effet.  Aussi 
les  populations  urbaines  étaient-elles  disposées  à  accueillir  favo- 
vorablement  tous  les  reproches  d'ambition ,  d'usurpation  et  de 


—  378  - 

despotisme  que  les  adversaires  des  princes  pouvaient  leur  faire.  Il 
y  avait  dans  la  seconde  moitié  du  XVIIIe  siècle,  au  pays  de  Liège, 
un  parti  politique  dont  le  but  était  de  séculariser  la  principauté  et 
ses  institutions  politiques  ;  pour  y  parvenir,  il  travaillaàypropager 
les  idées  anti-sociales  de  Rousseau  ,  les  idées  anti-religieuses  des 
encyclopédistes,  et  l'esprit  railleur  de  Voltaire  contre  la  religion 
catholique.  Il  faisait  de  l'opposition  aux  princes  parce  qu'ils 
étaient  évêques  et  les  protecteurs  nés  de  la  religion  catholique; 
il  les  accusait  d'aspirer  au  pouvoir  absolu,  d'avoir  supprimé  toutes 
les  libertés  communales,  de  vouloir  anéantir  aussi  les  privilèges 
du  pays,  d'avoir  usurpé  le  pouvoir  législatif  en  matière  de  police, 
et  par  là  môme  d'avoir  restreint  les  attributions  des  trois  Etats. 
Ces  dernières  accusations  trouvèrent  de  l'écho  dans  toutes  les 
villes  de  la  principauté  et  gagnèrent  la  majorité  des  populations 
urbaines  à  la  cause  de  l'opposition  ;  mais  celles-ci  ne  pour- 
suivaient d'autre  but  que  le  rétablissement  de  leurs  anciennes 
institutions  communales,  tandis  que  les  chefs  du  parti  avaient  i  q 
vue  la  sécularisation  de  la  principauté  et  de  ses  institutions  ;  dans 
les  derniers  temps,  ils  n'hésitaient  point  à  sacrifier  l'indépendance 
de  leur  pays  et  ses  libertés  politiques  et  civiles  pour  atteindre 
ce  but.  On  les  a  vus,  en  effet,  coopérer  à  la  conquête  de  leur 
pays  par  les  Français  et  se  faire  ,  sous  le  règne  de  l'étranger ,  les 
instruments  dociles  d'un  affreux  despotisme  politique  et  d'une 
cruelle  persécution  religieuse.  Ils  prirent  le  titre  de  patriotes, 
comme  s'ils  eussent  eu  le  monopole  du  patriotisme  et  qu'ils 
eussent  eu  à  défendre  la  patrie  contre  son  souverain  légitime  et 
ses  fidèles  sujets.  Ce  titre  ne  laissa  pas  que  d'en  imposer  à  la 
foule,  et  de  flatter  les  passions  politiques. 

La  petite  ville  de  Looz  prit  aussi  sa  faible  part  aux  troubles 
politiques,  espérant  reconquérir  son  ancien  régime  communal. 
Dans  la  journée  d'état  du  mois  de  mars  1787,  les  trois  Etats  de- 
vaient être  saisis  par  le  prince  de  la  question,  s'il  avait  le  droit 
d'édicter  en  matière  de  police,  question  soulevée  par  l'opposition 
au  sujet  des  jeux  de  Spa.  La  Eégence  de  Looz  députa  le 
bourgmestre  Simons  à  la  journée  d'Etat  et  lui  ordonna  de  voter 
contre  la  prétention  du  prince  ;  il  n'exécuta  point  les  ordres  qu'il 


—  379  — 

avait  reçus,  et  dans  la  séance  du  27  mars,  il  admit  avec  la  majorité 
du  Tiers-Etat  que  le  prince  en  ver  lu  d'une  possession  constante 
avait  le  droit  d'édicter  en  matière  de  police.  A  son  retour  le  con- 
seil s'assembla  le  2  avril  pour  entendre  son  rapport;  il  fut  surpris 
d'apprendre  que  ses  ordres  n'avaient  point  été  exécutés  et  aussi- 
tôt il  députa  le  bourgmestre  P.  de  Bellefroid  à  Tongres  et  à 
S.  Trond  pour  s'informer  de  quelle  manière  les  magistrats  de  ces 
villes  se  conduiraient  en  cette  affaire.  Simons  fit  ses  excuses  au 
eonseil  en  disant  qu'il  avait  été  -séduit  et  induit  en  erreur.  Les 
sept  métiers  furent  convoqués  le  5  avril  pour  délibérer  sur  l'af- 
faire ;  ils  protestèrent  à  l'unanimité  contre  le  vote  de  leur  député 
et  décidèrent  qu'à  l'exemple  de  la  ville  de  Waremme,  il  fallait 
envoyer  un  acte  de  protestation  et  le  faire  enregistrer  aux  greffes 
des  trois  Etats. 

Le  conseil  envoya  cet  acte  et  le  fit  enregistrer  le  20  avril  ; 
il  porte ,  entre  autres,  qu'après  s'être  fait  reproduire  en  son 
assemblée  les  motifs  et  raisons  d'opposition  donnés  par  l'Etat 
noble  à  la  prétendue  souveraineté  réclamée  par  le  prince  en 
matière  de  police,  il  a  trouvé  bon  d'improuver  le  vote  que 
Simons  a  émis  le  27  mars  à  l'Etat-Tiers  assemblé,  qu'il  croit 
que  son  député  a  été  induit  en  erreur  (attendu  les  bonnes  et 
patriotiques  dispositions  qu'il  lui  avait  manifestées  avant  l'accep- 
tation de  la  commission),  qu'il  regarde  son  vote  comme  nul  et 
non  avenu,  et  proteste  de  s'en  tenir  à  l'ancienue  constitution 
nationale  d'après  laquelle  le  pouvoir  d'édicter  compète  unique- 
ment aux  Ïrois-États.  Cerstelot  son  député  à  la  journée  d'état 
du  26  décembre  1787  fut  plus  fidèle  au  mandat  qu'il  avait  reçu, 
car  dans  la  séance  du  5  janvier,  il  vota  avec  treize  autres  dépu- 
tés contre  l'impôt  de  40  patars  sur  le  braz  sollicité  par  le  prince 
pour  les   besoins  de  la  principauté. 

Le  10  août  17S9  eut  lieu  la  rénovation  du  magistrat  d'après  le 
règlement  du  -1  septembre  1760.  P.  Lenaers  et  L.  Louwet  furent 
nommés  bourgmestres.  Ils  ne  restèrent  pas  longtemps  en  fonc- 
tion, car  le  18  août  éclata  la  révolution  devant  laquelle  le  prince 
fut  obligé  de  s'enfuir.  Dès  que  la  nouvelle  en  fut  parvenue  à 
Looz,  on  réclama  à  grands  cris  le  rétablissement  de  l'ancien  ré- 


—  380  — 

gime  communal  qui  avait  fonctionné  au  moins  depuis  le  XIVe 
siècle  jusqu'à  Tan  1695.  Les  bourgmestres  et  les  conseillers 
désignés  le  10  août,  cédèrent  aux  exigences  de  la  foule  et  don- 
nèrent leur  démission.  Le  23  août,  les  métiers  se  réunirent  et 
élurent  directement  deux  bourgmestres  et  quatorze  conseillers. 
Lenaers  et  Louwet  furent  réélus  ;  mais  les  métiers  leur  asso- 
cièrent deux  co-régents,  J.   G.  Van  Herck  et  P.  Michiels. 

Le  nouveau  magistrat  s'empressa  de  manifester  les  sentiments 
qui  l'animaient;  le  25  août  il  ordonna  que  chaque  bourgeois 
porterait  au  chapeau  la  cocarde  des  patriotes  et  que  les  contreve- 
nants seraient  déclarés  rebelles  et  déchus  de  tous  leurs  privilèges 
de  bourgeois.  Il  députa  le  bourgmestre  Louwet  à  la  journée 
d'État  qui  devait  s'ouvrir  le  31  août  et  Dumoulin  à  Hasselt  pour 
conférer  avec  le  magistrat  de  cette  ville  sur  le  meilleur  moyen  de 
conserver  les  anciens  privilèges  du  comté  de  Looz  et  ceux  des 
villes  de  la  principauté  et  pour  faire  une  alliance  avec  lui.  Le 
même  jour  (25  août),  il  rétablit  les  neuf  compagnies  de  la  ville, 
ordonna  qu'une  garde  de  18  hommes(deux  de  chaque  compagnies) 
maintiendrait  la  police,  que  deux  hommes  monteraient  la  garde 
à  chacune  des  quatre  portes  de  la  ville,  le  fusil  chargé  au  bras,  et 
que  des  patrouilles  veilleraient  à  la  sécurité  pendant  la  nuit. 

L'avocat  de  Donceelavait  invité  les  magistrats  des  bonnes  villes, 
à  venir,  à  Liège,  le  27  août,  renouveller  leur  ancienne  alliance. 
Celui  de  Looz  lui  fit  répondre  «  qu'il  acceptait  avec  reconnais- 
«  sance  sa  gracieuse  invitation  et  qu'il  comparaîtrait  le  27,  tout 
//  armé,  pour  rendre  hommage  aux  seigneurs  bourgmestres  et  au 
h  conseil  de  la  noble  cité  de  Liège.  »  Il  s'y  rendit  en  effet ,  y 
fut  reçu  au  son  de  la  musique  et  y  entra  dans  la  confédération  des 
bonnes  villes. 

La  fièvre  révolutionnaire  se  calma  bientôt  chez  les  Lossains 
et  fit  place  à  la  réflexion.  Le  conseil,  dès  qu'il  eut  connaissance 
du  décret  de  la  chambre  impériale  de  Wetzlaer  du  27  août  qui 
ordonne  aux  habitants  de  la  principauté  de  s'abstenir  de  tout 
mouvement  insurrectionnel,  de  déposer  les  armes  et  de  ne  plus 
porter  la  cocarde  des  patriotes,  députa  le  10  octobre  le  bourg- 
mestre Lenaers  à  Tongres  et  à  Liège  pour  prendre  des  informa- 


—  381  — 

tions  et  se  concerter  sur  la  manière  dont  on  devait  se  conduire 
dans  les  circonstances  actuelles.  Il  rapporta  au  conseil  qu'il  fal- 
lait persister  dans  la  voie  de  1'  opposition. 

Le  10  octobre  parut,  de  la  part  des  directeurs  du  cercle  de 
"Westphalie  chargés  de  l'exécution  de  la  sentence  de  la  chambre 
impériale  du  27  août,  un  mandement  déhortatoire  touchant 
le  rétablissement  de  l'ordre  dans  la  principauté  et  l'arrestation 
des  auteurs  de  la  révolte.  Le  conseil  communal  de  Looz  convoqua 
les  métiers  le  25  octobre,  et  soumit  les  deux  pièces  à  leur 
délibération;  ils  discutèrent,  mais  n'osèrent  prendre  aucune 
résolution. 

Le  30  octobre  parut  un  nouveau  déhortatoire  de  la  part  des 
directeurs  ;  dès  que  le  conseil  en  eut  connaissance  ,  il  convoqua 
les  métiers  pour  le  6  novembre  ;  après  une  assez  longue  délibéra- 
tion, la  majorité  abandonna  l'affaire  à  la  sagesse  du  conseil  et 
l'autorisa  à  faire  ce  qu'il  jugerait  être  le  plus  favorable  à  la  ville. 
La  régence  envoya  le  même  jour  Dumoulin  à  Tongres  et  à  Liège 
pour  conférer  avec  les  magistrats  de  ces  villes  sur  la  conduite 
à  tenir.  Dumoulin  fit  son  rapport  aux  sept  métiers  le  9  novembre; 
il  leur  déclara  que  les  Tongrois  et  les  Liégeois  étaient  résolus  de 
continuer  à  résister  et  à  se  défendre  ;  les  métiers  résolurent 
aussitôt  de  rester  fidèles  à  l'alliance  faite  avec  les  seigneurs  bourg- 
mestres et  magistrat  de  Liège  et  de  les  assister  selon  leur  pouvoir. 

Cette  ardeur  belliqueuse  se  calma,  lorsqu'on  apprit,  par  la  pro- 
clamation du  25  novembre,  que  les  troupes  du  cercle  de  Westpha- 
lie allaient  entrer  dans  la  principauté  pour  soumettre  les  patriotes 
et  rétablir  le  prince.  Le  conseil  communal  s'empressa  d'envoyer 
un  acte  de  soumission  aux  ministres  directoriaux  ;  il  proteste  dans 
cet  acte  que  la  ville  de  Looz  n'a  jamais  entendu  faire  aucun 
changement  à  l'ancienne  forme  de  la  régence,  qu'elle  n'a  fait 
que  suivre  l'entraînement  général,  qu'elle  a  réélu  l'ancien  magis- 
trat, qu'elle  n'a  prescrit  de  porter  la  cocarde  des  patriotes  que 
pour  ne  pas  s'exposer  à  l'animadversion  des  autres  villes,  que 
pour  la  même  raison,  elle  a  différé  jusqu'en  ce  moment  d'envoyer 
sa  soumission ,  que  depuis  plusieurs  semaines  on  ne  porte  plus 
de  cocardes,  etc. 


—  382  - 

La  médiation  intéressée  que  le  roi  de  Prusse,  en  sa  qualité  de- 
duc  de  Clèves,  offrit  au  prince-évêque  et  aux  patriotes  et  l'entrée 
de  ses  troupes  dans  la  principauté  au  nombre  de  4.-000  hommes 
vers  le  30  novembre  1789,  donnèrent  de  l'espérance  aux  patriotes 
et  retardèrent  la  soumission  de  la  plupart  des  villes.  La  médiation 
n'ayant  pas  réussi  et  l'entretien  de  ses  troupes  étant  une  charge 
trop  onéreuse  à  la  principauté,  le  roi  retira  son  armée  à  la  demande 
des  patriotes  mêmes,  vers  le  milieu  du  mois  d'avril  1790.  Après 
le  départ  des  prussiens,  l'Etat  noble  et  le  Tiers-Etat  s'occu- 
pèrent de  la  levée  et  de  l'organisation  des  troupes  indigènes- 
Toutes  les  villes  de  la  principauté  s'empressèrent  de  fournir  leur 
contingent  de  volontaires,  pour  repousser  l'agression  du  cercle  de 
Westplialie  chargé  d'exécuter  la  sentence  de  la  Chambre  impé- 
riale de  Wetzlaer. 

Quoique  le  conseil  communal  de  Looz  eût  fait  sa  soumission, 
il  suivit  l'entraînement  général.  Le  25  avril  1790,  il  proposa  aux 
métiers  de  recruter  une  douzaine  de  volontaires  et  de  les  entrete- 
nir aux  frais  de  la  ville.  La  proposition  fut  acceptée  à  l'unanimité. 
Le  29  avril,  le  conseil  envoya  T.  W.  Groenendaels  à  Tongres 
pour  y  conférer  avec  les  commissaires  préposés  au  recrutement 
et  il  chargea  le  bourgmestre  Loûwet  de  demander  au  cha- 
pitre  et  aux  Brigittins  pour  quelle  somme  ils  voulaient  inter- 
venir dans  l'entretien  des  volontaires  ;  comme  les  chanoines, 
et  les  religieux  avaient  un  patriotisme  d'un  autre  genre  que 
celui  des  patriotes,  ils  refusèrent  tout  subside. 

Le  Tiers-Etat  ne  représentait  réellement  que  les  vingt-trois 
bonnes  villes  de  la  principauté,  n'étant  composé  que  des  députés 
de  ces  villes.  Le  projet  d'y  faire  admettre  des  rèprés<  niants  des 
campagnes  afin  d'en  faire  une  véritable  assemblée  nationale  s'était 
déjà  fait  jour.  Il  fut  présenté  à  l'approbation  des  villes  ;  le  magis- 
trat de  Looz  l'exposa,  le  25  avril  1790,  aux  métiers  ;  ceux-ci  ré- 
pondirent à  l'unanimité  qu'il  fallait  prendre  des  informations  sur 
ce  que  les  villes  voisines  étaient  résolues  de  faire  ;  comme  il  n'y 
eut  que  quelques  membres  de  chaque  métier  présents,  les  febves 
opinèrent  qu'il  fallail  aller  au  domicile  des  absents  pour  prendre 
connaissance  de  leurs  sentiments.  Le  lendemain,  le  magistral  en- 


-  388  — 

voya  le  bourgmestre  Louwet  à  Tongres  et  L.  Verpenxten  à  llas- 
selt,  pour  y  prendre  les  informations  demandées  par  les  métiers  ; 
j'ignore  celles  qu'ils  rapportèrent,  mais  le  fait  est  qu'à  leur 
retour  le  magistrat  se  démit  de  ses  fonctions.  Il  est  probable 
qu'il  ne  voulait  pas  continuer  à  marcher  dans  la  voie  de  la 
révolution,  ni  contribuer  à  la  modification  de  l'ancienne  constitu- 
tion nationale  ;  les  revenus  de  la  mense  épiscopale  avaient  été 
saisis  le  21  avril;  le  conseil  privé  du  prince  fut  remplacé  par  un 
conseil  de  régence  le  21  avril,  et  une  modification  du  Tiers-État 
venait  d'être  proposée.  Le  magistrat  qui  avait  déjà  envoyé  sa 
soumission  au  prince  en  décembre  1789  ne  pouvait  plus  servir 
la  révolution.  Le  ..9  avril  1790  eurent  lieu  de  nouvelles  élections 
d'après  le  mode  usité  au  moyen-âge.  P.  Lenaers  etT.-W.  Groe- 
nendaels furent  élus  bourgmestres  ;  leur  pouvoir  ainsi  que  celui 
des  quatorze  conseillers  devait  expirer  le  6  juin,  époque  ordinaire 
de  la  rénovation  magistrale. 

Le  nouveau  magistrat  signala  son  entrée  aux  affaires  en  renou- 
velant, le  30  avril,  l'ordre  déporter  au  chapeaula  cocarde  des  pa- 
triotes sous  peine  d'être  déclaré  rebelle  et  déchu  des  droits  de 
bourgeoisie.  Le  même  jour  il  envoya  le  bourgmestre  Groenendaels 
à  Liège  pour  y  conférer  avec  les  députés  sur  Y  assemblée  nationale 
à  convoquer,  et  sur  toutes  les  affaires  qui  lui  avaient  été  confiées 
verbalement.  Le  Tiers-Etat  attribua  le  9  mai  aux  campagnes  un 
nombre  de  représentants  égal  à  celui  des  villes  et  les  divisa  en  cinq 
districts  pour  faciliter  les  élections;  de  sorte  que  le  Tiers-Etat  ou 
plutôt  l'assemblée  nationale  allait  compter  quarante-six  membres. 

Le  6  juin  1790  eut  lieu  le  renouvellement  ordinaire  du  magis- 
trat. Les  bourgmestres  et  les  conseillers  furent  tous  réélus.  Ce 
même  jour,  la  régence  prit  des  moyens  pour  prévenir  le  retour 
des  troubles  qui  avaient  eu  lieu  à  l'occasion  des  élections;  elle  or- 
donna à  cet  effet  qu'au  premier  son  du  tocsin  toute  la  bourgeoi- 
sie paraîtrait  armée  pour  arrêter  les  perturbateurs  et  les  livrer 
entre  les  mains  de  la  justice;  ces  perturbateurs  n'étaient  autres 
que  les  partisans  du  prince. 

Seize  volontaires  avaient  été  recrutés  par  le  conseil  à  la  solde 
d'un  florin  par  jour.  Ils  avaient  choisi  P.  Dumoulin  pour  leur 


-   384  — 

commandant  ;  mais  comme  ils  ne  recevaient  aucun  ordre  de  se 
joindre  soit  aux  volontaires  de  Tongres,  soit  à  l'armée  de  Liège, 
Le  magistrat  résolut,  le  9  mai  1790,  de  les  licentier  parce  qu'ils 
étaient  inutiles  et  à  charge  à  la  ville  ;  il  chargea  leur  chef 
de  les  payer  et  de  les  remercier  de  leur  zèle  patriotique. 
Ces  ordres  ne  furent  point  exécutés.  Le  26  mai  le  bourg- 
mestre Groenendaels  et  L.  Yreven  furent  chargés  par  la 
régence  de  les  conduire  à  Tongres,  de  les  présenter  au  colonel 
de  Chestret  ou  à  un  autre  commandant  et  de  les  incorporer  dans 
Tune  ou  l'autre  compagnie  ;  on  venait  en  effet  d'apprendre  que 
les  troupes  exécutrices  du  cercle  de  Westphalie  avaient  envahi  le 
comté  deLooz  et  marchaient  sur  Bilsen  et  Hasselt;  le  magistrat 
tenait  à  fournir  son  faible  contingent  de  défenseurs  de  la  patrie, 
et  les  braves  volontaires,  las  de  l'inaction  dans  laquelle  on  les 
avait  tenus,  ne  demandaient  pas  mieux  que  d'être  conduits  au 
feu:  toutefois,  ils  exigèrent  que,  s'ils  revenaient  du  service  de 
la  patrie  blessés  ou  estropiés,  ils  seraient  entretenus  par  la  ville. 
J'ignore  quelle  part  ils  prirent  à  l'expédition  de  Hasselt  du 
27  mai. 

Poursubvenir  aux  frais  de  l'armée  patriotique,  les  Etats  deman- 
dèrent aux  citoyens  soit  des  capitaux  à  intérêt  soit  des  dons  pa- 
triotiques. Le  magistrat  deLooz  envoya  le  10  juin  le  bourgmestre 
Groenendaels  à  Tongres,  pour  informer  le  colonel  de  Chestret 
que  la  ville  de  Looz  ne  pouvait  pas  même  suffire  à  l'entretien 
de  ses  seize  volontaires,  et  par  conséquent  qu'elle  ne  pouvait  pas 
faire  d'autre  don  patriotique.  A  la  demande  du  magistrat,  le  co- 
lonel D.  Grisar  de  Tongres,  licentia  quelques  jours  après  cinq  de 
ses  volontaires  et  promit  d'en  renvoyer  encore  quelques-uns.  Cette 
promesse  ne  fut  point  exécutée.  Les  onze  volontaires  restèrent 
au  service  de  la  patrie,  et  ils  prirent  part  à  l'affaire  de  Zutendael 
le  9  août,  sous  la  conduite  de  leur  commandant  Grisar. 

Les  patriotes  avaient  refoulé  partout  les  troupes  munstériennes 
et  mayençaises  ;  mais  les  électeurs  du  cercle  de  Westphalie 
étaient  décidés  à  comprimer  la  révolution  et  à  rétablir  le  prince, 
et  leur  décision  fut  confirmée  par  la  diète  de  Francfort.  Le  ma- 
gistrat deLooz,  dès  qu'il  en  fut  informé,  envoya  un  second  acte 


—  38j  - 

île  soumission  aux  ministres  des  cours  directoriales  du  cercle, 
au  mois  de  novembre  1790.  La  chambre  deWetzlaer  confia, 
le  20  décembre,  l'exécution  de  la  sentence  à  l'empereur  Léopold. 
Les  patriotes  voyant  qu'il  leur  serait  impossible  de  résister 
aux  troupes  autrichiennes,  se  soumirent  le  10  janvier  1791.  Une 
commission  impériale  fut  instituée  à  Liège  pour  rétablir 
l'ancien  ordre  de  choses.  Le  24  janvier  elle  ordonna  la  réintégra- 
tion des  membres  des  régences  de  toutes  les  villes  de  la  princi- 
pauté, qui  avaient  été  contraints  d'abandonner  leurs  fonctions  par 
la  révolution  du  18  août  1789.  En  exécution  de  cet  ordre  le  ma- 
gistrat Lossain,  élu  le  10  août  1789,  reprit  ses  fonctions  le  29  jan- 
vier 1791.  Il  s'empressa  de  députer  le  bourgmestre  régent  Louwet 
et  l'ancien  bourgmestre  Yan  Herck  à  Liège  pour  présenter  les 
respectueux  hommages  de  la  ville  aux  ministres  directoriaux  et 
au  tréfoncier  Wasseige  délégué  du  prince-évêque;  il  les  chargea  en 
outre  de  manifester  au  baron  de  Keuhll,  commandant  des  troupes 
impériales,  «  ses  sentiments  de  gratitude  et  de  profonde  recon- 
//  naissance  pour  la  bonté  que  Sa  Majesté  l'empereur  a  daigné 
«  avoir  pour  notre  pays  en  envoyant  généreusement  une  partie 
//  de  ses  forces  pour  faire  cesser  les  troubles  qui  l'ont  si  longtemps 
a  affligé;  »  il  proteste  quela  ville  de  Looz  «  contente  de  la  forme 
n  du  gouvernement  sous  lequel  elle  avait  été  longtemps  heureuse 
4i  et  tranquille,  n'aurait  jamais  songé  à  faire  la  moindre  inno- 
«  vation,  si  elle  n'avait  craint  d'être  vexée  et  opprimée  par  les 
//  forces  de  la  capitale  et  des  autres  villes,  qui  s'étaient  déclarées 
//  pour  la  révolution.   « 

Pierre  Lenaers,  bourgmestre  depuis  le  10  août  1789  jusqu'au 
29  janvier  1791,  avaitfait  constamment  partie  du  Tiers-Etat  et  de 
l'assemblée  nationale,  y  avait  prêté  le  serment  de  maintenir  les 
principea  de  la  révolution  du  18  août  1789,  d'être  fidèle  à  la 
nation  et  aux  lois  émanées  du  sens  du  pays,  il  y  avait  voté  aussi 
toutes  les  mesures  prises  contre  le  rétablissement  du  prince. 
Le  conseiller  Paul  Lenaers  avait  aussi  pris  une  part  active  à  la 
révolution.  En  vertu  des  sentences  de  la  commission  impériale, 
ils  ne  pouvaient  plus  faire  partie  du  magistrat.  Le  26  mars  1791 
le  prince-évêque  remplaça  Pierre  Lenaers  par  l'ancien  bourgmestre 


—  380  — 

Simons  et  Paul  Lenaers  par  Chrétien  Monfort  «  voir,  est-il  dit, 
»  dans  l'acte,  que  si  quelques-uns  d'entre  eux  (les  conseillers) 
«  avaient  passé  le  prétendu  serment  civique,  ils  devront  l'abjurer 
"  en  plein  corps  et  renouveler  incontinent  leur  serment  légal 
«  primitif,  se  réservant  au  surplus  son  Altesse  de  faire  informer 
«  plus  particulièrement  à  l'égard    du  greffier  Groenendaels.  // 

Pendant  les  années  1791  et  179:2,  la  rénovation  magistrale 
eut  lieu  au  mois  d'août  d'après  le  règlement  de  1760  ;  j'ignore  si 
le  magistrat  élu  le  6  août  1792  a  pris  quelque  part  aux  mesures 
révolutionnaires  pendant  l'occupation  française  (déc.  1762-mars 
1793);  j'ignore  également  si  les  bourgeois  ont  concouru  à  l'élec- 
tion d'un  député  à  la  Convention  nationale  liégeoise  et  s'ils  ont 
voté  en  faveur  de  la  réunion  du  pays  à  la  France  ;  je  n'ai  pas 
trouvé  le  moindre  renseignement  à  cet  égard  dans  les  registres 
de  l'administration. 

La  régence  élue  le  5  août  1793  resta  en  fonctions  jusqu'à  l'in- 
troduction du  régime  communal  français  au  commencement  de 
1796.  L'invasion  française  en  juillet  1794  et  toutes  les  calamités 
qui  en  furent  la  suite,  ne  permirent  point  aux  bourgeois  de  son- 
ger en  1794  et  1795  au  renouvellement  du  magistrat.  En  1796, 
l'ancien  système  communal  fut  supprimé  et  remplacé  par  le  ré- 
gime français  ;  les  cours  de  justice  furent  également  abolies  et 
remplacées  par  la  justice  de  paix,  le  tribunal  de  première  in- 
stance de  Hasselt  et  le  bureau  d'enregistrement  de  Tongres. 


XI 


LIMITES    DE    LA    COMMUNE. 

Les  anciennes  délimitations  des  communes  offrent  encore  au- 
jourd'hui un  intérêt  administratif  et  juridique,  parce  qu'il  n'est 
intervenu  aucune  nouvelle  délimitation  au  XIXe  siècle. 

L'impôt  foncier,  établi  au  XVIIe  siècle  au  profit  de  la  ville, 
donna  lieu  à  bien  des  procès  avec  les  villages  voisins  touchant  les 
limites.  Ces  procès  se  terminèrent  par    des  transactions  sur  la 


387 


délimitation  de  la  commune  que  les  princes-évêques  approu- 
vèrent. Une  première  délimitation  fut  faite  en  1656,  une  seconde 
le  30  mars  1724,  et  une  troisième  le  26  juin  1738.  Je  donnerai 
ici  les  deux  dernières  : 

«  Nous  doyen  et  chapitre  de  la  très-illustre  église  Cathédrale 
de  Liège,  sede  vacante. 

«  Dans  les  différents  agités  entre  la  ville  de  Looz  et  les  villages 
"  de  Kerniel,  Rullecovcn,  Cuttecoven,  Gotliem  et  Hendricken, 
//  vu  les  actes,  déclarons  que  les  limites  entre  Looz  et  Kerniel 
«  sont  à  l'endroit  nommé  Colencruys,  et  delà  tout  le  chemin  le 
«  long  des  murailles  du  cloître  de  Colen  par  le  Calverstraet  jus- 
«  qu'au  Sittartstraet,  et  descendant  le  Sittardstraet  tournant  au- 
»  tour  du  dit  Sittard  et  venant  à  la  potterie  de  Looz,  si  bien  que 
a  la  campagne,  terres  et  prairies  qui  se  trouvent  entre  la  déli- 
ii  néation  ci-dessus  et  la  ville  de  Looz  sont  sous  la  juridiction  de 
a  Looz,  et  quant  à  la  campagne  nommée  Stoppelbampt  ou  Loo- 
«  nergericht  prétendu  parla  ville  de  Looz  contre  ceux  de  Rulle- 
n  coven,  déclarons  icelles  être  sous  la  juridiction  du  ditRullecoven. 

//  Quant  aux  différents  entre  ceux  de  Cuttecoven  et  la  susdite 
u  ville,  commençant  entre  la  potterie  de  Looz  et  la  campagne 
»  nommée  Sint  Jansdelle  et  revenant  vers  Looz  jusqu'au  chemin 
«  marqué  sur  la  carte  et  de  là  sur  le  coin  du  Broecksken  de 
«  madame  de  Herckenrode,  puis  revenant  par  le  Hombroech  à 
«  la  pierre  de  Graeth,  déclarons  les  terres  qui  se  trouvent 
"  dans  la  dite  délinéation  du  côté  de  Cuttecoven  être  de  la  juri- 
«  diction  du  dit  Cuttecoven,  de  même  que  le  Hombroeck  et  le 
n  Steenenhuys;  de  là  venant  au  Wynbroeck  et  allant  jusqu'au 
a  Brul  le  long  du  petit  ruisseau  au-dessus  du  Langenbampt  et 
a  traversant  le  chemin  tendant  à  Bilsen,  droit  le  long  du  dit  ruis- 
»  seau  jusqu'à  la  rivière,  disons  les  terres  à  droite  de  cette 
u  délinéation  être  sous  Cuttecoven,  et  celles  à  la  gauche  du  côté 
//  de  Rullingen  être  sous  Looz,  et  de  là  remontant  tout  du  long 
u  de  la  rivière  jusqu'au  pont  de  pierre  et  passant  la  rivière  jus- 
u  qu'à  la  moitié  du  pont  de  bois  remontant  le  Beeksken  jusqu'au 
a  venta  du  by  du  moulin,  disons  le  terrain  compris  dans  cette 
u  délinéation  être  sous  Looz. 


-  <!88  — 

//Quant  aux  limites  de  Gotliem,  commençant  au  dit  Venta  et 
n  descendant  comme  la  ligne  brune  sur  la  carte  et  excluant  le 
//  neuf  moulin  conformément  à  la  susdite  ligne  brune  jusqu'au 
//  Langenstraet  et  retournant  tout  le  chemin  du  Langenstraet 
«  vers  Looz  jusqu'au  Casenbroodtland,  et  du  dit  Casenbroodtland 
//  remontant  jusqu'au  Cariscruys,  disons  les  terres  qui  se  trouvent 
//  entre  le  dit  chemin  et  Gothem,  être  de  la  juridiction  du  dit 
«  Gothem,  et  celles  du  côté  de  Rullingen,  être  de  la  juridiction  de 
//  Looz  de  même  que  le  neuf  moulin. 

//  Et  pour  ce  qui  concerne  Hendricken  ,  retournant  le  chemin 
'•  du  Cariscruys  jusqu'à  la  pierre  de  Graeth ,  déclarons  tout  le 
//  Hulsberg,  être  de  la  juridiction  de  Looz;  et  de  la  pierre  de 
«  Graeth  traversant  la  maison  Berckenbosch  venant  tout  le  long 
//  du  Kogelstraet  jusqu'à  sa  rentrée  dans  le  Cattestraet  et  de  la 
a  droite  au  Steeg  et  du  dit  Steeg  jusqu'à  la  barrière  mise  au 
//  Princeweide  du  côté  de  la  campagne  de  Nederheim  et  de  là 
n  tout  le  chemin  tendant  de  Nederheim  le  long  de  la  prairie 
«  d'Arnold  Renaers  au  Cucovenbampt  et  du  Cucovenbampt  par 
«  le  wyngaerdweegsken  droit  à  la  chaussée  romaine,  déclarons 
«  les  terres  qui  se  trouvent  du  côté  du  village  de  Hendricken, 
n  dans  cette  délinéation,  être  de  la  juridiction  du  dit  village  de 

n  Hendricken  et  la  campagne  de  Nederheim  de  celle  de  Looz 

n  Donné  à  Liège  dans  notre  lieu  capitulaire  accoutumé  le  31 
n  mars  1724.   « 

Chap.  de  S.  Lambert.  Décrets  sedevacante  1723-1724.  E.  271. 

Un  nouveau  procès  donna  lieu  à  une  modification  des  limites 
précédentes,  qui  fut  faite  par  l'autorité  du  prince-évêque  le  23 
juin  1738  :  «  Qu'à  l'égard  de  Cuttecoven,  en  modérant  cette 
«  délinéation,  les  maisons  de  Hombroeck  et  de  Steenenhuys 
n  paieront  au  futur  les  tailles  à  Looz,  de  même  que  les  terres  et 
n  prairies  qui  sont  le  long  du  ruisseau  en  commençant  au  chemin 
«  de  Bilsen,  près  de  Rullingen,  et  suivant  tout  ledit  chemin  jus- 
//  qu'au  chemin  tendant  à  AViddingen,  en  suivant  ce  chemin 
«  jusqu'à  la  rivière,  laissant,  quant  au  résidu,  la  délinéation 
n  réglée  par  son  chapitre  cathédral  en  entier. 

/-   Modérant  aussi  cette  délinéation  à  l'égard  de  Gothem,  dé- 


—  389  — 

clare  que  depuis  le  Cariscruys,  suivant  le  chemin  tendant  au 
Driesken,  et  continuant  le  dit  chemin  jusqu'au  Heerenweg,  les 
héritages  vers  Looz  paieront  à  Looz. 

«  On  tirera  une  ligne  droite  depuis  la  glissière  en  décharge 
au-dessus  du  neuf  moulin  jusqu'au  coin  du  chemin  croisé  vis- 
à-vis  la  Justice  de  Looz.  Ayant  aussi  remarqué  que  près  du 
perron  de  Graeth,  il  y  a  des  maisons  du  côté  de  Hendricken  qui 
payaient  à  Cuttecoven  et  vice-versa,  Son  Altesse,  pour  ôter 
tels  enclavements,  ordonne  qu'elles  paieront  au  futur  avec  le 
village  du  côté  où  elles  se  trouvent.  « 
(  Consei  l  privé ,  Pro  toco  le) . 


XII 


LISTE  DES  BOURGMESTEES  DE  LA  VILLE    (     ). 


1533  Herman  Straven. 
Herman  Walscharts. 

1534  Jean  Koenen. 
Gilbert  van  Entbroeck. 

1535  Herman  Straven. 
Gilbert  van  Entbroek. 

1536  Jean  Koenen. 
Herman  Walscharts. 

1537  Herman  Straven. 
Gilbert  van  Entbroeck. 

1540  Gilbert  van  Entbroeck. 
Jean  van  Lanaken. 

1543  Herman  Walscharts. 
Jean  van  Lanaken. 

1544  Jean  Koenen. 
Etienne  van  Gutschoven. 

1545  Herman  Walscharts. 
Livin  Straven. 

1546  Jean  Koenen. 
Jean  van  Lanaken. 


1547  Herman  van  Entbroeck. 

Jean  van  Lanaken. 
1549  Herman  Straven. 

Jean  van  Lanaken. 

1551  Herman  Walscharts, 
Herman  Straven. 

1552  Jean  van  Lanaken. 
Herman  Straven. 

1556  Gilbert  van  Entbroeck. 
Mathias  Straven. 

1557  Gilbert  van  Entbroeck. 
Livin  Straven. 

1559  Livin  Straven. 

Lambert  Marcelis. 
1561  Gilbert  van  Entbroeck. 

Livin  Straven 
1563  Jean  Straven. 

Henri  Doems. 
15  04  Arnoul  Walscharts. 

Gilbert  van  Entbroeck. 


(  '  )  Celte  liste  présente  bien  des  lacunes  que  je  n'ai  pu  combler. 

58 


—  390  — 

1566  Jean  Straven. 

Livin  Straven. 

1615 

1567  Henri  Doems. 

Gilles  van  Entbroeck. 

1616 

1568  Livin  Straven. 

Gilbert  van  Entbroeck. 

1617 

1569  Gilles  van  Entbroeck. 

Henri  Doems. 

1618 

1571  Henri  Doerns. 

Jean  van  Schalloen. 

1619 

1572  Livin  Straven. 

Herman  Straven. 

1620 

1573  Henri  Doems. 

Gilles  van  Entbroeck. 

1621 

1574  Gilbert  van  Entbroeck. 

Gilles  van  Entbroeck. 

1622 

1575  Henri  Doems. 

Guillaume  Cupers. 

1623 

1576  Gérard  van  Haren. 

Pierre  Doems. 

1624 

1577  Livin  Straven. 

Henri  Doems. 

1625 

1579  Gérard  van  Haren. 

Charles  Cupers. 

1626 

1580  Livin  Straven. 

Gérard  van  Haren. 

1627 

1581  Livin  Straven. 

Charles  Cupers. 

1628 

1582  Arnoul  Pauwels. 

Jean  van  Entbroeck. 

1629 

1583  Gérard  van  Haren. 

Gilbert  Vuskens. 

1630 

1584  Guillaume  Chiney. 

Charles  Cupers. 

1631 

1585  Gilbert  Yuskens. 

Arnoul  Pauwels. 

1632 

1589  Corneille  Cupers. 

Guillaume  Chiney. 

1633 

1591   Gilbert  van  Entbroeck. 

Charles  Cupers. 

1634 

1614  Jean  van  Edelbampt. 

Otto  van  Halle. 
Otto  van  Halle. 
Lambert  van  don  Hout. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Lambert  van  den  Hout. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Jean  van  Edelbampt. 
Otto  van  Halle. 
Guillaume  van  Haren. 
Otto  van  Halle. 
Lambert  van  den  Hout. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Otto  van  Halle. 
Jean  Nys. 
Gérard  Schobben. 
Otto  van  Halle. 
Gérard  Schobben. 
Otto  van  Halle. 
Guillaume  van  Entbroeck 
Guillaume  van  Haren. 
Jean  Swennen. 
Guillaume  van  Haren. 
Jacques  Yrancken. 
Guillaume  van  Haren. 
Jean  Swennen. 
Guillaume  van  Haren. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Guillaume  van  Haren. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Jean  Nys. 
Herman  Vuskens. 
Gilbert  van  Entbroeck. 
Jean  van  den  Hout. 
Guillaume  van  Haren. 
Guillaume  Vogels. 
Guillaume  van  Haren. 
Guillaume  Vogcls. 
Gérard  Schobben. 
Antoine  Pétri. 
Gérard  Schobben. 
Antoine  Pétri. 


391  — 


1635  Gérard  Schobben. 

Eustache  Palmaers. 

Richard  van  Voordt. 

1677 

Denis  van  Gutschoven. 

1636  Guillaume  van  Haren. 

François  Copis. 

Antoine  Pétri. 

1678 

Denis  van  Gutschoven. 

1637  Mathieu  Cleynjans. 

Jean  Cordaize. 

Antoine  Pétri. 

1679 

Denis  Vrancken. 

1638  Jean  van  Horn. 

Eustache  Groetaers. 

Antoine  Pétri. 

1680 

Jean  Cordaize. 

1639  Gérard  Pauli, 

François  Copis. 

Jean  van  Horn. 

1688 

Jean  Lochtenberg. 

1640  Mathieu  Cleynjans. 

Gilles  Voué. 

Gérard  Pauli. 

1689 

Nicolas  van  Haren. 

1041  Bernard  van  Gutschoven. 

Gilles  Voué. 

Gérard  Pauli. 

1690 

Jean  Droogen. 

1642  Martin  Noelmans. 

Gilles  Voué. 

Pierre  van  der  Locht. 

1691 

Simon  Heenen. 

1643  Jean  Cnapen. 

Gilles  Voué. 

Martin  Noelmans. 

1692 

Nicolas  van  Haren. 

1 644  Paul  Vaes. 

Arnoul  Mauwet. 

Martin  Noelmans. 

1693  Le  baron  de  Mettecoven 

1645  Bernard  Vaes. 

Guillaume  Smets. 

Antoine  Pétri. 

1694 

Jean  Droogen. 

1646  Gérard  Pauli. 

Jean  Pétri. 

Antoine  Pétri. 

1695 

Paul  Lambrechts. 

1647  Gérard  Pauli. 

Conrard  Warequin. 

Otto  van  Halle. 

1696 

Nicolas  van  Haren. 

1648  Pierre  Timmermans. 

Arnoul  Renaers. 

Otto  van  Halle. 

1697 

Jean  Lochtenberg. 

1649  Henri  van  Entbroeck. 

Jean  Droogen. 

Guillaume  Nys. 

1698 

Denis  van  Gutschoven. 

1650  Antoine  Pétri. 

Gilles  Voué. 

Martin  Noelmans. 

1699 

Louvy  de  Schleyden. 

1651  Antoine  Pétri. 

Gilles  Voué. 

Martin  Noelmans. 

1700 

Louvy  de  Schleyden. 

1653  Chrétien  d'Awans. 

Gilles  Voué. 

Jean  van  Hinnisdael. 

1701 

Nicolas  Omalia. 

1671  François  Copis. 

Gilles  Voué. 

Antoine  Wagemans. 

1702  Nicolas  Omalia. 

1673  François  Copis. 

Gilles  Voué. 

Henri  Cleynjans. 

1703 

Nicolas  Omalia. 

1674  François  Copis. 

Gilles  Voué. 

—  392  — 

1704  Arnoul  Rentiers. 

Joachim  van  den  Born. 

Gilles  Voué. 

1725 

Nicolas  de  Vocht. 

1705  Nicolas  Omalia. 

Martin  Rampcn. 

Gilles  Voué. 

1726 

Jérôme  Lochtenberch. 

1706  Jean  Eyben. 

Nicolas  de  Vocht. 

Gilles  Voué. 

1727 

Henri  Wagemans. 

1707  Jean  Eyben. 

Livin  Vrancken. 

Gilles  Voué. 

1728 

Pierre  Moens. 

1708  Jean  Rubens. 

Philippe  Montfort. 

Gilles  Voué. 

1729 

Nicolas  van  Gutschoven 

1709  Jean  Rubens. 

Eustache  Buysmans. 

Nicolas  Lochtenberg. 

1730 

Jean  Maître-Jean. 

1710  François  van  Entbroeck. 

Nicolas  de  Vocht. 

Guill.  van  Gutschoven. 

1731 

Gauthier  Smets. 

1711  Henri  Berckenbosch. 

Jean  Cerstelot. 

Chrétien  Nys. 

1732 

Gautier  Smets. 

1712  Henri  Berckenbosch. 

Jean  Cerstelot. 

Chrétien  Nys. 

1733 

Philippe  Montfort. 

1713  Henri  Berckenbosch. 

François  Cerstelot. 

Joachim  van  den  Born. 

1734 

Jean  Eyben. 

1714  Nicolas  van  Gutschoven. 

Jérôme  Lochtenberch. 

Henri  Claes. 

1735 

Théodore  Groenendaeks 

1715  Nicolas  van  Gutschoven. 

Jean  Omalia. 

Henri  Claes. 

1736 

Jean  Cerstelot. 

1716  Nicolas  van  Gutschoven. 

Jean  Maître-Jean. 

Henri  Claes. 

1737 

Guillaume  Copis. 

1717  François  Hayweghen. 

Guillaume  Smets. 

Lucas  Dullars. 

1738 

Philippe  Montfort. 

1718  Gérard  Warequin. 

Jean  Eyben. 

Jean  Louwet. 

1739 

Henri  Top. 

1719   Gérard  Warequin. 

Pierre  Demarteau. 

Nicolas  Lossin. 

1740 

Henri  Top. 

1720  Gérard  Warequin. 

Pierre  Demarteau. 

Eustache  Buysmans. 

1741 

Jean  Langenacken. 

1721  Jean  Louwet. 

Henri  Wagemans. 

Eustache  Buysmans. 

1743 

Gauthier  Smets. 

1722  Nicolas  Lossin . 

François  Cerstelot. 

Joachim  van  den  Born. 

1744 

Jean  Bollaers. 

1723  Nicolas  Lossin. 

Denis  Wagemans. 

Joachim  van  den  Born. 

1745 

Arnoul  Proesmans. 

1  724  Nicolas  Lossin. 

Casimir  Renaers. 

-  393  — 

1746 

François  Hayweghen. 

Jean  Lossin. 

Pierre  Demarteau. 

1767 

Le  chevalier  De  Vocht. 

1747 

François  Hayweghen. 

Jean  Lossin. 

Pierre  Demarteau. 

1768 

Le  chevalier  De  Yocht. 

1748 

Livin   Tercaefs. 

Jean  Lossin. 

François  Maître-Jean. 

1769 

Le  chevalier  De  Yocht 

1749 

Livin  Tercaefs. 

Jean  Lossin. 

François  Maître-Jean. 

1770 

Le  chevalier  De  Yocht 

1750 

Philipe  Montfort. 

Jean  Lossin. 

Lambert  Claesen. 

1771 

Le  chevalier  De  Yocht 

1751 

Odulphe  van  Herck. 

Jean  Lossin. 

Jean  Langenacken. 

1772 

Le  chevalier  De  Yocht 

1752 

Odulphe  van  Herck. 

Jean  Lossin. 

Jean  Langenacken. 

1773 

Jean  van  Herck. 

1753 

Denis  "Wagemans. 

Jean  Proesmans. 

Guillaume  Smets. 

1774 

Claesen. 

1754 

Jean  Wagemans. 

Cerstelot. 

Lambert  Claesen. 

1775 

Pierre  Tercaefs. 

1755 

Jean  Wagemans. 

Wagemans. 

Lambert  Claesen. 

1776 

Théodore  Michiels. 

1756 

Odulphe  van  Herck. 

Jean  Claesen. 

Jean  Langenacken. 

1777 

Jean  van  Herck. 

1757 

Odulphe  van  Herck. 

François  Claesen. 

Jean  Langenacken. 

1778 

Henri  Simons. 

1858 

Le  chevalier  De  Yocht. 

François  Claesen. 

Jean  Groenendaels. 

1779 

Théodore  Groenendaels 

1759 

Le  chevalier  De  Yocht. 

Jean  Yrancken. 

Jean  Groenendaels. 

1780 

Poncelet. 

1760 

Odulphe  van  Herck. 

Théodore  Michiels. 

Denis  Wagemans. 

1781 

Herman  Groenendaels. 

1761 

Jean  Wagemans. 

Henri  Simons. 

Mathieu  Saroléa. 

1782 

Lambert  Louwet. 

1762 

Laurent  Delcour. 

Claesen. 

Le  chevalier  De  Yocht. 

1783 

Jean  Cerstelot. 

1763 

Arnoul  Demarteau. 

Jean  Pluymers. 

François  Claesen. 

1784 

Théodore   Groenendaels 

1764 

Lambert  Claesen. 

Jean  van  Herck. 

Denis  Wagemans. 

1785 

Remier  Groenendaels. 

1765 

Le  chevalier  De  Vocht. 

Léonard  Lossin. 

Jean  Lossin. 

1786 

Henri  Simons. 

1766 

Le  chevalier  De  Yocht. 

Pierre  de  Bellefroid. 

—  394 


1787  Jean  Cerstelot. 
François  Claesen. 

1788  Jean  van  Herck. 
Pierre  Michiels. 

10  août  1789  Pierre  Lenaers. 

Lambert  Louwet. 
23  août  1789  Pierre  Lenaers. 

Lambert  Louwet. 
29  avril  1790  Pierre  Lenaers. 

Théodore   Groenendaels. 


6  juin  1 790  Pierre  Lenaers. 

Théodore  Groenendaels. 
29  juin  1791  Henri  Simons. 

Bambert  Louwet. 
8  août  1791  Pierre  Tercaefs. 

Martin  Louwet. 
6  août  1792  François  Groven. 

Casimir  Montfort. 
5  août  1793  Jean  van  Herck. 

Pierre  de  Bellefroid. 


TABLES 


DES 


MANUSCRITS  GÉNÉALOGIQUES  DE  LE  FORT. 


IIe  PARTIE. 

RECUEILS  DIVERS- 


La  catégorie  des  archives  de  Le  Fort,  désignée  sous  le  tilre  de 
Recîicils  divers,  et  dont  nous  donnons  aujourd'hui  la  table  alphabé- 
tique, se  compose  de  28  vol.  in  f°.  Ce  n'étaient  primitivement  que 
des  feuilles  volantes  et  des  cahiers  détachés,  qui  ont  été  réunis  en 
volumes,  il  y  a  quinze  ou  vingt  ans,  (*)  et  classés  dans  les  ar- 
chives du  conseil-privé. 

Nous  avons  déjà  indiqué  sommairement  (2)  la  nature  des  docu- 
ments qu'on  trouve  dans  ces  recueils  ;  mais  comme  plusieurs 
d'entre  eux  sont  des  traités  particuliers,  qu'il  eût  été  impossible  de 
spécifier  dans  notre  table,  il  convient  de  les  examiner  successive- 
ment. 

(  i  )Par  MM.  Polain  et  Schoonbroodt,  alors  conservateur  et  conservateur- 
adjoint  des  archives  de  l'État  à  Liège. 

(5)  Notice  sur  J.-G.  et  sur  J.-H.  Le  Fort,  p.  29. 


—  396  — 

1  àX.  Les  dix  premiers  volumes  dont  les  pages  additionnées  don- 
nent un  chiffre  total  de  4744  pp.  ('},  offrent,  dans  le  désordre  le 
plus  complet,  un  mélange  de  documents  de  toute  espèce;  un  coup 
d'œil  jeté  sur  la  table  qui  suit,  peut  en  faire  juger.  Ils  peuvent 
néanmoins  se  répartir  assez  convenablement  en  deux  classes,  dont 
l'une,  la  plus  nombreuse,  comprend  les  pièces  généalogiques  (di- 
plômes et  attestations  de  noblesse.,  généalogies,  réceptions  dans  les 
chapitres  nobles,  contrats  de  mariages,  testaments,  etc.)  ;  l'autre, 
moins  considérable,  contient  les  pièces  historiques  (chartes,  mé- 
moires, notes,  etc.). 

XI.  Analyses  de  près  de  mille  contrats  de  mariage  et  testaments 
des  XVe  et  XVIe  siècles,  entérinés  au  grand  greffe  des  échevins  de 
Liège.  Ce  travail,  qui  est  fait  avec  soin,  peut  être  utilement  consulté 
pour  les  recherches  généalogiques,  pour  l'observation  des  usages, 
pour  l'étude  des  étymologies  des  noms  et  pour  l'histoire  de  la  topo- 
graphie du  pays.  Le  relevé  que  nous  en  avons  fait,  étant  beaucoup 
trop  long  pour  pouvoir  être  fondu  dans  ce  travail,  a  été  réservé; 
il  trouvera  sa  place  dans  la  table  générale  des  convenances  et  testa- 
ments du  grand  greffe. 

XII.  Copie  d'un  manuscrit  de  Van  den  Berch;  on  lit  en  tète  :  Ex 
registro  mihi  communicato  ab  ill°.  D.  comité  de  Pàvieren,  Arschol  et 
de  Heers.  Il  contient  d'abord  une  série  de  diplômes  des  XIV<=  et 
XVe  siècles  concernant  les  barons  de  Brandebourg,  seigneurs  de 
Château-Thiery  et  deBioul;  ensuite  des  lettres  de  noblesse  et 
d'autres  pièces  généalogiques  indiquées  dans  la  table. 

XIII.  Ce  registre,  dont  les  douze  premières  pages  manquent,  est 
également  une  copie  d'un  manuscrit  de  Van  den  Berch.  C'est  un 
véritable  armoriai  :  on  y  trouve  la  description,  ou,  plus  souvent, 
le  dessin  même  des  blasons  des  différentes  seigneuries  du  pays  par 
ordre  de  rang  et  de  titre  ;  puis  ceux  de  toutes  les  familles  nobles  du 
pays  de  Liège;  le  tout  est  entremêlé  de  notes  historiques  et  gé- 
néalogiques. A  la  page  421,  commence  une  autre  liste  descriptive, 
assez  courte,  des  armoiries  et  des  cris  de  différents  seigneurs  du 


(')  Les  pp.  208  à  257  du  vol.  IX,  manquent. 


—  397  — 

XIIIe  et  du  XIVe  siècle  au  pays  de  Liège.  On  peut  y  suivre  les 
transformations,  fort  curieuses,  qu'ont  subi  les  armoiries  de  quel- 
ques familles,  par  suite  d'alliances,  d'adoptions,  etc.  La  plus  grande 
partie  de  ces  notes  a  été  prises  par  Van  den  Berch  sur  les  sceaux 
mêmes  qui  appendaient  à  des  chartes  où  des  membres  de  ces  fa- 
milles figuraient  comme  témoins.  De  même  que  pour  le  volume  IX, 
la  table  de  cet  armoriai  est  réservée  comme  tropélendue;  quelques 
noms  seulement  sont  indiqués  dans  ce  travail. 

XIV.  Brief  annotation  des  armoiries  des  familles  qui  sont  pré- 
sentement au  pays  de  Liège  et  la  enthour,...  l'an  1595  ,  par  moy 
Johande  Brialmont,  S*  de  Frayture,  advoez  de  Xhos,  etc. 

Celte  annotation  est,  en  effet,  comme  le  dit  l'auteur  dont 
Le  Fort  a  copié  la  manuscrit,  fort  brève;  elle  ne  donne  les  armes 
que  d'une  cinquantaine  de  familles ,  puis  à  la  page  14,  un  chapitre 
des  fusées,  où  on  fait  le  rapprochement  de  toutes  les  familles  qui 
ont  porté  cette  pièce  dans  leur  blason  ;  à  la  page  17,  on  trouve  une 
brief  déclaration  et  explication  de  la  noblesse  et  armoiries  des 
gentils  hommes  du  pays  de  Liège  ...et  d'aucuns  blasons  estrangers, 
qui  par  alliance  sont  naturalisés  du  pays  susdict,  comme  sont  ceux 
de  Domartin,  ceux  de  Mérode  et  Berlaymont,  etc. 

Dans  celte  petite  chronique  héraldique,  on  donne  d'abord  les 
armes  de  la  cité  ,  des  rues  et  des  quartiers  de  Liège;  puis  celles 
des  villes  et  des  seigneuries;  à  l'occasion  de  ces  dernières,  il 
raconte  les  origines  et  l'histoire  de  plusieurs  grandes  familles, 
et  il  les  accompagne  çà  et  là  de  notes  curieuses,  d'historiettes 
piquantes,  méchantes  même,  sur  la  façon  de  vivre  des  grands 
seigneurs  de  son  temps;  il  est  particulièrement  violent  à  l'égard 
de  la  famille  de  Berlaimont,  contre  laquelle  un  sentiment  de  haine 
personnelle  semble  l'exciter.  Cette  chronique  est  interrompue  à  la 
page  138,  où  on  lit  cette  annotation  :  le  dit  M.  de  Brialmont  finit 
icy  et  laisse  le  reste  en  blanc;  puis:  voicy  encor  quelques  pièces 
tirées  de  son  manuscrit  :  Procès  dans  la  famille  de  Berlaimont  en 
1463  ;  reliefs  de  la  seigneurie  de  la  Haullepenne  :  modus  creandi 
et  cousecrandi  equitem  Jherosolomitanum;de  la  noblesse.  A  la  fin 

39 


—  398  — 

du  volume,  p.  157- IGS  ,  on  trouve  les  armes  de  quelques  familles 
ayant  pris  nom  de  leurs  liefs  ,  accompagnées  de  petites  notes 
comme  dans  le  vol.  XIII,  dont  ces  six  feuillets  semblent  être  le 
complément  ;  en  léle  ,  on  lit  la  note  suivante  :  Par  extrait  d'un 
ancien  manuscrit  de  Hemricourt  ,  copié  l'an  1565  par  noble  home 
Pier  Mahey,  ST  de  la  Lisière,  natif  d'Orléans,  etc. 

XV.  Tableau  des  maisons  et  familles  nobles  avec  autres  de  moindre 
alloi  ou  magasin  généalogique  des  preuves  d'icelles  tirées  de  divers 
cahiers  incorrects  et  en  partie  corrigés  et  la  pluspart  augmentez 
hors  des  archives,  registres  et  lelraiges  aulenticques  par  H.  V.  Berch, 
1644  (  ').  Manquent  les  pp.  36  à  48.  Ces  noies  et  mémoires  copiés 
par  Le  Fort,  sont  du  plus  grand  intérêt ,  et  sont  le  plus  souvent 
étayés  de  documents;  chaque  article  est  soigneusement  indiqué 
dans  la  table. 

XVI.  Extraits  et  notes  féodales  de  Liège  de  H.  Van  den  Berch; 
ce  que  f  atteste,  (signé)  Le  Fort.  Les  registres  aux  reliefs  de  la  cour 
féodale  de  Liège  d'où  ces  notes  sont  tirées  ,  reposent  aux  archives 
rfe  l'Etat  de  cette  ville.  La  table  de  ce  volume  étant  destinée  â  être 
fondue  dans  la  table  générale  des  registres  aux  reliefs ,  a  été 
réservée.  À  la  page  98,  on  trouve  une  sentence  et  jugement 
définitif  rendu  le  18  janvier  1452  dans  le  procès  qui  avait  surgi 
entre  l'abbé  du  monastère  de  Bonne-Espérance  en  Hainaut,  et  les 
seigneurs  de  Gronsvelt  et  de  Glimes,  au  sujet  des  grosses  dîmes  de 
la  seigneurie  de  Chaurnont  en  Brabant. 

XVII.  XVIII.  Deux  recueils  de  chartes  composés  par  II.  Van  den 
Bereh  et  copiés  par  Le  Fort  sur  les  manuscrits  du  premier  de  ces 
hérauts  d'armes.  Le  numéro  XVII  est  une  copie  partielle  du  manus- 
crit original  du  chanoine  de  Spire  conservé  à  la  bibliothèque  de 
l'Université  de  Liège  (n°  188),  dont  M.  Gachet  a  donné  une  analyse 
dans  les  Bull,  de  la  Comm.  royale  d'hist.  (lrc  série,  t.  IX,  p.  8).  L'ana- 
lyse du  second,  dont  le  mauuscril  original  semble  perdv,  a  éga- 


(i)  Le  manuscrit,  original   est  désigne  dans  le  catalogue  des  livres  de 
Louvre*  sous  le  n°  150. 


-  399  — 

lement  été  insérée  dans  les  mêmes  Bulletins  (3e  série,  t.  II,  p.  276). 

XIX.  Recueil  du  stock  de  L'abbaye  de  Robertmont.  Inventaire 
analytique  des  chartes  d'un  cartulaire  de  Robermont  qui  com- 
mence à  l'an  1184  et  s'arrête  à  1470.  La  plupart  de  ces  documents 
sont  des  actes  de  ventes,  de  rendages,  etc.,  qui  n'ont  d'importance 
historique  que  pour  l'abbaye  même  et  dont  les  noms  de  personnes 
et  de  lieux  offrent  seuls  quelqu'intérèt;  nous  les  avons  recueillis 
et  rangés  par  ordre  alphabétique,  ce  qui  forme  une  table  spé- 
ciale (»). 

XX.  Le  patron  dcl  Temporaliteit.  Copie  complète  de  ce  célèbre 
traité  attribué  à  J.  de  Hemricourt.  Le  commencement  seul  jusqu'à 
la  page  17  est  écrit  de  la  main  de  Le  Fort  ;  le  reste  est  de  deux 
écritures  différentes  et  très  fautif.  On  trouve  la  note  suivante  à  la 
page  :  Hic  liber  seu  tractatus  an  habeat  vim  et  auctoritatem  legis, 
id  est,  an  sit  autenticus ,  ex  Us  intelligi  potest  quœ  docte  scribit 
Caro.  Molend.  in  materia  fend.  col.  1°  et  2°  fol.  8. 

XXI.  Suite  de  la  copie  du  manuscrit  de  Van  den  Berch  dont 
M.  Gachet  a  donné  l'analyse (V.  XVII,  XVIII).  A  la  page  17  on  lit  : 
Hic  desinit  ms.  à  dm  decani  de  Platea  quod  quidem  alla  multa 
prolixius  narrata  conlinet  quœ  temporis  defectu  non  potui  excer- 
pere. 

XXII.  Registre  formé  de  deux  recueils  différents;  le  premier, 
comprenant  24  pages,  est  une  copie  partielle  de  la  Constantia  Rhe- 
nana  de  Gabr.  Bucelin,  imprimée  en  1G67  ;  les  extraits  faits  par 
Le  Fort  sont  les  quartiers  de  quelques  familles  allemandes  dont  les 
noms  sont  indiqués  dans  la  table.  Le  deuxième  cahier  est  encore 
une  copie  d'un  travail  de  Van  den  Berch,  écrit  en  allemand;  c'est 
l'indication  des  32  quartiers  de  plus  de  500  familles. 

XXUI.  Extraits  de  V  Amplis  si  ma  colleclio  de  Martène  et  Durand 
imprimée  à  Paris  en  1729.  Le  Fort  a  choisi  les  écrivains  qui  trai- 
tent particulièrement  l'histoire  du  pays;  ce  sont  des  extraits  des 


(')  Les  chartes  originales  se  trouvent  aux  Archives  du  royaume,  à 
Bruxelles. 


—  400  — 

Gesta  Trcvirorum  ;  tlii  Brève  chronicon  Eptemacensè;  dcs^nnalcs 
Novesienses  ;  du  Cuntatorium  ;  de  VBistoria  insignis  monasterii 
S.  Laurcntii  Leodiensis  ;  de  la  Brevis  historié  collegiatae  S.  Pétri 
Eijncurtensis  ecclesiœ;  des  Iic.rum  Leodiensïum  sub  Joe  Heinsberg 
et  Lud.  Borbonio  ;  de  Lambertus  Parvus  ;  de  Zantflliet. 

XXIV.  Chronicon  Alberici  monachi  Trium  fonlium  ;  copie  par- 
tielle d'un  manuscrit  de  celle  chronique  publiée  dans  le  l.  2  des 
Accessiones  historicœ  que  Leibnitz  fit  imprimer  en  1697.  Le  Fort 
n'a  transcrit  que  ce  qui  a  Irait  au  pays  de  Liège. 

XXV.  Dedans  le  présent  volume  est  contenu  un  g  répertoire  nu 
inventaire  de  tout  ce  qui  est  en  ung  coffre  appartenant  à  V Estât 
des  nobles  et  chevaliers  du  pays  de  Liège  et  Looz ,  reposant 
en  la  maison  J.  de  Borsut,  greffier  dudit  Estai  qui  soy  ouvrira  de 
trois  eleff s  diverses...  et  concerne  iceluy  inventaire  tout  ce  que  ledit 
greffier  at  entre  mains  et  contient  en  substance  et  en  abrégé  chacune 
chose...  contient  ossy  en  fin  un  inventaire  particulier  d'aucunes 
pièces,  comptes,  tiltres  et  documents  qui  concernent  les  autres Estats 
et  le  commun  pays. 

L'inventaire  comprend  les  années  1540  à  1606.  Ce  sont  les  pro- 
cès-verbaux des  séances  de  l'Etat  noble  où  l'on  trouve  toutes  les 
propositions  faites  par  le  prince,  les  réclamations,  les  demandes  de 
subsides  pour  la  guerre  ou  pour  des  réparations,  etc.,  avec  l'avis 
des  Etats. 

XXVI.  Chronique  de  Liège,  composée  par  Van  den  Berch  en  1636 
et  copiée  par  Le  Fort.  Elle  se  dislingue  des  autres  en  ce  qu'elle  est 
formée  d'extraits  ajoutés  bout  à  bout  et  tirés  d'une  foule  d'auteurs 
à  commencer  par  Tacite  et  César.  Trilhèmc,  Jean  d'Outre-Meuse, 
le  Ftuyte,  Jacques  de  Guise  cl  surtout  Langius  sont  tour  à  tour  mis 
à  contribution. 

C'est,  en  quelque  sorte,  un  journal  où  viennent  s'inscrire,  cha- 
cun à  sa  date,  les  faits  les  plus  remarquables  de  notre  histoire. 
Assez  étendue  pour  le  XVe  siècle,  elle  est  très-brève  pour  le  XVIe  el 
pour  le  XVIIe. 

XXVII.  Recueil  héraldique  des  magistrats  de  Liège.  Copie  d'un 


—  401  — 

manuscrit  de  Loyens,  que  Le  Fort  a  eu  la  patience  de  transcrire 
avant  qu'il  fut  imprimé  ;  il  offre  quelques  variantes  avec  l'ou- 
vrage connu,  surtout  pour  ce  qui  concerne  les  premiers  magistrats; 
toutefois  elles  ne  consistent  souvent  que  dans  la  forme  ou  dans 
la  disposition  des  paragraphes. 

XXVIII.  Volume  récemment  composé  de  pièces  exclusivement 
historiques,  telles  que  diplômes,  chartes,  mémoires,  etc. 

On  trouvera  aussi  dans  cette  table  l'indication  des  diplômes  impé- 
riaux intérinés  au  conseil  privé  et  au  grand  greffe  des  échevins  de 
Liège.  Les  premiers  sont  indiqués  C.P.  et  les  seconds  E.  La  tenue 
de  ces  registres  était  confiée  aux  hérauts  d'armes;  ils  occupent  donc 
leur  place  naturelle  dans  les  archives  de  ceux-ci. 


TABLE. 


Aa  (van  dcr).  Attestations  sur  la  généalogie  de  celte  famille, 
1690;  déclaration  que  Catherine  van  der  Aa  descend  en  droite  ligne 
demessire  Goswin  van  der  Aa  chevalier,  1704  ;  vin,  382.  Armoi- 
ries ;  xiii,  37,  40,  169.  Notes  généalogiques  ;  xiv,  40,  127. 

Aarbcrg  («1').  Fragments  généalogiques;  quartiers  de  Rade- 
gonde  comtesse  d'Aarberg  ;  xxn,  2,  3. 

Abcoude  (d>).  V.  Flodrop,    n,  110. 

Abéc  (d').  Armoiries;  xm,  37,38.  Notes  généalogiques; 
xv,  1. 

Acoce  (d').  Contrat  de  mariage  entre  J.  d'Acoce  et  M.  de 
Séron,  1449;  ,  ni  411.  Armes;  xm,  38.  Notes  généalogiques; 
xv,  2.  V.  Brabant,  m,  215. 

Acrscliot  (d').  Comment  le  comté  d'Aerschot  est  sorti  de  la 
famille  de  ce  nom  ;  îv,  151.  Fragment  généalogique  des  comtes 
d'Aerschot  ;    v,  184. 

Aggcstoet  (d').  Convenances  de  mariage  entre  J.  de  Agges- 
toet  et  G.  de  Partdieu,  1536;  m,  2S2. 

Aginiont  (d').  Armes  et  notes;  xm,  37,  39,  123;  xiv, 
1,27. 

Aigrcmont  (dJ).  Consistance  de  cette  seigneurie;  spécifica- 
tion et  dénombrement  de  ses  revenus  ;  i,  227.   Armes  ;  xm,  40. 

Aix-la-Chapelle.  Privilèges  accordés  par  Henri  IV  à  la 
chapelle  du  mont  Louesberg  à  Aix,  1059;  deux  autres  diplômes 
au  même  sujet  de  1248  et  1432;  xxvin,  249. 


—  404  — 

Alfteren  (d').  Épitaphede  l'an  1537  ;  vi,  51. 

Allemand  (F).  Patente  de  sergent-major  de  douze  compa- 
gnies de  gens  de  pieds,  donnée  à  Gérard  l'Allemand,  1667  ;  i,  424. 
Armes  ;  xm,  39,  165. 

Alliance  des  douze  linages  du  pays  de  Liège,  1335  ;  renou- 
vellement de  cette  alliance,  1372  ;  xn,  169. 

Alsteren  (d>).  Armes;  xm,  38.  Notes  généalogiques  ;  xv,  2. 

Ama  (d>).  Convenances  de  mariage  entre  J.  d'Ama  et  G. 
Renard,  1628  ;  vu,  420. 

Amcricourt  (d').  Fragment  généalogique  de  cette  famille  ; 
n,291. 

Aurlou  ou  Ansion.  Documents  concernant  cette  famille; 
1,387.  Touchant  les  familles  Ansion,  Bettonville,  Pasman  , 
Prayon,  Wampe,  Bleret,  etc.,  îv,  32.  Attestation  pour  P.  Ancion; 
vm,  53.  Diplôme  de  noblesse  pour  Damien  et  Pierre  d'Ancion  de 
Ville,  1727  ;  E.  i,  126.  V.  Dodémont,  îv,  29. 

Andriessens,  Diplôme  de  noblesse  pour  Ch.  Serv.  Andries- 
sens, 1733;  C.  P.  m,  139. 

Ans  (d').  Lettres  certificatoires  de  noblesse  données  par  le 
baron  de  Groesbeeck,  chef  de  l'État  noble  du  pays  de  Liège,  à 
Raes  d'Ans  et  à  Catherine  de  Bouland  ;  n,  603.  Notes  généalo- 
giques ;  xv,  3.  V.  Jemeppe,  xm,  177  ;  Vervoz,  vi,  179. 

Anthlnne  (d').  Mémoire  pour  cette  famille  ;  vi,  290. Armes 
et  notes  ;  xm,  38,  134,  147,  171  ;  xiv,  9,  125,  162.  Mémoires 
généalogiques  ;  xv,  4,  70.  V.  Spontin  ,  ni,  80. 

Antoing  (d>).  V.  Broyé,  iv,  200. 

Aoust  (d').  Notes  pour  celte  famille  ;  i,  105. 

Aranda  (d').  Fragments  généalogiques  et  alliances  des 
familles  d'Aranda,  de  Sandelin,  de  Valdez,  de  Feutre,  Van  den 
Hecke  ;  armoiries  ;  iv,  1. 

Arbcrg  de  Vallengin  (d').  Pièces  impériales  pour  cette 
famille,  1485,  etc.  ;  C.  P.  n,  200. 


—  405  — 

Arches  (Font  des).  Edit  rappelant  les  privilèges  acquis 
par  la  compagnie  des  bourgeois  qui  ont  contribué  à  la  construction 
du  Ponl-des-Arches,  1657  ;  vi,  355.  V.  Pêvereal,  v.  375. 

Arckcl  (d').  Généalogies  des  familles  d'Arckel,  de  Haestrecht, 
de  Loon  ;  armoiries  ;  n,  236.  V.  Raesveld,  n,  517. 

Argeuteau  (d').  Fragment  généalogique  de  cette  famille; 
I.  224.  Testament  du  seigneur  Jean  Fr.  d'Argenteau,  vicomte 
de  Looz,  1673  ;  î,  321.  Attestation  de  la  donation  d'un  fief,  faite 
par  F.  d'Argenteau  à  J.  d'Ongnies,  1583  ;  iv,  343.  Partage  entre 
les  enfants  d'Argenteau  ,  par  l'entremise  d'E.  de  la  Marck  ,  comte 
de  Rocbefort,  1511  ;  vi,  363.  Généalogie  des  d'Argenteau;  ix,  77. 
Testament  de  G.  d'Argenteau,  sire  d'Ocbain  et  de  la  baronne  de 
Groesbeeck  ,  1646;  ix,  94.  Lettre  de  sûreté  donnée  par 
G.  de  Flandres,  comte  de  Namur  à  son  cousin  R.  d'Argenteau  , 
sire  de  Houffalize,  1417  ;  ix,  102.  Réception  de  F.  R.  d'Argen- 
teau au  chapitre  d'Andenne;  ses  quartiers;  ix,  112.  Testament 
de  G.  d'Argenteau,  chanoinesse  et  écolâtre  d'Andenne,  1677  ;  ix, 
114.  Testamentde  G.  d'Argenteau  et  de  M.  de  Rivière,  sa  femme, 
1658  ;  ix  ,  165.  Convenances  de  mariage  entre  G.  d'Argenteau  et 
M.  de  Longueval,  1672  ;  ix,  166.  Testament  de  Cb.  d'Argenteau 
et  d'E.  de  Salmier,  baronne  de  Hosden,  1715  ;  jx,  167.  Réception 
d'A.  d'Argenteau  au  collège  d'Andenne  ,  1727  ;  ix,  168.  Colla- 
tion d'un  canonicalde  Mons  à  M.  d'Argenteau,  16^5;  ix,  170. 
Collation  d'une  prébende  d'Andenne  à  A.  d'Argenteau,  1719  ;  ix, 
183.  Réception  de  Th.  d'Argenteau  au  chapitre  d'Andenne,  1670; 
ix,  184.  Armes  ;  xm,  39.  Notes  généalogiques  ;  xiv,  i,  158  ;  xv, 
4,  230.  V.  Mineurs  ,  i,  23  ;  Berlo  ,  i,  173  ,  234 bis;  Custines ,  m, 
33,  46  ;  Houffalize  ;  v,  335. 

Arlon.  Liste  généalogique  des  comtes  et  des  marquis  d'Arlon  ; 
xi,  246.  Liste  chronologique  des  prévôts  d'Arlon  (Extr.  de 
Bertholet);  x,  260. 

Arnelle  (d'  ).  Quartiers  de  G.  d'Arnelle  et  de  M.  de  Ron- 
valle,  sa  femme  ;  vu,  221. 

Aspreniont  (d').  Inventaire  des  titres  produits  au  chapitre 
d'Andenne  par  Fr.  d'Aspremont,  1725;  vm,  382.  Armes;  km,  39. 
Diplôme  de  comte ,  1676  ;  C.  P.  i,  224. 


—  40(5  — 

Asselt.  Limitation  [Pelinge)  des  villages  de  Asselt,  Swalmcn, 
Béasse]  d'une  part,  Wessem,  Beegde,  Halen,  Buggenom  d'autre 
part,  1275  ;  confirmée  par  le  comte  de  Looz;  C.  P.  i,  144. 

Assigniez  (d').  Mémoire  et  fragment  généalogique ;i,  73,  84. 

Atteukovcn.  Notes  généalogiques  ;  xv,  225. 

Auberclilcour  (d').   V.  Broyé,  iv,  200. 

Austrasle.  Liste  des  rois  et  ducs  d'Austrasie  et  de  Lorraine  ; 
x,  226. 

Autel  (d').  Armes  et  notes  généalogiques  ;   xm,  39  ;  xiv, 

159;  xv,  8.  V.Raville,  v.  20. 

Autriche  (d').  Mémoire  touchant  cette  maison  ;  x,  225  ; 
V.  Cortège  ,  h,  91. 

Avcnt  (d').  Approbation  du  testament  et  du  codicille  de 
Conr.  d'Avent,  1654;  m,  36. 

ivlu  (d').  Armes  et  notes  généalogiques  ;  xm,  40  ;  xv,  8. 

Avoueries.  V.  Hesbaye,  n,  187. 

Awaignc  (d').  Transport  d'une  rente  par  P.  d'Awaigne  en 
faveur  de  J.  Hallart,  1503  ;  xn,  27. 

A  tv  a  n  (d').  Documents  concernant  la  famille  et  la  seigneurie 
d'Awan  ;  généalogie  ;  x,  3. 

A  «ans  (d?).  Contrat  de  mariage  entre  Ch.  de  Dnrin  dite 
Rosey,  dame  de  Linden  et  A.  d'Awans  dit  de  Lonchin,  1647  ;  vi, 
313.  Record  des  échevins  de  Flémalle  pour  G.  et  J.  d'Awans, 
1660;  vi,  315.  Testament  d'A.  d'Awans  de  Loncin,  veuve  de  P. 
d'Oultrcmont,  1685  ;  vin,  199.  Armes  et  notes  généalogiques;  xm, 
37,39,40,  135,173;  xiv,  161. 

Awlr  (d').  Testament  de  Libert  d'Awir,  1439;  vin,  368. 
Armes  ;  xm,  37,  132;  xiv,  157. 

Aywaillc.  Fondation  du  prieuré  d'Aywaillc,  1088  ;  x,  248. 


—  407  — 


Bac*.  Reliefs  faits  à  la  salle  de  Curange  par  G.  de  Goetscoven 
et  les  Baex,  1365,  etc.  ;  vm,  36.  Mémoire  généalogique  sur  cette 
famille  (en  flamand)  ;  vm,  41. 

Baillct,  Bailletx,  Baillez.  Armes  et  notes  généalo- 
giques ;  xm.  46, 48  ;  xiv,  96  ;  V.  Reumollin,  vi,  325. 

Bailly  (de).  Mémoire  touchant  L.  de  Bailly  et  ses  descen- 
dants ;  vu,  308. 

Bar  (de).  Liste  généalogique  des  comtes  de  Bar;  xi,  238. 
Armes;  xm,  41.  V.  Rermoises,  n,  200. 

Barbanson  (de).  Armes  et  notes  généalogiques;  xy,  9. 
V.  Schwartzemberg ,  ix,  207;  La  Roche,  x,  174. 

Barblcux  (des).  Diplôme  de  chevalier  pour  F.  des  Barbieux 
fils  de  M.  l'Hermite,  1630  ;  vm,  410.  V.  Caldembourg,  vm,  384. 

Barchon.  Armes  et  notes  généalogiques  ;  xm,  45;  xv,  10. 

Bardoul.  Diplôme  de  noblesse  accordé  par  Charles  V  aux 
Bardoul  avec  titre  de  comtes,  privilèges,  etc.,  1532;  m,  65. 
Diplôme  de  comtes,  1532  ;  xn,  85.  Armes  ;  xm,  48. 

Baré  (de).  Diplôme  de  baron  pour  Jacques  de  Baré,  1735; 

C.  P.  u,tm. 

Bartholdl.  Rendage  fait  par  J.  et  par  B.  Bartholdi,  des  héri- 
tages de  Froidcourt  à  Ans,  en  faveur  de  J.  Renkin  ,  1572  ;  vu, 
318. 

Bartholet.  Transport  d'une  rente  de  6  florins  fait  par  J. 

Bartholet  en  faveur  de  l'abbesse  délie  Becke  lez-Sl.-Trond,  1574; 
vu,  308.  V.  Peylicpert,  vu,  136. 

Barvean,  Armes  et  notes  généalogiques  ;  xm,  45;  xv,  13. 

Bastin.  Diplôme  de  chevaliers  pour  les  frères Bastin,  1746;  C. 
P.  m, 191. 

Bastogne.  Liste  chronologique  des  prévôts  de  Bastogne  et  de 
Marche;  v,  2<J  ;  x,  261.  Armes  ;  xm,  44, 166. 


—  408  - 

Batlliianus  (de).  Mémoire  pour  le  procès  entre  les  comles 
de  Batthianus  et  de  Stubick,  1739  ;  vu,  582. 

Baussan  («le  s').  Mémoire  pour  celle  famille  ;  x,  179. 

Bauw  (de).  Descente  de  W.  de  Bamv  et  de  C.  d'Ursel;  v,  349. 

Baawir  (de).  Ordonnance  de  l'archevêque  de  Cologne  de 
recevoir  gratuitement  à  l'abbaye  noble  de  Herckenrode  M.  de 
Bauwir,  4695;  n,  839. 

Bavière  (de).  Convenances  de  mariage  entre  F.  de  Bavière 
de  Schagen,  comtesse  de  Warfusée  et  J.deWassenaer,1674;ix,  57. 
Extrait  mortuaire  de  M.  de  Bavière,  épouse  du  baron  de  Viersel, 
4638;  ix,  304.  Réception  de  Cl.  A.  de  Bavière  au  chapitre  de 
St.-Lambert,  1720;  vu,  140.  Extrait  de  baptême  de  J.  Ph.  de 
Bavière,  1703;  vu,  141.  Quartiers  de  l'archiduc  Ferdinand  ;  xxu, 
4.  Institution  de  l'anniversaire  de  M.  H.  de  Bavière,  1686;  C.  P.  i, 
212.  V.  Oultremont,  îx,  56. 

Bawette  (de  la).  Mémoire  touchant  cette  famille;  i,  7. 
Notes  généalogiques;  xv,  33. 

Bawguc  (de).  Touchant  cetle  seigneurie,  située  dans  le 
Limbourg;  iv,  435. 

Bayard.  Diplôme  de  noblesse  pour  Jean  Déodat  Bayart,  1743; 
C.  P.  in,  450. 

Baynast  (de).  V.  Broyé,  iv,  200,  337. 

Beaufort  (de).  Touchant  le  quartier  de  Beauforl-Beling;  iv, 

132.  Description  des  châteaux  de  Beaufort,  d'Ahin,  de  Celles,  de 
Fooz,  de  Poilvache,  etc.  (Exlr.  des  Délias  du  pays  de  Liège);  vu, 
319.  Preuves  de  noblesse  de  J.  de  Beaufort,  sieur  de  l'Esparre, 
1603;  ix,  287.  Armes  et  notes;  xm,  44,  150  ;  xiv,  3,  53,  15'J. 
V.  Brabunt,  vi,  262;  Rorive,  vin,  285;  Thumery ,  ix,  302. 

Bcauricu  (de).  Convenances  de  mariage  entre  J.  de  Bcau- 
rieu  et  M.  d'Yves,  1731  ;  vi,  330.  Armes  ;  xm,  156;  xiv,  3. 

Beausaing  (de).  Armes;  xm,  40.  V.  Roche,  i,  141;  Lopez, 
x,  100. 

Bcckct  (de).  Généalogie  armoriée  de  celle  famille;  vu,  169. 


-  409  — 

Bceekman.  Reconnaissance  de  noblesse  pourFerd.  de  Beeck- 
man,  1637;  C.  P.  i,  44.  V.  Val  St.-Lambert,  v,  193;  Tour,  x,  1. 
Bcers  (van).  V.  Vriese,  n,  574. 
Begge.  Notes  généalogiques;  xv,  238. 

Heine  (de).  Croquis  généalogique  ;  n,  605.  Partage  des  cens 
et  rentes  appartenant  à  M.  de  Beine,  veuve  de  N.  de  La  Motte, 
1656;  x,  71.  Touchant  cette  famille;  vin,  96.  Mémoire  généalo- 
gique ;  xv,  13. 

Belen.  Vente  du  château  de  Kinkempois  par  Thys  Belen,  J. 
de  Rorive,  etc.,  au  monastère  de  St.-Laurent,  1525;  vi,  134. 

Bclfort.  Donation  des  dîmes  de  Bel  fort  ,  de  Benz,  de 
Tihange,  etc.,  avec  droit  de  patronage,  par  l'évèque  de  Liège,  1251  ; 
vu',  38. 

Bentinek  (de).  Documents  pour  cette  famille;  x,  188. 
V.  Horion  ,  vin,  396. 

Berchem  (de).  Mémoire  touchant  cette  famille,  1557;  vu, 
6.  Généalogie  des  familles  de  Berchem  et  van  der  Stralen  ;  vu, 
83.  Généalogie  des  Berchem  ;  vu,  88.  Armes,  xm,  47. 

Bcrckmuelcn.  Concession  d'armes  pour  Hansotten  Berck- 
muelen,  1555;  C.  P.  î,  17. 

Bcrgh  (Van  dcn).  Extrait  de  baplême  de  B.  vandenBergh, 
1624  ;  iu,467. 

Bergh  de  Trips  (de).  Partage  entre  G.  de  Bergh  de  Trips, 
nommé  Breill  et  N.  Winand  deMolenbach,  1569  ;  x,  373;  V.  Roist, 
vu,  132. 

Berismenil  (fie).  Convenances  de  mariage  entre  H.  de 
Berismenil  et  C.  de  Wilez,  1601  ;  x,  173. 

Bcrlaimont  (de).  Convenances  de  mariage  entre  Ph.  de 
Berlaimont,  seigneur  de  Bomale,  et  Philippine  de  Corswarem, 
1598  ;  i,  292.  Touchant  cette  famille  et  ses  alliances  ;  i,  356.  Con- 
trat  de  mariage  entre  Ph.  de  Berlaimont  et  B.  de  Brecht,  1562;  m, 
91;  Idem,  entre  Ph.  de  Berlaimont  et  J.  du  Chastel,  1629  ;  m,  93. 
Sentence  arbitrale  pour  l'héritage  de  J.  de  Berlaimont  de  Floion, 
1463;   xiv,   138.  Reliefs  de  la  seigneurie  de  Haullepenne  par  les 


—  410  — 

Berlaimont;  xiv,  142.  Armes  et  notes  généalogiques;  xm,  45  ;  xiv, 
3,  68,  138;  xv,  15.  Lettres  testimoniales  de  Le  Fort  sur  l'ancien- 
neté et  la  noblesse  des  Berlaimont  alliés  à  une  foule  d'illustres 
familles;  documents  ;  xxi,  66.  Diplôme  de  comte,  1726;  C.  P.  n, 
235.  V.Geloes-,  vu,  399;  Glimes,  i,  270;  Hamal,  vm,  114  ;  Oultre- 
mont,  ix,  38. 

ltcrlicr.  Mémoire  généalogique;  xv,  14. 

Berlo  (de).  Convenances  de  mariage  entre  messire  J.  de 
Berlo  et  demoiselle  Anne  de  Blitterswyck,  1594;  i,  1.  Mémoire 
pour  cette  famille  ;  i,  30.  Touchant  la  famille  de  Berlo  d'Alden- 
borch  ;  i,  80.  Convenances  de  mariage  entre  J.  de  Berlo,  seigneur 
de  Beerenberghe  et  Marguerite  d'Argenteau  ,  1577  ;  î,  173.  Extrait 
du  testament  de  J.  de  Berlo  et  de  Marie  d'Argenteau,  1599;  î, 
234  bis.  Donation  sous  forme  de  partage,  faite  par  An.  Lievene  de 
Guernonval,  veuve  d'Adrien  de  Berlo,  en  faveur  de  ses  enfants  et 
gendres,  1686  ;  î,  420.  Convenances  de  mariage  entre  Guill.  de 
Berlo,  seigneur  de  Hermalle,  et  Marie  de  Hanxeler,  1630  ;  i,  452. 
Transport  des  seigneuries  des  Abbyes  et  de  Stalisarl  par  Ferd.  de 
Berlo  en  faveur  d'Adrien  son  frère,  1660;  i,  459.  Extrait  de 
baptême  de  Benj.  Amour  de  Berlo,  1695;  i,  461.  Transport  de  la 
terre  et  seigneurie  des  Abbyes  fait  par  Ern.  baron  de  Groesbeeck 
en  faveur  de  Guil.  de  Berlo,  1636  ;  i,  461.  Testament  de  Marie  de 
Hanxeler,  baronne  de  Berlo,  1660  ;  î,  465.  Admission  de  C.  de 
Berlo  dans  l'ordre  de  la  Ste-Croix,  1712  ;  vm,  395.  Lettre  écrite 
parla  comtesse  de  Berlo,  princesse  de  Nivelles,  au  comte  de  Horion, 
touchant  les  preuves  de  ce  chapitre,  1745  ;  x,  209.  Armes  ;  xm, 
141,  151,  152  ;  xiv,  2,  49,  158.  Notes  généalogiques  ;  xv,  17,  18, 
839.  V.  Verreycken,  vu,  295  ;  Vriese,  n,  374  ;  Val  St.-Lamberty 
xxviii,  110. 

Bernai  mont.  Armes  ;  xm,  42,  45,  49,  133.  V.  Surlet,  vm, 
350. 

Bernardt  (de).  Généalogie  de  cette  famille  ;  n,  106. 

itrriiiuuison  (de).  Quartiers  de  W.  J.  de  Bernhausen  ; 
xxu,  5. 

Bernimollin  (de).  Généalogie  de  la  famille  Hennerot  de 
Bernimolin  ;  vu,  97.  Mémoire  ;  vu,  122. 


—  411  — 

Bcrtholet.  Testament  de  J.  Bertholet  el  de  M.  de  Berses  sa 
femme,  1529  ;  vu,  318. 

Bertnolf  de  Belvcn  («le).  Touchant  cette  famille,  1677  ; 
ix,  82. 

Bertrand.  Partage  des  biens  de  P.  Bertrand  el  de  A.  War- 
note,  1693  ;  vi,  135. 

Besten  (de).  Déclaration  du  chapitre  calhédrald'Hildesheim, 
touchant  les  armes  et  la  famille  de  Besten,  1681;  vu,  225.  Testa- 
ment deJ.-Ph.  de  Besten  et  de  Ch.  de  Zuylen,  1589;  vu,  245. 
Testament  de  B.  de  Besten  et  de  A.  de  Genlh  sa  femme,  1507  ;  vu, 
247.  Armes  ;  vu,  262. 

Bettonville  (de).  Extrait  de  baptême  de  M.  B.  de  Betton- 
ville,  1695;  m,  466.  V.  Ancion,  îv,  32. 

Bex.  Généalogie;  i,  581.   Armes;  xm,  139.  Supplique  à  S.  M. 

par  l'avocat  Bex,  avec  une  généalogie;  C.  P.  î,  219.  V.  Playoul,  x, 
406  ;  Winthaysen,  iv,  58. 

Bierscs.  Armes;  xm,  155,156.  ]\"otes généalogiques ;xiv,  61. 

Billehé  (de).  Généalogie  delà  famille  Billehéen  Thierasche, 
avec  documents  et  armoiries  ;  h,  221.  Pièces  touchanlles  quartiers 
de  cette  famille  ,  iv,  127.  Béception  de  F.  de  Billehé,  baron  de 
Viersetà  l'Etat  noble  du  pays  de  Liège,  1648  ;  îx,  287.  Extrait  de 
baptême  de  Ch.  de  Billehé,  1720.  Dispense  accordée  par  Benoît  xm 
à  Ch.  de  Billehé  pour  entrer  dans  l'ordre  de  Malle  en  qualité  de 
chevalier  d'une  des  langues  de  France,  1726  ;  îx,  288.  Transport 
et  cession  de  la  baronnie  de  Vierset  par  G.  de  Billehé  et  Cl.de 
Thumery,  sa  femme,  en  faveur  de  H.  de  Billehé  et  de  M.  de  Loens- 
berg,  1714;  îx,  291.  Donation  faite  par  l'électeur  de  Bavière  en 
faveur  du  mariage  à  solenniser  entre  J.  de  Billehé  et  Th.de  Loens- 
berg,  1714  ;  ix,  296.  Extrait  des  convenances  de  mariage  de  F.  de 
Billehé  et  de  M.  de  Glimes,  1646  ;  ix,  299.  Batification  du  même 
contrat,  1647  ;  ix,  301.  Extrait  de  baptême  de  F.  de  Billehé,  1622; 
îx,  304.  V.  Glimes,  i,  278. 

Binckem  (de).  Transport  de  l'héritage  de  Hespinne  fait  par 
J.  de  Binckeme  en  faveur  de  son  fils,  1448  ;  x,  204.   Acte  de  l'an 


-  412  — 

1454  touchant   le  morne  héritage  ;  x,  205.  Armes  ;  xm,  40,   49. 
Noies  généalogiques  ;  xv,  20,  226. 

Kioul.  Touchant  cette  terre  ;  xn,  29.  Relief  de  cette  terre 
par  J.  Gobellet,  1502;  xu,  30.  Privilège  d'un  sieur  de  Bioul  et  des 
manants  du  dit  lieu  au  bois  de  Marlagne  ;  charte  de  Hugues,  évoque 
de  Liège,  1498  ;  xn,  44.  Documents  touchant  cette  terre  ;  xn,  47. 
Armes;  xm,  49.  V.  Brandenbourg,  xn,  29  ;  Herbais,  xu,  27,  28. 

Blanche.  Partage  entre  les  enfants  et  gendres  de  D.  Blanche, 
1661  ;  vin,  6. 

Blanckart  (de).  Touchant  le  titre  de  baron  reconnu  à  M.  de 
Blanckart,  1689  ;  C.  P.  i,  250.  Armes  ;  xm,  42. 

Blarez.  Quartiers  de  Jean  Jacques  Blarez  ;  xxn,  C.  V.  Ble- 
ret,  îv,  31. 

Blavicr  (le).  Touchant  cette  noble  famille  ;  i,  87.  Protes- 
tation de  paiement  faite  au  sieur  Blavier  devant  la  cour  féodale  par 
M.  de  Graty;  note  de  dépenses,  1663  ;  i,  230.  Armes  et  notes;  xm, 
46,  150,  155,  177.  V.  Pevéréal ,  v.  568. 

Blehen  (de).  Généalogie  armoriée  de  celle  famille  depuis  l'an 
1275  ;  ii,  13.  Descendance  de  J.  deBIehen  ;  vin,  72.  Généalogie  et 
descendance  du  sr  J.  de  Blehen;  ix,l.  Testament  de  J.  de  Blehen  , 
1484  ;  îx,  7.  Armes  et  notes  ;  xm,  38,  49,  146,  159  ;  xiv,  2,  58, 
160.  Mémoire  généalogique;  xv,  21,240.  V.  Mineurs,  i,  23; 
Delvaux,  m,  409;  Neuville,  v,  331. 

Bleret.  Extrait  mortuaire  de  G.  Bleret,  1713,  eld'E.  Litrenge, 
sa  femme,  1722  ;  iv,  31.  Quartiers  armoriés;  vu,  193.  V.  Ancion, 
iv,  32  ;  Péveréal  ,  v,  389. 

Blier  (de).  Lettres  de  noblesse  pour  Nicolas  de  Blier,  1618  ; 
v,  357. 

Blocquerie  (de).  Admission  de  J.  van  Blocquerien  dit 
van  der  Biest,  sire  de  Haemen,  comme  juge  à  la  salle  de  Curange, 
1605  ;  xu,  57.  Epitaphes  d'Anne  de  Blocquerie,  abbesse  de  Herc- 
kenrode,  1655  ;  xm,  179. 


—  413  — 

liockolt  (de).  Lettres  de  Charles  V  qui  déclare  prendre  sous 
sa  protection  God.  de  Bocholt  et  de  Grevembrouck,  seigneur  de 
Wachtendonck  et  Beringhen,  1662;  C.  P.  i,  82.  V.  de  Lonchin,  vi 
323. 

Bodnian  (de).  Quartiers  de  J.  de  Wolf  et  de  Jean  Franc,  de 
Bodman  ;  xxn,  7. 

Boedberg  (de).  Fragment  généalogique  de  cette  famille  ;  h, 
195. 

Boetzeler  (de).  Vente  de  la  seigneurie  de  Monfrin  avec  se» 
dépendances  par  les  Namurois  au  baron  de  Boetzeler,  l'an  1644  ;  it 
199.  Les  huit  quartiers  d'A.  de  Boetzeler,  décédé  en  1680  ;  vu,  25. 

Boilhe  (de).  Approbation  du  testament  de  J.  de  Boilhe  de 
Selve,  1436  ;  v,  295. 

Bois  (de).  Généalogie  de  cette  famille  ;  h,  144.  Touchant  des 
seigneuries  en  Condros,  relevant  de  J.  du  Bois,  de  J.  Libon  et  de 
J.  de  Vervoz,  1543;  vi,  178.  Transports,  rendages,  ventes,  etc.,  de 
biens  aux  de  Bois  ;  vi,  183.  Commissions  de  mayeurs  de  Bois  en 
Condros  au  XVIe  siècle;  vi,  278.  Généalogie  armoriée  des  Dubois  ; 
vu,  212.  Quartiers  de  J.  de  Bois  et  d'E.  Velroux,  sa  femme  ; 
vu,  220.  Armes;  xiu,  40,  46, 49  ;  xiv,  3,  63.  Notes  généalogiques; 
xv,  28  ;  V.  Marchin,  n,  67  ;  Broyé,  îv,  200  ;  Briamont,  vi,  325  ; 
Villen,  vu,  181. 

Bollandt  (de).  Mention  d'un  record  donné  à  la  requête  d'A. 
de  Bollandt  au  sujet  de  la  vouerie  de  Falmignoule,  1395  ;  xn,  22. 
Armes;  xm,  43,  49.  Notes  généalogiques;  xv,  23. 

Bollis  (de).  Diplôme  de  chevalier  pour  Jean  Fr.  de  Bollis, 
1749;  C.  P.  m,  88.  Diplôme  de  noblesse  pour  J.  G.  Jos.  Bollis, 
1772;  E.  n,  27. 

Bommallc  (de).  Transport  par  échange  d'une  rente  fait  par 
D.  Bommalle  en  faveur  de  J.  Bastar  de  Namur,  1446  ;  x,  66. 

Boninicr  somme.  Testament  de  M.  Bommersomme,  femme 
de  P.  Gilman,  1595  ;  x.  70. 

40 


—  414  — 

Bonhomme.  Diplôme  de  chevalier  pour  G.  et  J.  M.  Bon- 
homme 1691;  C.  P.  ii,  45.  Diplôme  de  baron  pour  Léop.  Jos.  de 
Bonhome,  1789;  C.  P.  m,  545. 

itouuivrr  (de).  Diplôme  de  chevalier  pour  Lamb.  Jos.  de 
Bonniver,  1761;  C.  P.  m,  257. 

Borchgrave  («le).  Constitution  donnée  par  J.  de  Jegher  à 
J.  de  Borchgrave,  sieur  de  Bovelingen,  1663.  Partage  entre  A.  de 
Mombeeck  et  J.  de  Borchgrave  son  beau-frère,  d'une  part,  et  J.  de 
Jegher,  d'autre  part,  1653  ;  vu,  402.  Relief  fait  par  J.  de  Borch- 
grave, sieur  de  Pepingen,  1656.  Convenances  de  mariage  entre  J. 
de  Borchgrave  et  C.  de  Woelmont,  1650  ;  vu,  403.  Id.  entre  M.  de 
Borchgrave  et  M.  de  Geloes,  1715.  Attestation  du  mariage  de  Fr. 
de  Borchgrave  avec  M.  de  Geloes,  1713  ;  vu,  405.  Preuves  de  W. 
de  Borchgrave  pour  être  reçu  chanoine  noble  à  la  cathédrale  de 
St.  Lambert,  1717  ;  vu,  406.  Diplôme  de  comte,  1745;  C.  P.  H, 
311. 

lSorlit  (van  der).  Diplôme  de  noblesse  pour  Tilman  van 
derBorcht,  1629;  xn,  104. 

Borlé  (de).  Touchant  J.  de  Borlé  ;  v,  350.  Armes  ;  xiu,  42. 

Borluut.  Requête  civile  contenant  l'applieat  des  titres  pro- 
duits au  procès  agité  entre  J.  Borluut,  sieur  d'Hogstraten  et  les 
chanoinesses  de  Ste-Gertrude,  à  Nivelles;  vm,  161. 

Bosch  (van  dcn).  Armes  ;  xm,  40,  43,  49,  135.  Notes 
généalogiques  ;  xv,  28.  V.  Merlemont,  vu,  42. 

Bosliuyscn  (de).  Convenances  de  mariage  entre  E.  de 
Boshuysen,  seigneur  de  Croy,  et  W.  de  Leefdael,  1685;  vu,  399. 

Bossut  (de).  Transport  de  biens  fait  par  Th.  de  Bossut  en 
faveur  de  B.  del  Bouverey,  1413;  vi,  70.  Armes;  xm,  40,  47, 129. 

Bossy.  Diplôme  de  noblesse  pour  Jean  Lamb.  Bossy,  1775; 
C.  P.  m,  475. 

Bottier.  Descendance  de  J.  Bottier  sieur  de  Centfontaines  ; 
il,  66.  Armes;  xm,  169. 


—  415  — 

Botton.  Contrat  de  mariage  entre  Marck  Antoine  Botton  et 
M.  de  Marchin,  1607  ;  v,  202.  Extrait  de  baptême  de  C.  Botton, 
1720  ;  Id  de  L.  Botton  ;  v,  212.  Relief  des  terres  de  Lisoing  et  de 
Bassine,  par  Th.  Botton,  1653  ;  v,  213.  Extraits  des  registres  de 
l'état-civil  de  la  paroisse  de  Flassigny  pour  les  Botton  ;  v,  225. 
Testament  de  Denis  Botton,  1613;  v,  232.  Extrait  du  testament  de 
A.  Botton,  veuve  de  J.  Abrion,  1578  ;  ix,  274.  Armes  ;  xni,  46, 
448. 

Bouliay  (de).  Armes  ;  xiu,  47,  154  ;  xiv,  166.  Notes  généa- 
logiques ;  xv,  26. 

Bouille  (de).  Touchant  les  quartiers  nobles  des  familles  de 
Bouylle,  de  Souvet,  de  Waha,  d'Orchimont,  deHœnghen  dite  Was- 
semberg,  de  Chaumont,  deMasbourg,  et  de  Rollenhausen  ;  i,  147. 

Boullandt  (de).  Contrat  de  mariage  entre  E.  de  Boullantet 
M.  d'Ongnies,  1561  ;  armoiries  ;  iv,  307.  Transport  de  la  forteresse 
de  Dinant,  fait  par  M.  de  Lone,  dame  de  Roveleheil  et  A.  de  Boul- 
lant  son  fils,  en  faveur  du  duc  de  Luxembourg,  4389  ;  xu,  5. 
Fermage  de  12  années  accordé  par  C.  de  Boullant,  dame  de  Slot- 
zemberg  à  J.  de  Custinne,  de  tous  les  fruits,  vins  et  émoluments 
de  sa  terre  des  Ornais,  4407;  xu,  18.  Transport  du  winaige  de 
Hastier,  par  F.  de  Boullant  à  P.  Allart,  1461  ;  xu,  24.  Notes  généa- 
logiques ;  xv,  230.  V.  Ans,  n,  603. 

Boulongue  (de).  Généalogie  de  cette  noble  maison  ;  !,  305. 
Autre  généalogie  avec  documents  ;  m,  434.  Confirmation  du  titre 
d'écuyer  accordé  à  Ph.  de  Boulongne,  sieur  de  Query,  1661  ;  v, 
458.  Convenances  de  mariage  entre  Ph.  de  Boulongne  et  M.  de 
Rolin,1612;  v,  345. 

Bourgeoisie.  Réflexions  des  commissaires  de  la  cité  sur  la 
signification  de  cette  expression  :  né  et  nationé  liégeois,  qualité 
exigée  pour  porter  office  (à  propos  de  N,  de  Corswarem);  1695, 
xxvni,  40. 

Bourgmestres.  Listes  des  bourgmestres  de  Liège,  accom- 
pagnées de  notes,  de  1380  à  1566  (Extr.  deLoyens);  xxvm,  245, 


—  4iG  — 

Houx.  Contrat  de  mariage  entre  Ch.  Boux  et  A.  deHemricourt, 
4576;  vin,  206. 

Bouxhon.  Diplôme  de  noblesse  pour  H.  et  G.  Bouxhon, 
1732;  C.  P.  n,  267. 

Bouxktay.  Mémoire  touchant  les  biens  de  Bouxtheal  ;  vu,  61. 

Boveric.  Armes;  xni,  44,  46,  433,  174.  Notes  généalo- 
giques ;  xv,  29.  V.  Bossut,  vi,  70. 

Brabant  (de).  Convenance  de  mariage  entre  A.  de  Brabant 
et  M.  de  Verlaye,  1607  ;  m,  193.  Filiation  des  de  Brabant  ;  m,  194. 
Déclaration  de  la  cour  de  Lymonten  faveur  de  J.  Brabant,  1571  ; 
m,  197.  Pièces  diverses  pour  cette  famille;  ni,  198.  Testament  de 
J.  de  Brabant,  1567  ;  n,  211.  Armes  des  de  Brabant,  de  Verlaye, 
V.  D.  Hucht,  d'Acos  et  de  Moulin;  m,  215.  Mémoire;  v,  349. 
Partage  des  biens  de  J.  de  Brabant  et  de  J.  de  Lens,  1599;  v,  354. 
Investiture  de  7  bonniers  de  terre  des  comtes  de  Beaufort,  donnée 
par  la  cour  allodiale  de  Liège  à  J.  de  Brabant,  1343  ;  vi,  262.  Testa- 
ment de  G.  de  Brabant,  chanoine  de  Si-Denis,  1572;  vu,  57.  Testa- 
ment conjonctif  de  G.  Menjoye  et  de  J.  de  Brabant,  4610  ;  vm,  76. 
Généalogie  des  de  Brabant  de  Lymont  ;  x,  208.  Armes;  xin,  45. 
Descriptions  des  armoiries  d'une  foule  de  seigneuries  du  Bra- 
bant (d'après  Butkens)  ;  xxvui,  251.  V.  Cortège,  iv,  107. 

Brandenbourg  (de).  Convenances  de  mariage  entre  Gilles 
baron  de  Brandenbourg  et  Charlotte  de  Carondelet,  1615;  î,  288. 
Sentence  arbitrale  portée  par  J.  de  Rynet,  B.  de  Glimes,  etc.,  au 
sujet  de  la  succession  de  N.  de  Brandebourg  ,  4428;  xu,  4.  Hom- 
mage fait  par  J.  de  Brandenberg  au  duc  d'Orléans,  pour  les  biens 
qu'il  possède  dans  le  comté  de  Luxembourg,  4412;  xu,  16.  Trois 
reliefs  fait  par  Th.  de  Brandenbourg  et  P.  aux  Loingnis;  ni,  48. 
Serment  des  maire  (F.  de  Brandenbourg),  échevins  et  masuiers  du 
ban  d'Anserenne,  4422;  xu,  49.  Mention  de  l'accord  fait  entre 
J.  et  B.  de  Brandenbourg  pour  une  succession  ,  4428;  xu,  22. 
Relief  du  winage  de  Hastièrepar  F.  de  Brandenbourg,  1454;  con- 
venances de  mariage  entre  Fr.  de  Brandenbourg  et  C.  de  Crupey, 


—  417  — 

4456;  xn,  23.  Cession  de  la  quatrième  partie  du  moulin  de  Peu  yU 
Ion  par  B.  du  Sart ,  veuve  de  Fr.  de  Brandenbourg,  à  G.  de 
Mommalle  ,  1460;  xu,  24.  Donation  de  Château-Thiry  à  F.  de 
Brandenbourg  par  son  père,  1480  ;  xn,  25.  Testament  de  Th.  de 
Brandenbourg,  1495.  Record  de  la  justice  d'Anserenne  donné  à  la 
requête  de  Th.  de  Brandenbourg  au  sujet  de  la  vouerie  du  dit  lieu, 
1485;  xn,  26.  Transport  fait  par  G.  de  Château-Thiry  à  son  fils 
Th.  de  Brandenbourg  de  tous  ses  biens  de  Falmaigne,  1522;  xn, 
28.  Acquête  de  trois  bonniers  de  terre  par  C.  de  Brandenbourg. 
Arentement  du  moulin  de  Bioul  par  J.  de  Cocquo  en  faveur  de 
Thiry  de  Brandenbourg,  1541;  xn,  29.  Relief  de  winaigne  de 
Château-Thiry  par  F.  de  Brandebourg,  1520;  xu  ,  32.  Record 
donné  à  la  requête  de  Th.  de  Brandebourg,  1545;  xn,  34.  Relief 
de  la  terre  de  Hubines  par  T.  de  Brandebourg,  1390;  xn,  38. 
Notes  généalogiques  ;  xiv,  3,  158;  xv,  30.  V.  Loye,  vin,  14;  La 
Roche,  x,  174;  Pechereoul,  xn,  24;  Eynatten,  xn,  26. 

Brandis.  Quartiers  de  Jean  baron  de  Brandis;  xxn,  9. 

Braun  de  Schmitbourg  (de).  Attestation  du  chapitre 
de  Mayence  sur  la  noblesse  de  ce  quartier,  1731  ;  x,  279. 

Brecht  (de).  Généalogie  de  cette  famille;  n,  324. 

Breitcu-Laudeiiberg  (de).  Quartiers  deBreiten;  xxn, 
16. 

Breyll  (de).  Document  pour  cette  famille;  quartiers;  x,  190. 
V.  Horion,  m,  478;  Bergh  de  Trips,  x,  373. 

Brialmont  (de).  Touchant  S.  de  Brialmont  et  la  dame  de 
Lynden,  sa  femme;  iv,  126.  Contrat  de  mariage  entre  H.  de  Brial- 
mont et  J.  de  Bois,  1585;  vi,  325.  Généalogie;  vu,  68.  Preuves  de 
l'extraction  et  descendance  d'O.  E.  de  Brialmont  de  Frailure  ;  vu, 
148.  Mémoire  pour  cette  famille;  vu,  208.  Testament  d'O.  de 
Brialmont  ;  vm,  88.  Approbation  du  testament  de  J.  de  Brialmont, 
1597  ;  vm,  92.  Armes  et  notes  ;  xm,  44,  46,  144,  149  ;  xiv,  2,  65, 
157,    159.  Mémoire  généalogique  ;  xv,  31.    V.  Mineurs,  î,  23; 


^-  418  - 

Hamal;  n,  78  ;  vin,  112,  114,  216,  124;  Val  St-Lambert,  v,  193; 
Oultremont,  ix,  42.  Diplôme  de  chevalier  pour  Jos.  Tous,  de  Brial- 
mont,  1772;  E.  n,  33. 

Brias  (de).  Réception  de  C.  de  Bryas  au  chapitre  de  Sainte 
Waudru  à  Mons,  1724  ;  iv,  436.  Sentence  de  la  cour  de  Malines 
qui  ordonne  au  chapitre  d'Andenne  d'admettre  M.  de  Brias  et 
déclare  ses  preuves  de  noblesse  suffisantes,  1672  ;  ix,  283. 

Itrion  (de).  Partage  de  biens  entre  E.  de  Brion  et  Ch.  de 
Pottier  1572;  îx,  274.  Armes;  xm,  48.  Notes  généalogiques;  xv,  33. 

Broesberg  (de).  Relief  de  la  terre  de  Goié,  par  C.  de  Broes- 
berghem,  4419;  vin,  G4. 

Broguicz  (de).  Diplôme  de  chevalier  pour  Ant.  de  Brogniez, 
1767;  C.  P.  m,  32!. 

Bronckart  (de).  Diplôme  de  noblesse,  1749;  E.  i,  132. 

Broyé  (de  la).  Remarques  sur  les  alliances  des  de  la  Broyé, 
des  du  Bois,  des  de  Vliegue,  des  d'Olhain,  des  d'Auberchicourt, 
des  d'Antoing,  des  de  Baynast  ;  iv,  200.  Documents  touchant  les 
de  la  Broyé;  îv,  244.  Preuves  de  cette  maison  ;  iv,  265.  Transport 
de  biens  fait  par  Fr.  d'Ollehain,  veuve  de  G.  de  la  Broyé  de  Gon- 
decourt  en  faveur  de  son  fils,  1554;  iv,  335.  Dénombrement  fait 
par  G.  de  la  Broyé  au  baron  de  Werchin  et  de  Chisoing,  1529; 
iv,  336.  Philippe,  roi  de  Castille ,  rejette  la  demande  d'A.  de 
Baynast,  veuve  de  J.  de  la  Broyé  et  tutrice  de  ses  enfants,  de  faire 
payer  une  amende  au  sieur  d'Eve,  1504;  îv,  337.  Émancipation 
des  enfants  de  J.  de  la  Broyé  et  de  J.  Vlyghe,  1508;  îv,  342. 
V.  Estrées,  îv,  190,  245,  277;  Marnix,  iv,  206;  Olhain,  iv,  355; 
La  Marck  ,  vi,  160. 

Brus.  Armes;  xm,  45,  173;  xiv,  54.  Notes  généalogiques; 
xv,  18. 

Brusthcm.  Liste  des  morts  à  la  bataille  de  Brusthem, 
extraite  du  livre  aux  comptes  des  impôts  fait  par  ordre  du  duc  de 
Bourgogne,  1467  ;  xxvin,  166. 


—  419  — 

Bulle.  Confirmations  de  la  bulle  d'or  par  les  empereurs 
Charles  IV,  Sigismond,  Maximilien,  Philippe  11  et  Charles  V; 
xxvni,  92. 

Bnstln.    V.  Prayon,  il,  450. 

Butkcns.  Généalogie  de  celte  famille  ;  vu,  89. 


C. 


Caldcinhourg  (de).  Testament  de  G.  de  Caldembourg  ; 
documents  pour  les  Barbieuse,  les  Haultepenne,  elc  ;  vin,  384. 
V.  Stockent,  i,  338. 

Cambray.  Chartes  des  empereurs  Conrad,  1146,  et  Frédéric, 
1153,  confirmant  ses  possessions  à  l'église  de  Cambrai;  xxvin, 
246. 

Cannes  (des).  Armes  et  notes;  xm,  50,  52,  55,  56,  151, 
155  ;  xiv,  159. 

rapata.  Titre  de  comtesse  accordé  par  l'infante  d'Fspagne  à 
Marie  Capata  fiancée  de  M.  d'Ongnies,  1612;  îv,  360. 

rarpentlcr  (le).  Testament  de  Wéry  le  Charpentier,  1552; 
m,  253.  Testament  de  J.  de  Carpentier,  seigneur  de  Haversein, 
1560  ;  vin,  85.  Contrat  de  mariage  entre  L.  J.  le  Carpentier  et 
M.  de  Roxelée,  1511  ;  vin,  411.  Armes;  xm,  53,54, 125.  V.  Godardt 
in,  26. 

Cassai  (de).  Généalogie  et  quartiers  de  N.  de  Cassai  et  d'A. 
d'Oyembrugge  de  Duras;  vu    186. 

rasteal  (de).  Contrat  de  mariage  entre  J.  de